Un webdocumentaire (aussi orthographié web-documentaire) est un documentaire conçu pour être interactif en associant texte, images, vidéos, données audio et animations, et produit pour être diffusé sur le World Wide Web.
Ce type d'œuvre se caractérise par : l'utilisation d'un contenu multimédia| la-croix.com - Webdocumentaire, le reportage à l'ère du multimédia - 04/12/2009, l'introduction dans le récit de procédés interactifsWebdocu.fr - Webdocumentaire interactif et participatif : l’internaute lecteur et acteur de l’information - 10/09/1020minutes.fr - Ces webdocumentaires dont on est les héros - 19/02/10, une navigation et un récit non linéaire, une écriture spécifique, un point de vue d'auteur Webdocu.fr - La différence entre (Web)documentaire et (Web)reportage - 26/02/10.
Histoire du Web-documentaire Le documentaire
Le cinéma documentaire classique représente une forme conventionnelle avec des codes à la fois intellectuels et techniques. Tout d’abord, il existe une forte revendication du réalisme. Le but est de capter le réel, d'apporter un regard sur le monde et avoir un aspect didactique. Le documentaire s’oppose bien à un film de fiction en ce sens où c’est "un film didactique montrant des faits réels, et non imaginaires" Jean Beschand, L'autre face du cinéma, 2002. L’objectivité en est également un point central puisqu'il est question de décrire "le réel tel quel" sans parti pris subjectif. Sa figure dominante est le commentaire omniscient du speaker anonyme supposé voir et savoir le monde représenté. Néanmoins, le film documentaire n’est pas sans scénario, sans décors, sans acteurs. Tous les documents font l’objet d’un projet rédigé qui donne une idée assez précise du sujet choisi et de sa future construction. Par exemple, un film de montage historique est d’abord écrit sous forme d’un canevas tissant des événements, commentaires, archives recherchées. Ce canevas est ensuite modifié au gré du tournage. D’une autre manière, les documentaires de reconstitution rejouent les situations par les protagonistes eux-mêmes ou font raconter les témoins sur les lieux à l’aide d’un texte élaboré. Dans ces cas, il s’agit de choisir le sujet, d’écrire le projet, de diriger le tournage et de monter le film. La première erreur est donc de croire qu’un documentaire se tourne sans mise en scène. La seconde erreur est de supposer des images sans auteur. Tout tournage implique des choix de motifs, de cadrage et de montage. Le documentariste exprime à la fois la pensée des autres mais aussi sa propre pensée. Il élabore une réflexion sur le monde à partir des réflexions et des images des autres mêlant récit mimétique et discours réflexif.
Certes le documentaire a une forme conventionnelle, mais les sujets peuvent être traités différemment. Dans Drifters, John Grierson développe le documentaire social en témoignant une volonté d’aller à la rencontre du monde réel. En 1922, Nanouk l'Esquimau de Robert Flaherty prétend à un cinéma ethnographique. Le réalisateur implique les hommes qu’il filme dans son fil narratif. Autrement dit, il filme du point de vue des Inuits à savoir le personnage principal et sa famille. Les faits et les gestes sont scénarisés autour d’un récit de lutte pour leur survie. Le Docufiction, quant à lui, fabrique un produit international de grande audience. Celui-ci exploite la curiosité publique pour des sujets scientifiques ou historiques en les traitant de "façon attractive". D’autres "sous-genres" existent, le panel des possibilités de sujet et de tournage étant assez large. Cette diversité de sujets s’étend jusqu’aux différentes formes de discours, (les témoignages, les rapports (archive), les vidéos d’archive (actualité de l’époque), les injonctions, les témoignages de spécialistes), présentes dans un même documentaire grâce ou à cause de l’impact du numérique et de ses nouvelles technologies. Le contexte socio-économique de l'apparition du Web-documentaire L’apparition du web-documentaire s’inscrit dans un contexte de crise économique des médias et de crise identitaire des journalistes. Ainsi, les nouveaux modes de consommation des médias hors de leur support d’origine ont amené à développer une convergence numérique des contenus.
En effet, la télévision souffre du phénomène du zapping et de la migration d'une partie des télénautes vers Internet où "les contenus sont délinéarisés aux côtés du flux télévisuel habituel"| Mediametrie, 2014. L’année Internet 2013 communiqué de presse, Levallois. Une audience qui devient donc de plus en plus exigeante et filtre ses programmes. Par conséquent, l’attention de cette audience est en baisse et difficilement fidélisable. De même que pour la presse écrite, le lectorat baisse considérablement. Les annonceurs publicitaires, quant à eux, tendent à aller vers un accès à des systèmes de mesure de l'inter-activité de l'audience.
À l’inverse, Internet bénéficie d’une croissance rapide du nombre d’internautes. D'après Médiamétrie, "Les internautes sont aujourd’hui ultra- connectés et s’ils sont de plus en plus sollicités via cette exposition décuplée sur la toile, ils savent aussi se mettre en scène en utilisant les réseaux sociaux pour partager les contenus en tous genres et expériences personnelles". L'institut recense 43,2 millions d’internautes, 27 millions de mobinautes et 11,2 millions de tablonautes en 2013. Ils consultent la presse, regardent des contenus TV en "live" ou en "catch up" ou encore écoutent la radio. Quelles sont leurs raisons ? "Ils passent par internet pour être au cœur de l’actualité ; en complément des supports traditionnels ". Par ailleurs, 9 vidéos chaque jour sont regardés en moyenne par un visiteur unique et 31 minutes y sont consacrées en moyenne quotidiennement ; 14 et 13 vidéos pour les 2-14 ans et 15-24 ans avec un temps journalier de 48 et 51 minutes pour chacune de ces tranches d’âge.
