André Provana de Leyni (en italien : Andrea Provana di Leynì), né vers 1520 à Leinì (Piémont) et mort le à Nice (comté de Nice), est un homme d'ÉtatRegistres de la compagnie des pasteurs de Genève, tome VI 1589-1594, Archives d'État de Genève, Librairie Droz, Genève, 1950 , et chef militaire des États de Savoie. Il fut capitaine général des galères du duc de Savoie, et conseiller et diplomate pour le compte d'Emmanuel-Philibert, puis pour celui de Charles-Emmanuel I. Il est l'une des figures les plus importantes de la restauration des États de Savoie au après leur occupation par François IE. Casanova, « Provana » in La Grande Encyclopédie : inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts. Tome 27, Henri Lamirault, Paris, 1885-1902, .

Il porte les titres de seigneur de Leyni, de comte de Frossasco et d'Alpignano, de comte de Castellata, de comte de Balangero, de chevalier de l'ordre suprême de la Très Sainte Annonciade et de grand-amiral de l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare.

Biographie Origines et débuts dans l'armée Né vers 1511 dans une famille d'ancienne noblesse piémontaise, les , il est le fils aîné de Jacques Provana de LeyniEn italien : Jacopo Provana di Leyni. et d'Anne Grimaldi de Beuil Carlo Tenivelli, Biografia Piemontese, Volume 3, Briolo, Turin, 1787, p. 254 . Il reçoit une éducation militaire jusqu'à atteindre un grade supérieur dans l'armée« Provana » in Biographie universelle, ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes, Volume 78, Michaud frères, Paris, 1811, . Il est alors envoyé en Allemagne combattre les protestants aux côtés de son prince, Emmanuel-Philibert, lequel sert dans les armées de l'empereur Charles Quint. Il participe aux batailles de Muehlberg (1547), d'Hesdin (1553) et de Bapaume (1553) au cours de laquelle il se fait remarquer pour son courage. Cette dernière ville, qui marque l'entrée dans les Flandres, possessions de Charles Quint, se trouve sous la menace de l'armée royale française avec à sa tête Anne de Montmorency, le connétable de FranceJean Frézet, Histoire de la maison de Savoie, Volume 2, Alliana et Paravia, 1827, . Emmanuel-Philibert, qui dirige alors les troupes impériales, doit transmettre des instructions de la plus haute importance au gouverneur de cette place mais personne n'ose se dévouer pour effectuer la communication. André Provana décide de s'en charger : il s'habille en officier français, parvient, à la faveur des attaques, à traverser le camp ennemi, puis réussit à ressortir avec l'aide des assiégés qui menaient des sorties vigoureuses. D'après Jean Frézet, la ville fut préservée grâce à l'audace de Provana.

Commandement de la flotte savoyarde Par la suite, Emmanuel-Philibert l'envoie en son nom visiter et encourager les villes qui lui restaient de ses anciens États de Savoie, lesquels lui avaient été dépouillés par le roi de France François I. Il arrive à Nice juste à point pour empêcher une attaque surprise de l'armée française. Afin de renforcer le système défensif de la frontière maritime des États de Savoie, il est chargé par Emmanuel-Philibert de remanier profondément le château de Nice en une citadelle bastionnée, et de faire construire le fort du mont AlbanCitadelle Saint-Elme, Structurae, galerie et base de données internationale d'ouvrages d'art. Consulté le 7 octobre 2010., lequel est terminé en 1560. La trêve de Vaucelles (1556) et la victoire à la bataille de Saint-Quentin (1557) permettent également au duc d'ordonner à André Provana la fortification de Villefranche, avec l'édification de la citadelle Saint-Elme (achevée en 1557), et la création d'une marine savoyarde, afin d'empêcher les coups de main des Français et les descentes des corsaires. Mais en 1558, le roi de France Henri II aidé par la flotte turque, tente de s'emparer de Nice Arturo Segre, L'opera politico-militare di Andrea Provana di Leynì nello Stato sabaudo dal 1553 al 1559: memoria del dott. Arturo Segre, Académie des Lyncéens, 1808, p. 3 ce qui retarde les travaux.

Après les traités du Cateau-Cambrésis, André Provana de Leyni s'emploie corps et âme à la mission qui lui a été confiée. Capitaine général des galères ducales depuis 1553Archives d'État de Turin - Archives de cour - Matières politiques pour les affaires intérieures, p. 27 , il prépare en peu de temps une petite flotte et réussit à rendre presque sûres les côtes des États de Savoie et à en faire connaître au loin le drapeau. La politique navale suivie permet de disposer d'un certain nombre de galères armées sans pour autant les équiper d'un armement trop important qui aurait été coûteuxMonique Cubells, Comité des travaux historiques et scientifiques, Commission d'histoire de la Révolution française, La Révolution française : la guerre et la frontière, Volume 119 - Volume 121, Éditions du C.T.H.S., 2000, 527 p. , p. 191 . En 1560, André Provana a sous ses ordres une dizaine de navires et malgré ce faible nombre, sa flotte est d'une remarquable d'efficacité. D'après E. Armstrong, elle est ainsi plus rapide que celle de Gênes et son équipage mieux nourri et mieux traité E. Armstrong, « Tuscany and Savoy », chapitre XII, in George Walter Prothero, Stanley Leathes, Sir Adolphus William Ward, John Emerich Edward Dalberg-Acton, The cambridge modern history, Volume III: The wars of religion, CUP Archive, Cambridge, 1907, p. 410 . Selon certains historiens, l'action d'André Provana constitue la véritable origine de la marine piémontaise, laquelle donnera plus tard naissance à la marine italienne A. Manno et A.V. Vecchi, « Note istoriche sulla marineria savoina » in Rivista Marittima, an XII, 1879.. En 1563, deux seigneurs piémontais ayant été surpris dans une promenade en mer par des corsaires turcs, le duc de Savoie se trouve obligé de les racheter ; mais pour venger cette injure il ordonne à Provana d'aller user de représailles dans l'archipel de Venise. L'amiral s'en acquitte avec beaucoup de zèle, ce qui suscite alors les plaintes du gouvernement de Venise, lequel, prétendant avoir été lésé dans ses intérêts, demande et obtient une indemnité en faveur de quelques-uns de ses sujets.

