Elizabeth Canning, née le et décédée en , est une servante anglaise qui a été au centre d'une affaire judiciaire qui compte parmi les plus célèbres débats criminels du en Angleterre. Elle aurait été enlevée et retenue contre son gré dans un grenier à foin, avant de s'en échapper après environ un mois de captivité. Des personnes soupçonnées d'être ses agresseurs sont jugées et reconnues coupables, mais ensuite libérées à la lumière d'éléments nouveaux. Elizabeth Canning, reconnue coupable de parjure, est condamnée à la déportation pénale.
Elizabeth Canning disparaît le pendant presque un mois. Lorsqu'elle revient chez sa mère, qui demeure dans la Cité de Londres, elle est amaigrie et dans un . Après avoir été questionnée par des amis et des voisins, elle est interrogée par le conseiller municipal, qui émet alors un mandat d'arrestation contre Susannah Wells, la propriétaire de la maison dans laquelle Elizabeth Canning a été séquestrée. Elle se joint ensuite à un groupe de voisins et d'amis qui se dirigent vers la maison de Susannah Wells dans Enfield Wash, où elle identifie Mary Squires comme l'un de ses ravisseurs. Magistrat local et écrivain connu à l'époque, Henry Fielding s'implique dans l'affaire et prend parti pour Elizabeth Canning. D'autres arrestations suivent et plusieurs dépositions sont enregistrées. Susannah Wells et Mary Squires sont déclarées coupables ; Mary Squires est inculpée de vol, crime passible de la peine de mort.
Le juge de première instance et lord-maire de Londres Crisp Gascoyne, mécontent du verdict, entame ses investigations. Il rencontre des témoins qui déclarent que Mary Squires et sa famille n'ont pas pu enlever Elizabeth Canning, et interroge plusieurs témoins à charge, dont certains se rétractent. Le lord-maire ordonne l'arrestation d'Elizabeth Canning, qui est alors jugée coupable de parjure. Mary Squires est relaxée, tandis qu'Elizabeth Canning est condamnée à un mois d'emprisonnement et à sept années de déportation pénale.
L'affaire Canning fait s'opposer violemment deux groupes, les (« pro-Canning ») et les (« pro-Squires »)La famille Squires est d'origine gitane. En anglais, « gitan » se dit , qui vient du mot : « égyptien » (« Gypsy » dans le dictionnaire Webster. Page consulté le 16 novembre 2012).. Pendant et après le procès, Crisp Gascoyne est injurié en public et agressé en pleine rue, tandis que les médias intéressés par l'affaire mènent une guerre des mots féroce sur le sort des jeunes femmes de chambre. Elizabeth Canning meurt en 1773 à Wethersfield dans le Connecticut, mais le mystère de sa disparition reste irrésolu.
Histoire Contexte Elizabeth Canning, l'aînée des cinq enfants de William et Elizabeth Canning, naît le dans la Cité de Londres. Son père est menuisier et la famille demeure dans un deux-pièces à Aldermanbury PosternIl s'agit d'une extension du quartier modeste d'Aldermanbury, aujourd'hui disparu, qui s'étendait entre le mur de Londres et Fore Street. à Londres .
Le père meurt en 1751, laissant quatre enfants et une veuve enceinte du cinquième, une petite fille. Mrs Canning, à quarante-cinq ans, est aimée et respectée dans le voisinage, mais n'a que peu de ressources. Après le décès de son mari, elle se retire avec les quatre frères et sœurs d'Elizabeth dans la pièce arrière du deux-pièces pour pouvoir loger James Lord, l'apprenti, dans la pièce avant.
L'éducation d'Elizabeth a été limitée à quelques mois d'apprentissage dans une école d'écriture. Depuis qu'elle a quinze ou seize ans, elle travaille comme servante dans la maison de John Wintlebury, un tavernier, qui la considère comme une fille honnête mais timide. À partir d', elle vit au domicile d'Edward Lyon, un menuisier voisin de sa mère, qui partage la même opinion que Wintlebury sur son caractère. À dix-huit ans, elle est décrite comme une jeune fille potelée qui mesure (soit ), au visage marqué par la variole, avec un long nez droit et des yeux écartés.
