vignette|Le verset 22, au chapitre du Lévitique, est souvent invoqué dans les débats sur la licéité des rapports homosexuels. Détail d'un exemplaire de la Bible de Jérusalem, qui renvoie l'interdit à la destruction de Sodome ().|alt=Photographie d'une page de la Bible de Jérusalem, ouverte au chapitre dix-huit du Lévitique. L’homosexualité dans la Bible fait référence à l'ensemble des sentiments et relations entre personnes de même sexe évoqués dans la Bible hébraïque, de laquelle est dérivé l'Ancien Testament, et dans le Nouveau Testament.
Plusieurs récits et prescriptions bibliques ont traditionnellement été invoqués pour condamner les relations homosexuelles, en particulier masculines, dans un contexte où le concept moderne d'orientation sexuelle n'existe pas. On compte notamment la destruction de Sodome dans le livre de la Genèse, l'interdiction de certaines relations homosexuelles masculines dans le livre du Lévitique, ainsi que des versets de plusieurs épîtres du Nouveau Testament. L'exégèse historico-critique de la Bible a toutefois mis en évidence la complexité de ces passages, qui purent faire l'objet d'interprétations abusives ou anachroniques. Les livres historiques décrivent la lutte des rois d'Israël contre la prostitution sacrée masculine et féminine, pratique liée au polythéisme. D'autres récits bibliques ont fait l'objet d'une nouvelle approche contemporaine, notamment dans le cadre d'une interprétation , comme la relation intense entre David et Jonathan, les liens entre Ruth et Naomi, ou encore la figure du disciple que Jésus aimait.
Traditionnellement, les exégètes successifs des livres de la Bible ont condamné toute attirance et pratique homosexuelles, position longtemps reprise par les systèmes juridiques religieux et laïcs. Ce consensus n'existe plus depuis la seconde moitié du , ayant été largement remis en question par les travaux de nombreux spécialistes de la Bible et du Proche-Orient ancien. Si l'Église catholique et l'Église orthodoxe maintiennent la condamnation des actes homosexuels au nom du respect de la Tradition sainte, certains courants de l’Église protestante et du judaïsme réformé adoptent des lectures plus inclusives, acceptant une réévaluation exégétique de la Bible et une nouvelle théologie de la sexualité.
Terminologie Le mot « homosexuel » apparaît dans la langue française en 1891, par l'intermédiaire du docteur Châtelin, ancien médecin en chef de l'asile de Préfargier, en Suisse, dans un résumé de la Psychopathia sexualis (1886) de Richard von Krafft-Ebing, qui considère les comme sujets à une ...
L'« homosexualité » et les orientations sexuelles en général ne constituaient pas, chez les Anciens, des catégories distinctes de la sexualité humaine comparables aux conceptions modernes ; les comportements sexuels étaient plutôt évalués selon des critères comme le statut social, le rôle sexuel ou la maîtrise de soi.. La Bible condamne en revanche, dans des contextes différents, les relations sexuelles entre personnes de même sexe.
La transgression de Cham
Certains commentateurs de l'Antiquité et du Moyen Âge lurent , euphémisme biblique courant, comme désignant le viol incestueux de Noé par Cham. Des Bibles hébraïques en grec, comme celle d'Aquila de Sinope, utilisent le mot , indiquant clairement des relations homosexuelles. C'est aussi l'interprétation du Talmud de Babylone et du rabbin français Rachi, qui évoquent aussi la théorie d'une castration, l'empêchant d'avoir d'autres enfants. D'autres interprètent le texte ambigu comme un inceste avec la femme de Noé, que la tradition appelle Nahama. Cela expliquerait pourquoi Canaan, à la fois fils et frère de Cham, serait maudit. Malgré tout, le passage reste obscur... Il est parfois utilisé pour rejeter l'homosexualité, ce que d'autres chercheurs contestent..
Les récits de Sodome et de Gibéa
Les récits de Sodome, dans le livre de la Genèse, et de Gibéa, dans le livre des Juges, racontent comment des étrangers sont reçus comme hôtes par l'habitant d'une ville. D'autres habitants désirent violer les invités, entraînant la destruction de la ville.
