Les élections régionales de 1988 eurent lieu le pour élire le congrès du Territoire et les quatre nouveaux conseils de région créés par la loi portant statut de la Nouvelle-Calédonie du (dite du « statut Pons II »). Le précédent congrès et les anciens conseils de régions, élus lors des élections régionales du , ont été dissous le jour de la publication de la loi.

Contexte

Les élections régionales de 1988 dans un contexte de recrudescence des tensions entre partisans et opposants de l'indépendance, dans le cadre de la période dite des « Évènements ». Le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), fédération de plusieurs partis indépendantistes, de Jean-Marie Tjibaou, était revenu dans le jeu institutionnel à l'occasion des élections régionales de 1985. Puis, face à la nouvelle politique gouvernementale mise en place par la majorité RPR - UDF arrivée au pouvoir en 1986 (plus favorable au camp anti-indépendantiste que le PS, pour sa part plus proche des indépendantistes), à l'acquittement définitif pour légitime défense le des « embusqués de Hienghène » (qui avaient tués dans une embuscade le , soit après la mise en place des Comités de lutte et des barricades indépendantistes, dix militants du FLNKS dont deux frères de Jean-Marie Tjibaou, celui-ci réagit au jugement en déclarant : « La chasse au Kanak est ouverte ») et à de nouvelles tensions (un jeune kanak de 17 ans, qui avait pris la fuite face à une opération d'enquête judiciaire sur des actes de délinquance à la tribu de Saint-Louis, est tué le , entraînant de violents affrontements entre jeunes de la tribu et gendarmes), le FLNKS retombe dans une stratégie plus clandestine et de confrontation. Il décide le de boycotter les Jeux du Pacifique sud organisés en décembre à Nouméa et le référendum d'autodétermination prévu par le « statut Pons I » de juillet 1986 (s'il établit pour la première fois une condition pour y participer de trois ans de résidence, les indépendantistes voulaient limiter la consultation aux seuls Kanaks). Ce dernier a lieu finalement le : l'indépendance du pays est rejetée à 98,3 % des suffrages exprimés (et 58 % des inscrits), la participation n'étant que de 59,1 % des inscrits.

Deux jours plus tard, après l'annonce des résultats du référendum, le Premier ministre Jacques Chirac fait une nouvelle visite sur le Territoire. Devant 20 à 25 000 personnes, il annonce sa volonté d'établir une autonomie du territoire associant toutes les tendances politiques, le maintien du pouvoir d’arbitrage de l’État, la redéfinition et le renforcement des pouvoirs des régions et la représentation du pouvoir coutumier. Il se prononce aussi pour la création de quatre collectivités, à l’Est, à l’Ouest, au Sud et dans les Îles Loyauté. Ces principes sont repris dans le « Statut Pons II » du , qui accentue l'autonomie du Territoire par la transformation du Conseil exécutif dont le président est désormais élu par les membres du Congrès et composé des présidents des conseils de Régions et 5 membres élus par le Congrès à la proportionnelle sur scrutin de liste, tandis que le nouveau découpage régional est entériné. Le Congrès du Territoire et les Conseils de Régions élus en 1985 sont alors dissous, et un nouveau scrutin est prévu pour le , soit le même jour que le premier tour de l'élection présidentielle. Le , le principal parti anti-indépendantiste et premier mouvement en nombre de voix du Territoire, le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR, associé au RPR métropolitain) du député Jacques Lafleur estime la revendication indépendantiste close depuis le référendum d'autodétermination de septembre 1987, et demande la dissolution du FLNKS. Celui-ci décide, comme il l'avait fait aux élections territoriales de novembre 1984, le boycott actif du premier tour de l'élection présidentielle et des élections régionales du 24 avril.

