La Manufacture royale de glaces de miroirs est une ancienne manufacture, créée en 1665, à l'origine de Saint-Gobain. Elle a produit les miroirs de la galerie des Glaces de Louis XIVMaurice Hamon, « Les commandes de glaces pour Versailles aux s », Colloque Verre et fenêtre, de l'Antiquité au .
Histoire Les plans ambitieux de Jean-Baptiste Colbert, ministre des Finances de Louis XIV visaient à donner à la France l'autosuffisance pour les arts et manufactures, afin de satisfaire la demande domestique en produits de luxe, ce qui avait pour effet de servir la gloire du roi et de renforcer l'économie du pays Abbott Payson Usher, « Colbert and Governmental Control of Industry in Seventeenth Century France », The Review of Economics and Statistics, 16.11, novembre 1934, p.237-240.. Colbert s'est ainsi intéressé aux verres et miroirs, une industrie monopolisée par la république de Venise qui exportait le verre de Venise dans toute l'Europe. Or l'importation de ces verres était coûteuse (-or par an), si bien que Colbert fit espionner les verriers vénitiens et parvint à en faire venir (leur promettant argent, exemption d'impôts et femmes), mais ces derniers furent empoisonnés au mercureQui a fabriqué les miroirs de la galerie des Glaces ? émission les p'tits bareaux sur France Inter, 26 décembre 2010 utilisé pour la fabrication de la galerie des GlacesAlain Baraton, Vice et Versailles - Crimes, trahisons et autres empoisonnements au palais du Roi-Soleil, Grasset, 2011, 208 p.. En , le financier Nicolas du Noyer, receveur général des tailles à Orléans, obtient par lettres patentes le privilège de fabriquer des glaces« Glace », Jacques Savary des Brûlons, Dictionnaire universel du commerce, 1723.
Nicolas du Noyer et ses partenaires reçurent un monopole de vingt ans pour la fabrication du verre et des miroirs. La compagnie fut alors connue sous le nom informel de Compagnie du Noyer. Elle bénéficia d'un financement de l’État de et commença ses activités en 1665 dans le faubourg Saint-Antoine à Paris.
Colbert affecta à la Manufacture royale de glaces de miroirs plusieurs ouvriers vénitiens qui étaient venus à Paris. Les premiers miroirs sans défaut furent produits en 1666 Warren C. Scoville, Capitalism and French Glassmaking, 1640-1789, University of California Publications in Economics, 2006, p.28.. Bien que les miroirs produits par sa compagnie puissent rivaliser avec ceux de Venise, du Noyer se plaignit que les ouvriers vénitiens ne partageaient pas leurs secrets de fabrication avec leurs collègues français et que la Compagnie n'arrivait pas à faire des bénéfices. Les distractions de Paris nuisaient au bon travail des ouvriers et le coût du bois était très élevé. Aussi en 1667, les verriers vénitiens sont renvoyés et la fabrication de la glace est transférée à Tourlaville près de Cherbourg, au lieu-dit la Glacerie, où existait déjà une glacerie au milieu de la forêt de Brix sous la direction de Richard Lucas de Néhou. Les ateliers parisiens furent consacrés au polissage du verre.
À plusieurs reprises la Compagnie du Noyer fut réduite à importer de verre de Venise pour le finir en France. Toutefois en la Manufacture royale de glaces de miroirs était suffisamment sûre d'elle-même pour que l'importation de verre soit interdite aux sujets du roi. En 1683, le monopole de la manufacture est reconduit pour vingt ans.
La compagnie du Noyer fusionne à nouveau en 1695, avec la compagnie rivale de la Manufacture des grandes glaces d'Abraham Thévart installée à partir de 1692 au château de Saint-Gobain. En juillet 1698, le château de Saint-Gobain est vendu à la société. En effet, en décembre 1688, le Parisien Abraham Thévart avait obtenu un autre privilège de fabrication de glaces selon une nouvelle technique de coulage. De cette fusion en 1695 naît la compagnie François Plastrier.
En 1702, le privilège est finalement accordée à la compagnie Antoine Dagincourt suite à la faillite de la compagne Plastrier. Ce sont des Genevois qui se placent au contrôle de cette compagnie conduite par Jacques Buisson et la Maison Antoine Saladin et fils. Ses statuts règlent les relations entre les actionnaires, la répartition du bénéfice et l'administration des affaires.
Le privilège de la compagnie Dagincourt est renouvelé jusqu'à la Révolution, malgré les attaques de partisans de la libre entreprise dans ce domaine. L'épuisement des ressources en bois du site de Tourlaville l'amène à importer du charbon anglais (ou des houillères de Littry entre 1749 et 1817.). Cette source d'énergie trop chère le fera péricliter, assurant la prééminence du site de Saint-Gobain.
