vignette|La carte de l'Enfer par Sandro Botticelli, illustration d'un manuscrit de la Divine Comédie.
L'Enfer est la première partie (cantica) de la Divine Comédie de Dante Alighieri. Les parties suivantes sont le Purgatoire et le Paradis (Inferno, Purgatorio, Paradiso).
Structure
L'Enfer est la première des trois parties (cantica) qui composent la Divine Comédie. Chacune des parties de l'œuvre correspond à l'un des trois règnes de l'au-delà et est formée de trente-trois chants, à l'exception de l'Enfer qui comporte un chant préliminaire ; chaque chant est à son tour subdivisé en tercets dont les rimes sont enchaînées (ABA BCB CDC…).
Selon la conception géographique dantesque, le monde est divisé en deux hémisphères distincts : l'un entièrement formé par les terres émergées et l'autre complètement recouvert par les eaux. Dans le système astronomique ptolémaïque, la Terre se trouve au centre de l'Univers ; le Soleil et les autres planètes tournent autour d'elle.
Quand, au début des temps, Lucifer se rebella contre Dieu, ce dernier le précipita sur la Terre depuis le Paradis qui se trouve dans le ciel au-delà du système de rotation géocentrique. À l'endroit de sa chute, la terre se rétracta de terreur à l'idée du contact avec le démon, créant ainsi l'énorme cavité en entonnoir qui forme l'Enfer. La matière rétractée réémergea dans l'hémisphère couvert par les eaux et forma la montagne du Purgatoire qui se dresse au milieu de l'immense mer de l'hémisphère opposé.
Lucifer est ainsi confiné au centre de la Terre, au point le plus éloigné de Dieu, immergé jusqu'au buste dans le Cocyte, le lac souterrain constamment gelé à cause du vent froid produit par le continuel mouvement de ses six ailes. Du centre de la Terre, à partir des pieds de Lucifer, s'ouvre un long corridor conduisant vers le Purgatoire, dans l'autre hémisphère.
La structure de l'Enfer, en forme d'entonnoir qui rejoint le centre de la Terre, est composée de neuf cercles. Dante et Virgile poursuivent leur chemin en parcourant les cercles qui se déroulent en spirale jusqu'au plus profond de la Terre. Au fur et à mesure qu'ils descendent, les cercles se rétrécissent : moindre est en effet le nombre de pécheurs punis dans les cercles les plus éloignés de la superficie. Les cercles les plus vastes sont les plus élevés parce qu'est plus diffus le péché qui y est puni et plus grand le nombre de damnés. Plus l'on descend, plus l'on s'éloigne de Dieu et plus grand est le poids du péché. On retrouve ainsi une conception de l'Église catholique selon laquelle les peines de l'Enfer sont proportionnées aux péchés de chacun.
L'ordonnancement des peines, comme l'indique Virgile dans le chant XI, est réglé par l’Éthique à Nicomaque d'Aristote et s'appuie sur la summa divisio du concept de péché représentée par la raison. Le choix des peines suit la loi du contrapasso (qui frappe les pécheurs par un châtiment attribué en rapport (par analogie ou par contraste) avec le péché commis).
Après l'Ante-Enfer et les limbes, les cercles suivants, du second au cinquième, voient les âmes damnées de ceux qui, au cours de leur vie, ont commis le péché d'incontinence. À savoir que leur raison, leur jugement, a cédé aux instincts primaires et aux pulsions : l'esprit n'a pas su dominer le corps et n'a pas résisté aux tentations. L'incontinence correspond aux sept péchés capitaux, bien que l'orgueil et l'envie ne trouvent pas une position précise et autonome à l'intérieur des cercles.
Séparant le cinquième cercle du sixième, les murs de la ville de Dité (abréviation latine par laquelle était mentionné le dieu des enfers Pluton). Au-delà des murs se trouvent les pécheurs qui ont commis la faute la plus lourde : ceux-ci n'ont pas perdu la raison, ils en ont au contraire usé pour commettre le mal. Leur choix était conscient et malveillant. Leur intellect a été mis au service du mal pour construire sciemment une action coupable.
