thumb|La Cour de la Chancellerie sous le règne de George I.|alt=Un grand nombre de personnes en perruques et robes noires sont réunies dans une vaste pièce. Une grande fresque royale orne le mur du fond, devant lequel sont assis quatre juges. Devant eux, une trentaine de greffiers sont assis autour d'une table, sur laquelle reposent un sceptre et un coussin.
La Court of Chancery (Cour de la Chancellerie en français) était un tribunal britannique. Contrairement aux tribunaux de common law, le système juridique anglais, la Cour de la Chancellerie appliquait les règles de l’equity, une nouvelle juridiction parallèle basée sur les principes de justice et d'équité, permettant de pallier les insuffisances du common law et ses rigidités. Son champ d'action couvrait les fiducies, la propriété, l'administration du patrimoine des malades mentaux et la tutelle des enfants. Elle était dirigée par le Lord Chancelier, puisqu'un de ses rôles était d'être le « gardien de la conscience du roi » : en effet, la Cour de la Chancellerie était à l'origine un corps administratif chargé principalement du droit naturel. Ainsi, elle avait une juridiction plus étendue que les tribunaux de common law, dont elle avait le pouvoir de compléter, de réformer ou d'annuler les décisions dans leur intégralité, et était beaucoup plus flexible. Jusqu'au , la Cour de la Chancellerie fut capable d'appliquer des traitements beaucoup plus divers que les tribunaux de common law, comme l'injonction de faire, ou la réparation de dommages dans certains cas. À la suite du passage du Exchequer of Pleas de l'état de tribunal d’equity à celui de tribunal de common law, la « Chancellerie » devint le seul corps capable d'entendre les cas d’equity dans le système légal anglais.
Des universitaires estiment que la Cour de la Chancellerie se sépara de la curia regis vers 1345 ; elle était alors simplement constituée du Lord Chancelier et de son équipe. Si la Chancellerie n'était à l'origine qu'un corps administratif avec un rôle judiciaire, elle connut une importante croissance au , en particulier sous le règne de la maison d'York, période que les chercheurs estiment être le début de la Cour de la Chancellerie en tant qu'entité juridique à part entière. À partir d'Élisabeth , le tribunal fut sévèrement critiqué pour sa lenteur, son travail inabouti et ses coûts importants. Ces problèmes persistèrent jusqu'à sa dissolution, malgré des réformes effectuées au . Dans les années 1850, des tentatives de fusion entre la Chancellerie et les tribunaux de common law eurent lieu, aboutissant finalement aux lois sur la justice de 1873 et 1875, qui marquèrent la dissolution de la Chancellerie et la création de la Haute Cour de justice, dont la division Chancery succéda au rôle de l'ancienne Cour de la Chancellerie.
Pendant la plus grande partie de son existence, le tribunal était formellement dirigé par le Lord Chancelier, assisté par les juges de tribunaux de common law. Les membres du tribunal incluaient un grand nombre de greffiers sous les ordres du Master of the Rolls, qui assistait fréquemment aux auditions. En 1813, un Vice-Chancelier fut choisi pour prêter main-forte devant la quantité croissante de travail en retard ; il fut rejoint par deux autres en 1841. Les frais récoltés par la Chancellerie revenaient au Lord Chancelier la plupart du temps, qui amassait d'importantes sommes d'argent. La plupart des greffiers et des autres membres du tribunal occupaient des sinécures qui faisaient payer des droits de plus en plus exorbitants pour traiter les affaires, une des principales raisons pour lesquelles amener une affaire devant la Cour de la Chancellerie était si onéreux. Le vit abolir une grande partie des sinécures et la mise en place d'une rétribution pour le Lord Chancelier pour s'occuper des offices, puis le pouvoir de nommer les officiers fut transféré du Chancelier à la Couronne.