L'actionnariat de la Manufacture royale des glaces au se compose de familles issues de la banque genevoise, de la haute noblesse et de la bourgeoisie d'affaires parisiennes. Parmi eux, Pierre François Geoffrin, caissier général à partir de 1703, accumule grâce à sa position un nombre important de deniers jusqu'à devenir le premier actionnaire de la Compagnie avec 13,5% du capital. Son épouse, la salonnière Madame Geoffrin, et leur fille, Marie-Thérèse de La Ferté-Imbault, en héritent à sa mort en 1749. Elles deviennent ainsi deux des plus importantes actionnaires de la société et s'allient à Antoine Saladin de Crans et au groupe des Genevois pour administrer l'entreprise. Madame Geoffrin utilise son salon littéraire connu dans toute l'Europe, et la marquise de La Ferté-Imbault, sa position à Versailles à la cour de Louis XV, pour obtenir le renouvellement des privilèges de la Manufacture royale dans la seconde moitié du Maurice Hamon, Madame Geoffrin, femme d'influence, femme d'affaires au temps des Lumières, Paris, Fayard, 2010, 782 p..
Après la Révolution, la Manufacture devient la compagnie de Saint-Gobain. L'ancien site parisien, situé rue de Reuilly, est vendu à l'Armée qui y construit la caserne de ReuillyComparaison entre le cadastre de Paris par îlot (1810-1836), plan Quinze-Vingts, îlot , côte F/31/88/07 et le plan parcellaire municipal de Paris (fin ), plan Picpus, , côte PP/11822/AFélix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, édition de 1844, .
Évolution du privilège
Le privilège de la Manufacture royale des glaces accordé par les lettres patentes d' a été renouvelé six fois jusqu'à la Révolution Claude Pris, La Manufacture royale des Glaces de Saint-Gobain, 1665-1830 : Une grande entreprise sous l’Ancien Régime, Lille, Service de reproduction des thèses de l’université, 1975, 3 vol., 1287 p..
Lettres patentes pour l'établissement de la Manufacture royale des glaces de miroirs, octobre 1665 Les lettres patentes d'Texte sur Wikisource fondent la Manufacture royale des glaces de miroirs. Même si l'entreprise est à capitaux privés, elle se voit cependant attribuer le titre prestigieux de "Manufacture royale" dès son origine et le conserve tout au long de l'Ancien Régime. Son objet principal est d'octroyer au financier Nicolas du Noyer, issu de la clientèle du ministre Colbert, un monopole de fabrication des glaces de miroirs à la « façon de Venise » dans le royaume de France pour une durée de 20 ans. Le monopole de fabrication est exclusif : l'acte précise que tous les privilèges précédents sont révoqués, seul Nicolas du Noyer est autorisé à produire des glaces dans les termes prévus par les lettres patentes, c'est-à-dire des glaces « des mêmes et diverses grandeurs, netteté et perfection que celles que l'on fait et fabrique à Moran [Murano] près la Ville de Venise. » Le monopole ne porte pas en revanche sur la commercialisation, les lettres patentes restant muettes sur cette question : implicitement, les importations de glaces de Venise restent autorisées. Pour soutenir le développement de l'entreprise, l'acte énumère les exemptions fiscales accordées par le pouvoir royal aux fabricants, à leur personnel et à leurs activités. Il mentionne également un prêt de du Trésor royal.
Lettres patentes de renouvellement du privilège de la manufacture royale des glaces, sous le nom de Pierre de Bagneux, du Les lettres patentes de Texte sur Wikisource renouvellent le privilège accordé en 1665 qui arrivait bientôt à échéance. La majeure partie des conditions accordées par les précédentes lettres sont inchangées. Le nouveau titulaire du privilège, porté à une durée de 30 années, est Pierre de Bagneux.
3. Lettres patentes pour la réunion des deux manufactures des glaces, du premier
4. Lettres patentes pour le privilège de la compagnie Dagincourt, du
5. Lettres patentes de Louis XV données à Marly le renouvelant pour trente ans, à partir de 1732, le privilège exclusif d’Antoine Dagincourt en faveur du même titulaire
6. Lettres patentes du roi, portant privilège exclusif de la manufacture royale des glaces en faveur de Louis Renard, du
7. Lettres patentes du roi, portant privilège exclusif de la manufacture royale des glaces en faveur de Louis Renard, du mois de
De nos jours En 2026, le site a à la fois une vocation touristique et culturelle (Pôle culturel - La Chapelle, anciens bâtiments: vestiges souterrains du château médiéval, Grand-Logis, Logis-Neuf), sociale (maison de santé de la Manufacture), artisanale (quelques entreprises y sont implantées)...
Voir aussi Galerie des Glaces Miroiterie Glace (miroiterie) Lexique de la miroiterie Notes et références Références
Sources
Histoire de la verrerie, site de la commune de La Glacerie. Jacques Savary des Brûlons, Dictionnaire universel du commerce, 1723
Catégorie:Fondation en 1665 Catégorie:Miroiterie Catégorie:Entreprise du groupe Saint-Gobain Catégorie:Saint-Gobain (Aisne) Catégorie:Manufacture monument historique en France Catégorie:Histoire de la Picardie Catégorie:Picardie (époque moderne)