Un bajoyer est l'une des deux parois latérales d’une écluse. Il fait office de mur de soutènement des terres.
Par extension, un bajoyer désigne également les berges bordant la culée d'un pont.
Étymologie Selon le Littré, le mot « bajoyer » aurait pour origine le substantif de l'ancien français bajoe ou baioe, qui signifie une sorte de panier. Bajoe, quant à lui, viendrait peut-être du bas latin bajulona, « civière », de bajulare, « porter », p222. Le sas de l’écluse, formé des deux bajoyers et du radier sur lequel ils s’appuient, forment en effet une sorte de contenant qui porterait les embarcations.
Selon l’auteur cubain Jose Estéban, le mot « bajoyer » aurait un dérivé inattendu en cubain : bayu qui signifie « bordel » (mot argotique pour désigner une maison de passe), page 57. En effet, sur les îlots aux abords de l’embouchure du fleuve Mississippi se trouvaient à l’époque de nombreuses maisons de passe à proximité de quais constitués de bajoyers. La partie française de cette région était très en contact avec La Havane, et les Créoles de Nouvelle-Orléans appelaient ainsi les maisons de passe à La Havane, d’où l’émigration de l’expression vers Cuba.
Typologie selon la forme La plupart des bajoyers sont des plans verticaux ou inclinés.
Les bajoyers des écluses du canal du Midi, conçues par François Andréossy et Pierre-Paul Riquet, sont quant à eux ovoïdes..
Typologie selon le matériau Les bajoyers peuvent être en bois, en béton ou en métal. Dans les écluses en béton, on distingue deux types de sections courantes selon que les bajoyers sont indépendants du radier ou solidaires.
Bois Les premières écluses ont été construites en bois. C’est ainsi le cas de la première section du canal d'Orléans construite par Mahieu, entre le bief de partage et le raccordement du canal avec le canal du Loing 24.
Maçonnerie Dès le début du et jusqu’à la fin du , les bajoyers sont construits en pierres de maçonneries. Il s’agit de murs poids, dont le parement extérieur présentait un fruit important, et qui servaient en outre de butée latérale au radier. Ce dernier présentait un profil convexe, en forme de voûte renversée, pour reprendre les sous-pressions8.
Outre le coût de construction et d’entretien, le principal défaut de ce type de construction est le défaut d’étanchéité. L’eau s’infiltrant dans des joints déficients peut permettre la fixation de végétation qui à terme peut dégrader les pierres de parement, voire le mur en maçonnerie proprement dit.
Si l’on s’en réfère au Dictionnaire d’architecture civile et hydraulique, les méthodes de construction sont assez empiriques pp 46-47.
Béton ordinaire Jusqu’en 1960, beaucoup d’écluses ont été construites en béton ordinaire. Il s'agissait d'une solution très répandue et généralement économique pour les écluses de faible chute (moins de 6 à )2.
Les bajoyers sont alors de simples murs-poids qui présentent l’avantage d’être étanches. Par leur poids et leur inertie, ils résistent aux sous-pressions sur le radier et aux poussées alternées de l’eau dans le sas.
La durée du chantier a conduit à l’abandon de cette technique. En effet la mise en œuvre d’une telle importante quantité de béton en grande masse ne peut pas être faite en une seule fois. Pour éviter une élévation de température trop importante à la suite de la réaction exothermique de l'hydratation du ciment, la formation d'ettringite différée (si ) et des problèmes de fissuration, des paliers d’attente doivent être observés afin de permettre la dissipation de la chaleur dégagée par la prise du ciment9.
Béton armé Le béton armé permet la réalisation de bajoyers solidaires du radier. La section courante a la forme d'un U. Cette technique est intéressante, quelle que soit la hauteur de chute, surtout lorsqu'il faut construire l'écluse à l'intérieur d'un batardeau, car elle permet de réduire la largeur des bajoyers, et donc de celle du batardeau.
Palplanches
Dans les années 1970, le service de la navigation de la Seine a construit plusieurs écluses de de longueur avec des bajoyers en rideaux de palplanches métalliques ancrées. La section courante est constituée par deux rideaux de palplanches avec une ou plusieurs lignes d'ancrage et un radier en béton. Les têtes doivent obligatoirement être en béton, en raison de la présence des portes10.
Cette technique présente plusieurs défauts, une faible étanchéité et surtout une fragilité en cas de choc avec un bateau. Cette technique n'est en général pas à conseiller.
Calcul et disposition constructives La vérification de la stabilité des bajoyers ne présente pas de difficultés particulières. Mais comme ces ouvrages sont soumis à des efforts alternés (en raison de la variation du niveau de l'eau dans le sas), ainsi qu'aux chocs des bateaux, il faut adopter des coefficients de sécurité plus élevés que dans les constructions courantes. On peut prendre par exemple comme valeur limite des taux de travail les 2/3 des taux couramment adoptés.
Avec le béton armé (ou éventuellement précontraint), il faut proscrire les épaisseurs trop faibles : 0,80 à paraissent un minimum pour les parois qui sont exposées aux chocs des bateaux, et 0,40 à pour les autres. II faut noter que les formes des bajoyers et du radier peuvent dépendre du système adopté pour assurer le remplissage et la vidange du sas.
Il s’agit de murs de soutènement, soumis non seulement à la poussée du terre-plein, mais aussi à des efforts alternants dus à la poussée exercée par l’eau, dont le niveau varie à chaque éclusée, en préservant autant que possible les remblais latéraux du travail de décompression que ce marnage pourrait induire.
Le calcul de ces murs doit prendre en considération au moins les deux situations : le sas est complètement vide, ce qui arrive non seulement à la construction de l’écluse, mais aussi à chaque mise à sec pour l’inspection de l’ouvrage (au moins une fois tous les dix ans) ; le sas est plein (c’est-à-dire que le niveau à l’intérieur du sas est celui du bief amont).
Dans le dimensionnement de ces structures, la principale difficulté est d’évaluer le niveau de la nappe dans les terre-pleins, derrière les bajoyers. Lorsqu’il s’agit de terrains perméables, on réalise en général un rideau d’étanchéité au niveau de la tête amont, et on procède au drainage des terres en arrière des bajoyers vers l’aval.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Articles connexes canal écluse
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