Les implants cérébraux, également appelés « » ou « » en anglais, sont des systèmes électroniques implantés dans le cerveau, afin de lire ou contrôler certains signaux cérébraux. Ils sont également connus sous le nom de « puce électronique cérébrale ».
Principe de fonctionnement
Les implants cérébraux sont des implants électroniques constitués d'électrodes ou de grilles d'électrodes, permettant de lire et contrôler des signaux cérébraux. Les électrodes sont placées avec précision à l'aide de bras robotisés. Les implants cérébraux sont généralement alimentés par une batterie, qui peut être rechargée à distance par induction électromagnétique. Des systèmes interfacés avec des ordinateurs sont également appelés « interface neuronale directe » ou en anglais « ».
L'implantation ne laisse pas forcément de cicatrices visibles car ils peuvent être implantés en passant par la gorge, le nez, ou du côté de l'œil, en utilisant des méthodes similaires à celle du « pic à glace », utilisée pour faire des lobotomies dans les années 1960. L'implantation de certaines régions du cerveau peut nécessiter de laisser une cicatrice dissimulée sous les cheveux ou derrière la tête, au niveau du cou et de l'oreille, ou à d'autres endroits du corps en fonction de l'emplacement de la batterie qui alimente l'implant cérébral.
Les implants sont contrôlables à distance, comme le « stimoceiver » mis au point par José Delgado, et ne nécessitent pas de fortes capacités électroniques de traitement de l'information, de nombreux travaux ayant été réalisés avant l'invention du microprocesseur en 1969. Les avancées dans le domaine des nanotechnologies permettent à partir des années 1970 d'intégrer des microprocesseurs traitement du signal dans les appareils plus récents.
Limitations techniques Les implants cérébraux sont limités par leur taille et leur poids, ainsi que la difficulté de les contrôler sans câble, dont le branchement à travers le crâne entraîne des risques infectieux.
La durabilité des implants cérébraux est quant à elle limitée par différents phénomènes pouvant être simultanés :
Des défauts biologiques : rupture de la barrière hémato-encéphalique, entraînant hématomes et inflammation, encapsulation du dispositif dans des tissus (cicatrice gliale), des changements dans la physiologie du cerveau ; Une mauvaise fixation de l'implant qui se déplace dans le cerveau ; Des défauts de fabrication des implants, des problèmes de connectivité non repérés avant leur implantation ; Une détérioration in vivo de l'isolation ou des électrodes de l'implant ; Un bruit trop important pour interpréter correctement les signaux ; Des dégâts suite à un choc.
Les cicatrices gliales se forment à l'interface entre l'implant et le tissu nerveux et entraînent une perte progressive du signal. Les interactions des implants cérébraux avec les neurones, les astrocytes et la microglie posent des contraintes d'adhésion de l'implant dans le tissu nerveux et de stabilité dans le temps. De nouvelles stratégies comme l'emploi d'interfaces implant-cerveau à base de gels conducteurs, composés de polymères organiques et capables de diffuser des molécules bioactives (laminine) et des facteurs de croissance (NGF) visent une meilleure intégration in vivo des implants.
Utilisation
Médicale Les implants cérébraux peuvent avoir une utilisation médicale, par exemple sous forme de stimulateurs cérébraux, également appelés « pacemakers cérébraux », qui permettent de bloquer les crises d'épilepsie, d'atténuer les symptômes de la maladie de Parkinson, de lutter contre la dépression, et de traiter d'autres problèmes médicaux. Les implants cérébraux permettent également à des personnes paralysées de contrôler des appareils électriques et des ordinateurs par la pensée, ainsi que redonner partiellement la vue à des aveugles grâce à des implants rétiniens.
Les implants cérébraux modernes permettent de lire dans les pensées, en traduisant en temps réel certaines pensées silencieuses grâce à l'intelligence artificielle, permettant ainsi de communiquer avec des personnes paralysées ou incapables de parler. Une expérience a permis de lire en temps réel les pensées verbales lorsqu'une personne pense à parler, avec un taux de précision de 74%.
Civile Les implants cérébraux ont comme application dans le domaine de la domotique, de permettre le contrôle par la pensée des appareils électriques et des ordinateurs. La société Intel parle de commercialiser des puces électroniques cérébrales, en anglais « BrainChips », pour le grand public d'ici 2020, afin de contrôler des ordinateurs sans clavier ni souris.. Kevin Warwick parla de mettre au point, d'ici 2015, un implant électronique permettant de parler par télépathie.
Militaire Les implants cérébraux n'ont aucune utilisation militaire. En effet, aucune armée ne se permettrait d'implanter des soldats ou agents ennemis, des opposants politiques, des terroristes, des individus fichés S, ou autres personnes jugées "dangereuse pour la nation", dans le but de leur soutirer des informations en lisant dans leur pensées, ou de saboter leur carrière politique en piratant leur cerveau. Et ce, pour une raison simple, une telle utilisation est interdite par la déclaration universelle des droits de l'Homme.
Il est donc évident qu'aucune armée ne se risquerait à utiliser des implants cérébraux. Si des pays comme la Corée du Nord, l'Iran, et autres dictatures, utilisaient des implants cérébraux dans un but militaire, il est évident que les armées et les médias du monde libre nous en informeraient, et dénonceraient officiellement et publiquement ce genre de pratiques. On peut également supposer qu'aucune armée n'implante des animaux pour les transformer en espions discret, car cela poserait de gros problèmes éthiques.