Cependant l’audience est volatile et sa mesure reste encore difficile malgré des efforts de Médiamétrie cherchant à combiner précision de la mesure et richesse des informations sur les internautes. C’est pourquoi ce média est souvent utilisé en complément lors, par exemple, d'une campagne publicitaire. Il permet aux annonceurs de développer une plus grande proximité avec leurs cibles et un ciblage personnalisé. De plus, une communication de masse est rendue possible et l’apport du Rich média favorise la créativité.
Le web-documentaire est un moyen pour les médias de tester ou de mettre en place progressivement de nouveaux modes de productions adaptées au web et de les renouveler. Le but est de construire des "nouveaux modèles économiques pour leurs futurs revenus"| Broudoux, Evelyne, 2011. Le documentaire élargi au web, Les Enjeux de l'information et de la communication.. Par exemple Le Monde, Arte, France 5, France 24, Canal+ expérimentent l'éditorialisation du web-documentaire. Son usage n'a pas de conséquence sur la réduction des biens publics car on parle d’un bien collectif, et non plus de bien privé.
Cette pratique médiatique donne lieu selon Eric Pedon à "une production multiforme, protéiforme, qualifiée d’exploratoire, de tâtonnante, d’innovante, d’expérimentale"Pedon, Eric, 2013. Le web documentaire : dispositifs et enjeux d’une pratique médiatique en devenir. Dans l’environnement numérique, elle se qualifie comme un « nouveau dispositif de médiation en ligne de l’information". Dans le paysage culturel et artistique, elle se caractérise comme une "œuvre interactive à la frontière entre reportage d’enquête et documentaire".
Le travail des journalistes, photographes, réalisateurs audiovisuels est redéfini. Ils exploitent l’univers libre et expérimental du web et des jeux vidéo. Ces nouvelles expériences médiatiques reflètent un engagement pour une nouvelle écriture de l’information, formant un point de rupture avec les médias traditionnels de presse et de télévision. À travers une pratique créative, les auteurs défendent "à la fois une certaine idée du journalisme (enquête de terrain vs journalisme assis) et une certaine idée de la photographie et du documentaire (démarche auteuriste). Cependant, elle connait des limites notamment en termes de statut du web-documentariste (non rétribué) et de mesure d’audience dû à l’hétérogénéité et à la liberté de son format. Certains ont quand même tenté l’expérience. David Dufresne, co-auteur de Prison Valley déclara en 2011 que « 21 % des visiteurs inscrits avaient visionné les 59 minutes du récit entier, un an après la sortie sur Arte.tv ». Selon Léna Mauger, les web-documentaires rassembleraient environ 200.000 visiteurs restant en moyenne 10 à 12 minutes.
Les caractéristiques du Web-documentaire L'héritage du genre documentaire Les différentes définitions du documentaire font référence au support audiovisuel sans évoquer les autres possibilités du genre documentaire tel que le photojournalisme, le documentaire papier, le documentaire radiophonique mettant en œuvre un ou plusieurs types de document (la photo, l'écriture, le son). Le genre documentaire regroupe alors toutes productions utilisant différentes sources pour décrire une certaine réalité ou l'arranger selon les convenances. Si l'auteur utilise de la photo plutôt que de la vidéo, il modifie sa méthodologie mais reste dans le genre documentaire.
Le web-documentaire se place dans ce même objectif documentaire, c’est-à-dire de développer la vision d'un auteur sur un contenu réel, basé sur plusieurs types de documents possibles (photographie, audio-vidéo, texte…). L'objectif et les sources restent les mêmes. À travers un format fermé, le web-documentaire continue à mettre à disposition de l’audience un documentaire avec un point de vue d’auteur. Son objectif n’est pas d’évoluer dans le temps ni en fonction de l’interaction avec l’audience. Autrement dit, ce qui le différencie d’un autre site internet et ce qui le rapproche d’un cinéma documentaire traditionnel, c’est ce récit basé sur un schéma classique à savoir : un début, un nœud et une conclusion.
Au-delà de son originalité, le web-documentaire ne cesse pas de porter l’héritage des codes du documentaire. Ainsi malgré la possibilité par l'utilisateur de n'explorer qu'une partie du contenu qu'on lui propose, la réalisation du web-documentaire nécessite pour l'auteur de traiter le sujet travaillé dans sa globalité avec, par exemple, le web-documentaire Reconstruire Haïti signé par Jean Abbiateci. Via une fiction-simulation de la reconstruction de l'île sur l'histoire du pays, l’auteur soulève le problème de l'investissement étranger sur les marchés prenant en compte les financements, la santé, le logement, l'agriculture et bien d’autres enjeux. Comme pour le documentaire, le web-documentaire possède un thème principal, des thèmes sous-jacents ou secondaires. Il est utilisé au service d’un point de vue documenté et offre un ou plusieurs récits. Sa forme, son fond et ses fonctionnalités proposent une représentation du monde qui est censée permettre d’appréhender la réalité. En questionnant des préoccupations sociétales, des modes de vie, des faits sociaux et en reformulant les approches du réel, la base d'un web-documentaire reste donc un long travail de documentation. Ce travail est notamment visible via l’espace documentaire prévu dans l’interface graphique.