Arkaïm (en ) est un site archéologique de l'Âge du bronze situé dans le sud-est de l'Oural, en Russie, juste au nord-ouest de la frontière du Kazakhstan. Le site est daté du Il s'agit d'une implantation de la culture indo-européenne de Sintachta.
vignette|redresse=1.3|Vue du site d'Arkaim et du paysage environnant
Situation Arkaïm se trouve au nord-nord-ouest d'Amourski, et au sud-sud-est d'Alexandrovski, deux villages de l'oblast de Tcheliabinsk, en Sibérie occidentale.
Historique Le site est découvert en 1987 par une équipe d'archéologues de Tcheliabinsk menée par Guennadi Zdanovitch, de l'Université d'État de Tcheliabinsk. Ils sont chargés d'évaluer l'intérêt archéologique d'une zone située à la confluence des rivières Bolshaya Karaganka et Utyaganka, par mesure d'archéologie préventive. La construction d'un futur réservoir de barrage avait été entamée à l'automne précédent et la zone devait être inondée pour créer un plan d'eau derrière le barrage. Quelques sites archéologiques étaient déjà connus dans les parages, mais ils avaient donné lieu à peu de découvertes et n'étaient pas considérés comme dignes d'être préservés. L'inondation du site était prévue pour le printemps 1988.
Le , deux étudiants membres de l'expédition, Aleksandr Voronkov et Aleksandr Ezril, informent les archéologues qu'ils ont repéré des talus de forme étrange dans la steppe. Zdanovitch annonce la découverte dans la soirée. À l'époque, et depuis les années 1970, les savants soviétiques sont engagés dans d'âpres controverses au sujet de la région où se serait développé à l'origine un supposé peuple indo-européen, et Zdanovitch espère alors que ces vestiges constitueront un pivot dans ce débat. La culture de Sintachta, découverte durant les années 1970, avait livré un modèle ancien de char à chevaux, ce qui avait montré que les cultures de l'Oural méridional avaient joué un rôle important dans le développement d'une technique et d'une culture complexes. Aux yeux de Zdanovitch, la découverte d'Arkaïm en constituait une preuve supplémentaire.
La lutte pour la préservation du site s'avère cependant difficile, car le projet de réservoir est mené par le ministre des Ressources hydrauliques de l'Union soviétique, un homme politique alors très puissant. L'achèvement du projet avait été prévu initialement pour l'été 1989, mais les constructeurs avaient l'intention de hâter la construction pour la terminer au printemps 1988. Les archéologues font alors de leur mieux pour mobiliser l'opinion publique en faveur du sauvetage d'Arkaïm, en réclamant d'abord un gel du projet de réservoir jusqu'en 1990 ; des universitaires et des personnalités publiques prennent à leur tour la défense du site. En , le Praesidium de la branche de l'Oural à l'Académie des sciences de l'Union soviétique institue en bonne et due forme un laboratoire scientifique pour l'étude de la culture antique de l'oblast de Tcheliabinsk et demande au Conseil des ministres de la fédération de Russie de déclarer la zone comme aire protégée en raison de sa valeur historique.
Au cours des mois suivants, le ministre des Ressources hydrauliques perd rapidement de son pouvoir à mesure que l'Union soviétique s'achemine vers son éclatement. En , le Conseil des ministres déclare officiellement l'annulation du projet de réservoir et fait d'Arkaïm un .
Dans la décennie qui a suivi la découverte d'Arkaïm, plus de vingt autres sites similaires, circulaires ou rectangulaires, ont été découverts dans le sud de l'Oural et le nord du Kazakhstan. Ils datent d'entre le et le Cette vaste zone a été surnommée par les archéologues le et elle s'étend sur une superficie d'environ . Certains de ces sites montrent des vestiges de pierre mieux conservés et plus impressionnants que ceux visibles à Arkaïm, mais ce dernier site est mieux connu du grand public en raison de la médiatisation dont il a fait l'objet quand les archéologues luttaient pour sa sauvegarde.
En , le site a été visité par le président Vladimir Poutine.
Description vignette|redresse=1.3|Fouille et reconstruction partielle du bâtiment vignette|redresse=1.3|Modèle de char, musée d'Arkaim
Arkaïm était une forteresse circulaire d'environ de diamètre, protégée par deux murs d'enceinte concentriques bâtis en adobe sur des charpentes en bois et renforcés par des briques d'argile crues, sur une épaisseur de et une hauteur de . Le site couvre une surface d'environ (2 hectares). L'ensemble des lieux est entouré d'un fossé de de profondeur.
