vignette Le français est une langue romane. Elle est parlée en France, en Belgique, au Canada, au Luxembourg, en Suisse et dans 51 autres pays, principalement en Afrique, qui pour la plupart ont fait partie de l’ancien empire colonial français, ainsi qu'en République démocratique du Congo, ancien Congo belge, ainsi qu'au Burundi et au Rwanda, mais aussi au Val d'Aoste (Italie), à Jersey (territoire britannique), à l'île Maurice, etc.

Issu de l'évolution du bas latin et du latin vulgaire vers le gallo-roman au cours du premier millénaire de l'ère chrétienne, le français, langue royale, devient une langue juridique et administrative avec l'ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539. Par la suite, le français, toujours autour du noyau parisien, se diffuse en France, en Europe et dans le mondeYves Montenay, Le français et la mondialisation, Les Belles lettres, Paris, 2005, 321 p.. S'ensuit une longue réforme de la langue promue par les académiciens, pour la régulariser et y réintroduire des vocables latins. Le français classique des devient le français moderne du , langue véhiculaire de l'Europe. Avec la colonisation, le français se répand en Amérique du Nord au , en Afrique au par les empires coloniaux français et belge, ce qui en fait une langue mondiale. Il perd toutefois en influence dans la seconde moitié du , au profit de l'anglais.

Claude Hagège distingue trois périodes de rayonnement du français : la période du Moyen Âge qui s'étend de la fin du , la période qui s'étend du début du règne de Louis XIV à la fin du , et la période allant de la fin du Claude Hagège, Combat pour le français, p. 16-25.

Le terme « langue d'oïl », dans certains cas, peut être un synonyme de français.

La langue française a cette particularité que son développement est en partie l'œuvre de groupes intellectuels, comme la Pléiade, ou d'institutions, comme l'Académie française. C'est une langue dite « académique » et non pas Ausbau (« langue par élaboration »). Toutefois, l'usage garde ses droits et nombreux sont ceux qui malaxèrent cette langue vivante, au premier rang desquels le dramaturge Molière : on parle d'ailleurs de la « langue de Molière ».

Au Québec, l'Office québécois de la langue française s’occupe de réglementer l’usage de la langue française, elle-même protégée par la loi 101 du Québec. L'Office propose sur l'Internet son Grand Dictionnaire terminologique..

Du : interactions entre latin vulgaire et langue gauloise L’histoire de la langue française commence avec l’invasion de la Gaule par les armées romaines sous Jules César de 58 à 50 On considère que la Gaule comptait alors environ d’habitants, qui parlaient principalement la langue gauloise formée de dialectes celtes plus ou moins intercompréhensibles et formant un continuum linguistique.

Après la conquête, les soldats et les commerçants romains importent avec eux le sermo cotidianus, ou latin vulgaire. Malgré l'apparente similitude des deux langues (syntaxe, numération, morphologie), on ignore encore le degré de continuité entre le gaulois et le latin. Le latin fonctionne comme langue de l’écrit et de l’administration, tandis que le gaulois, de tradition orale puisqu’il ne s’écrivait que peu, continue d'avoir une fonction de langue d’échange dans les centres urbains qui ont connu un essor rapide sous les Romains et demeure postérieurement la langue quotidienne dans les milieux ruraux, notamment ceux éloignés des grands centres de romanisation que sont les villes et la Méditerranée.

Le latin vulgaire

Le latin vulgaire se distingue du latin classique par le fréquent usage de la métaphore : manducare « mâchouiller » (> manger) au lieu du classique edere « manger » ; parabolare, dérivé de parabola « parole » (> parler) au lieu de loqui « parler », qui a lui-même remplacé fari. par la simplification des formes morphosyntaxiques : les genres et cas voient une réduction progressive aux seuls nominatif et accusatif (alors qu'il y en a six en latin classique), la déclinaison du neutre est le plus souvent ramenée à celle du masculin, et des modèles de déclinaisons (, et déclinaisons) s’alignent sur les modèles les plus fréquents ( et déclinaisons).

