La première guerre du Péloponnèse est un conflit qui oppose Athènes et Sparte, ainsi que leurs alliés respectifs, entre 460/459 et 446 av. J.-C., même si certains historiens font remonter ses origines immédiates à la rupture diplomatique de 462-461 av. J.-C. D'un côté se trouvent Sparte, cité dirigeante de la ligue du Péloponnèse et ses autres alliés, au premier rang desquels Thèbes, de l'autre la ligue de Délos dirigée par Athènes, avec le soutien d'Argos. Le conflit consiste en une série d'affrontements mineurs, parmi lesquels la Deuxième guerre sacrée, et est interrompu par une trêve de cinq ans conclue vers 451/450 av. J.-C.. Plusieurs facteurs en sont à l'origine : la construction des Longs Murs d'Athènes, la défection de Mégare, qui quitte la ligue du Péloponnèse vers 461 av. J.-C., et les craintes suscitées à Sparte par la montée en puissance de l'empire athénien.
Définition et terminologie L'expression « première guerre du Péloponnèse » est une création de l'historiographie moderne. Aucun auteur grec ancien, ni Thucydide, ni Xénophon, ni Diodore de Sicile, n'emploie une expression équivalente. Thucydide désigne lui-même le conflit qu'il narre comme le « πόλεμος τῶν Πελοποννησίων καὶ Ἀθηναίων » (guerre des Péloponnésiens et des Athéniens). La dénomination « guerre du Péloponnèse » n'est attestée qu'à partir de l'époque hellénistique tardive. Par ailleurs, Thucydide présente l'ensemble du conflit Athènes-Sparte comme un tout, sans jamais distinguer explicitement une « première » et une « deuxième » guerre du Péloponnèse.
On trouve un usage anglais précoce de l'expression dès 1821, dans un abrégé d'histoire universelle (An Abridgment of Universal History, Edward William Whitaker), où le terme « first Peloponnesian war » apparaît comme une désignation descriptive courante, antérieure aux grandes synthèses spécialisées de Connop Thirlwall (1835-1844) et de George Grote (1846-1856). L'érudition allemande, notamment Gustav Friedrich Hertzberg dès 1879, puis Georg Busolt dans sa Griechische Geschichte (1897-1904), devait formaliser le terme (« Erster Peloponnesischer Krieg ») et lui donner sa valeur de catégorie historiographique, avant qu'il ne soit pleinement consacré dans la recherche anglophone du par Donald Kagan.
Si Thucydide invite à considérer les épisodes guerriers entre 431 et 403 av. J.-C. comme une unité cohérente, les historiens modernes subdivisent généralement ce conflit en phases distinctes, la guerre d'Archidamos, la paix de Nicias, l'expédition de Sicile ou la révolte ionienne. L'usage du terme « première guerre du Péloponnèse » pour les années 460 implique logiquement celui de « deuxième guerre du Péloponnèse » pour 431-404, voire d'une guerre du Péloponnèse englobant la période 459-403 av. J.-C..
Causes La cause profonde : la peur spartiate face à l'expansion athénienne
Selon Thucydide, les incidents immédiats qui précèdent le conflit, tels que la défection de Mégare ou la construction des Longs Murs, ne sont que la surface visible du phénomène. La cause la plus profonde (ἀληθεστάτη πρόφασις) réside dans la peur qu'inspirait aux Lacédémoniens la croissance continue de la puissance athénienne depuis les guerres médiques. Cette expansion, telle que Thucydide la présente, aurait été un processus homogène s'etendant sur une période de cinquante ans. La puissance d'Athènes s'était considérablement accrue depuis 479 av. J.-C. Elle se manifeste dès le débat de la gérousia spartiate de 475, lors de la promesse d'aide à Thasos en 465-464, puis lors de l'expulsion des hoplites athéniens de 462-461 av. J.-C..