À cette tension politique s'ajoute une recrudescence des affrontements sur le terrain. Des 19 au , des incidents ont lieu à la tribu de Tiéti, sur le territoire de la commune de Poindimié : 10 gendarmes sont pris en otages puis relâchés, tandis que 15 militants indépendantistes sont arrêtés. Mais surtout, deux jours avant le scrutin, le 22 avril, des indépendantistes attaquent la gendarmerie de Fayaoué sur l'île d'Ouvéa : quatre gendarmes sont tués, 27 sont pris en otages. C'est le début de la prise d'otage d'Ouvéa. Des incidents ont lieu le même jour sur tout le Territoire, notamment à Canala, isolé par l'armée qui incendie plusieurs cases. Le FLNKS expose trois conditions à la libération des otages : l’annulation des élections régionales, le retrait des forces de l’ordre de l’île et la nomination d’un médiateur.

Dans cette atmosphère, une seule formation indépendantiste participe au scrutin, comme en 1984, mais indirectement : le mouvement Libération kanak socialiste (LKS) du grand-chef de Guahma, sur Maré, Nidoïsh Naisseline (fondé en 1981 par des dissidents du Parti de libération kanak, ou Palika, hostiles au choix de ce dernier de quitter le Front indépendantiste et favorables à l'attitude modérée adoptée à l'époque par Jean-Marie Tjibaou). En effet, aucune liste LKS n'est officiellement présentée, Nidoïsh Naisseline n'est cette fois pas candidat et ne soutient aucune formation dans la Région des Îles Loyauté et appelle officiellement au boycott. Mais plusieurs membres du parti présentent tout de même dans les régions Est et Ouest des listes baptisées « Unir pour Construire », associés au Parti socialiste de Nouvelle-Calédonie (PSNC, issu d'une dissidence du Parti socialiste calédonien, tout autant attaché à des réformes sociales, économiques et foncières mais moins décidé sur la question de l'indépendance) de Gustave Lethezer. Ce dernier mène la liste dans l'Ouest, tandis que c'est au maire de Poindimié Francis Poadouy (qui avait mené la liste LKS dans la région Nord en 1985) que revient la première place dans l'Est.

Le RPCR, en l'absence du FLNKS, est pratiquement sûr d'obtenir un énorme score et la direction des quatre régions. Ses têtes de liste sont Jacques Lafleur dans le Sud, l'autre député Maurice Nénou dans l'Est, le sénateur et président du Congrès sortant Dick Ukeiwé dans l'Ouest et Simon Loueckhote dans les Îles. Son principal adversaire est le Front national qui souhaite bénéficier des récents évènements et de la radicalisation du camp indépendantiste pour obtenir le même phénomène chez les anti-indépendantistes. Présidé depuis décembre 1985 par Guy George (qui a succédé au Kanak François Néoéré, accusé de malversations et exclu), il critique l'idée d'autonomie interne défendue par le RPCR, défend clairement depuis 1986 la départementalisation et a adopté un ton populiste en accusant certaines familles (dont surtout la famille Lafleur) de monopoliser l'ensemble de l'économie locale. Il a obtenu dans le même temps le renfort d'un des élus du Rassemblement, exclu de ce parti et qui avait lui-même participé à la fondation en 1983 du Front calédonien (FC) pour critiquer contre la « mollesse » du RPCR avant d'y revenir temporairement de 1984 à 1986, Justin GuillemardC. Gabriel, V. Kermel, Nouvelle-Calédonie : les sentiers de l'espoir, éd. La Brèche-PEC, 1988, p. 215. De plus, pour la première fois, il avance des listes dans chacune des quatre régions, menées par Guy George dans le Sud, l'ancien gaulliste Marcel Dubois dans l'Est, Justin Guillemard dans l'Ouest (liste « Union nationale - Front national - Divers droites ») et le conteur maréen Jacques Haewegene dans les îles Loyauté (liste « Liberté, Progrès avec le Front national »). Le FN est toutefois concurrencé pour la première fois dans le Sud par la liste Front calédonien (FC, également un parti anti-autonomiste et départementaliste) de Claude Sarran, et par celle « Entente » d'Alain Dagostini (le troisième fondateur du FC avec Sarran et Guillemard en 1983) où se retrouve François Néoéré en quatrième position.

