Droit d'inventaires est un essai biographique paru en 2009, écrit par l'ancien premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande, qui revient sur la politique suivie par François Mitterrand puis par Lionel Jospin pendant les 11 années qu'il a dirigé le Parti socialiste. Il parle également de la façon dont il voit son évolution dans les années à venir.

Cet ouvrage est bâti à partir d'interviews faits par le journaliste Pierre Favier, auteur de la série en quatre volumes La Décennie Mitterrand.

L'origine de l'expression L'expression du droit d'inventaire est reprise d'une fameuse déclaration que fit Lionel Jospin le à un meeting du parc Floral de Vincennes, pour l'élection présidentielle :

Jospin propose un tri de la présidence Mitterrand, louant les avancées comme les réformes sociales, la politique culturelle, la décentralisation et pointe les échecs, surtout le projet de loi Savary.

Selon des observateurs, Mitterrand est blessé par cette déclaration et soutient assez peu Jospin (des hypothèses vont plus loin et suggèrent qu'il favorisa la victoire de Jacques Chirac)François Mitterrand que reste-t-il de nos amours ? de William Karel.

Libération détourna la formule pour son numéro du célébrant les 30 ans de la victoire de Mitterrand, et devint « Le Droit d'inventer ».

Itinéraire politique Ce Droit d'inventaires représente une réflexion sur le bilan d'un leader politique resté 11 ans à la direction du Parti socialiste et mêlé de ce fait aux grandes décisions qui ont marqué cette époque où la gauche était au pouvoir.

Il montre les faiblesses comme les réussites de l'action de la gauche au pouvoir, pour en tirer des enseignements quant à l'avenir. Son ambition est de réhabiliter la social-démocratie qui a encore un rôle essentiel à jouer surtout dans le contexte actuelle de crise du système libéral. Le livre est dans son esprit une « ardente obligation » pour préparer dans de bonnes conditions la présidentielle de 2012.

Contenu François Hollande commence par exposer les raisons qui l'ont conduit, lui issu d'un milieu aisé, qui fait l'ENA, à rejoindre François Mitterrand en 1972 et de le soutenir ensuite contre Michel Rocard.

La victoire de 1981, c'est d'abord l'émerveillement d'un retournement inattendu mais aussi la perspective des difficultés qui attendent la gaucheApprenant la victoire, François Mitterrand avait lâché : « Les difficultés commencent... ». La crise est là, l'implantation de François Hollande en Corrèze est lente et semée d'embûches. Son passage à l'information avec Max Gallo ne dure que deux ans avant que, en 1986, la droite gagne les élections législatives. Après sa réélection, François Mitterrand se tourne vers la politique étrangèreRéaction surtout due à la situation internationale et à l'effondrement du monde communiste qui pose la question de la réunification de l'Allemagne et de ses conséquences sur l'unité européenne et François Hollande, député de Tulle constate les divisions au sein de son parti.

« La politique a besoin de fidélité » dit-il au congrès de cette année-là et il ajoute en pensant au passage de témoin entre François Mitterrand et Lionel Jospin que « nul ne peut diriger le Parti socialiste en brisant le cours de sa propre histoire » Droit d'inventaires page 77. Il discerne une nette différence entre les deux septennats : l'un « de transformation » et l'autre « de circonstance. » Il évoque son action pendant le gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002) en définissant sa conception du secteur public et de son rôle, qui doit reposer sur une vision à long terme de l'économie, les restructurations nécessaires, les investissements à réaliser dans les secteurs prioritaires retenus. C'est revenir aux fondamentaux, définir des priorités contre le conjoncturel comme le faisait auparavant le commissariat général, au plan.

La baisse des impôts ne doit pas se faire au détriment de la diminution de l'endettement public, surtout s'il est important et pèse sur l'économieElle a décru de deux points entre 1997 et 2001 ramenant les déficits à 1,5 % du PIB. Il défend la position de Lionel Jospin, disant que « l'État ne peut pas tout. » Son rôle essentiel peut se résumer à ces trois principes : réguler, contrôler, sanctionnerIbidem page 120. Sur le plan politique, pour éviter toute difficultés relationnelle à l'avenir dans une majorité de gauche, il préconise un pacte majoritaire et une coalition parlementaire.

La « catastrophe » du 21 avril 2002 Il s'explique sur la défaite de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle. Selon lui, c'est l'absence de perspective unitaire qui a provoqué l'éclatement des candidatures de la gauche plurielle qui a précipité la défaite, beaucoup plus que les difficultés stratégiques au cours de la campagne électorales. Dans la tempête qui suivit, le soutien « républicain » à Jacques Chirac, l'adversaire de la veille, et la défaite aux législatives, François Hollande essaie comme il peut de maintenir le cap, d'éviter les règlements de comptes personnels.

Il préfère rechercher les erreurs stratégiques collectives qui ont conduit à cette situationCe qu'il appelle « le socialisme de responsabilité » page 207 . Les attentes des électeurs sur le pouvoir d'achat ou sur la lutte contre les violences urbaines n'avaient pas assez été prises en compte et ont eu leur prix sur le plan électoralEn 1988, 75 % du vote ouvrier pour François Mitterrand contre seulement 48 % pour Ségolène Royal en 2007. Le monde ouvrier ressent d'abord un sentiment d'insécurité, aussi bien sur le plan économique que sur le plan socialFrançois Hollande pense que les ouvriers « se vivent comme les variables d'ajustement de la mondialisation ».