La rupture de 462 av. J.-C. Le renvoi sans explication du corps expéditionnaire athénien commandé par Cimon depuis le siège d'Ithome — les Spartiates redoutant, selon Thucydide, « l'audace et l'esprit novateur » de ces soldats — est ressenti par les Athéniens comme un affront injustifié. Dès leur retour, ils dénoncent l'alliance conclue avec Sparte contre les Mèdes et s'allient aussitôt à Argos et à la Thessalie. Cet accord athéno-argien, parfois qualifié d'« impérialisme armé » athénien, s'explique plus vraisemblablement par des considérations défensives. N'appartenant plus à la ligue du Péloponnèse, Athènes cherche à se ménager des appuis extérieurs contre une offensive éventuelle de ses nouveaux adversaires.
La défection de Mégare et les Longs Murs La défection de Mégare, qui quitte la ligue du Péloponnèse vers 461 av. J.-C. pour s'allier à Athènes en raison d'un conflit frontalier avec Corinthe, constitue un autre facteur déclenchant. Les Athéniens en profitent pour sécuriser Pagae, le port mégarien sur le golfe de Corinthe, et construire de longs murs reliant Mégare à Nisée. Le contrôle de la Mégaride rend quasi impossible toute invasion de l'Attique depuis le Péloponnèse et permet d'approvisionner Naupacte sans en contourner le Péloponnèse. Cette intervention est cependant à l'origine de la profonde hostilité que les Corinthiens nourrissent désormais à l'égard d'Athènes. La construction des Longs Murs reliant Athènes au Pirée et à Phalère constitue également une provocation aux yeux de Sparte, car elle transforme Athènes en une place difficilement prenable tant qu'elle conserve la maîtrise des mers.
Le rôle de Sparte : une entrée en guerre tardive La question de la participation spartiate aux premières années du conflit fait l'objet d'un débat historiographique. Si les combats commencent dès 460-459 av. J.-C., ils opposent initialement Athènes à Corinthe, Épidaure et Égine, sans que Sparte y prenne part formellement. L'emploi du terme « Péloponnésiens » par Thucydide pour désigner la flotte de Kékryphalée et la garnison d'Égine renverrait à une réalité géographique plutôt qu'à une décision politique de la ligue du Péloponnèse. L'absence de tout commandant spartiate, dont la présence était obligatoire pour toute expédition de la ligue, ainsi que l'inaction de Sparte lors de l'invasion de la Mégaride par Corinthe, alors même qu'elle venait de placer une garnison à Égine, plaident contre une déclaration de guerre spartiate antérieure à Tanagra. Par ailleurs, le mont Géranée ne constitue pas un obstacle insurmontable. Corinthe l'avait franchi avec ses seuls alliés locaux dès le début du conflit, et les Longs Murs vers Nisée, longs de seulement huit stades, pouvaient être contournés. La passivité spartiate est du reste défendue par Archidamos lui-même, et Thucydide la cite comme l'une des deux causes de la croissance de l'empire athénien.
Déroulement La guerre commença en 460 av. J.-C. et, au début, les Athéniens remportèrent les batailles, notamment navales, grâce à la supériorité de leur flotte. Ils eurent également les meilleurs résultats sur terre, jusqu'en 457 av. J.-C., lorsque les Spartiates et leurs alliés défirent l'armée athénienne à la bataille de Tanagra. Les Athéniens, cependant, contre-attaquèrent et remportèrent une victoire écrasante sur les Béotiens à la bataille d'Œnophyta. Cette victoire fut suivie par la conquête de la Béotie, mis à part Thèbes.
Athènes consolida encore sa position en faisant d'Égine un membre de la ligue de Délos et en ravageant le Péloponnèse. Les Athéniens furent défaits en 454 av. J.-C. par les Perses en Égypte, ce qui les fit entrer dans une trêve de cinq ans avec Sparte. Cependant, la guerre éclata de nouveau en 448 av. J.-C. avec le début de la Deuxième guerre sacrée. En 446 av. J.-C., les Béotiens se révoltèrent et vainquirent les Athéniens à la bataille de Coronée, regagnant ainsi leur indépendance.
La première guerre du Péloponnèse se termina par un arrangement entre Sparte et Athènes, qui fut ratifiée par la paix de Trente Ans (hiver 446-445 av. J.-C.). Selon les dispositions de ce traité de paix, les deux parties maintinrent les principaux éléments de leurs empires. Athènes conserva sa domination maritime tandis que Sparte dominait sur terre. Mégare retourna dans la ligue du Péloponnèse et Égine dut payer un tribut mais resta membre autonome de la ligue de Délos. La guerre entre les deux ligues reprit entre 431 av. J.-C. et 404 av. J.-C., Athènes étant ensuite occupée par Sparte.
