La cordillère du Qionglai (chinois simplifié : 邛崃山 ; chinois traditionnel : 邛崍山 ; pinyin : Qiónglái shān), aussi appelée monts Qionglai, est une chaîne de montagnes de la province chinoise du Sichuan, orientée nord-sud. Elle se situe dans la partie orientale des monts Hengduan qui domine directement le bassin rouge du Sichuan.
La cordillère du Qionglai fait partie de la zone critique de biodiversité des monts Hengduan. C’est une zone remarquable par la diversité des espèces végétales et animales mais qui a connu aussi une perte d’habitats exceptionnellement importante. Elle abrite des espèces rares comme le panda géant et le rhinopithèque doré, deux espèces menacées de disparition selon l'UICN.
Un réseau de zones de protection a été créé, regroupant 7 réserves naturelles et 9 parcs paysagers, nommé sanctuaires des pandas géants du Sichuan.
Géographie thumb|Monts Siguniang, .
La cordillère qui s'étend du nord au sud sur , sépare les bassins versants de deux grands fleuves du Sichuan : la Dadu et la Min. La Dadu est un affluent de la Min, elle-même affluent du cours supérieur du Yangzi Jiang. C’est la première chaîne de montagnes rencontrée à l’ouest de Chengdu sur la frange orientale du plateau tibétainDans le Sud-Est de la préfecture autonome tibétaine et qiang d'Aba, et le Nord de la préfecture de Ya'an (xian de Baoxing)., dominant le bassin du Sichuan. L’altitude élevée (env. ) et la latitude basse (celle du Sud Maroc), expliquent l’étagement altitudinal différencié de la végétation.
Son plus haut sommet est le pic Yaomei des monts Siguniang, , qui culmine à . Les zones à plus de , où la neige ne fond pas de toute l’année, sont parcourues par des glaciers.
La chaîne de montagnes Qionglai est orientée nord-sud, avec des pentes escarpées à l’est et douces à l’ouest. Les versants orientaux reçoivent beaucoup de précipitations : de pour les altitudes de .
Populations Cette région de hautes montagnes est historiquement et ethniquement radicalement différente du bassin du Sichuan qui est un foyer important de la culture chinoise.
L’altitude élevée de la cordillère du Qionglai ayant rendu les déplacements humains est-ouest difficiles, a fait de ces montagnes une zone géographique relativement isolée, où vivent comme dans le massif des Hengduan, de nombreuses ethniesDans les monts Hengdian vivent des Tibétains, des Qiangs, Yi, Hui, des tibéto-birmans et des membres du groupe majoritaire au niveau national, Han.. Mais le groupe le plus important et le plus anciennement installé est formé de tibéto-birmans nommés Gyalrong (chinois 嘉绒 Jiarong), pratiquant le bouddhisme tibétain, et ayant un mode de vie unique . Ils habitent les grands et petits bassins hydrographiques des monts Qionglai (et au-delà à l’ouest sur les monts Daxue) et sont longtemps restés protégés de la pénétration des populations Han, qui plus à l’est, occupent le bassin du Sichuan plus développé. Sur le versant oriental des monts Qionglai, au nord-ouest de Chengdu, le peuple Qiang est aussi présent, en particulier dans le xian de Wenchuan où est située la réserve naturelle de WolongLa population du district de Wenchuan est constituée de Hans (46 %), de Qiang (34 %) et de Tibétains (18,6 %) ( Site gouvernemental de Wenchuan)..
Le missionnaire botaniste Armand David qui séjourna dans la région de Moupin (nommé actuellement le district de BaoxingQui se trouve dans la zone sud des monts Qionglai, et au nord de Ya'an 雅安, une ville frontière de l’empire chinois par laquelle passait l’ancienne piste muletière qui permettait de transporter des galettes de thé du Sichuan par Chamdo sur les hauteurs du Tibet jusqu’à Lhassa; cette piste caravanière est devenue de nos jours une route goudronnée.) en 1869, a apporté un témoignage précieux sur ces populations d’ethnie tibéto-birmane Jiarong (au appelées Mantze, en chinois 蛮族 manzu « barbare ») Second voyage d'exploration dans l'Ouest de la Chine.