Historique Origines thumb|right|Édouard I, durant le règne duquel la juridiction du Chancelier fut établie.|alt=La peinture représente un homme pâle, brun, portant une couronne et tenant un sceptre. Il est habillé d'une robe noire sur une chemise blanche et porte des gants blancs.
La Cour de la Chancellerie prend ses origines, comme toutes les Hautes Cours avant 1875, dans la curia regis normande, ou « Conseil du Roi », régie depuis 1066 par les plus anciens monarques d'Angleterre.. Dans le système féodal, le Conseil est constitué du Monarque, des Grands Officiers de la Couronne (le Chief Justiciar, le Lord Chancelier et le Lord Chambellan) et quiconque était invité par le Monarque. Sa juridiction était presque illimitée, avec des droits exécutifs, judiciaires et législatifs.. Cette grande entité contenait des juristes, des nobles et des membres du clergé, dont beaucoup vivaient loin de Londres. Il devint rapidement clair que cet organisme était trop ingérable pour traiter les affaires au jour le jour. Une plus petite curia fut alors formée pour traiter les affaires classiques dans le pays ; elle se divisa rapidement en différents tribunaux : d'abord lExchequer of Pleas, dédié aux finances, puis la Cour des plaids-communs pour traiter les cas communs..
La Chancellerie se limitait au début à l'équipe du Lord Chancelier, décrit comme . Les plus anciennes traces de problèmes légaux qui lui furent envoyés datent de 1280, quand Édouard I, ennuyé par le nombre d'affaires qu'il devait entendre alors qu'elles auraient pu être traitées par d'autres éléments de son administration, statua :
Les registres montrent que des dizaines de cas avaient été envoyés plus tôt au Lord Chancelier et au Master of the Rolls, mais à l'époque, leur juridiction ne leur permettait pas de les traiter ; les cas leur étaient envoyés pour information.. Le Parliament of Lincoln, en 1315, montre que sous Édouard II, le Chancelier dédiait des journées à l'audition des plaidoiries, et aussi que certains cas n'étaient pas directement entendus par lui, mais par les membres de son équipe.. À partir de 1320, des requêtes parviennent fréquemment au Chancelier, et sont entendues par des juges de tribunaux de common law, mais avec des règles différentes, basées sur le principe « loi ou raison » et même parfois uniquement « raison », une approche de l’equity bien plus libérale et adaptable que le common law..
Les débuts La Chancellerie prend de l'importance après le déclin de l'Échiquier, de par son application de la loi d’equity, plus fluide et adaptable que le common law. La nouvelle Cour de la Chancellerie traite des contrats, qu'ils soient « à preuve libre », ou autre, des affaires de propriété foncière et des fiducies, avec une vision très libérale concernant les circonstances atténuantes : la pauvreté, par exemple, pouvait être une raison acceptable d'annuler un contrat ou une obligation.. Les plaintes étaient déposées sous la forme d'actes ou de pétitions qui devaient montrer que le common law n'était pas parvenu à trouver une solution au problème. Les écrits de la Chancellerie étaient en français, puis en anglais, contrairement au latin qui était employé par le common law.. Sous le règne d'Édouard III, la Cour élut domicile au Westminster Hall, où elle siégea presque sans interruption jusqu'à sa dissolution.. Avant cela, son fonctionnement avait été rendu difficile par le fait que le Lord Chancelier devait voyager avec le roi partout où il allait..
thumb|left|Le Westminster Hall, où la Cour de la Chancellerie siégea presque en continu depuis le règne d'Édouard III jusqu'à sa dissolution.|alt=La peinture montre une très grande salle au plafond haut et voûté dans un style gothique. Plusieurs groupes de personnes peinent à occuper l'espace.
