Bernard Buffet, né le à Paris et mort le à Tourtour (Var), est un peintre et graveur français expressionniste, composant aussi bien des personnages que des figures, animaux, nus, paysages, intérieurs, natures mortes, fleurs.
Aquarelliste, c'est également un peintre de décors et un illustrateur.
Biographie Famille et enfance Bernard Buffet naît le à la clinique Marie-Louise située au 3, cité Malesherbes dans le de Paris..
Fils de Charles Buffet, directeur de l'entreprise de miroiterie GuenneLa maison Guenne était située 18, quai de la Loire (Cf. Hélène Minaux, .), et de Blanche, née Colombe, son épouse, il est issu d'un milieu cultivé de la petite bourgeoisie, allant à rebours de la légende selon laquelle il vivait dans une extrême pauvretéJérôme Coignard, « Bernard Buffet, récit d'une vie », Connaissance des arts, 17 octobre 2016. Ses deux grands-pères sont militaires. L'un d'eux est passionné de dessinDominique Gagneux (commissaire de l'exposition « Bernard Buffet. Rétrospective » au musée d'Art moderne de Paris du 14 octobre 2016 au 26 février 2017), interviewé par Anne-Cécile Beaudoin, « Bernard Buffet, l'incompris », supplément de quatre pages au de Paris Match, semaine du 13 au 19 octobre 2016..
Il est élevé avec son frère Claude, de cinq ans son aîné, dans le Quartier des Batignolles du de Paris au de la rue des Batignolles où il commence à peindre et dessiner dès l'âge de dix ans Emmanuel David, « Un peintre exceptionnel : Bernard Buffet », Le métier de tableaux - Entretiens avec Hervé Le Boterf, éditions France-Empire, 1978, .. Renvoyé du lycée Carnot en 1939, il suit en 1942 les cours du soir de la ville de Paris au 6 bis place des Vosges, où M. Darfeuille l'initie au dessin.
Formation et débuts En , à l'âge de quinze ans, Bernard Buffet passe avec succès le concours à l'entrée de l'École des beaux-arts de Paris et y intègre l'atelier du peintre Eugène Narbonne. Il s'y lie avec ses camarades Maurice Boitel et Louis Vuillermoz.
Son style se dévoile et s’affirme avec son premier tableau La Déposition de croix qu’il peint dans l’atelier qu’il partage avec le peintre Robert Mantienne, à Massy-Palaiseau..
En 1945, il part travailler seul dans la chambre de bonne de l’appartement familial. En vacances à Saint-Cast-le-Guildo (Bretagne), il peint des tableaux de plage. À l'été 1945, sa mère éprouve des maux de tête et meurt deux mois plus tard d'une tumeur au cerveau. Bernard Buffet, comme elle de tendance depressive, ne s'en remettra jamais.
En 1946, il débute au « Salon des moins de trente ans » à la Galerie des beaux-arts avec un autoportrait. L'année suivante il expose L'Homme accoudé au Salon des indépendants.
En décembre de cette année le critique d'art Guy Weelen et Michel Brient organisent sa première exposition particulière, présentée par Pierre Descargues, à la Librairie des impressions d'art. L'État, par l'intermédiaire de Raymond Cogniat, lui fait son premier achat pour le Musée national d'art moderne de Paris, la peinture Nature morte au poulet.
Malgré son succès, Bernard Buffet, mondain, flirte avec l'alcool et les amphétamines.
En , Le BuveurLe Buveur assis, 1948, peinture à l'huile, Paris, musée d'Art moderne de la Ville de Paris, sur le site des Musées de la Ville de Paris parismuseescollections.paris.fr. présenté au prix de la jeune peinture organisé par la galerie Drouant-David, 52, rue du Faubourg-Saint-Honoré n'est pas primé, mais le collectionneur d'art contemporain Maurice Girardin qui se rendra acquéreur de dix-sept œuvres de Buffet dans les années 1948 à 1953, défend sa peinture avec une si grande virulence qu'il attire l'attention du marchand d'art Emmanuel David sur le jeune peintreLydia Harambourg, « Bernard Buffet, un style immédiatement reconnaissable ! », émission de Marianne Durand-Lacaze, Canal Académies, 22 avril 2012.