Disparition Elizabeth Canning disparaît le . Ne travaillant pas ce jour-là, elle passe du temps avec sa famille, envisageant d'aller faire des courses avec sa mère après avoir rendu visite à sa tante et à son oncle, Alice et Thomas Colley, mais elle change d'avis et reste avec eux pendant la soirée. Elle reprend le chemin d'Aldermanbury vers 21 heures, accompagnée de sa tante et son oncle pendant les deux premiers tiers du trajet entre leur domicile et chez elle.
Comme elle ne se présente pas chez Edward Lyon comme prévu, son employeur, inquiet, se rend deux fois à la maison de la mère d'Elizabeth pour s'informer. La mère envoie ses trois autres enfants la chercher à Moorfields, tandis que James Lord se rend chez les Colley, qui lui disent avoir quitté Elizabeth près de l'église d'Aldgate, dans HoundsditchHoundsditch est le nom d'une rue du vieux Londres, sur l'emplacement d'un ancien fossé () longeant le mur romain, lieu de dépôt d'immondices, en particulier les chiens morts ()., vers . La mère d'Elizabeth se rend aussi chez les Colley le lendemain matin, mais n'apprend rien de plus. On demande aux voisins s'ils savent où peut se trouver Elizabeth, en vain. Tandis que les semaines passent, sa mère fouille les environs et la parentèle inspecte la ville. Une annonce est publiée dans les journaux et des prières sont récitées à haute voix dans les temples et les églises. Excepté la mention du cri d'une femme en provenance d'un coche couvert le , aucun indice n'est trouvé, aucune information pertinente apportée.
Réapparition Elizabeth réapparaît vers 22 heures le . En voyant sa fille, disparue depuis quasiment un mois, sa mère s'évanouit. Quand elle reprend ses esprits, elle envoie James Lord, l'apprenti menuisier, chercher les voisins. En quelques minutes, la maison est remplie de monde. Elizabeth est décrite comme étant dans un : le visage et les mains noirs de crasse, la tête entourée d'un chiffon sale taché du sang d'une oreille blessée, elle est juste vêtue d'une chemise, d'une jaquette et d'un jupon.
Elizabeth raconte qu'elle a été attaquée par deux hommes près du Bethlem Royal Hospital. Ils l'ont à-demi déshabillée, volée, puis frappée à la tempe. Elle a alors perdu conscience. Elle a repris connaissance . Elle a été contrainte de marcher jusqu'à une maison, où une vieille femme lui a demandé si (c'est-à-dire se livrer à la prostitution). Elizabeth Canning a refusé et la femme a coupé son corset, l'a giflée puis poussée dans l'escalier qui mène aux combles. Elle est demeurée dans ce grenier plusieurs semaines, sans voir personne, à peine nourrie de pain et d'eau. Les vêtements qu'elle porte, elle les a trouvés dans la cheminée du grenier. Elle est finalement parvenue à s'enfuir, après avoir arraché quelques montants de bois d'une fenêtre, avant d'entamer une marche de cinq heures pour rejoindre la maison familiale. Elizabeth se souvenait avoir entendu prononcer un nom, quelque chose comme et, comme elle avait vu par la fenêtre un cocher qu'elle avait reconnu, elle pensait avoir été emprisonnée dans une maison située sur Hertford Road. En se fondant sur ces indices, John Wintlebury et un journalier, Robert Scarrat, jugent qu'il ne peut s'agir que de la maison de « Mère » Susannah Wells, qui se trouve à environ 10 miles (), sur Enfield Wash.
Dès le lendemain elle est examinée par un apothicaire qui la trouve si faible qu'il peut ; son pouls est très bas, elle a des sueurs froides. Comme ses fonctions digestives sont complètement bloquées, il tente de lui faire avaler un purgatif, mais elle le vomit. Il parvient finalement à la rétablir en lui faisant subir plusieurs clystères. Le le London Daily Advertiser annonce la réapparition d'Elizabeth et publie ses explications (y compris l'hypothèse qu'elle a été détenue dans la maison de Susannah Wells). Le même jour, Elizabeth est emmenée par ses amis et des voisins à l'Hôtel de ville de la City, le Guildhall pour porter plainte auprès de l' (magistrat municipal) Thomas Chitty, afin d'obtenir un mandat d'arrêt contre Susannah Wells.
