La capitulation belge de 1940 s’est en fait déroulée en deux temps : la première capitulation est la cessation des combats par les forces armées belges le , sur ordre du roi Léopold III, à la suite de l'invasion de la Belgique par l'Allemagne nazie, pendant la Seconde Guerre mondiale. Il y en eut une autre, le , qui est celle du gouvernement Pierlot (voir infra).

La reddition des armées belges a lieu seulement 18 jours après le début de l'invasion allemande, qualifiée de . Elle était devenue inévitable à la suite du retrait soudain de l'armée britannique vers Dunkerque pendant la Bataille de la Lys et la perte de Bruxelles et d'Anvers. La capitulation belge suit la Percée de Sedan, le , les victoires allemandes dans les Batailles de Stonne, de la Sambre, et d'Arras, la prise d'Abbeville le et le début de l'évacuation de Dunkerque. Le gouvernement Pierlot IV part en exil tandis que Léopold III décide de rester en Belgique et se constitue prisonnier.

Les recherches des historiens sur les circonstances de la capitulation les ont conduits à analyser plusieurs aspects, tels que la qui a surgi après le conflit autour de l'attitude de Léopold III, les défections de certaines divisions flamandes pendant les combats, les conséquences de la flamenpolitik sur le traitement des prisonniers de guerre, ou encore la perte de confiance du roi Léopold III envers l'allié britannique.

Problèmes politiques posés par cet événement En , l'issue de la bataille de la Lys - achevée par la capitulation - doit se comprendre en considérant que le problème était autant politique que militaire. Pour s'en rendre compte, il n'est pas besoin d'évoquer l'historien militaire du Clausewitz qui liait les deux facteurs, car la situation militaire en et les événements politiques des années d'avant-guerre parlent d'eux-mêmes.

Sur le plan militaire, la décision royale d'ordonner la reddition de l'armée belge résultait d'une constatation évidente : à l'issue de la percée de Sedan, de la campagne de France et de la campagne des 18 jours, il n'y avait plus aucune chance pour l'armée belge de continuer la guerre du fait du retrait soudain de l'armée britannique vers Dunkerque et de son rembarquement commencé le . Cette retraite est un fait majeur des débuts de la Seconde Guerre mondiale. L'armée belge se trouvait découverte sur son flanc droit sans possibilité de combler le vide créé par l'abandon britannique et alors que la zone des combats était encombrée par 2 millions de réfugiés soumis aux bombardements allemands et à des atrocités, comme lors du massacre de la population de Vinkt (qui rééditait les exactions allemandes de 1914). Par ailleurs, le , l'état-major belge estime être incapable de reprendre la percée allemande ouverte au milieu du front de la Lys, aux alentours de Deinze-Tielt. Dans l'esprit du roi, il fallait arrêter ce qui pouvait dégénérer en massacre, aucune mesure n'étant prise pour sauver au moins une partie de l'armée belge à Dunkerque. Les Belges étaient sacrifiés, comme a bien dû l'avouer l'attaché militaire britannique auprès du roi, l'amiral Sir Roger Keyes, ce que celui-ci reconnaît dans ses mémoires Outrageous Fortune, Ed. Warburg London, 1984, Un Règne Brisé, page 340, Ed. Duculot Paris-Gembloux 1985. .

Sur le plan politique, il faut savoir qu'une méfiance à l'égard du Royaume-Uni était née dans l'esprit du roi depuis l'occupation de la rive gauche du Rhin par l'Allemagne au mépris du traité de Versailles, et cela sans réaction des anciens alliés de 1914-18. Méfiance grandissante après l'accord de Munich qui sacrifiait la Tchécoslovaquie à l’annexionnisme hitlérien, le premier ministre britannique Chamberlain renonçant, de concert avec le premier ministre français Daladier, à intervenir sur le continent. Tous deux choisissaient le déshonneur plutôt que la guerre selon les paroles de Churchill. La motivation politique de la méfiance royale était encore renforcée par un fait inconnu du public à l'époque, et encore largement ignoré depuis, c'est la tentative secrète de Chamberlain d'offrir à l'Allemagne un partage de l'Afrique au détriment du Congo belge, démarche restée secrète mais que le roi apprit par des renseignements confidentiels Les origines internationales du drame belge, J.Wullus-Rudiger, page 103, Ed. Vanderlinden, Bruxelles 1950.. Cela n'avait rien pour rassurer sur l'engagement britannique aux côtés de la Belgique.

