La brucellose, anciennement appelée fièvre de Malte ou mélitococcie, est une anthropozoonose (maladie transmise par les animaux) due à des coccobacilles (bactéries) du genre Brucella, du nom de David Bruce (1855-1931).

La brucellose humaine est liée à celle du bétail domestique et aux produits laitiers crus provenant d'animaux infectés. Elle est devenue rare en France depuis la mise en place de mesures prophylactiques sévères prises à partir de 1975.

Elle reste une maladie d'actualité par sa fréquence et ses conséquences socio-économiques dans les pays en développement, et la découverte de nouvelles Brucella chez d'autres espèces animales, domestiques ou sauvages (y compris les mammifères marins, et les amphibiens). La brucellose animale apparaît comme en émergence continue, à partir de nouveaux foyers sauvages, principalement d'ongulés, sur tous les continents.

Chez l'animal, la maladie se manifeste surtout par des avortements, alors que chez l'humain, il s'agit d'une fièvre avec complications chroniques le plus souvent articulaires ou neurologiques.

La transmission inter-humaine est rarissime, la brucellose humaine restant directement en rapport avec la maladie animale. La prévention et l'éradication de la maladie chez le bétail et la surveillance de la vie sauvage restent les meilleurs moyens de lutte.

Synonymes Les dénominations historiques de la brucellose sont très nombreuses. Outre « fièvre de Malte » et « mélitoccocie », les plus connues sont.. :

fièvre de Chypre, fièvre de Gibraltar, fièvre du Rocher (), fièvre de Crimée, fièvre napolitaine, fièvre méditerranéenne… fièvre sudorale, fièvre sudoro-algique, fièvre ondulante… maladie de Bang, maladie de Traum, septicémie de Bruce… fièvre folle (en Tunisie), febbricola (en Italie)…

Histoire Il existe deux histoires de la brucellose, celle-ci se manifestant différemment : avortements contagieux ou infectieux pour la maladie animale et fièvre ondulante chronique pour la maladie humaine. Ces deux histoires se réunissent à l'ère pastorienne, au début du .

Avortement contagieux des troupeaux L'avortement des troupeaux de brebis et de chèvres est mentionné dans la Genèse (, 38). Aristote dans son Histoire des animaux (, 21) rapproche l'avortement des truies de celui des brebis, qu'il attribue à une même cause, une alimentation trop riche en glands pour les femelles en gestation.

Au début du , en Angleterre, devant une nouvelle ampleur du phénomène qui touche aussi vaches et même juments, quelques médecins affirment la contagiosité des avortements des troupeaux. En France, le médecin Charles Flandin (1803-1887) rapporte une pratique traditionnelle chez les paysans qui consiste à sortir les veaux mort-nés de l'étable par la fenêtre ou un trou dans le mur, pour éviter que les vaches ne passent par le même chemin. Aux États-Unis, une épizootie d'avortements est signalée en 1864, mais sans indication de contagiosité.

En 1878, le caractère contagieux de ces avortements est démontré, mettant fin à la discussion sur ce point.. En 1895, le médecin vétérinaire danois Bernhard Lauritz Frederik Bang isole et identifie l'agent causal dans les produits d'avortement des vaches. Il isole un petit bacille Gram négatif, difficilement cultivable mais qui, inoculé à une génisse primigeste saine, entraine un avortement. C'est le « bacille de Bang » (finalement Brucella abortus bovis) qui cause la « maladie de Bang » chez les bovins. En 1913, le bacille de Bang est isolé du lait de vache.

En 1897, Almroth Wright met en évidence la présence d’anticorps agglutinants spécifiques dans le sérum des animaux infectés en laboratoire, et des animaux récemment guéris. Cette réaction de Wright sera utilisée en pathologie humaine.

En 1914, Jacob Traum (1882-1966). isole chez la truie, un bacille voisin finalement nommé Brucella suis, qui cause la « maladie de Traum », chez le porc..