Les Sodomites et les anges thumb|Loth empêchant les Sodomites de violer les anges (gravure de Heinrich Aldegrever, 1555).|alt=Gravure en noir et blanc de deux hommes habillés à l'antique, tenant le bras droit d'un veil homme portant un turban, au centre, le bras gauche retenu par un ange le poussant dans une maison sur la droite, avec des bâtiments en arrière-plan.
Dans le chapitre de la Genèse, Loth et son parent Abraham se séparent car leurs troupeaux sont trop importants pour qu'ils puissent vivre sur le même territoire. Loth choisit d'aller du côté de la mer Morte et s'installe à Sodome. La Bible la décrit comme une ville de , le Dieu unique. Dans le chapitre , Abraham accueille trois hommes dans sa maison, se révélant être Dieu, accompagné par des anges. Il les envoie détruire Sodome pour ses péchés, mais Abraham réussit à convaincre Dieu de ne pas le faire s'il y trouvent au moins dix personnes pieuses.
Les Gibéites et le lévite thumb|Le Lévite découvrant le corps de sa femme (gravure de Gustave Doré, Grande Bible de Tours, 1866).|alt=Gravure en noir et blanc d'un homme vêtu à l'orientale, sortant d'une maison sur la gauche, un bâton dans la main, regardant le corps d'une femme gisant sur le parvis, avec le jour se levant en fond.
Un lévite prend pour concubine une femme de Bethléem. Retournée chez son père après avoir été infidèle à son mari, le lévite décide d'aller la chercher avec un serviteur. Son beau-père lui fait grande hospitalité, puis le couple et le serviteur repartent après plusieurs jours. Arrivés à Gibéa, un vieillard les invite à passer la nuit.
Nature du péché dénoncé Dans son livre, le prophète Ézéchiel décrit (, 49-50) que Sodome sont détruites en raison de leur inhospitalité, leur orgueil, leur insouciance et leur égoïsme.. C'est le même péché que Jésus de Nazareth dénonce dans l'Évangile selon Luc (, 10-12). Il ajoute que les villes n'accueillant pas ses apôtres seront traitées avec plus de rigueur que Sodome.. Les Lamentations (, 6), recueil poétique attribué au prophète Jérémie, se souviennent aussi de Sodome : l'auteur estime que son sort d'être détruite en une nuit est meilleur que celui de Jérusalem, que Dieu détruit par une longue agonie pour son iniquité..
Le verbe « connaître » traduit l'hébreu ancien , régulièrement utilisé comme euphémisme pour désigner les rapports sexuels.. Selon Adele Berlin et Mark Zvi Brettler, la Bible illustre des tentatives de relations homosexuelles contraintes .. En plus de ce péché, les Sodomites et les Gibéites violent gravement les règles de l'hospitalité.. La tentative d'un viol collectif s'inscrit dans le contexte de la Méditerranée et le Proche-Orient ancien : des textes retrouvés en Égypte et en Mésopotamie mentionnent des cas de viols de guerre, afin de priver le vaincu de son honneur et de sa dignité d'homme. L'offense des Sodomites est encore plus grande en voulant abuser d'envoyés divins..
Les récits de Sodome et de Gibéa montrent que le viol d'hommes par d'autres était beaucoup plus intolérable que celui des femmes, même des filles ou des concubines d'un homme libre. Dans le récit de Gibéa, la principale différence est que la concubine est violée jusqu'à en mourir d'épuisement.
Interprétations du péché de Sodome Certains commentateurs modernes objectent que le verbe « connaître » ne s'applique qu'aux relations hétérosexuelles, invoquant que l'Ancien Testament emploie le verbe « coucher » (, ) pour décrire les relations homosexuelles. Cependant, la suite du récit de Sodome montre que les habitants veulent attenter à l'intégrité sexuelle des envoyés divins, et non uniquement connaître les motifs de leur venue. Thomas Römer et Loyse Bonjour soulignent qu'il est inconcevable que tous les Sodomites soient homosexuels : Loth ayant proposé ses filles pour sauver les anges, leur demande ne peut donc pas être exclusivement liée à l'acte homosexuel.
