thumb|250px|La synagogue de Bad Kissingen La synagogue de Bad Kissingen a été construite en 1902 ; comme la majorité des synagogues en Allemagne, elle sera détruite par les nazis en 1938.
Bad Kissingen est une ville thermale de l'arrondissement de Bad Kissingen, dans le district de Basse-Franconie (Unterfranken), au Nord de l'État libre de Bavière. Elle compte actuellement un peu plus de habitants.
Histoire de la communauté juive de Bad Kissingen
Avant l'avènement du nazisme Les Juifs ont probablement vécu à Bad Kissingen dès le Moyen Âge. Le nom de la ville est inscrit dans le livre mémorial (Memorbuch) pour les victimes juives des persécutions de Rintfleisch en 1298. La mention de la ville est controversée, car il n'existe aucune autre preuve de la présence de Juifs dans la ville médiévale à cette époque. Pour certains, il se pourrait qu'il y ait eu confusion avec la ville de Kitzingen, située plus au sud.
Entre 1500 et 1750, des Juifs se sont de nouveau installés en ville. Certaines familles de Schutzjuden (Juifs protégés) s'établissent, sous la protection du seigneur d'Erthal, dans l'ancienne Judenhof (Cour aux Juifs), correspondant aujourd'hui aux bâtiments 3 à 9 de la Bachstraße. Ils ne sont pas inquiétés lors de l'expulsion des Juifs de la ville décrétée à la fin du par l'évêque de Wurtzbourg. En 1644, on compte 163 Juifs protégés à Bad Kissingen. Une partie d'entre eux vit dans l'ancienne Alte Judengasse (Vieille ruelle aux Juifs), aujourd'hui la Grabengasse. Dès le début du , on trouve les premiers curistes juifs.
En 1817, 45 familles juives sont recensées et enregistrées à Bad Kissingen avec leur profession : la majorité sont dans l'élevage, le négoce et l'abattage des bovins, d'autres dans l'artisanat ou le commerce de peaux, de laine et de tissus.
Au , le nombre de résidents juifs augmente : en 1816, il y a 181 habitants juifs (soit 17,0 % de la population totale de la ville de habitants), répartis en 45 familles. En 1837, 210 Juifs, soit 13,1 % de la population de habitants. En 1867 : 314 soit 12,1 % de ; en 1880: 356 soit 9,2 % de ; en 1900 : 333, soit 7,0 % de et en 1910: 307 soit 5,3 % de habitants.
La communauté juive dispose d'une synagogue, d'une école, d'un bain rituel (Mikvé) et d'un cimetière. Pour l'organisation des fonctions religieuses, la communauté embauche un enseignant qui est en même temps chantre (Hazzan) et abatteur rituel (Shohet). On connait le nom de certaines de ces personnes: lors du recensement de 1817, Moses Berg originaire de Thalmässing est enregistré en tant qu'enseignant de la communauté juive depuis 1800. Ludwig Steinberger est Hazzan et enseignant à partir de 1896.
En 1839, Bad Kissingen devient le siège du rabbinat du district dont dépendent environ fidèles répartis entre de nombreuses communautés avoisinantes. En 1933, il reste encore 28 communautés. Au , les rabbins de Bad Kissingen sont successivement: Lazarus Adler de 1839 à 1852, Gabriel Lippmann de 1853 à 1864 et Moshe Aryeh Leib Bamberger de 1865 à 1902.
Parmi les nombreux clients curistes, se trouvent de nombreux Juifs venant de l'étranger, principalement d'Angleterre, de France, de Russie, de Hongrie et des États-Unis. Certains mourraient durant leur traitement.
Plusieurs hôtels et sanatoriums sont la propriété de familles juives. De nombreux docteurs juifs exercent en ville et dans les établissements de cure. Parmi les hôtels et maisons thermales les plus connus détenus par des familles juives, on trouve l'hôtel Ehrenreich dans la Kurhausstraße, à l'intersection avec la Lindesmühlpromenade (dénommée plus tard Theresienstraße), initialement dans les années 1870, table d'hôtes privée du professeur Eliezer Lazarus Ehrenreich, géré ultérieurement comme un hôtel par sa fille Rifka et son mari Emil Jeidel; la clinique diététique du docteur Edgar Apolant au 8/9 Menzelstraße; les maisons de cure de Nathan Bretzfelder (villa Holländer, 12 Bismarckstraße); du Philipp Münz (7 Theresienstaße); d'Ida Neuburger (5 Hartmannstraße); de Bella Regensburger; de Klara Rosenau (15 Bismarckstraße); les hôtels Herzfeld, Schwed, et des sœurs Seelig. Près de 90 pour cent de la population juive travaille pour ou en relation avec le thermalisme.