Fièvre méditerranéenne ou fièvre de Malte Des origines au

La brucellose humaine est probablement apparue avec la domestication des moutons (voir Ovis orientalis) et des chèvres qui font partie des animaux les plus anciennement domestiqués, après le chien et les bovidés. La maladie se serait introduite dans les sociétés sédentarisées du néolithique européen, à partir de 6000 , en général du sud au nord, et de l'est à l'ouest..

La maladie est restée indistincte aux yeux des médecins jusqu'au début du , probablement confondue dans un ensemble de fièvres discontinues et chroniques mentionnées par Hippocrate et Galien.

Plusieurs cas paléopathologiques ont été attribués à la brucellose à partir de lésions osseuses caractéristiques (vertébrales et sacro-iliaques), mais qui ne dépassent pas le niveau du plausible : le premier en 1965, à Jéricho, de l'âge du bronze, d'autres en France, Espagne, Norvège, du chalcolithique au haut Moyen-Âge..

En 2012, l'ADN de Brucella est détectable dans des ossements anciens, mais cette recherche reste difficile et discutée Gérard Aboudharam, « », dans Michel Drancourt (dir.) et Didier Raoult (dir.), , , 2016 , .. Il apparait que la brucellose était présente à l'époque romaine : un cinquième des squelettes retrouvés à Herculanum, ensevelis à la suite de l'éruption du Vésuve , en portaient des traces..

Au , plusieurs auteurs riverains de la Méditerranée, comme Francesco Torti(1658-1741) à Modène en 1712, ou (1716-1789) en 1751 à Minorque, mentionnent la fréquence de fièvres discontinues. La situation reste confuse jusque vers 1860..

Découvertes cliniques et bactériologiques

Après la guerre de Crimée, le chirurgien-général (1831-1911) des forces britanniques, est stationné à Malte. En 1863, il publie un rapport sur les fièvres. où il distingue une fièvre particulière, dont il est atteint lui-même., et qu'il décrit avec précision, en lui attribuant trois caractéristiques : cette fièvre est ondulante et sudoro-algique (sueurs et douleurs). Il la nomme « fièvre gastrique rémittente ».

En 1884, le médecin militaire David Bruce (1855-1931) est affecté à son tour à Malte. Il est accompagné de son épouse Mary Élisabeth Bruce née Steel (1849-1931), microbiologiste éminente. Ils reprennent les observations de Marston, et David Bruce aidé par sa femme, identifie un germe cocciforme minuscule à partir de la pulpe de rate à l'autopsie de malades. L'observation est publiée en 1887.. En 1893, après avoir démontré son rôle causal par inoculation au singe, Bruce nomme la bactérie Micrococcus melitensis. À partir de cette période, la maladie s'appelle aussi en anglais ou mélitococcie en français (du latin Melita designant Malte)..

En 1897, Matthew Louis Hugues, élève et collaborateur de Bruce, publie à Londres une description clinique définitive de la maladie , un rapport qui fera référence jusqu'à la fin du .

Brucellose, 1900-1950

Unification Les recherches vétérinaires et médicales se rejoignent au début du . La crée une commission de recherches sur la « fièvre méditerranéenne » pour les troupes britanniques de Malte, dirigée par David Bruce.

En 1905, Themistocles Zammit (1864-1935), en voulant étudier la maladie humaine sur le modèle animal de la chèvre à Malte, découvre qu’elles sont toutes positives au test de Wright (issu de la recherche vétérinaire) et que la brucellose est donc une anthropozoonose. Il établit aussi que la contamination humaine s'effectue par ingestion de lait cru de chèvre. En 1906, cette consommation (lait de chèvre non bouilli) est interdite aux forces navales et militaires de l'île. En près d'un an la fièvre de Malte est éliminée des forces britanniques basées sur l'île (de en 1905 à en 1907).

La maladie persiste dans la population civile maltaise en raison des difficultés sociales, économiques et techniques d'une prévention de masse dans les conditions de l'époque. La chèvre est la seule ressource laitière de l'île et la pasteurisation du lait n'y sera généralement acceptée qu'après la deuxième guerre mondiale.