Accusations contre les « tortionnaires » d'Elizabeth Enfield Wash thumb|upright=0.9|left|Plan de la maison de Susanna Wells, paru dans le London Magazine en 1754.|alt=Plan général de la propriété, plan de l'étage et petit dessin de la maison. Chitty, après avoir écouté la déposition, émet le mandat d'arrêt. Elizabeth est encore très faible, le premier médecin qui l'a vue, le docteur John Eaton, craint même qu'elle ne meure, mais ses partisans prennent le risque de la faire sortir de chez elle pour qu'elle reconnaisse la pièce dans laquelle elle a été retenue et identifie ses ravisseurs pour obtenir justice. Le , ils l'emmènent donc à Enfield Wash. Wintlebury, Scarrat et Joseph Adamson (un voisin qui connaît Elizabeth depuis l'enfance) sont à cheval. Les autres doivent venir dans deux véhicules, une voiture de louage pour les hommes et une chaise pour Elizabeth et sa mère. Les trois cavaliers, les premiers à arriver, rejoignent William White, l'adjudant porteur du mandat et ses hommes qui attendent au l'arrivée de Susannah Wells. La demeure de cette dernière possède plusieurs dépendances : en plus de ses parties résidentielles, elle comprend une ébénisterie, une boucherie et un cabaret. Un vieil homme y garde des animaux et accueille occasionnellement des locataires. Susannah Wells est doublement veuve ; son premier mari, Mr Howit, était charpentier et le second, Abraham Wells, a été pendu pour vol. Elle a elle-même été condamnée en 1736 pour parjure. La fille de son premier mari, Sarah Howit, est revenu vivre chez sa mère depuis deux ans, après avoir été probablement domestique pendant cinq ou six ans. Le frère de Sarah Howit, charpentier comme son père, marié et père de deux jeunes enfants, habite à quelques centaines de mètres. Une autre fille, de son second mari, Elizabeth Long, âgée de vingt-deux ans, veuve elle aussi, vit tout près.
Quand Susannah Wells apparaît, vers 9 heures, les officiers de police encerclent la maison et interpellent toutes les personnes qui s'y trouvent : une vieille femme nommée Mary Squires, ses enfants (un fils et deux filles), Susannah Wells, Virtue Hall, et une personne qu'ils pensent être la fille de Susannah Wells. En perquisitionnant, William White découvre une jeune femme dans le grenier, Judith Natus, qu'il envoie rejoindre les autres, comptant aussi l'interroger. Cependant, il est intrigué car cette pièce ne correspond pas tout à fait à la description initiale d'Elizabeth. Il ne trouve pas non plus de traces au sol sous la fenêtre nord, ni d'indice qu'on ait brisé ou arraché des pièces de bois à la fenêtre pour sortir.
Le véhicule de louage enfin là, tout le monde entre inspecter la maison, se disant aussi étonnés que le gardien de la paix de l'absence visible de preuve d'une détention.
La chaise amenant Elizabeth Canning, sa mère et deux autres personnes, arrivant à son tour, Elizabeth est conduite dans la maison par Adamson. Elle reconnaît alors en Mary Squires la femme qui a coupé son corset et indique que la fille de Mary Squires et Virtue Hall étaient là lorsque c'est arrivé. Elizabeth monte ensuite à l'étage et reconnaît dans le galetas la pièce dans laquelle elle a été retenue, bien qu'il contienne plus de foin que dans son souvenir. En regardant plus attentivement, on constate que l'encadrement de la fenêtre a été refait récemment, visiblement très peu de temps avant l'arrivée de la police. Les preuves sont accablantes pour les accusés. Ils sont conduits au juge de paix le plus proche, Merry Tyshemaker, qui interroge d'abord Elizabeth, puis les personnes arrêtées dans la maison Wells. Mary Squires et Susannah Wells sont sommées de se justifier, la première pour l'effacement des traces du passage d'Elizabeth Canning, la seconde pour . George Squires et Virtue Hall, qui nient une quelconque implication dans l'enlèvement, sont libérés. Elizabeth Canning et ses amis sont autorisés à rentrer chez eux.
Investigations de Henry Fielding