Le Sandōkai () est un poème écrit au et attribué à Shitou Xiqian (Sekitō Kisen en japonais), huitième patriarche chinois du bouddhisme chan. Il s'agit d'un texte fondamental du chan chinois et du zen japonais, qui porte sur le fait que les contradictions et la dualité du monde se résolvent dans une unité fondamentale que nous pouvons atteindre.
Le poème est fréquemment récité dans les temples zenLe zen japonais comprend trois grands courants: Sôtô, Rinzai, Obaku. au Japon, mais aussi à travers le monde.
Titre Le titre Sandōkai est rendu par des traductions qui peuvent différer entre elles, car il est composé de trois caractères chinois (sinogrammes) dont la signification est sujette à interprétation. L'analyse des sinogrammes donne ceci: le premier () véhicule l'idée de « considérer », « comparer » ou encore de « distinguer »; il connote donc l'idée de différence, et renvoie, dit-on, à la multiplicité de tous les « phénomènes » (ce qu'on appelle en chinois les dix mille chosesKurt Friedrichs et al., Dictionnaire de la sagesse orientale, Paris, Laffont, coll. « Bouquins », 2006 p. 658; 606. — (wanwu 万物); le deuxième, () donne l'idée de « similitude », « ressemblance »; on dit qu'il se rapporte à l'unité de tous les phénomènes; quant au troisième, (), il renvoie à la « correspondance » ou « concordance » entre le Soi et les phénomènes.
Le titre pourrait ainsi se traduire par l'Harmonie entre la différence et l'identité, La Concordance entre différence et identité. Philippe Cornu, lui, donne « La Coïncidence de l'égal et de l'inégal » et Jacques Brosse, l'Interpénétration de l'Essence et des phénomènes. On trouve aussi Identité du multiple et du un ; Rencontre entre l’identité et la différence ; Unicité de la réalité et de la vacuité, etc..
Par ailleurs, un texte d'alchimie taoïste du attribué au célèbre maître taoïste Wei Boyang, porte le même titre: Cāntóngqì, et il est possible que le titre du poème chan soit une allusion à ce texteMichael Wenger, « Sekito Kisen et le Sandokai » in Suzuki, 2001, p. 19-24 (v. Bibliographie)..
Récitation Le Sandokai est souvent chanté dans les monastères zen du Japon, et même tous les matins, après le zazen, dans ceux de l'école Sôtô, ainsi que lors des cérémonies funéraires en l'honneur du fondateur du temple. Il est aussi fréquemment récité les jours pairs, en alternance avec le Hōkyō zanmai.
Le poème Le poème est relativement court: il compte quarante-quatre lignes de cinq sinogrammes, soit un total de 320 caractères Robert E. Buswell Jr. et Donald S. Lopez Jr., , Princeton, Princeton University Press, 2014,, 166. vignette|Sekitou Kisen, l'auteur du Sandokai. L'harmonie entre la différence et l'identitéTraduction de l'Association zen internationale.
Analyse Le Sandokai appelle à voir que les contradictions et la dualité du monde se résolvent dans une unité fondamentale que nous pouvons atteindre. Il s'agit au fond de l'éveil qui transcende toutes les dualités. Le texte souligne d'ailleurs à plusieurs reprises la discontinuité, puis la continuité et enfin la complémentarité. Il se peut que le Sandokai soit la source d'où dérive la notion centrale des « » (japonais: go i), qui constitue un enseignement central de l'école chinoise Caodong (devenue Sôtô au Japon).
Shohaku Okumura rappelle que dans le bouddhisme zen (et dans le Mahayana en général), la réalité est à la fois forme et vacuité: d'un côté, nous voyons les phénomènes comme indépendants les uns des autres, alors qu'en fait ils sont un du fait de leur interdépendance (ce qui équivaut à la vacuité). Il y a donc des choses que nous voyons comme séparées les unes des autres (ce qu'on appelle « vérité relative »): il y a Paul, Aline, Chloé, Philippe, des voitures, des maisons, des animaux, des prés, etc. Mais en fait, dans la vérité absolue, il n'y a pas de séparation entre ces différents phénomènes : fondamentalement tous ces éléments sont vides de substance propre, et ainsi étroitement interconnectés. Ainsi, l'univers entier est-il en relation, comme les cinq doigts de la main Shohaku Okumura, « Dogen Zenji's Genjo Koan Lecture », Dharma Eye, vol. 1, n° 1, 1997, p. 10-14 (v. en part. p. 13). . Et Okumora poursuit: dans le Sandokai, ces deux faces de la réalités sont appelées différence et unité, et elles devraient se fondre ou concorder. Sekitou Kisen voit l'unité comme étant sombre, et la diversité comme étant claire. Quand il fait clair à l'extérieur, nous voyons toutes les choses comme différentes entre elles (par leur couleur, leur forme, leur fonction, leur nom). Mais quand il n'y a plus de lumière et qu'il fait noir, tous les phénomènes sont là, mais nous ne pouvons plus les distinguer: il n'y a plus qu'une seule et même obscurité.
Ainsi, l'harmonie, ou la concordance, exprime l'interaction dialectique entre l'universel (la dimension ultime) et le particulier (les phénomènes). Si ces idées sont bien l'expression des vues Sekitou, il n'en reste pas moins qu'elles proviennent d'abord de la dialectique originelle du yin et yang du taoïsme, et qu'elles doivent beaucoup au système de l'école Huayan (japonais: Kegon), basé sur l'important Sutra de l'Ornementation fleurie. Celui-ci, qui enseigne l'égalité et l'interdépendance de toutes les choses, constitua une base des théories de l'école Sôtô D'autre part, tout comme dans le poème taoïste qui porte le même titre, on trouve dans le Sandokai des allusions aux thèmes de la nature et du changement.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Articles connexes Hōkyō zanmai Le Chant de l'immédiat satori Xinxin Ming
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