En 1905, sur l'initiative d'Isaak Seckel Bamberger, rabbin du district de 1902 à 1932, s'ouvre le Israelitische Kinderheilstätte (Sanatorium israélite pour enfants) au 34 Salinenstraße. Cet établissement de 68 lits, accueille des enfants malades de familles à faible revenus, originaires de toute l'Allemagne, et leur procure des soins médicaux gratuits. En 1905 aussi, est fondée une association dont le but est la création d'un hospice de soins thermaux pour les pauvres et la classe moyenne. En raison de la Première Guerre mondiale et de l'hyperinflation de 1923, le Israelitisches Kurhospiz (hospice thermal israélite) de 39 lits, ne voit le jour qu'en 1927 (villa Bavaria au 2 Altenberg).
Pendant la Première Guerre mondiale, la communauté juive perd huit de ses fidèles. Leur nom est gravé sur une plaque commémorative située à droite dans le vestibule de la maison de la Tahara (purification) dans le cimetière juif de Bad Kissingen. Six de ces noms sont aussi gravés sur le monument commémoratif communal pour les morts de la Première Guerre mondiale, sur le mur ouest de la chapelle du cimetière de Kapellenpfad.
La communauté atteint son apogée en 1925 avec 504 membres sur un total de habitants, soit 5,3 pour cent de la population de la ville. Ludwig Steinberger est alors Hazzan et professeur, et Gustav Neustädter ministre du culte. La communauté est bien structurée et possède plusieurs associations d'aide aux pauvres. Parmi ces associations figurent entre autres: un Israelitischer Wohltätigkeitsverein (organisme de bienfaisance) comprenant Hevra kaddisha (Société du dernier devoir), créée en 1860 et réunissant en 1932 70 membres sous la présidence de Nathan Bretzfelder, dont l'activité est de pourvoir aux obsèques de ceux qui sont dans le besoin ainsi que de fournir une aide médicale aux nécessiteux; un Israelitischer Frauenverein (Association des femmes juives), créée en 1860, dirigée de 1924 à 1932 par Sara Hofmann et forte en 1932 de 88 membres, dont le but est d'aider les nécessiteux; et une Wanderarmenkasse (Tronc pour les pauvres migrants), dirigé en 1924 par le rabbin Bamberger.
Pendant la période nazie En 1933, à l'avènement du parti nazi au pouvoir, 344 Juifs vivent à Bad Kissingen. Jusqu'en 1935, quinze établissements, hôtels, auberges, établissements de cure, pour un total de 600 curistes, sont encore la propriété de résidents juifs.
Lors de la nuit de Cristal, du 9 au , la synagogue est incendiée et la plupart des entreprises et des habitations juives sont pillées et détruites. De nombreux habitants juifs fuient alors la ville. L'émigration qui commence dès 1933 avec les premières lois anti-juives, conduit à l'exode principalement des jeunes. En 1939, déjà 121 habitants juifs de Bad Kissingen ont quitté l'Allemagne, dont 64 vers les États-Unis, 143 autres se sont installés dans d'autres villes allemandes, dont 31 à Francfort-sur-le-Main et 29 à Berlin.
En 1942, sur les 43 Juifs restants, 23 sont déportés le à Izbica dans la voïvodie de Lublin en Pologne, via Wurtzbourg, et les autres sont arrêtés et déportés plus tard vers le camp de concentration de Theresienstadt. Peu survivront. Le , le journal Saale-Zeitung écrit : Bad Kissingen est judenfrei (vide de Juif). Le maire de la ville a indiqué le , que le dernier Juif a quitté Bad Kissingen.