Premières opérations (460-457 av. J.-C.) La guerre s'ouvre par une série d'opérations dans le golfe Saronique. Les Athéniens attaquent Haliées dans le golfe Argolique, où ils sont battus par les Épidauriens et les Corinthiens, mais remportent peu après une victoire navale au large de Cékryphalée. Alarmés par ces incursions, les Éginètes entrent à leur tour en guerre. Battus lors d'une grande bataille navale, ils voient soixante-dix de leurs navires capturés. Égine est assiégée sous le commandement de Léocrate. Pendant ce temps, les Corinthiens envahissent la Mégaride pour forcer les Athéniens à lever le siège d'Égine. Myronidès rassemble une armée composée d'hommes trop âgés ou trop jeunes pour le service ordinaire et remporte une victoire sur les Corinthiens.
Tanagra et Œnophyta (457 av. J.-C.) Les Spartiates interviennent en 458-457 av. J.-C. sous le commandement de Nicomède, régent du jeune roi Pleistoanax. Après avoir repoussé les Phocidiens qui menaçaient la Doride, considérée comme la métropole des Doriens et seule source du vote dont dispose Sparte au sein de l'amphictionie pyléo-delphique, ils s'attardent en Béotie à l'invitation de Thèbes, qui leur a promis de prendre en charge la guerre contre les Athéniens. La taille de l'armée péloponnésienne (environ onze mille cinq cents hommes) s'explique non seulement par la menace athénienne, mais aussi par celle que représente Argos, alliée d'Athènes et rivale de Sparte pour la direction du monde dorien. Ce sont les Athéniens qui, soucieux d'empêcher le retour des Péloponnésiens par la Mégaride ou par mer, prennent l'initiative du combat. Les deux armées se rencontrent à la bataille de Tanagra. Malgré la supériorité numérique athénienne, la désertion des cavaliers thessaliens, passés dans le camp lacédémonien en cours de bataille, assure la victoire spartiate. Les pertes sont lourdes des deux côtés. Les sources antiques rapportent qu'une partie des Athéniens avaient invité Nicomède à marcher sur Athènes pour mettre fin à la démocratie et à la construction des Longs Murs. Ce récit de complot oligarchique relève davantage de la propagande destinée à légitimer la décision athénienne d'engager le combat. Malgré leur victoire, les Spartiates ne cherchent pas à envahir l'Attique et regagnent le Péloponnèse après avoir consolidé la position de Thèbes en Béotie. C'est à Tanagra, lorsque les Athéniens forcent le combat contre l'armée péloponnésienne en Béotie, que la guerre entre les deux ligues devient formelle. Deux mois plus tard, les Athéniens contre-attaquent et remportent une victoire sur les Béotiens à la bataille d'Œnophyta, ce qui leur permet d'établir leur domination sur une grande partie de la Béotie, à l'exception de Thèbes.
Rappel de Cimon À la suite de la bataille de Tanagra, Cimon, alors en exil, se présente armé pour combattre dans les rangs athéniens, afin de dissiper les soupçons de trahison qui pèsent sur ses partisans. Peu après, sur proposition de Périclès lui-même, il est rappelé d'exil. Selon certaines traditions antiques, il aurait ensuite négocié une courte trêve avec Sparte, prélude à la paix de Cinq Ans de 451/450 av. J.-C..
Deuxième Guerre sacrée et fin du conflit (448-446 av. J.-C.) La guerre reprend en 448 av. J.-C. avec la Deuxième Guerre sacrée. Thucydide en fait mention de façon très concise, sans évoquer le rôle de l'amphictionie pyléo-delphique, dont c'était pourtant la mission d'arbitrer le contrôle du sanctuaire. En 447-446 av. J.-C., les Béotiens se révoltent et vainquent les Athéniens à la bataille de Coronée, recouvrant ainsi leur indépendance. Mégare et Eubée se soulèvent également.
Paix de Trente Ans