Organisation du scrutin

Le nouveau régime électoral est défini par la loi n° 88-82 du portant statut de la Nouvelle-Calédonie loi n° 88-82 du 22 janvier 1988 portant statut de la Nouvelle-Calédonie, site du Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Le scrutin a lieu au suffrage universel direct, élisant pour un mandat de cinq ans à la proportionnelle de liste, selon la règle de la plus forte moyenne, les 48 élus des quatre Conseils de Région créés par cette réforme et dont la réunion forme le Congrès du Territoire. Le nombre de sièges par Conseil de Région est la suivante : Sud (Nouméa, Mont-Dore, Yaté, Île des Pins) : 21 sièges, Ouest (Belep, Poum, Ouégoa, Koumac, Kaala-Gomen, Voh, Koné, Pouembout, Poya, Bourail, Moindou, Farino, Sarraméa, La Foa, Boulouparis, Païta, Dumbéa) : 11 sièges, Est (Pouébo, Hienghène, Poindimié, Touho, Ponérihouen, Houaïlou, Canala, Thio) : 9 sièges, îles Loyauté (Lifou, Maré, Ouvéa) : 7 sièges.

Résultats

Participation : 59,23 %

Anti-indépendantistes : 96,89 %, 46 sièges : Rassemblement pour la Calédonie dans la République (droite chiraquienne anti-indépendantiste mais autonomiste, présidé par le député Jacques Lafleur) : 64,52 %, 35 sièges Front national (section locale du parti d'extrême droite, anti-indépendantiste, anti-autonomiste, présidé par Guy George) : 22,49 %, 8 sièges Front calédonien (droite nationaliste, anti-indépendantiste, anti-autonomiste, départementaliste, présidé par Claude Sarran) : 6,01 %, 2 sièges « Entente » (divers droite, anti-indépendantiste, anti-autonomiste, mené par Alain Dagostini) : 3,87 %, 1 siège Indépendantistes : 3,11 %, 2 sièges : « Unir pour Construire » (LKS dissidents, indépendantistes modérés) : 3,11 %, 2 sièges

Région Sud

Participation : 82 %

RPCR (mené par le député Jacques Lafleur) : 13 sièges - Jacques Lafleur, Jean Lèques, Rose Gohe, Albert Etuvé, Daniel Laborde, Pierre Frogier, Charles Lavoix, Henri Leleu, Jean-Claude Briault, Martin Hamu, Atélémo Taofifenua, Pierre Maresca, Françoise Sagnet-Chaverot. FN (mené par Guy George) : 5 sièges - Guy George, Liliane Loyau, Michel Therin, Bernard Herpin, Sylvain Michel. FC (mené par Claude Sarran) : 2 sièges - Claude Sarran, Monique Barrut. « Entente » (mené par Alain Dagostini) : 1 siège - Alain Dagostini.

Région Ouest

Participation : 56 %

RPCR (mené par Dick Ukeiwé) : 8 sièges - Dick Ukeiwé, Robert Frouin, Harold Martin, Bernard Fayard, Sosimo Malalua, Denis Milliard, Philippe Gomès, Rose-May Babin. FN (mené par Justin Guillemard) : 3 sièges - Justin Guillemard, Jean-Charles Moglia, Patrick Fayard.

« Unir pour Construire » (mené par Gustave Lethezer) : 0 siège.

Région Est

Participation : 29 %

RPCR (mené par le député Maurice Nénou) : 7 sièges - Maurice Nénou, Auguste Parawi-Reybas, Henri Wetta, Théophile Ponga, Jacques Mainguet, Delin Wema, Danielle Esposito. « Unir pour Construire » (mené par Francis Poadouy) : 2 sièges - Francis Poadouy, Lucien Mindia.

FN (mené par Marcel Dubois) : 0 siège.

Région des Îles Loyauté

Participation : 23,5 %

RPCR (mené par Simon Loueckhote) : 7 sièges - Simon Loueckhote, Robert Naxue Paouta, Cawidrone Wakanumune, Goïne Wamo, Hnawange Hnawange, Amy Waheo, Roger Adjouhgniope.

FN (mené par Jacques Haewegene) : 0 siège.

Conséquences