Les relations homosexuelles ou les désirs homosexuels ne sont pas le sujet des deux récits. Celui de Sodome va jouer un rôle important : jusqu'au , la plupart des traités de morale chrétienne et les codes pénaux des pays chrétiens justifieront la condamnation des actes homosexuels par ce récit.. L'interprétation de l'épisode de Sodome aurait émergé lors de la rencontre entre de la culture judéenne avec le monde hellénistique, autour du Confrontés aux pratiques pédérastiques et à la nudité en vigueur dans les gymnases grecs et les compétitions sportives, les Juifs les plus orthodoxes auraient vu en Sodome le symbole de la civilisation grecque.
Interdits du Lévitique Les « actes abominables » Dans le livre du Lévitique, les actes homosexuels masculins sont une (, ) et ils sont explicitement condamnés à deux reprises :
Contexte juridique Le nom a un sens très large dans la Bible : il désigne un péché ou une action criminelle en général ; le culte des idoles et les idoles elles-mêmes ; la profanation de quelque chose de saint ; un objet d'horreur ou d'aversion ; enfin une douleur, une indignation ou un désespoir.. D'autres actes sexuels sont qualifiés d', tel que la bestialité ou les rapports conjugaux durant les règles. Les rédacteurs ordonnent qu'Israël s'abstienne des choses jugées impures et déviantes, afin de ne pas être souillée comme les peuples voisins..
L'existence d'actes homosexuels en Israël est certaine, sinon il n'y aurait aucune raison que ces versets servent à les condamner. Le verset 22 du chapitre s'adresse seulement au partenaire actif et ne précise aucune peine pour la condamnation. Il est plus ancien que le verset 13 du chapitre , actualisation postérieure de la Loi indiquant la mort pour les deux partenaires. Contrairement à la législation d'autres peuples du Proche-Orient où seul l'acte de violence sexuelle est interdite et condamnée, le Lévitique envisage la peine de mort pour les deux partenaires sans contexte précis..
Hypothèses sur le sens des versets alt=Enluminure médiévale ronde, représentant un couple d'homme et un couple de femme allongés, un partenaire portant une tunique rouge et l'autre une tunique bleue, entourés de trois diables gris.|vignette|L'interprétation traditionnelle du Lévitique, condamnant tous les rapports homosexuels masculins, est remise en question. Détail d'une enluminure de la Bible moralisée de Vienne, cote 2554, BNA, fin du .
Plusieurs théories ont émergé depuis la seconde moitié du , s'ajoutant aux interprétations traditionnelles et les questionnant. Ces différentes lectures ne s'excluent pas mutuellement.
Maintenir les rôles de genre , l'acte homosexuel est jugé comme une action morale, une . L'homosexualité n'était pas comprise comme une orientation sexuelle normale, résultant d'un phénomène biologique. Avoir des relations sexuelles est envisagé comme le choix par une personne de corrompre l'ordre de la nature, conception de la sexualité qui se retrouve notamment dans les écrits de l'apôtre Paul..
Saul Olyan. et Jerome T. Walsh. suggèrent que l'interdiction vise tout particulièrement la pénétration anale : être pénétré est une humiliation sociale pour un homme à cette époque, la passivité étant associée à la femme. Des rabbins avaient formulés des commentaires similaires dans l'histoire du judaïsme, confirmant . La masturbation et l'homosexualité féminine ne sont pas mentionnées dans le Lévitique parce que ces pratiques ne remettent pas en cause le rôle actif de l'homme.. Les rabbins de l'époque contemporaine ne s'accordent plus quant à la façon dont il faut interpréter le Lévitique. Certains appellent à une nouvelle interprétation et actualiser l'éthique juive en matière de sexualité..
Prohibition des rapports stériles