À l'intérieur étaient disposées une soixantaine de maisons semi-enterrées pourvues de foyers, de celliers, de puits et de fourneaux pour la forge du métal. Les habitations disposaient d'une surface de 110 à . Elles donnaient sur une rue intérieure circulaire pavée de blocs de bois. La rue était longée par un égout de drainage couvert comprenant des trous pour collecter l'eau. Au centre du complexe s'étendait une place rectangulaire. L'anneau extérieur comprenait 39 ou 40 logements, avec des ouvertures donnant sur la rue circulaire. L'anneau intérieur comprenait 27 logements, disposés le long de l'enceinte intérieure, avec des portes ouvrant sur la place centrale carrée de . Les murs d'enceinte étaient percés par quatre voies d'accès, constituées par des passages construits de façon complexe afin de rendre plus difficile une attaque ennemie, avec une entrée principale à l'ouest.
À proximité des murs d'Arkaïm se trouvaient des terres arables, 130-140 m par (430 à par ), irriguées par un réseau de canaux et de fossés. Des restes de graines de millet et d'orge ont été trouvés.
Bien que le site ait été incendié et abandonné, beaucoup de détails sont visibles et bien conservés. Arkaïm est similaire dans la forme mais bien mieux conservé que sa voisine Sintachta, où le premier char a été exhumé.
Analyse Zdanovitch estime qu'environ pourraient avoir vécu dans le village. Les découvertes suggèrent que le complexe a été bâti en suivant un plan, ce qui indique que la communauté qui l'a construit disposait d'une structure sociale développée et de dirigeants investis d'une autorité politique.
Le site est daté du . Cette datation suggère que le village était contemporain de l'expansion indo-iranienne vers l'Asie du Sud (fin de la Civilisation de la vallée de l'Indus vers ), et vers l'Anatolie (émergence du Mittani vers ).
Récupérations politiques et ésotériques Sitôt découvert, le site d'Arkaïm a fait l'objet de nombreuses interprétations parfois fantaisistes ainsi que de récupérations politiques liées au nationalisme extrémiste en Russie. Arkaïm a éveillé l'attention d'une large portion du public et des médias en Russie, y compris des organisations ésotériques, New Age et pseudoscientifiques.
Afin de faire un peu de publicité au site archéologique, les premiers fouilleurs ont surnommé Arkaïm « Swastika City », « Mandala City », et « l'ancienne capitale de la civilisation aryenne des origines, comme décrite dans l'Avesta et les Vedas ». La description se réfère à la forme en svastika, presque similaire à la croix gammée (il suffit de la retourner pour que ses branches aillent dans le sens des aiguilles d'une montre), mais avec des bras arrondis (similaire à la croix basque) attachés à un anneau central au lieu d'une croix.
La similitude de la latitude, de la datation et de la taille ont conduit certains archéoastronomes (Bystrushkin 2003) à comparer Arkaïm à Stonehenge, en Angleterre. Selon leurs déclarations, l'observatoire néolithique de Stonehenge permet l'observation de 15 phénomènes astronomiques à partir de 22 éléments, alors que l'observatoire d'Arkaïm permet l'observation de 18 phénomènes astronomiques à partir de 30 éléments. La précision des mesures de Stonehenge est estimée à 10 arc-minute à un degré, alors qu'à Arkaïm il descend à 1 arc-minute. Une telle précision des observations astronomiques n'a pas été répétée avant la compilation de l'Almageste environ deux millénaires plus tard. L'interprétation selon laquelle Stonehenge ou Arkaïm auraient servi d'observatoires n'est pas largement acceptée.
Dans la culture populaire Dans l'album Huit Heures à Berlin de la série Blake et Mortimer, paru en 2022, dont la trame se situe en 1963, Mortimer est invité en URSS pour visiter les travaux du site d'Arkaïm, où ont aussi été trouvés des cadavres dont le visage était écorché.
Références
Bibliographie Jones-Bley, K.; Zdanovich, D. G. (eds.), Complex Societies of Central Eurasia from the 3rd to the 1st Millennium BC, 2 vols, JIES Monograph Series Nos. 45, 46, Washington D.C. (2002), , . Panel-Philippe, G.; Stone-Peter, G., The Constructed Past:Experimental Archeology, Education and the Public, Routledge (July 1999).
Victor A. Shnirelman, "Archaeology and the National Idea in Eurasia", dans Charles W. Hartley, G. Bike Yazicioğlu et Adam T. Smith (éds.), The Archaeology of Power and Politics in Eurasia : Regimes and Revolutions, Cambridge University Press, 2012, 15–36. .
Voir aussi Articles connexes Culture de Sintachta
Liens externes Ural State University invitation for conference (page préservée dans son état du sur l'Internet Archive) General information
Catégorie:Site de l'âge du bronze en Russie Catégorie:Site préhistorique en Sibérie Catégorie:Site archéologique dans l'oblast de Tcheliabinsk Catégorie:Études indo-européennes Catégorie:Archéoastronomie