Lucifer est l'origine de tout mal. Il broie, avec ses trois gueules de ses trois faces, les corps de Judas, Brutus et Cassius. Selon la théorie des « deux soleils » , c'est-à-dire le pape et l'empire, les deux pouvoirs dominantsDante s'était personnellement impliqué dans le conflit en guelfes et gibelins, y compris sur le plan théorique, dans le traité ., les trois pécheurs représentent les traîtres à l'encontre des fondateurs de ces pouvoirs. Judas a trahi le Christ, fondateur du pouvoir papal. Brutus et Cassius ont trahi Jules César qui, dans la conception dantesque et médiévale, était le fondateur du pouvoir impérial et par extension du pouvoir laïque et politique en général.
Synopsis Préambule : Chant I thumb|upright=0.7|right|L'Enfer, Chant, illustré par Gustave Doré (1861)
Ainsi débute la Commedia de Dante :
Antichambre de l'Enfer : Chant II
Dante est plongé dans l'incertitude, il ne sait s'il doit continuer son chemin avec Virgile ; ce dernier le rassure en lui disant que c'est Béatrice elle-même qui lui a demandé de venir sortir Dante de son trépas (c.f. Chant). Dante, galvanisé, plonge, avec son guide, aux Enfers.
Porte et vestibule de l'Enfer : Chant III Au début de ce chant c'est la porte de l'enfer elle-même qui semble prendre la parole et dit (la dernière phrase étant la plus connue) :
Virgile doit alors rassurer Dante afin qu'il passe le seuil du premier royaume. Vestibule : les indifférents (ou neutres) et les lâches. Damné : le pape Célestin V, Ponce Pilate... Peine : tourmentés par mouches et guêpes, les damnés foulent un parterre grouillant de vers. L'Achéron. Gardien : le nocher Charon.
Chant IV thumb|upright=0.7|right|alt=gravure de Gustave Doré|Dante rencontrant les non-baptisés, Chant IV de l'Enfer illustré par Gustave Doré , les limbes puis le château des magnanimes et la prairie verdoyante : défaut de foi, les non-baptisés. Damnés : (âmes vertueuses mais ayant vécu avant l’avènement du Christ) Virgile, Homère, Horace, Ovide et Lucain. Il rencontre aussi Aristote « maître de tous les savants », Socrate, Platon, Euclide, Ptolémée, Avicenne, Galien et Hippocrate. Peine : éternellement frustrés dans leur désir de pouvoir contempler Dieu, mais pas de châtiment physique. Virgile néanmoins informe Dante que Jésus lui-même, () est venu chercher Adam, Abel, Noé, Moïse, le roi David, le Salomon (roi d'Israël), Abraham, Israël et ses douze fils ainsi que Rachel. De nombreuses âmes furent encore sauvées mais Virgile insiste sur le fait que ce furent les premières.
Haut Enfer : Les incontinents - Chant V alt=Paolo et Francesca par Ingres.|vignette|Paolo et Francesca (1819), par Jean-Auguste-Dominique Ingres. : luxurieux, impudiques et morts par amour. Gardien : Minos, qui pèse les crimes et oriente vers les différents cercles. Damnés : Sémiramis, Didon, Cléopâtre, Hélène, Tristan... Paolo et Francesca da Rimini. Peine : Emportés par une tornade contre les bords escarpés de l'abîme.
Chant VI : les gourmands. Gardien : Cerbère. Damné : Ciacco, un concitoyen de Dante, ce dernier lui demande ce qu'il est advenu de Farinat (entre autres), Ciacco lui répond qu'il est parmi (ainsi que nous le verrons dans le chant X). Peine : Étendus dans une boue putride sous la pluie et le grésil.
Chant VII : avares et prodigues. Gardien : Ploutos (personnification de la richesse, à ne pas confondre avec Pluton), dieu grec des richesses. Peine : Avares et prodigues poussent de gros rochers en s’injuriant mutuellement. Monologue de Virgile à propos de la divinité Fortune. , le Styx : les coléreux et les moroses. Peine : Immergés dans la vase du fleuve, les coléreux se frappent et se mordent férocement, tandis que les moroses (ceux qui ) se morfondent sous la surface.
