Le Curtiss P-36 Hawk, aussi connu sous le nom de Hawk Model 75, était un chasseur américain des années 1930. Contemporain du Hawker Hurricane et du Messerschmitt Bf 109, qui lui sont bien supérieurs. C'est l'un des premiers chasseurs modernes monoplans, de construction entièrement métallique.
Obsolète au moment de l'entrée en guerre, il fut fortement employé par l'Armée de l'air française pendant la bataille de France, puis par le régime de Vichy. Il fut également utilisé par le Commonwealth britannique (où il était surnommé Mohawk), par l'Argentine, le Brésil, la Chine, l'Iran, la Norvège, les Pays-Bas, le Pérou, le Portugal et la Thaïlande. La Finlande en employa également plusieurs douzaines contre l'Union soviétique. Près de mille appareils furent produits.
Conception et développement Le Model 75, développé sur fonds propres par Curtiss, fut conçu par l'ingénieur Donovan Berlin. Construit en 1934, le premier prototype était un monoplan à ailes basses de construction entièrement métallique, doté d'un moteur en étoile Wright XR-1670-5 de 900 ch () et d'un armement composé d'une mitrailleuse de et d'une autre de , tirant à travers le disque de l'hélice. Le train d'atterrissage pivotait à 90° pour venir se loger dans l'aile.
Le prototype effectua son premier vol le , atteignant à dès les premiers vols. Le , il fut convoyé à Wright Field, dans l'Ohio, pour participer au concours organisé par l'United States Army Air Corps (USAAC) pour choisir son futur chasseur de première ligne. Le prototype de Seversky s'étant écrasé en route, le concours fut reporté. Curtiss profita de l'occasion pour remplacer le moteur peu fiable du prototype par un Wright XR-1820-39 Cyclone de () et pour retravailler le fuselage, augmentant notamment les surfaces vitrées afin d'améliorer la visibilité vers l'arrière. Le nouveau prototype fut désigné Model 75B, le premier prototype étant rétrospectivement désigné Model 75D.
vignette|gauche|alt=Curtiss P-36 Hawk.|Curtiss P-36 Hawk. Le concours eut finalement lieu en . Malheureusement, le nouveau moteur se montra incapable de fournir la puissance annoncée et l'avion ne dépassa pas les . Le Seversky P-35, plus cher que le chasseur de Curtiss, fit également preuve de performances décevantes lors du concours mais fut tout de même déclaré vainqueur et commandé à soixante dix-sept exemplaires.
Vu le contexte politique en Europe, l'USAAC voulait développer rapidement ses forces et craignait que Seversky ne soit pas capable de livrer ses appareils dans les temps. Il fut donc décidé de se doter d'un autre modèle de chasseur en cas de défaillance de Seversky. Le , Curtiss reçut donc une commande portant sur trois prototypes, désignés Y1P-36. Le nouvel appareil (Model 75E) était motorisé par un Pratt & Whitney R-1830-13 Twin Wasp de () et d'une verrière à la visibilité arrière encore améliorée. Ses performances furent telles qu'il remporta la compétition de 1937 de l'USAAC, qui passa commande de deux cent dix chasseurs P-36A.
Engagements Argentine L'Argentine fit l'acquisition de plusieurs Hawk 75O, modèle à train fixe d'une maintenance plus facile, conçu pour opérer à partir de terrains sommaires. Elle fit également l'acquisition d'une licence de production pour l'appareil. Ce modèle utilisait le même moteur Wright Cyclone R-1820-G5 que le Martin 139WAA (B-10) utilisé par l'aviation argentine à l'époque. L'appareil était généralement armé d'une mitrailleuse Madsen-DISA de et de trois mitrailleuses légères Madsen de . Des pylônes fixés sous les ailes pouvaient emporter jusqu'à dix bombes de . Les derniers Hawks argentins furent retirés du service en .
Brésil En , dix P-36A de l'USAAC furent transférés au Brésil.