Vague rose et reflux thumb|Ségolène Royal en 2007

L'immobilisme du président Chirac et les erreurs du gouvernement Raffarin vont en grande partie provoquer une déferlante de gauche aux élections cantonales puis surtout aux élections régionales de et aux élections européennesLa gauche gagne 10 points et est majoritaire dans plus de la moitié des départements où le Parti socialiste recueille plus de 30 % des voix dès le premier tour.

La situation va se brouiller avec la ratification du traité européen, même si en cette fin d'année 2004, François Hollande est désigné comme « l'homme de l'année » selon l'hebdomadaire Le Point. Malgré un vote interne des militants de 60 % en faveur de la ratification du traité, le Parti socialiste se fracture et la minorité en faveur du non, l'emporte lors du referendum. Sur le fond, la position de François Hollande n'a pas varié : l'Europe est à long terme la chance de la France à condition d'être « assumée devant le peuple. »

François Hollande sépare son rôle de son action à la tête du Parti socialiste : après la victoire aux élections de 2004, il gagne au congrès de Dijon sa légitimité comme Premier secrétaire du Parti. Mais le clivage après le référendum sur le traité européen n'en fait pas automatiquement le candidat à la présidentielle« Depuis 2002, écrit-il, son chef n'est pas considéré comme présidentiable. Là réside sa faiblesse. ». La candidature de Ségolène Royal à la présidentielle est attractive pour deux raisons essentielles : « c'est un mélange d'innovation politique et de tradition, un phénomène qui va au-delà de la candidature d'une femme qui déclasse les figures classiques des prétendants. »Droits d'inventaire page 278 Ce qui fut sa force dans le débat interne ne l'a pas servi par la suite : parler de valeurs et d'éthique ne suffisait plus face à Sarkozy multipliant les promesses sur la sécurité et la fiscalité.

La défaite et la crise économique thumb|Congrès de Reims, 2008

François Hollande tire les leçons de la défaite de Ségolène Royal à la présidentielle : élaborer une plate-forme de propositions sur laquelle le candidat puisse s'appuyer, intégrer les valeurs de gauche dans la campagne pour rappeler son identité, bien programmer les temps forts de la préparation et de la campagne« Ainsi la phase de démocratie participative doit-elle précéder celle de l'élaboration collective du projet. Et non pas la suivre. ».

D'un point de vue institutionnel, il porte un jugement sévère sur la façon dont Nicolas Sarkozy accapare tous les pouvoirs, s'immisce dans l'action du gouvernement et de ses ministres qui ne sont plus guère que des faire-valoir sans pouvoir réel. L'extrême présidentialisation du régime produit dans notre pays une véritable dérive démocratique« La présidence Sarkozy ne revendique pas seulement tout le pouvoir, elle nie tous les contre-pouvoirs... au sein de sa majorité comme dans le traitement de l'opposition. Sans oublier la façon qu'elle a de concevoir les relations avec les collectivités locales. » (page 307).

Sur les conséquences de la crise économique de 2008 et la façon dont la droite l'a gérée, le constat est sans appel et François Hollande le résume par cette formule : « les mots sont en couleurs, les choix sont en noir et blanc. » Le discours volontariste du président de la république est constamment contredit par les décisions prises, favorisant « la rente plutôt que l'investissement, » aidant à reproduire les richesses plutôt qu'à les partager et « laisser dangereusement gonfler les déficits. »« Le capitalisme connaît par ses excès une succession de crises. C'est si je puis dire dans sa nature. Et que cette révélation valide le système de pensée social-démocrate. » Cet écart grandissant entre l'étendue de la crise et sa gestion formelle par la communication « faire le caméléon » écrit-il- se traduit par une large victoire de la gauche aux élections municipales de .

L'avenir, c'est d'abord dépasser ce qu'il appelle « le calamiteux congrès » de Reims en 2008, c'est surtout définir un véritable projet budgétaire et fiscal, l'enjeu d'une réforme fiscale qui doit être « simple, juste et efficace » pour être facile à comprendre, admis par la majorité des Français surtout dans cette période difficile où l'argent est rare, tout en préservant l'outil de production. Il faut d'abord que le Parti socialiste s'adresse aux classes populaires qui lui font moins confiance depuis quelques années. Il faut leur redonner confiance parce qu'elles se sentent déclassées, ont « l'impression pour une génération de vivre moins bien que leurs parents, » le sentiment aussi d'être mal représentées « cherchant l'adversaire... tout près d'elles -les chômeurs, les assistés, les étrangers » et non plus dans les classes dirigeantes.

Le congrès de Reims a montré la nécessité d'organiser des « primaires » - élargies aux sympathisants - pour désigner un candidat à la présidentielle et éviter ainsi concurrences et surenchères au moment où le PS aura besoin de rassembler toutes ses forces pour affronter la prochaine élection présidentielle. De ses 11 ans à la tête du Parti socialiste, il retient la reconnaissance du primat de la présidentielle et la montée des valeurs de droite (individualisme, primat de l'argent...) Il préconise de mieux communiquer« revendiquer nos bilans, nos réussites, nos réformes... »; il veut alimenter le débat public avec des idées innovantesParmi les plus importantes, il cite la formation permanente et la fusion des impôts sur le revenu, la CSG et les primes pour l'emploi et poursuivre le processus engagé pour rénover la base conceptuelle du socialisme qui a déjà abouti à la Déclaration des principes adoptée en .

Vers un nouveau projet