Vers le milieu du , le Lord Chancelier commença à être considéré plus comme le responsable de la Cour de la Chancellerie que comme un représentant du roi ; requêtes et certificats lui étaient adressés directement, et vers 1345, sous Richard II, il devint courant de distinguer la Chancellerie de la curia. Pour le chercheur William Carne, il s'agit d'une période clé où l'indépendance de la Cour de la Chancellerie se trouva confirmée.. Le Chancelier et ses greffiers entendaient souvent les cas directement, plutôt que d'en référer au conseil ; parfois, c'était un comité composé de laïcs et de membres de l'Église qui traitaient les cas, assistés par des juges des tribunaux de common law.. Selon l'historien John Baker, ce n'est qu'à la fin du que la procédure de la Chancellerie devint fixe, grâce aux travaux de John Waltham, Master of the Rolls de 1381 à 1386 ; l'historien note également que ce fut pendant cette période que les premières plaintes concernant la Chancellerie furent établies..
Les pouvoirs grandissants de la Chancellerie inquiétèrent le Parlement et la noblesse ; Carne pense qu'il est possible d'établir un pendant la dynastie Plantagenêt, particulièrement de la part du clergé, plus habitué au droit romain qu'à l’equity. À partir du règne de Richard II, la Chambre des Communes se plaignit régulièrement du travail de la Cour, et en 1390, ses membres firent une pétition au roi pour empêcher la Cour de contredire une décision de common law, et d'annuler un jugement sans procès en bonne et due forme. Au même moment, la Chambre des communes demanda qu'aucun écrit ne puisse imposer à quiconque d'être appelé à la barre de la Cour de la Chancellerie sous peine d'une amende de infligée au Chancelier et de la révocation du greffier responsable. Le roi donna des réponses évasives aux requêtes et ne prit aucune décision.. La Chambre ne parvint pas à procéder à des changements dans la procédure de la Cour, cependant, en 1394, le roi accéda à une de leurs requêtes : les frais d'avocats de la partie gagnante seraient payés par la partie perdante.. Kerly suggère que la plupart des plaintes venant de la Chambre des communes étaient issues d'avocats de common law, offensés par le fait que la juridiction étendue de la Chancellerie empiétait sur la leur.. Ces plaintes n'empêchèrent pas la Cour de fonctionner avec succès : en 1393, par exemple, elle fut considérée assez éminente pour que la Chambre des lords lui fasse traiter deux affaires..
Selon beaucoup de chercheurs, la Cour de la Chancellerie commença vraiment sa croissance au . Margaret Avery rapporte une augmentation massive du nombre de cas pendant les années 1440, tandis que Nicholas Pronay suggère que l'expansion se produisit plutôt pendant la période de la Maison d'York (1461-1485), quand le nombre de cas soumis chaque année a quadruplé. Il mentionne plusieurs plaintes à propos de la perversion de la justice dans les tribunaux de common law, ainsi que l'intérêt grandissant pour le commerce comme principales raisons de l'augmentation de la charge, affirmant que ce fut à cette période que la Chancellerie, alors une simple entité administrative avec des fonctions judiciaires, se transforma en . Cette croissance fut aussi accélérée par le changement d'un principe du tribunal : avant la fin du , les parties privées ne pouvaient pas porter leurs affaires devant la Chancellerie comme ils pouvaient le faire devant d'autres tribunaux, tandis qu'au , le nombre de cas privés avait augmenté au point qu'on s'en plaignait au Parlement.. Marsh écrit qu'une autre raison de l'influence grandissante de la Cour fut la nature des sentences : à travers les injonctions, la Cour était capable non seulement de rectifier des griefs, mais aussi de prévenir les dommages futurs, alors que les tribunaux de common law étaient limités au versement de dommages..
Concurrence avec le common law thumb|right|Lord Ellesmere, qui travailla en tant que Lord Chancelier pour le maintien de la capacité de la Chancellerie à contredire les tribunaux de common law.|alt=La peinture montre un homme à la barbe grise, portant un chapeau noir et une robe noire ornée d'une large fraise blanche. Il tient des papiers dans sa main droite et un gant dans sa main gauche. À côté de lui, sur une table, est disposé un sac en tissu rouge brodé.