Et d'ailleurs, sur le plan militaire, il avait fallu constater que, lorsque le gouvernement de Londres s'était décidé à entrer en guerre, de concert avec la France, en , le monde entier avait pu constater l'impréparation britannique révélée par l'envoi de 2 divisions pour atteindre, petit à petit, le chiffre de 10 le , alors que la Belgique mettait en ligne 22 divisions dès . Aussi, rendu défaitiste par la politique d'avant-guerre de la Grande-Bretagne et constatant, le , que la Belgique était abandonnée, le roi crut qu'il adoptait une attitude digne en se voulant prisonnier des Allemands avec ses soldats, ceci afin, dit-il, de ne pas les abandonner. Il ne s'en attira pas moins les foudres du premier ministre britannique Winston Churchill qui avait lui-même donné l'ordre de rembarquement de l'armée britannique, mais feignait d'ignorer que c'était cette décision qui était la raison principale du défaitisme royal. Quant au président du Conseil des ministres français Paul Reynaud, il avait lancé sa condamnation de la capitulation sans rien connaître des motivations profondes du roi et de la situation sur le terrain des combats. C'est que Reynaud n'était pas tenu au courant de la situation des armées du nord. Il avait d'ailleurs déjà dû reconnaître son ignorance des opérations militaires le , lors d'une conférence avec Churchill et le général en chef Gamelin, lorsque celui-ci avait avoué qu'il n'y avait plus de réserves françaises pour contre attaquer La défaite française, un désastre évitable, Jacques Belle, page 107, Ed. Economica, Paris 2008. . Cela, Reynaud en avait tout ignoré jusque-là. Comme le , lorsqu'il crut que l'armée belge abandonnait ses alliés, alors que ce sont les Britanniques qui, en se préparant à rembarquer, abandonnaient le front de l'armée française du nord et de l'armée belge.

Quant au gouvernement belge, dirigé par le catholique Hubert Pierlot et comprenant notamment le socialiste Paul-Henri Spaak, il estimait de toute façon qu'il était nécessaire que le roi poursuive la lutte avec les alliés hors du territoire national. C'est ce que ce gouvernement décida de faire seul, au départ de la France, condamnant le la capitulation « dont le roi Léopold avait pris l’initiative » et l’accusant de surcroît de vouloir « traiter avec l’ennemi » ce qui était alors contraire à la vérité. Cette résolution de combattre, confirmée par les parlementaires qui le à Limoges flétrirent l’attitude du roi, ne dura que 21 jours. Le en effet, réuni à Bordeaux après avoir entendu le discours défaitiste de Pétain, le gouvernement jetait l’éponge à son tour. Cette deuxième capitulation se fit discrètement et sans grands discours, mais Pierlot et ses ministres allaient s’installer à Vichy où ils allaient rester plus de deux mois, jusqu’au , durant lesquels ils allaient eux mêmes essayer de traiter avec l’ennemi (précisément ce qu’ils avaient reproché au roi), démobiliser et renvoyer chez eux les quelque 130.000 hommes disponibles en France (dont beaucoup resteront prisonniers jusqu’à la fin de la guerre). Le gouvernement Pierlot n’est donc pour rien dans le fait que la Belgique a pu continuer la guerre en regroupant des forces terrestres à Tenby (pays de Galles) sous la direction du général Victor van Strydonck de Burkel, et avec la participation de 28 pilotes belges dans la bataille d'Angleterre à partir du . Le mérite en revient aux intéressés eux-mêmes (militaires et pilotes) et à l’ambassadeur de Belgique à Londres, Émile de Cartier de Marchienne, qui refusa dès le toute idée de capitulation. Ensuite, ce fut le ministre des Colonies, Albert de Vleeschauwer, qui avait été autorisé à partir à Lisbonne et qui le affirma son soutien à la cause britannique. Au départ, ce soutien n’était qu’économique, mais Cartier qui le fit venir à Londres le et rencontrer Churchill le 8, obtint de lui deux choses: il approuvait les mesures militaires prises (garder mobilisées les forces de Tenby et les pilotes) et il essayerait de faire aussi venir à Londres ses collègues. Ce fut d’abord Camille Gutt (Finances), ami de Cartier, qui arriva le . Pierlot et Spaak furent plus longs à se décider, ne quittant Vichy que le 23 mais se voyant retenus en Espagne pour finalement arriver à s’en extraire et n'arriver en Angleterre que deux mois plus tard, le . Ce fut le trio composé de Cartier, Gutt et De Vleeschauwer qui début septembre s’opposa farouchement aux « Instructions de Berne » (venues de Bruxelles et affirmant une neutralité belge) et qui mit définitivement la Belgique dans le camp des vainqueurs de la guerre. Pierlot et Spaak, à ce moment en Espagne n’y prirent aucune part. Ces évènements sont relatés en détail dans le livre de Patrice-Emmanuel Schmitz « Les cent jours de l’Ambassadeur » paru en (voir bibliographie).

La participation des pilotes belges fut suivie de la constitution de trois escadrilles et d'une nouvelle force terrestre et aussi grâce au Congo belge avec sa puissance économique et ses quelques forces militaires victorieuses plus tard contre les Italiens d'Abyssinie. Tout cela en se passant de l'avis du roi devenu incapable de régner puisqu'il était prisonnier, la Constitution nationale belge suspendant l'exercice du pouvoir royal lorsque le roi n'a plus la capacité d'exercer librement les devoirs de sa charge.