Les réformes économiques engagées depuis 1978, ont soutenu une croissance économique inégale suivant les régions et les groupes d’individus. Les minorités tibéto-birmanes qui vivaient dans des zones enclavées, mal desservies et qui manquaient d’infrastructures, ont subi un lourd handicap au développement des activités économiques. Il a été établi que les écarts entre les revenus des minorités ethniques et les membres de la majorité Han n’ont cessé de s’accroître, progressant de 36 % lors de la seule décennie 1980-1990.
L’installation de population Han dans les régions d'ethnie tibéto-birmane s’est principalement faite dans les villes.
L’activité économique des populations tibéto-birmanes Gyalrong varie suivant l’étagement altitudinal: de : élevage du yak, récolte de matières médicinales (Cordyceps, 羌活 qianghuo rhizomes de Notopterygium incisum, etc.), récolte de champignons comestibles ; de : culture fruitièreLa région à la latitude du Sud marocain, permet la culture fruitière en altitude. (prune rouge verte croquante 青红脆李 qinghongweili, pommes), culture de céréales, de légumes (haricot rouge, patate douce, etc.), élevage de cochons, moutons, poules, etc. ; de : culture fruitière (cerises, pommes, poires), céréalière, potagère (haricot, patate douce, etc.), élevage de porcs, chèvres, moutons, poules, vaches.
Conservation de la biodiversité
La cordillère du Qionglai fait partie de la zone critique de biodiversité des monts Hengduan. C’est une zone remarquable par la diversité des espèces végétales et animales mais qui a connu aussi une perte d’habitats exceptionnellement importante. L’exploitation forestière menée par des agences gouvernementales depuis les années 1960 a laissé à nu les flancs des montagnes les moins pentues. À la suite des inondations catastrophiques de l’été 1998, attribuées à des décennies de coupe à blanc des forêts du Tibet oriental, le gouvernement chinois a interdit l’exploitation forestière dans les préfectures tibétaines du sud-ouest de la Chine.
Le premier naturaliste à découvrir les richesses de la flore et de la faune des monts Qionglai est un missionnaire français passionné de zoologie et de botanique. Du au , le père David parcourut les monts au sud de la chaîne Qionglai pour collecter des spécimens de mammifères, d’oiseaux, d’insectes et de plantes, remarquables tant par le nombre que la qualité. La renommée du père David tient essentiellement à quelques grandes découvertes comme celle du Panda géant, du Macaque au nez retroussé (Rhinopithecus roxellana) et de l’arbre aux mouchoirs (Davidia involucrata). De la petite région de Baoxing du Tibet oriental (actuellement rattaché au Sichuan), le père David a envoyé au Muséum de Paris, 676 spécimens de plantes, 441 d'oiseaux, 145 de mammifères pour identifications et descriptions scientifiques des espèces nouvelles.
Création de parcs naturels Dans les années 1980, il ne restait plus que à l’état sauvage en Chine. Grâce aux efforts de protection, la population a pu monter à environ, en 2000, et à en 2014 (selon le recensement de 2011-2014). Cette population est fragmentée en 33 sous-populations quasi-isolées les unes des autres.
Dans le seul Sichuan, en , les indiquaient que le Sichuan comptait géants sauvages.
Les décisions politiques de création de parcs nationaux se sont imposées pour faire face aux fortes menaces sur la biodiversité végétale et animale de certaines régions de Chine et plus particulièrement sur l'espèce-phare de la région, le panda géant, capable d'attirer des centaines de milliers de touristes. Le WWF fondé en 1961, y a joué un rôle important, en participant au financement du développement de parc. Une ambitieuse politique de protection a permis à l’espèce de se développer. En 2016, celle-ci est passée du statut « en danger » à « vulnérable » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature
Les zones de protection du panda géant ont été regroupées sous le qualificatif de « sanctuaires des pandas géants du Sichuan ». Ils comportent 7 réserves naturelles dont nous donnons un aperçu ci-dessous, et 9 parcs paysagers.