Quelques jours plus tard, Emmanuel David se rend chez Bernard Buffet, 29, rue des BatignollesBernard Buffet habite encore l'appartement familial de la rue des Batignolles avec son frère, Claude, qui travaille avec leur père à la miroiterie Guenne et deviendra ultérieurement libraire en livres anciens. Simone, la fiancée et future épouse de Claude Buffet, venue vivre avec eux en 1947, y habitait encore en 2012 (Cf. Buffet, Lamy, Fournol, Secrets d'atelier, ).) et lui propose un contrat d'exclusivité avec sa galerie. David partagera ce contrat avec Maurice Garnier en 1957« Les galeristes qui ont marqué le parcours de Bernard Buffet » sur le site bernardbuffet.org..
Succès En , Buffet concourt avec Deux hommes dans une chambre pour le prix de la critique (première édition), récemment fondé par Augustin Rumeau et son épouse, propriétaires de la galerie Saint-Placide. Il en sort lauréat ex aequo avec Bernard Lorjou, de vingt ans son aîné Claude Roger-Marx, « Buffet et Lorjou démontrent ce qu'est la Jeune Peinture », Le Figaro littéraire, 29 juillet 1948.. Le succès est immenseHélène Minaux, Minaux 1923- 1986, publibook, 2002, (en ligne)..
En juillet, une exposition de ses œuvres aura lieu dans cette Galerie. Il expose La Ravaudeuse de filet au Salon d'automneLydia Harambourg, « Bernard Buffet, peintre de la solitude », émission de Priscilla Lafitte, Canal Académie, 20 mai 2007., où il fait la connaissance d'André MinauxHélène Minaux, .. Avec ce dernier, Jean Couty et Simone Dat, il rejoint Bernard Lorjou, Yvonne Mottet, Gaston Sébire, Paul Rebeyrolle et Michel Thompson au sein du groupe de L'homme témoin.
En 1949 Pierre Descargues publie Bernard Buffet aux Presses littéraires de France. Un amateur d'art met un pavillon à Garches à sa disposition. Comme loyer, Bernard Buffet lui donne un tableau par trimestre.
La même année, Bernard Buffet épouse Agnès Nanquette (1923-1976), une camarade des Beaux-Arts, dont il divorce l'année suivante. Car en 1950, Bernard Buffet rencontre l'homme d'affaires et mécène français, Pierre Bergé (1930-2017), « dans un café de la rue de la Seine, aujourd'hui disparu [sic], chez ConstantPierre Bergé, Les jours s’en vont je demeure, Paris, Gallimard, 2003.Portrait photographique de Bernard Buffet au comptoir du café « chez Constant » 20 rue de Seine, Paris (en ligne) sur le site photo.rmn.fr. » Pierre Bergé devient son compagnon et gère sa carrière jusqu'à leur rupture en 1958« Bernard Buffet, le graphisme figuratif », Patrimoine 1986, 31 mars 2020.
En 1952, la Ville de Paris lui décerne le prix Antral doté de cent mille francs et on peut lire en 1953 dans Le Premier bilan de l'art actuel que , ce que va confirmer Bernard Dorival : Bernard Dorival, « La réaction figurative », Les peintres du vingtième siècle - Du cubisme à l'abstraction, 1914-1957, éditions Pierre Tisné, Paris, ..
Rétrospective à la galerie Charpentier thumb|La montagne Sainte-Victoire vue depuis Fuveau, lieu de résidence de Bernard Buffet de 1956 à 1964. En 1955, il obtient la première place au référendum organisé par la revue Connaissance des arts désignant les dix meilleurs peintres de l'après-guerre. Il peint les maquettes des décors et des costumes pour La Chambre argument de Georges Simenon (1903-1989) qui devient son ami.
Il achète la propriété de Manimes à Domont, près de Paris, mais la quittera l'année suivante.
En 1956, il fait l'acquisition du domaine « Château-l'Arc » à Fuveau près d'Aix-en-Provence, qui sera sa résidence principale jusqu’en 1964. La propriété comprend outre l'imposante habitation principale flanquée de tours d'angle, « intermédiaire entre le manoir et la bastideMaurice Pezet, Châteaux des Bouches-du-Rhône, Nouvelles éditions latines, 1965, . », datant de la première moitié du , une chapelle (), des communs et un vaste parc avec des pièces d'eau d'où la vue s'étend jusqu'à la montagne Sainte-Victoire.
En 1958 a lieu la première rétrospective de son œuvre à la Galerie Charpentier à Paris. Pierre Bergé publie “Bernard Buffet”.
