thumb|Inscription sur un tuyau en plomb romain.
Un tuyau romain en plomb ou fistule (en latin fistula aquaria) est une conduite utilisée dans le réseau de distribution d’eau dans les villes de la période romaine.
Elle sert à acheminer l’eau depuis les réservoirs, qu’il s’agisse de citernes ou d’arrivées d’aqueducs, jusqu’aux édifices publics tels que les thermes, les fontaines, ou parfois aux maisons de riches particuliers.
Les tuyaux de plomb sont mentionnés par Vitruve dans ses prescriptions au sujet des aqueducs, dans le traité d’architecture De architectura. VII et en poésie par Ovide dans Les Métamorphoses. IV, 115, dans une description très imagée de la mort de Pyrame: «cruor emicat alte, non aliter quam cum vitiato fistula plumbo scinditur».
Fabrication thumb|Tuyau trouvé à Ostie. Le plomb nécessaire était extrait en grande quantité à l'époque romaine, comme sous-produit des mines de plomb argentifère, notamment dans les mines de Bétique et de BretagnePaul Petit, Histoire générale de l’Empire romain, Seuil, 1974, , , 251.
Les fistules sont fabriquées à partir d’une plaque de plomb rectangulaire roulée en forme ovoïde et refermée par un cordon de soudure longitudinale. Leur longueur peut atteindre environ trois mètres ( selon VitruveVitruve, Histoire naturelles, livre VIII, 7), et le diamètre extérieur atteindre pour une conduite principale, comme celle trouvée sous le decumanus maximus d’Ostie. Les conduites terminales étaient plus fines et mesuraient moins de de diamètre Mireille Cébeillac-Gervasoni, Maria Letizia Caldelli et Fausto Zevi, Épigraphie latine, Armand Colin, 2006, , .
Intérêt épigraphique thumb|Fistule de plomb, utilisé à l’époque romaine à l’intérieur des thermes de Bath - Angleterre. Les fistules sont fréquemment porteuses d’inscriptions réalisées en coulant du plomb sur leur surface et en y imprimant une marque laissant les lettres en relief. Frontin, administrateur principal des eaux de Rome, cite l’obligation de figurer sur les conduites en plomb le chiffre de sa capacité, et ce tous les . Les trouvailles archéologiques nous permettent de constater que cette prescription était rarement respectée. En revanche, de nombreuses inscriptions apparemment non obligatoires ont été trouvées, surtout à Rome et à Ostie, deux sites riches en découvertes de tuyaux. Les indications portées par les inscriptions peuvent être les suivantes : indication du fabricant de la fistule soit par son nom au nominatif suivi du verbe FECIT ou FE (untel a fait ce tuyau), soit par EX OFFICINA suivi de son nom au génitif (de la fabrique de untel) ; indication du bénéficiaire de l’eau ou celui de l’empereur, considéré comme bénéficiaire de l’eau publique, au génitif ; nom du donateur de l’ouvrage, au génitif (sous-entendu EX INDULGENTIA, par la générosité de), pour les actes d’évergétisme ; le nom de l’administrateur chargé de la distribution, ou la datation par le nom des consuls éponymes. L’indication du bénéficiaire pour les raccordements desservant des bâtiments tels que domus privée ou établissements thermaux a permis d’identifier de nombreux propriétaires. En majorité, ce sont des membres de l’aristocratie sénatoriale ou équestre, ou des affranchis impériaux, tous assez proches de l’empereur pour obtenir le bénéfice de l’eau publique. Par exemple à Rome la Villa des Quintili, desservie par des conduites en plomb portant les noms de deux frères, Sextus Quintilius Condianus et Sextus Quintilius Valerius Maximus, consuls en 151.
Autre exemple trouvé à Ostie sur une fistule de de long et de diamètre externe : COLONIA OSTIENSIS C(aio) POPPAEO SABINIANO PRAEF(ecto) ANNONAE La colonie d’Ostie, à C. Poppaeus Sabinianus, préfet de l’annoneAE 2000, 267.
Saturnisme On attribue au plomb des tuyaux et de la vaisselle ou d'autres contenantsWalter Scheidel (1999), "Emperors, Aristocrats, and the Grim Reaper: Towards a Demographic Profile of the Roman Elite" ; The Classical Quarterly, 49(1), 254-281; Roman Aqueducts & Water Supply (2002) by A. Trevor HodgeLead Poisoning and RomeS. Colum Gilfillan (1990), Rome's ruin by lead poison ; novembre 1990 - 234 pagesJerome O. Nriagu (1983), Lead and Lead Poisoning in AntiquityJerome O. Nriagu (1983), "Saturnine Gout Among Roman Aristocrats: Did Lead Poisoning Contribute to the Fall of the Empire?" New England Journal of Medicine, 308, 660-663S. C. Gilfillan (1965), "Lead Poisoning and the Fall of Rome" ; Journal of Occupational Medicine, 7, 53-60; "Lead and Wine: Eberhard Gockel and the Colica Pictonum" (1982) by Josef Eisinger, Medical History, 26, 279-302 le taux élevé de personnes atteintes de saturnisme. Ce plomb pourrait être une des causes de la chute de l'Empire romain ou au moins du déclin de l'aristocratie romaineLionel and Diane Needleman (1985), "Lead Poisoning and the Decline of the Roman Aristocracy" ; Classical Views, 4(1), 63-94; Lead Compounds: Hazard Summary (1992, revised 2000) by the U.S. Environmental Protection Agency, Technology Transfer Network, Air Toxics Website.
La dangerosité du plomb est connue des Romains. Ce qui rend l'eau mauvaise dans les tuyaux en plomb nous dit Vitruve vers -15, c'est qu'il s'y forme de la céruse, « matière que l'on dit être très-nuisible au corps de l'homme ». « Or, si le plomb produit des matières malsaines, nul doute qu'il ne soit lui-même contraire à la santéDe Vitruvius Pollio. L'architecture de Vitruve, Volume 2. Lire en ligne. »
On reconnait la dangerosité du plomb à cette époque au teint blafard des plombiers. Vitruve recommande l'usage de tuyaux en terre cuite.
Notes et références
Bibliographie P Salvatore, B Marco, S Roberto, DG Simone, A Leotta, H Uhlend et S Mazzolaa (2012), Multi-resolution morpho-bathymetric survey results at the Pozzuoli-Baia underwater archaeological site (Naples, Italy) ; Journal of Archaeological Science, Volume 40, Issue 2, February 2013, Pages 1268–1278r (résumé) [de} W Eck - Hermes, (1972 ), Die Familie der Volusii Saturnini in neuen Inschriften aus Lucus Feroniae ; 100. Bd., H. 3 (1972), pp. 461-484 : Ed: Franz Steiner Verlag ()
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