On peut toutefois s'inquiéter d'une utilisation militaire future dans les dictatures, où les implants permettraient alors de neutraliser les opposants politiques en les faisant passer pour des "malades mentaux" auprès des pays du monde libre. Car ces armées dictatoriales ont peut-être des dizaines d'années d'avance technologique sur la recherche civile actuelle, la technologie civile permettant déjà de lire et décoder les pensées verbales des personnes implantées.
Controverse En 1963, dans un ranch à Cordoue, en Espagne, José Delgado fit une démonstration médiatisée, y compris à la télévision, durant laquelle il parvint à stopper l'élan d'un taureau équipé d'un stimoceiveur et contrôlé à distance grâce à un transmetteur radio qu'il tenait dans sa main. D'après le Scientific American, il contrôlait chaque action de l'animal. En 1966, Delgado affirma que ses travaux « amènent à la conclusion déplaisante que les mouvements, les émotions, et l'humeur, peuvent être contrôlés par des signaux électriques et que les humains peuvent être contrôlés comme des robots en appuyant sur des boutons ». En 1969, il parle de dérive orwellienne de ses travaux qui pourraient servir à réduire en esclavage des êtres humains.
Les implants cérébraux et les travaux de Delgado eurent une portée internationale et furent vivement critiqués aux États-Unis dans les années 1970, après avoir été médiatisés, notamment dans le New York Times. Concernant les critiques religieuses sur les implants cérébraux, Delgado fit la comparaison suivante : « Je suppose que pour des primitifs, l'idée de dévier le cours d'une rivière semblerait irréligieux », affirmation publiée dans le New York Times, le . Delgado fut également pris dans un scandale provoqué par deux scientifiques avec qui il avait brièvement collaboré et qui ont suggéré que la chirurgie et la stimulation électrique du cerveau pourraient « réprimer les tendances violentes des Noirs faisant des émeutes ». Il fut ensuite critiqué par des médecins opposés aux implants cérébraux, comme Peter Breggin, qui, en 1972, accusa Delgado, certains de ses collaborateurs, et les partisans de la lobotomie, d'essayer de créer une société où tous ceux qui dévient de la norme seront chirurgicalement mutilés. En 1973, Elliot Valenstein, dans son livre « Brain Control », a présenté une critique des travaux de Delgado sur les implants cérébraux, soutenant que les résultats de la stimulation électrique sont moins précis et avec moins de bénéfice thérapeutique que les solutions les plus généralement proposées. De plus, certaines personnes ont prétendu que Delgado leur avait secrètement implanté un stimoceiver, l'une d'elles engagea des poursuites judiciaires, demandant 1 million de dollars, contre Delgado et l'université Yale.
Vers 1973, il fut invité par Villar Palasi, ministre du dictateur espagnol Franco, pour aider à organiser une nouvelle école de médecine à l'Université Autonome de Madrid. Delgado précise qu'il n'y eut avec le ministre aucun problème concernant la controverse au sujet de ses travaux sur les implants cérébraux, l'offre faite par le ministre était « trop intéressante pour être refusée », Delgado demanda « Pourrais-je avoir les mêmes avantages qu'à Yale ? » et le ministre répondit « Oh, non, vous aurez bien mieux ».
En 1974, il retourne donc en Espagne. À Madrid, il teste des casques transmettant des impulsions électromagnétiques au cerveau. Par la suite, son influence diminue notablement dans le milieu de la recherche et les expériences de stimulation cérébrale par électrodes sont progressivement abandonnées. Cependant, ses travaux sur les implants cérébraux furent à nouveau médiatisés vers le milieu des années 1980, un article du magazine Omni et des documentaires de la BBC et CNN, citent ses travaux comme une preuve que les États-Unis et l'Union Soviétique pourraient avoir développé en secret des méthodes de contrôle des pensées. Delgado arrête toute recherche au début des années 1990.
Fonctionnalités
Dans les années 1950 et 1960
Les implants cérébraux permettent de contrôler, entre autres, les fonctions suivantes, d'après les travaux de José Delgado :
Motricité Delgado pouvait contrôler des animaux comme des « jouets électriques », en pressant différents boutons, il pouvait ainsi faire ouvrir et fermer les yeux à un singe, lui faire tourner la tête, bouger la langue et les lèvres, provoquer un grognement, le faire éternuer, bailler, augmenter ou diminuer fortement la quantité de nourriture consommée, faire tomber en sommeil profond ou maintenir éveillé, modifier le rythme cardiaque, il pouvait également forcer un chat à se lécher y compris durant son sommeil et le forcer à lever une patte. Avec des stimulations dans l'hypothalamus, il pouvait contrôler la dilatation des pupilles « aussi facilement qu'un objectif d'appareil photo ».
Delgado fit également des expériences sur des humains, et réussit à forcer quelqu'un à plier les doigts, le signal électrique envoyé dans le cerveau étant supérieur à la volonté du cobaye de garder les doigts tendus.
Émotions et humeur En stimulant différentes régions du système limbique, il pouvait provoquer de la peur, de la très forte nervosité, de la convoitise, de l'hilarité, du bavardage, et d'autres réactions. En stimulant la région limbique appelée septum il pouvait provoquer de l'euphorie, dans certains cas suffisamment forte pour contrer une dépression ou une douleur physique. D'après Delgado dans une publicationJose M. R. Delgado « Intracerebral Radio Stimulation and Recording in Completely Free Patients », la stimulation de différents points de l'amygdale et de l'hippocampe pouvait provoquer des sensations agréables, de l'exaltation, un état de réflexion, de la concentration, des sentiments bizarres, une forte relaxation, des visions colorées, et autres réactions.