Le latin vulgaire (ou latin populaire) voit l'apparition des formes verbales analytiques avec un futur de type venire habeo (vénire áio, d'où « je viendrai » en français, vindré en catalan ou vendré en espagnol), les formes passives de type amatus sum à valeur de présent (alors qu'en latin classique amatus sum a valeur de passé), et le passé de type habeo panem manducatum (áio pane manducatu, « j'ai du pain mangé », d'où le sens « j’ai mangé du pain »). Disparaissent le supin, le participe futur (morituri te salutant ne peut être traduit que par une périphrase en français moderne), et les infinitifs futur et parfait (amaturum esse, approximativement « être destiné à aimer », et amavisse, approximativement « avoir aimé », peuvent difficilement se traduire en français moderne). Les temps du passé du subjonctif se confondent et se réduisent.

Certains adverbes adoptent aussi des formes analytiques telles que *hanc hōra(m) « à cette heure » (d'où le français encore, le catalan encara et l'italien ancóra). Les adverbes sont formés par syntagme à l'aide de mente, par exemple bonā mente, devenu univerbé, d'où bonnement.

L'ordre des mots tend à se fixer. Cela est dû à la réduction des cas aux seuls nominatif et accusatif. En outre, au niveau phonétique, le -m final, marqueur de l'accusatif, disparaît dans la langue parlée (rosam prononcé [rosa, roza] se confond avec le nominatif rosa). Les prépositions progressent ainsi : ad pour marquer le datif ou l'accusatif (eo ad Roma(m) < eo Romam), de pour marquer le génitif. L'adjectif, l'épithète et le génitif se placent après le substantif (le nom commun). Le verbe prend une position médiane dans la phrase (et non finale, comme en latin classique).

On constate un enrichissement des phonèmes (sons, voyelles et consonnes) avec l'augmentation des phonèmes vocaliques (c'est-à-dire les voyelles telles qu'elles sont dites, plutôt qu'écrites). Cela provient du fait que le système « voyelles courtes/longues » du latin classique est remplacé en latin vulgaire par un système « voyelles ouvertes/fermées ». Ainsi [é] court devient [è], [é] long devient [é] court, tandis que [o] court devient « o ouvert » (comme dans « bonne »), et [o] long devient « o fermé » (comme dans « zone »). Par conséquent, certaines voyelles courtes disparaissent : caldus, syncope de calidus, d'où l'adjectif français chaud et le substantif espagnol caldo « bouillon ». Certaines diphtongues se réduisent : oru(m) < aurum « or ». Certaines voyelles longues simples se diphtonguent. Mais la diphtongaison n'est pas propre au latin vulgaire, puisque les voyelles longues ne se diphtongueront qu'à partir du ; on la rencontre néanmoins dans toute la Romania : français « pied », espagnol pie (<péde(m)). Ce phénomène sera davantage le fait de la Gaule à partir du . Les sons [v] et [z] apparaissent (vivere était prononcé [wiwere] en latin classique). Les consonnes sourdes intervocaliques se sonorisent : [vida] (< vita), [roza] (< rosa). Les consonnes affriquées apparaissent : [k] se palatise devant e et i devenant ainsi kʲ/tʲ puis [t͡ʃ] (en Italie) et [t͡s] (en Espagne et en Gaule), éventuellement sonorisé par lénition entre deux voyelles (en Gaule) : placēre « plaire », prononcé [plakʲerɛ], tardivement [plat͡serɛ], devenu [plajd͡zer] en gallo-roman, d'où enfin plaisir en ancien français et plazer en occitan moyen.

Les mutations lexicales du latin vulgaire tardif en France le distinguent aussi du latin classique.