Chine Le prototype du Hawk 75H, une version simplifiée à train fixe semblable au H75O, fut vendu à la république de Chine. Le gouvernement en fit don à Claire Lee Chennault pour usage personnel. La Chine reçut également deux démonstrateurs semblables, de type Hawk 75Q, ainsi qu'un certain nombre de Hawk 75M simplifiés, qui furent utilisés contre les forces japonaises. Le Hawk 75A-5 fut construit sous licence en Chine, mais la production fut délocalisée en Inde britannique et les appareils intégrés dans la RAF comme Mohawk IV.
Commonwealth Britannique vignette|alt=Un Mohawk IV en Inde en janvier 1943.|Un Mohawk IV en Inde en janvier 1943. La Royal Air Force s'intéressa également à l'appareil. Des essais comparatifs entre un Hawk 75A-2 emprunté à la France et un Spitfire Mk I montrèrent que le chasseur américain était supérieur en certains points à cette première version du légendaire intercepteur britannique. Le Hawk était d'un maniement plus aisé que le Spitfire à grande vitesse (au-delà de ), tout particulièrement en piqué. Le pilote du Hawk disposait également d'une meilleure visibilité. Enfin, le Hawk était plus facile à contrôler à l'atterrissage et au décollage. Mais grâce à sa meilleure accélération et à sa vitesse supérieure, le Spitfire restait mieux à même d'engager ou de rompre le combat à volonté.
Le Royaume-Uni n'acheta pas le chasseur de Curtiss, mais se retrouva en possession de deux cent vingt neuf Hawks achetés par la France et qui n'avaient pu être livrés avant l'invasion allemande. D'autres appareils furent également livrés par des pilotes fuyant la France après la défaite. Ces appareils reçurent la désignation Mohawk I à IV, reflétant les désignations françaises Hawk 75A-1 à A-4. Ils furent équipés de mitrailleuses Vickers K de calibre .303 () et reçurent quelques autres équipements britanniques.
Bien que considérés comme obsolètes, nombre de ces appareils servirent au sein de la RAF et de la Royal Indian Air Force (RIAF) en Inde britannique et en Birmanie britannique. En , le gouvernement britannique d'Inde commanda quarante huit Mohawk IV à moteur Cyclone pour la RIAF. Ces appareils devaient être construits sous licence par Hindustan Aircraft. Un premier appareil fut construit et effectua son premier vol le . Quatre autres appareils furent construits avant l'abandon du projet. Ces appareils furent utilisés par des unités de la RAF ou de la RIAF.
Des Hawk 75A-5 construits sous licence en Chine furent convoyés en Inde et utilisés par la RAF sous la désignation Mohawk IV. Dix Hawk 75A-9 furent également récupérés après l'invasion de l'Iran par les forces soviétiques et britanniques en . Soixante-quatorze anciens Mohawk IV français furent également transférés du Royaume-Uni à l'Inde.
Les seules unités de la RAF à utiliser le Mohawk au combat furent le et le , principalement au cours de missions d'escorte de bombardiers ou d'attaque au sol. Le Hawk fut retiré du service de la RAF et de la RIAF en 1944.
États-Unis vignette|alt=P-36A du 20th Pursuit Group à Moffet Field en 1939|P-36A du 20th Pursuit Group à Moffet Field en 1939. Les premiers P-36A de série furent livrés au 20th Pursuit Group à Barksdale Field en Louisiane en . Les débuts de l'appareil furent marqués par de nombreux problèmes de mise au point dus aux échappements, au revêtement métallique et à des faiblesses de la cellule, imposant de fortement « ménager » les appareils. En , 210 étaient en service..
Lorsque ces problèmes furent enfin résolus, le P-36 était considéré comme obsolète et fut relégué à l'entraînement et à des détachements à l'étranger ( dans la zone du canal de Panama, Elmendorf Field en Alaska et à Hawaï). Les P-36 américains ne prirent part aux combats que lors de l'attaque japonaise sur Pearl Harbor le . Cinq des trente neuf P-36 basés à Pearl Harbor parvinrent à prendre l'air et remportèrent les deux premières victoires aériennes américaines de la Seconde Guerre mondiale sur des chasseurs A6M Zero japonais.