Après la Seconde Guerre mondiale Après 1945, l'American Jewish Joint Distribution Committee établit à Bad Kissingen un camp pour les Juifs rescapés des camps. La plupart de ces personnes émigreront entre 1948 et 1950 vers Israël.
Compte tenu du très petit nombre de juifs vivant en permanence à Bad Kissingen (seulement 9 résidents juifs en 1961), aucune communauté juive indépendante n'est créée après guerre. Le Kurheim Eden-Park est néanmoins le seul établissement thermal en Allemagne offrant des repas cachères.
En 1956, une salle de prière est ouverte dans l'ancien centre communautaire juif (2 Promenadestraße), à l'initiative du chantre Joseph Weissler, pour des offices réguliers pendant les mois d'été, destinés principalement aux curistes juifs. Pour cet oratoire, Weissler achète deux rouleaux de Torah. En 1996, cette salle est rénovée et dénommée Josef-Weissler-Betsaal, à la mémoire du chantre qui vécut à Bad Kissingen de 1947 à 1989.
Histoire de la synagogue
La construction de la nouvelle synagogue En 1705, il existait une synagogue située près de la Judenhof (cour aux Juifs), construite par les Juifs de cour protégés par le seigneur d'Erthal. Sur le même site, est construit en 1851-1852 un nouveau bâtiment appelé ultérieurement la Alte Synagoge (Vieille synagogue). Compte tenu du nombre croissant des membres de la communauté, celle-ci devient rapidement trop petite. À partir des années 1880, la communauté se met donc à la recherche d'un terrain approprié qu'elle trouve et acquiert en 1889 dans la Max-Straße (anciennement Promenadenstraße). La revue Der Israelit relate cet événement : L'administration cultuelle israélite locale a réussi, avec de gros efforts financiers, à acquérir un terrain pour y construire la synagogue projetée, celui de l'hôpital Sainte Thérèse et de son jardin attenant. Ce terrain se trouve à un emplacement idéal dans la ville thermale pour y construire un temple. La signature des documents notariaux a eu lieu aujourd'hui en présence du curé de la paroisse, monsieur Krug, représentant la fondation de l'hôpital Sainte Thérèse, et de messieurs Holländer, responsable du culte, Rosenau, trésorier de la fondation [pour la construction de la synagogue] et A. Löwenthal, trésorier de la communauté, en tant que représentant de la communauté juive: Revue Der Israelit du 12 septembre 1889.
L'architecte allemand Carl Krampf propose, dès 1894, les premières esquisses d'une synagogue en style néoroman. Le but est de construire une synagogue qui représente dignement la communauté juive et qui puisse rivaliser avec celle de Baden-Baden, la ville thermale concurrente, tout en ne se démarquant pas trop de son environnement chrétien. L'attribution des travaux est décidée le en même temps que l'approbation des plans définitifs. Der Israelit écrit : Beaucoup de temps s'est écoulé pour les fidèles et les nombreux curistes qui attendaient le démarrage de la construction de la nouvelle synagogue. Le 5 de ce mois, lors de la réunion de la direction [de la communauté] et du comité de construction, les travaux ont été attribués à l'entrepreneur local Renninger sous la direction de l'architecte Krampf: Revue Der Israelit du 12 octobre 1899.
L'inauguration de la synagogue Les travaux commencent presque immédiatement et se terminent en 1902. La nouvelle synagogue est consacrée le par une grande fête où sont invités les représentants de la municipalité et de l'État, ainsi que les membres des autres religions. La presse juive de l'époque, Der Israelit, ainsi que (Journal général du judaïsme) rapportent en détail ces festivités : Le vendredi après-midi, vers 16 heures 30, après l'office, les quatre rouleaux de Torah avec leurs somptueux parements (dont l'un offert pour l'occasion par les femmes de la communauté) sont retirés de l'Arche sainte de l'ancienne synagogue avec des chants solennels et transportés dans la nouvelle synagogue où ils sont disposés provisoirement dans la salle de prière. Le samedi , à 7 heures du matin, se déroule l'office du matin dans l'ancienne synagogue, suivi d'un sermon d'adieu, et à 9 heures 30, débute l'inauguration de la nouvelle synagogue.