Réserve naturelle nationale de Wolong
thumb|Panda, l'espèce-phare du parc Wolong, capable d'attirer avec un effectif sauvage de 104 en diminution (en 2014). La création en 1975 de la grande réserve naturelle de Wolong卧龙国家级自然保护区 Wòlóng guójiā jí zìrán bǎohù qū, litt. traduit généralement en anglais par et en français par , bien que la notion de « parc naturel » développée aux États-Unis et en Europe corresponde mieux à la réalité chinoise., réserve de rang national, de pour protéger les pandas géants marque la véritable naissance des parcs nationaux en Chine. Cette réserve est située dans le district de Wenchuan, sur le versant oriental des monts Qionglai, au nord-ouest de Chengdu. Selon le recensement de 1999-2001, il y aurait 143 pandas géants sauvages dans la réserve, ce qui représente 33 % de l’effectif total des pandas du Sichuan. Mais selon le recensement de 2011-2014, l’effectif aurait baissé de 21 % et ne serait plus que de 104 pandas sauvages.
Avant 1900, Wolong possédait encore une belle forêt primaire bien conservée. Le début de son exploitation industrielle se situe en 1936, avec l’installation d’une première scierie employant puis d’une autre en 1945-1947. Les coupes rases les plus graves ont été réalisées lors du Grand Bond en avant et pendant la révolution culturelle qui ont mis à nu une partie des monts de Wolong (huangshan, ).
Depuis la première réserve naturelle de Wolong, créée en 1963, jusqu’aux années 2000, la gestion de la réserve n’a cessé de connaître des remaniements administratifs. Cependant, une enquête de terrain menée par Liu, Linderman et al (2001) a abouti à une conclusion sans appel : . Pour la période 1965 à 1995, le rythme de déforestation et de fragmentation du couvert forestier a été plus rapide après la mise en réserve et davantage à l’intérieur même de l’aire protégée qu’à l’extérieur. Les impacts ont été particulièrement sévères pour les zones fortement propices à l’habitat du panda. Les images satellitaires révèlent sans équivoque un processus massif d’extension des surfaces défrichées et de fragmentation du couvert forestier entre 1965 et 1995, avec une accélération après 1974, après la création de la réserve naturelle.
Le tourisme de masse a aussi un impact important. Le nombre de visites touristiques entre 2000 et 2005 est passé de , soit une augmentation d’environ 59 % en seulement . La plupart des ménages ruraux qui bénéficient de l'écotourisme sont situés près de la route principale mais la majorité des avantages économiques (investissement, emploi et biens) dans trois secteurs clés de l'écotourisme (construction d'infrastructures, hôtels / restaurants et vente de souvenirs) vont à d'autres parties prenantes.
Réserve naturelle de Fengtongzhai En 1979, fut aussi créée la réserve naturelle de Fengtongzhai蜂桶寨国家级自然保护区 Fēngtǒngzhài guójiā jí zìrán bǎohù qū., réserve de rang national, dans le Nord-Est du xian de Baoxing, d’une superficie de . C’est la région où les chasseurs indigènes qui travaillaient pour le père David, lui rapportèrent le un jeune , puis un mois plus tard un adulte qui le convainquirent qu’il s’agissait d’une nouvelle espèce. Une fois le travail de taxidermie effectué par le père David, les animaux furent envoyés à Paris, pour leur description zoologique.
La création de la réserve visait la protection d’espèces-phares comme le panda géant, le rhinopithèque de Roxellane et en 1994, les objectifs ont été élargis aux écosystèmes forestiers mixtes de montagne. Dans la réserve naturelle de Fengtongzhai, il y a selon les données du dernier recensement national des pandas géants et de leur habitat, le quatrième mené de 2011 à 2014, et dans le district de Baoxing, il y en a 181.
Réserve naturelle des Siguniang thumb|Siguniang.