Revenu à Nice, Provana est chargé de conduire en Espagne les archiducs Rodolphe et Ernest, fils de Maximilien et petit-fils de l'empereur Ferdinand I, qui traversent le Piémont en 1564 pour rendre visite à leur oncle, le roi d'Espagne Philippe II. Celui-ci, ayant appris le débarquement des princes, demande le concours des galères ducales pour une expédition sur l'île de Peñón de Vélez devenue un repaire de barbaresques. André Provana revient alors à Villefranche pour s'armer en guerre, se rend ensuite dans le port de Malaga, où doit se rallier tous les bâtiments composant l'expédition, et contribue puissamment au succès de l'opération. L'année suivante, il prend le commandement de trois galères qui se joignent à la flotte espagnole commandée par le vice-roi de Sicile Garcia Alvarez de Tolède et destinée à secourir Malte alors assiégée par Soliman le Magnifique. Les galères savoyardes forment l'avant-garde et s'emparent, à la hauteur du promontoire de Pachino, d'un grand bâtiment de Raguse chargé de comestibles pour l'armée turque. Peu de temps après, il reçoit le collier de l'ordre suprême de la Très Sainte Annonciade. L'année suivante il est chargé d'accompagner en Espagne l'archiduc Charles, frère de l'empereur Maximilien.

Bataille de Lépante En 1571, il s'illustre lors de la bataille de Lépante au cours de laquelle il commande les trois galères savoyardesAlain Ruggiero (sous la direction de), Nouvelle histoire de Nice, Privat, Toulouse, 2006 , p. 98., secondé par son lieutenant Marc-Antoine Galléan« Rue Galléan » in Marguerite et Roger Isnard, Per Carriera : dictionnaire historique et anecdotique des rues de Nice, , Serre éditeur, Nice, 2003, 359 pages , issu de la noblesse niçoise, ainsi que par un représentant de la famille Gubernatis« Rue, ruelle de Lépante » in Marguerite et Roger Isnard, Per Carriera : dictionnaire historique et anecdotique des rues de Nice, , Serre éditeur, Nice, 2003, 359 pages . En , la flotte rejoint au large de Nice les quarante-quatre galères espagnoles, avant de s'engager en octobre de la même année dans la bataille face aux Turcs. Le combat est rude, les navires savoyards se battent pratiquement jusqu'à leur propre destruction, et l'un d'eux soutient pendant quelques heures le choc de deux galères ennemies, perdant presque tout son équipage. André Provana est blessé ; touché à la tête par une arme à feu, il reste évanoui pendant une demi-heure, ce qui ne l'empêche pas de reprendre le commandement aussitôt après. Il n'aurait été sauvé que grâce au morion qu'il porte et qui amortit l'impact. Ces casques avaient été donnés par François Marie II della Rovere, le futur duc d'Urbino, lequel avait demandé à combattre sur la flotte savoyarde et aux côtés de Provana.

Après la victoire contre les Ottomans, André Provana se retire dans le port de Petalás, puis vogue avec le reste de la flotte chrétienne vers l'île de Corfou où il se rétablit de sa blessure. Il profite de chacune de ses escales pour adresser un rapport au duc de Savoie, qui compte parmi les récits les plus complets sur le déroulement de la bataille de Lépante. Deux lettres ont ainsi été conservées par l'historien Pierre Gioffredo (Storia delle Alpi Marittime). Pour son action dans la bataille, il reçoit de nombreux titres, décorations et honneurs, accompagnés de rentes, comme la grand-croix de l'ordre des Saints-Maurice-et-LazareLuigi Cibrario, Précis historique des ordres religieux et militaires de S. Lazare et de S. Maurice : avant et après leur réunion, Louis Perrin, 1860, pp. 103-104 . En effet, la part que ses galères avaient eu à la victoire de Lépante décide Emmanuel-Philibert à donner plus de développement à sa marine en la confiant à un ordre religieux et militaire, issu de l'union de l'ordre de Saint-Lazare de Jérusalem et de l'ordre de Saint-Maurice. Provana est, dès l'institution de cet ordre en , créé grand-amiralLuigi Cibrario, op. cit., p. 122 . Pour l'honorer, la ville de Nice lui offre une épée dont le pommeau en or massif est aux armes de la ville.

En 1583, des navires turcs ayant capturé une barque d'Antibes et étant allé s'abriter sur les îles d'Hyères afin de guetter d'autres proies, André Provana accourt avec ses galères, débusque les bâtiments turcs, les oblige au combat à découvert et en capture deux d'entre euxArchives des Saints-Maurice-et-Lazare, liasse Galères..

Diplomate Ses relations diplomatiques pour persuader les Grimaldi, seigneurs d'Ascros, partisans de la Réforme protestante et rebelles au duc de Savoie, de partir pour l'exil, mettent à jour un des autres côtés de son esprit, et Emmanuel-Philibert se sert de lui dans les négociations qui dès lors commencent à propos du Montferrat.