Chant VIII thumb|alt=peinture de Giovanni Stradano|Iracondi e accidiosi (1587), Giovanni Stradano : Dante et Virgile dans la barque de Phlégyas, Chant VIII de l'Enfer , la tour aux deux fanaux surplombe le fleuve ; aux portes de la cité de Dité, également appelé Lucifer, l'ange du mal. Gardiens : du fleuve, le nocher Phlégyas ; de la cité, une foule de démons. Dante y rencontre Filippo Argenti, damné et ennemi personnel de Dante, qui paraît-il, l'aurait souffleté en public, il périt dévoré par les âmes en colère et par lui-même. Virgile et Dante se retrouvent bloqués aux portes de la cité de Dité, Virgile tente de trouver un compromis avec les démons mais finalement ceux-ci se cloîtrent et refusent d'ouvrir la porte.
Chant IX , Les remparts de la cité de Dité ; à l’intérieur : les sépulcres enflammés. Gardiennes : Les trois Furies puis Méduse. Adjuvant : Un messager divin ouvre les portes de la cité.
Bas Enfer : Chant X , parmi les tombeaux enflammés : les hérétiques. Damnés : les épicuriens, Farinata degli Uberti, Cavalcante Cavalcanti, le pape Anastase II. L'un des damnés informe Dante sur son futur exil de Florence () ainsi que du triste destin de son parti, lorsqu'il reviendra en et qu'il se rendra compte que les efforts de son parti (les guelfes blancs : l'un des nombreux clans qui se sont disputé Florence au début du avant l'arrivée des Médicis, en 1434) étaient vains.
Chant XI : les violents et ceux qui ont commis le péché de fraude. Tombe du pape Anastase II. On apprend dans ce chant la subdivision de ce cercle en 3 gironi : ceux qui ont été violents envers leur prochain, ceux qui furent violents envers eux-mêmes et finalement ceux qui l'ont été envers Dieu, les blasphémateurs, ainsi que ceux qui ont été violents contre la nature (les sodomites).
Chant XII 'giron' : Coupables de violences envers leur prochain (homicides, brigands...) Les damnés sont tourmentés par les flèches de trois centaures (Pholus, Nessus et Chiron), ils sont bouillis dans un lac de sang en ébullition.
Chant XIII 'giron' : Coupables de violences envers eux-mêmes (suicides, ceux qui ont dilapidé leur fortune...) Gardiens : Les harpies et des chiennes noires. Dante et Virgile arrivent dans une vaste forêt. Sur les conseils de Virgile, Dante arrache un rameau à l'un des arbres, qui se lamente aussitôt : on apprend alors que les damnés sont éternellement transformés en arbres épineux et noueux. Ceux qui ont rejeté leur corps (i.e. les suicidés) se présentent devant Minos (celui qui juge et attribue les damnés), il les envoie dans cette forêt au hasard, et d'une pousse, grandit un arbre sauvage où perpétuellement naissent des feuilles que les harpies dévorent avidement, ce qui leur cause des souffrances atroces. Le jour du jugement dernier il leur sera interdit de reprendre leur forme originelle (c'est-à-dire leur corps) étant donné qu'ils se sont ôté la vie, et ils devront se présenter en ce grand jour nus comme des vers, et lorsque le jugement sera fait, ils devront traîner eux-mêmes leur dépouille et l'on accrochera le cadavre de chacun, sur la branche épineuse du damné. Dante y rencontre Pierre des Vignes, Jacques de Saint-André.
Chant XIV 'giron' : Les violents contre Dieu : Les blasphémateurs. Dante et Virgile arrivent dans une vaste étendue de sable aride, ardent, où rien ne pousse. Les milliers de damnés qui errent dans ce lieu ont trois attitudes différentes : Certains sont couchés sur le sable, immobiles. D'autres sont assis, tout recroquevillés. Et finalement les derniers errent, marchant ou courant, sans jamais s'arrêter. Les âmes dans ce lieu sont soumis à une pluie de flammes, qui jamais ne s'arrête et lorsque ces flammes atteignent le sable, ce dernier prend feu et redouble la souffrance des damnés. Dante y rencontre Capanée qui, fier et arrogant jusqu’à la fin des temps, se moque de son châtiment (et aussi des dieux) et ne baisse pas la tête. On apprend aussi les origines du Styx, de l'Achéron et du Phlégéton.
Chant XV 'giron' : Les violents contre Dieu : Les intellectuels dévoyés