L'unification bactériologique vétérinaire et médicale est faite par la bactériologiste américaine Alice Catherine Evans (1881-1975). En 1918, elle montre que bacillus abortus de Bang (issu de la maladie bovine) est similaire au micrococcus melitensis de Bruce (issu de la maladie humaine et caprine). Ces travaux sont confirmés : la maladie humaine peut se transmettre aussi par lait de vache, et la maladie des chèvres au gros bétail.

En 1920, le terme générique de Brucella est adopté en l'honneur de Bruce : Brucella abortus (le plus souvent bovins), B. melitensis (le plus souvent petits ruminants), auxquels on adjoint B. suis (le plus souvent porcins) à partir de 1922.

Pour la découverte ultérieure des autres espèces, voir :

Extension en France et dans le reste du monde En France, la maladie reste d'abord très mal connue. Les travaux britanniques sont confirmés par les frères Edmond et Étienne Sergent en Algérie et Charles Nicolle en Tunisie.

Les premières études en France métropolitaine sont le fait de médecins de campagne, comme Louis Cantaloube qui identifie près de personnels lors d'une épidémie survenue à Saint Martial du Gard en 1908. Il reconnaît la fièvre de Malte, le montre par sérologie et en décrit les complications articulaires et neurologiques, il publie ses observations en 1911. Entre-temps, la maladie est reconnue à Marseille en 1909, à partir de brousse (fromage frais de chèvre) contaminée par micrococcus melitensis.

Un autre exemple est celui de Joseph JullienLaurent Jullien, Le médecin ardéchois Jos Jullien (1877-1956), un savant à la carrière hors norme, Revue d’Histoire de la Pharmacie, , , ., de Joyeuse (Ardèche), qui publie en 1933 dans la revue médicale Paris médical, un article intitulé « Brucelloses et tuberculoses » faisant le point sur les différences et les rapports entre les deux maladies..

Pour les contemporains de la première moitié du , la brucellose en France apparaît comme une « maladie tropicale d'importation », liée aux commerce des animaux, à la transhumance, ou encore à la mixité de troupeaux, comme la présence de chèvres dans des étables de bovins. Elle s'étend du sud-est au reste de la France : en 1938, seule la Bretagne est épargnée. Le nombre de cas humains annuels est alors estimé à plus de trois mille cas en France métropolitaine..

Dans le reste du monde, à partir des , la brucellose s'observe dans la plupart des régions d'élevage comme en Rhodésie, au Danemark (1929), ou aux États-Unis par importation de bétail mexicain ou argentin.

La maladie est aussi signalée en Asie : Inde, Chine, comme en Indochine française (1938)..

En Afrique subsaharienne, elle est retrouvée dans les colonies britanniques, françaises et belges, par exemple : Soudan anglo-égyptien (1904), Soudan français (1910), Congo belge (1914), Sénégal (1938), Djibouti (1938).

Contrôle de la brucellose, 1950-2000 Brucellose animale En 1968, en France, l'estimation de la prévalence annuelle des bovins, ovins et caprins infectés était de la moitié des cheptels, et du quart des animaux.. Cette situation a conduit, la même année, à des mesures prophylactiques, mais non obligatoires. Elles le deviennent en 1975, en ce qui concerne les bovins. Elles consistent en. :

déclaration obligatoire des avortements, quelle qu'en soit la cause ; examen sérologique et bactériologique de l'animal ayant avorté ; si diagnostic positif : dépistage sérologique dans le troupeau en cause, et abattage des animaux infectés dans un délai de ; indemnisation de l'éleveur ; surveillance des mouvements d'animaux (ensemble des cheptels bovins).

Ces mesures sont généralisées aux caprins en 1977, et aux ovins en 1981. En 1989, le taux d'infection n'est plus que de 0,09 % des animaux pour les bovins, 0,10 % pour les caprins, et 0,23 % pour les ovins.

Brucellose humaine