Bernard Buffet, Pierre Bergé et Annabel Schwob En , le photographe Luc Fournol lui présente la comedienne et chanteuse Annabel Schwob (1928-2005) à Saint-Tropez. C'est le coup de foudre. Commence alors une liaison amoureuse entre Annabel Schwob et Bernard Buffet, qui vient juste de se séparer de Pierre Bergé. Le , Bernard Buffet épouse Annabel Schwob à Ramatuelle. Il a pour témoin son ami, le peintre Jean-Pierre Capron (1921-1997). Le couple adopte trois enfantsVoir sur parismatch.com.: Virginie (1962-2012), Danielle (* 1963) et Nicolas (* 1973).
Bernard Buffet peint inlassablement, obsessionnellement, Annabel Schwob ; en 1961, l'une de ses expositions s'intitule « Trente fois Annabel Schwob ». À partir de 1959, Annabel commence a publier des livres avec succès.
Années 1960 vignette|redresse|Le guitariste gitan Manitas de Plata, en 1968, jouant sur une guitare ornée par Bernard Buffet. En 1961, il peint un ensemble de tableaux représentant la vie du Christ destinés à décorer la chapelle du château l'Arc, sur la commune de FuveauChâteau l'Arc, au Sud-Est d'Aix-en-Provence. Dix ans plus tard, à la demande de monseigneur Pasquale Macchi, secrétaire du pape Paul VI, Bernard Buffet offrira ces tableaux au musée du Vatican où ils sont exposés dans une salle particulière.
En 1964, Maurice Druon (1919-2009) lui consacre une biographie intitulée Bernard Buffet, publiée chez Hachette. Buffet en écrit lui-même la préface, les images sont de Luc Fournol et les légendes de son épouse. Admirateur prémonitoire, il écrit du peintre:
La même année, Bernard Buffet achète en Bretagne la villa « La Vallée » à Saint-Cast-le-Guildo où il travaillera jusqu'en 1970.
Années 1970-1980 Élu à l’Académie des beaux-arts le au fauteuil de Paul Jouve, Bernard Buffet devient le plus jeune académicien jamais élu jusque là. Le discours de réception est prononcé par Yves Brayer : Yves Brayer, Discours de réception de Bernard Buffet à l'Académie des Beaux-Arts, Institut de France, 1974.. Cependant, lui qui a si vite connu le succès auprès du public, n'est pas aimé par l’élite de son époque. La noirceur de son trait et ses séries à répétition ont séduit les amateurs, mais déplaisent aux intellectuels. La reconnaissance de ses pairs de l’Académie des beaux-arts lui apportera enfin celle de l’intelligentsia française. Annabel et lui se lient notamment d'amitié avec le chef cuisinier Bernard Loiseau. Plusieurs toiles du maître ornent les salles du restaurant La Côte d'Or à Saulieu.
En 1986, Annabel publie D’amour et d’eau fraîche ; la même année sort le livre de Yann Le Pichon Bernard Buffet en deux tomes qui obtient le prix Élie-Faure. En 1989, Alin Avila publie Bernard Buffet.
Années 1990 : fin de vie Vers la fin de sa vie, il estompe peu à peu les couleurs dans ses œuvres, il revient à la noirceur de ses débuts. Le diagnostic tombe en 1998 : il est atteint de la maladie de Parkinson.
Sentant la maladie irrémédiablement progresser, Bernard Buffet, qui ne vivait que pour peindre, au moins 8 heures par jour, 7 jours sur 7, ne supporte pas la perspective du déclin. Il s'isole dans sa propriété, le Domaine de la Baume près de Tourtour dans le Var, avec son épouse. Il s'y enferme 6 mois dans son atelier et peint de manière compulsive une série de 25 tableaux sur le thème de la mort, des personnages entre écorchés vifs et squelettes en habits Renaissance, grandeur nature, nés d'un coup de pinceau que l'on sent sec, nerveux, peint dans l'urgence. Ce testament graphique terminé, il se met sur la tête un sac en plastique noir sur lequel il avait fait imprimer son nom avec la calligraphie si particulière de son écriture et s'asphyxie, le Hervé Gauville, « Buffet : son premier repos - Le riche peintre, snobé par la critique, s'est donné la mort hier à 71 ans », Libération, 5 octobre 1999Philippe Mathonnet, « Bernard Buffet s'est donné la mort », Le Temps, 5 octobre 1999 Roberta Smith, « Bernard Buffet, French painter, dies at 71 », New York Times, 5 octobre 1999..
Ses cendres sont dispersées dans le parc du musée Bernard-Buffet à Higashino-Hachibudaira, ville de Nagaizumi au Japon.