L'interprétation du Coran est une pratique théologique islamique qui s'intéresse à l'explication des différents sens des versets coraniques. L'étude du Coran, possédant plus de versets, a donné naissance aux études coraniques qui consistent non seulement en sa mémorisation mais aussi dans la connaissance des clés de lecture du texte et en son exégèse. Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, conseille : « Il faut des clefs du Coran, on n'entre pas dans son monde comme celaCoran, ouvre-toi dans Le Monde, décembre 2001, page 15.. » Parmi les disciplines constituant les sciences coraniques figurent l'ʼIʻrāb (analyse syntaxique des versets), le tabyîn (l’explicitation du sens « littéral »), ou encore le tafsir (exégèse ou interprétation).
Pour Viviane Liati, Ce contexte, présenté différemment selon les courants de l'islam ou les époques, a donné lieu à diverses méthodes d'interprétation du Coran. Il est à noter que l'interprétation du Coran, ici évoquée, est l’interprétation religieuse et n'est pas une science au sens moderne du terme, à la différence de l'islamologie, discipline étudiant l'islam et le Coran avec les outils scientifiques.
Les quatre sens de l'Écriture Plusieurs hadiths attestent l’existence des sens cachés sous la lettre de la Révélation et distinguent, symboliquement, quatre ou sept sens différents. Selon un hadith bien connu :
Différentes interprétations du Coran droite|vignette|Un Coran avec lettre colorée afin de mettre en évidence les règles de Tajwid et faciliter la récitation. Selon l'époque ou le courant de l'islam, le Coran fait l'objet de modes d'interprétation différents. Un même verset peut être interprété selon des modes d'interprétation variés. Ainsi, le verset dit de la lumière (, ) a fait l'objet d'une interprétation philosophique par Ibn Sīnā, d'une interprétation symbolique par Gazālī et une dernière soufie par Ibnʿ ArabīMohammed Chaouki Zine, L’interprétation symbolique du verset de la lumière chez Ibn Sīnā, Gazālī et Ibn Arabī et ses implications doctrinales, Arabica 56 (2009) 543-595. Si toute exégèse islamique se base sur le Coran, Meir Bar-Asher cite, à son propos, les mots de Werenfels : M. Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, Paris, 2007, article « exégèse sunnite et chiite »..
Les musulmans non-réformateurs considèrent que le Coran . Pour Cuypers, Michel Cuypers, La rhétorique sémitique dans le Coran, StRBS 27b (13.07.2016) https://www.retoricabiblicaesemitica.org/Pubblicazioni/StRBS/27b.Cuypers,%20La%20rhetorique%20semitique%20dans%20le%20Coran.pdf. Les mouvements fondamentalistes défendent aussi une décontextualisation du Coran dans . Cette interprétation fondamentaliste , par le refus des sciences historiques et l'acceptation des traditions prophétiques mais innove dans la volonté de mener une exégèse thématique et dans l'approche politiqueM. Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, Paris, 2007, article « exégèse contemporaine ». Pour Sambe Bakary, .
Dans le monde chiite, s'appuyant sur un hadith prophétique, un principe est que seuls les imams (les descendants d'Ali) peuvent interpréter le Coran. Dans ce courant, sont prépondérants. Ainsi, ce courant comprend le récit du voyage nocturne comme une allégorie de l'élévation spirituelle auprès de Dieu.
Les mouvements mystiques, le soufisme, ont une approche symbolique du Coran. Les versets juridiques ou se voulant historiques sont compris comme une . Ainsi, si la sortie d'Égypte et la montée du mont Sinaï sont acceptées comme événements extérieurs dans le soufisme, elles sont aussi l'image de la montée de l'âme vers la vérité divine. De même, les versets sur le combat sont compris comme un combat de l'homme contre ses « penchants passionnels ». Initialement chiite, cette exégèse se retrouve dans le courant sunnite dès le de l'Hégire. De nombreux versets du Coran font référence à une Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, article « exégèse mystique »..
Certains musulmans prônent aujourd'hui une émancipation du tafsir traditionnel et l'acceptation des sciences modernes. Ce principe était déjà celui de Fakhr al-dîn al Râzi qui . Héritier du réformisme du , ce courant peut être considéré comme « moderniste ». Pour celui-ci, il convient de se séparer des . Ce courant admet que le Coran était destiné à des arabes du et qu'il est un témoin de leurs conceptions. Pour Cuypers, .
L'exégèse coranique sunnite
Le terme Tafsir désigne l’exégèse coranique exotérique (linguistique, théologique…). Plusieurs hadiths rapportent le besoin d'exégèse pour découvrir les différents sens du Coran mais aussi sur le texte coranique qui précise que le Coran contient des « versets clairs » et d'autres « ambigus » et qui possède des exemples d'exégèses au cœur même de son texte.
Dès les débuts de l'islam, certains compagnons de Mahomet prônent une exégèse du texte coranique ne prenant pas en compte des éléments extérieurs. La question de l'usage des traditions s'est rapidement posée et l'opinion majoritaire durant les trois premiers siècles est qu'une exégèse personnelle n'est pas valable, ce qui est a contrario, une preuve de l'existence d'un courant défendant ce point de vue.
Un des premiers aspects de l'exégèse coranique fut d'en fixer le texte. La science des Lectures (Qirâ’at) est une science coranique qui s’intéresse aux différentes variantes de lecture du Coran. Ces variantes diffèrent notamment en termes de vocalisations, fins de versetsAmir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, 2007, article « sept lectures », .. Jusqu'au , cette science des lectures pouvait aller jusqu'à corriger le rasm pour le faire coller à l'« usage de l'arabe ». Tandis que le Coran gagne en précision, la science des Qirâ’at commence à juger les lectures sur la conformité aux rasm présents dans les manuscrits, sur la fiabilité de la transmission et sur le respect de la langue arabe. Ces règles seront systématisées à partir de la réforme d'Ibn Mujâhid. Le nombre de lectures du Coran évolua et . La diffusion majoritaire aujourd'hui de la lecture dite de Hafs date du et de l'empire Ottoman et est accentuée par l'impression d'une édition sur ordre du roi Fouad en 1923Michel Cuypers, Geneviève Gobillot ; Idées reçues, le Coran, Éditions Le Cavalier Bleu, Paris, août 2007, ..
À partir du , une littérature exégétique doctrinale se met en place. Elle reflète alors . Ces interrogations concernent l'essence de DieuEntre une vision anthropomorphe des Hanbalites, une rejetant cette approche chez les Mutazilites, et une dernière intermédiaire chez les Asharites, la prédestinationThèse acceptée par les Asharites mais refusée par les Mutazilites.... Plusieurs auteurs anciens ont déjà critiqué le tafsir, comme Ibn Khaldûn.
Notes et références Notes
Références
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