Le substrat gaulois

Lors de la mise en place du pouvoir romain, la Gaule était peuplée d'une soixantaine de peuples gaulois qui parlaient le gaulois (ou de nombreuses variétés régionales sans doute mutuellement intelligibles car ayant un fond commun important). Après la conquête du pays en 51 , et au cours des siècles suivants, la langue des Romains (le latin vulgaire) ou à tout le moins leur terminologie fut peu à peu adoptée par tous, mais le bilinguisme dut être une réalité jusqu'à la fin du selon certains (François de la Chaussée, Initiation à la phonétique historique de l'ancien français, Paris, 1989, éditions Klincksieck, ), ou du selon d'autresPierre-Yves Lambert, La langue gauloise, éditions errance 1994. .Miles Dillon, Nora Kershaw Chadwick, Françoise Le Roux et Christian-Joseph Guyonvarc'h, Les royaumes celtiques ch : La disparition du gaulois et le substrat celtique en roman, éditions Ameline, Crozon 2001..

Le gallo-roman conserva quelques idiomatiques (oui < vfr. o il, soit « c'est ça ») et l'influence sur le vocabulaire fut certaine ; bien que plusieurs des mots gaulois démontrent beaucoup de similarité avec les vocables latins, il ne subsisterait en français moderne qu'environ courants dont l'étymologie est typiquement d'origine gauloise, si on exclut les régionalismes et dialectismes, mais aussi les termes et expressions dont l'étymologie reste mal éclaircie et qui pourraient dans certains cas, s'expliquer par une action du substrat gaulois. Ex. : aveugle < bas-latin ab oculis () « sans yeux » présenté souvent, sans argument convaincant, comme un calque du grec, jusqu'à la découverte sur le Plomb de Chamalières du terme celtique exsops ayant précisément la même signification de « privé de vue » qu'ab oculisPierre-Yves Lambert, La langue gauloise, éditions Errance, 1994, .. La numération vigésimale (par vingt, par ex. quatre-vingt-dix au lieu de nonante, vfr. deux vinz (= 40), set vinz (= 140), dis neuf vinz (= 380)) proviendrait du gaulois, car on la trouve aussi en breton et dans les autres langues celtiques, mais elle existe également en danois (langue germanique) et en basque (langue non indo-européenne). Le suffixe de localisation -(i)-acum, issu du gaulois -acon (< celtique commun -āko(n)), qui s'inscrit dans la toponymie, marque les territoires où le celtique a été parlé et il s'est souvent confondu avec le suffixe -etum, autre suffixe toponymique d'origine gauloise, car ils ont une signification proche et aboutissent parfois finalement tous deux aux finales -ey, -ay et ont une signification proche. -etum / -eta a aussi donné le suffixe collectif -aye> -aie toujours productif en français et qui sert à désigner un ensemble de végétaux (plantes, arbustes, arbres) appartenant à la même espèce (Chênaie, Saulaie, etc.). Quant à -(i)acum, il a permis de créer d'innombrables toponymes qui sont parvenus jusqu'à nous aujourd'hui sous diverses formes selon les régions : -ac (dans la partie sud de la France et en Bretagne) ou en -ay, -ai, -ey, -é ou -y (dans la partie nord et centrale de la France, en Suisse romande et en Belgique romaneL'évolution du suffixe -acum dans les régions germanisées (Allemagne, Autriche, Alsace, Lorraine francique, Flandres), de langue italienne (extrême nord), de langue celtique (Irlande, Galles, Écosse et Bretagne bretonnante) n'est évidemment pas prise en compte pour ces exemples.), d'où les villes Cognac, Tournai, Cernay, Neuilly, Chaillé, etc. On trouve également de nombreux toponymes de types divers, mais dont l'étymologie est indiscutablement gauloise. L'influence du vocabulaire d'origine gauloise sur le gallo-roman se manifeste surtout par des mots attachés au terroir (tels que char/charrue, arpent, bâche, borne, alouette, bruyère, bouleau, chêne, if, druide, chemin, suie, caillou, galet, marne, etc.), aux produits qui intéressent peu le commerce romain (tels que rucheAlors que le mot « miel », produit qui se vend bien, est issu du latin., mouton, crème, raie, tanche, vandoise, tonneauLes Romains privilégient l'amphore., jarret, etc.) ou aux toponymes (Voir toponymie française).