Finlande vignette|droite|Curtiss Hawk 75A-3 en Finlande en février 1943 Après la défaite française, l'Allemagne céda des Hawk capturés à la Finlande en . Un total de quarante quatre appareils de cinq modèles différents fut transféré en trois lots, livrés entre le et le . Certains appareils provenaient de Norvège, et étaient encore dans leurs caisses de livraison au moment de l'invasion de la Norvège par l'Allemagne. Ces appareils furent codés CU-551 à CU-585.
Le Hawk, surnommé Sussu (« chérie »), était très apprécié en Finlande. L'armée de l'air finlandaise eut beaucoup de succès avec le Hawk, remportant entre le et le un total de 190,5 victoires aériennes pour cinquante huit pilotes, pour la perte de quinze appareils. L'as finlandais remporta 13,5 de ses trente deux victoires sur Hawk. Le premier as sur Hawk fut K. Tervo, avec 15,75 victoires. Les Hawk étaient déployés au sein de la .
Les Hawk finlandais étaient initialement armés de quatre ou cinq mitrailleuses de . Cet armement, suffisant au début de la guerre, se révéla inadapté contre les nouveaux appareils soviétiques, plus rapides et mieux blindés. À partir de 1942, il fut remplacé par un armement constitué d'une ou deux mitrailleuses lourdes Colt de et de deux ou quatre mitrailleuses Browning de . Des mitrailleuses lourdes de de type Berezin UB ou Lkk/42 furent également employées. Ce nouvel armement n'eut aucune influence sur les performances du Hawk mais se montra bien plus efficace contre les appareils soviétiques. Les Hawk finlandais furent équipés de viseurs Revi 3D ou C/12D.
Les Hawk survivants restèrent en service avec les unités HleLv 13, HeLeLv 11 et LeSK jusqu'en 1948.
France vignette|alt=Un Curtiss H.75A-1 restauré aux couleurs françaises.|Le Curtiss H.75A-1 restauré aux couleurs françaises par The Fighter Collection. La France s'intéressa au P-36 avant même que celui-ci n'entre en production. Néanmoins, l'USAAC s'opposa à la vente de ce chasseur, craignant que ses propres livraisons n'en soient retardées.
Le Hawk rentra finalement en service dans l'Armée de l'air française en , sous la désignation Curtiss H.75. Un total de quatre cent seize H.75 fut livré avant la défaite de 1940.
L'appareil faisait partie de ceux utilisés pour la formation des pilotes de chasse, à l'école de chasse située sur la base aérienne 122 Chartres-Champhol.
Le , le Groupe de Chasse II/4, équipé de cet appareil, revendiquait deux Messerschmitt Bf 109, les premières victoires aériennes alliées de la Seconde Guerre mondiale.
De à , les groupes de chasse III/2, I/4, II/4, I/5 et II/5, équipés de Hawk, revendiquèrent 234 victoires sûres et 87 probables pour la perte d'environ 200 appareils toutes causes confondues (combat aérien, accident, capturés…)..
Sous le régime de Vichy, le H.75 fut utilisé contre les Britanniques à Mers el-Kébir et à Dakar. Lors de l'invasion de l'Afrique du Nord (opération Torch), les H.75 français s'opposèrent aux Grumman F4F Wildcat de l'US Navy, remportant sept victoires au prix de quinze pertes.
Moins bien armé que le Messerschmitt Bf 109, le Hawk était plus manœuvrant et plus résistant aux dégâts. En combat tournoyant, il surclassait tous ses contemporains, et les pilotes de Messerschmitt n'avaient d'autre solution que de profiter de leur surcroît de vitesse pour s'échapper. Edmond Marin la Meslée, alors lieutenant, totalisa 20 victoires seul ou en collaboration (16 homologuées et 4 probables) aux commandes d'un Hawk, remportées pour la plupart en mai et , devenant de ce fait l'as français le plus titré de la campagne de France.
Variantes H75 A-1 vignette|gauche|Curtiss H75A-1 du Groupe de Chasse II/5 de l'Armée de l'Air française, Juin 1940 En février 1938, le gouvernement français entra en négociations avec le constructeur américain Curtiss pour la fourniture de trois cents Curtiss H.75 type A. C'était une version conçue pour l'exportation du P-36 proposé avec un moteur Pratt & Whitney R-1830 Twin Wasp ou un Wright Cyclone.