La linguistique est une discipline scientifique s'intéressant à l'étude du langage. Elle n'est pas prescriptive mais descriptive. La prescription correspond à la norme, c'est-à-dire ce qui est jugé correct linguistiquement : c'est l'activité des académies et des grammairiens. À l'inverse, la linguistique se contente de décrire la langue telle qu'elle est et non telle qu'elle devrait être.
On trouve des témoignages de réflexions sur le langage dès l'Antiquité avec des philosophes comme Platon. Cependant il faut attendre le pour voir se dégager une approche scientifique autour des faits de langues. Ferdinand de Saussure a grandement contribué à la description du langage et des langues, notamment avec son influent Cours de linguistique générale (1916) qui est devenu un classique dans ce domaineL'actualité du saussurrisme. Algirdas Julien Greimas à l'occasion du de la publication du Cours de linguistique générale (texte paru dans Le Français moderne, 1956, , ).Gabriel Bergounioux, Cours de linguistique générale, Ferdinand de Saussure, Encyclopædia Universalis. et a imposé la conception structurale du langage qui domine largement la linguistique contemporaine en dépit des conflits d'écolesJean-Pierre Cometti, Paul Ricœur, « Langage philosophies du », Encyclopædia Universalis, consulté le .. André Martinet a aussi contribué à cette discipline avec son ouvrage Éléments de linguistique générale présentant les divers faits de langues. On peut également citer Noam Chomsky, qui a posé les bases de la linguistique générative, qui est un modèle parmi d'autres.
Le travail descriptif de la linguistique peut se faire selon trois axes principaux : études en synchronie et diachronie : l'étude synchronique d'une langue s'intéresse seulement à cette langue à un moment donné de son histoire, à un seul de ses états, tandis que l’étude diachronique s'intéresse à son histoire, à son évolution, la situe dans une famille de langues, et décrit les changements structurels qu'elle a subis dans le temps ; études théoriques et appliquées : la linguistique théorique étudie la création de structures permettant la description individuelle de langues ainsi que les théories cherchant à dégager des invariances ou des symétries ; études contextuelles et indépendantes : l'étude contextuelle avec la sociolinguistique indique qu’on s’intéresse aux interactions et aux relations entretenues entre le langage et le monde, tandis que l'étude indépendante indique qu’on considère le langage pour lui-même, indépendamment de ses conditions extérieures.
Domaines de la linguistique théorique La linguistique théorique est souvent divisée en domaines séparés et plus ou moins indépendants, qui correspondent à différents niveaux d'analyse du signal linguistique : phonétique : étude des sons ou phones produits par l'appareil phonatoire humain ; phonologie : étude des sons ou phonèmes d'une langue donnée ; morphologie : étude des types et de la forme des lemmes ; syntaxe : étude de la combinaison des monèmes pour former des énoncés et des phrases ; sémantique : étude du sens des lemmes, des phrases et des énoncés ; stylistique : étude du style d'un énoncé littéraire ou non (le style constitue-t-il un écart par rapport à une norme ?) ; pragmatique : étude de l'utilisation (littérale, figurée ou autre) des énoncés dans les actes d'énonciation ; cohérence : étude des facteurs de cohérence dans le traitement du langage naturel.
Synchronie et diachronie Alors que la linguistique synchronique s'attache à décrire les langues à un moment donné de leur histoire (le plus souvent le présent), la linguistique diachronique examine comment les langues évoluent au cours du temps — que ces changements concernent la prononciation (on parle alors de phonétique historique), le sens et l'histoire des mots (c'est là l'étymologie qui est concernée), voire plusieurs aspects — parfois à travers plusieurs siècles. Le premier à avoir distingué ces deux types d'études est Ferdinand de SaussureFerdinand de Saussure, Cours de linguistique générale, .. La linguistique historique jouit d'une longue et riche histoire. C'est d'ailleurs de cette branche de la linguistique que sont nées les autres approches. Elle repose sur des postulats théoriques jugés solides (comme les lois phonétiques).
Une discipline comme la linguistique comparée repose principalement sur une optique historique.
Linguistique des langues La linguistique peut s'attacher à une langue en particulier (par exemple au français, et on parle alors de linguistique française) ou à un groupe de langues (exemples : linguistique romane, linguistique germanique, linguistique finno-ougrienne, linguistique indo-européenne) ou à des langues géographiquement groupées (exemples : linguistique balkanique, linguistique africaine).
Au contraire de la linguistique théorique, qui cherche à décrire, de manière générale, une langue donnée ou le langage humain, la linguistique appliquée se sert de ces recherches pour les appliquer à d'autres domaines comme la didactique des langues, la pathologie du langage, la lexicographie (ou dictionnairique.), la synthèse ou la reconnaissance vocale (ces deux dernières approches étant ensuite utilisées en informatique pour fournir des interfaces vocales, par exemple), l'intelligence artificielle.
Locuteur individuel, communautés linguistiques et caractéristiques universelles du langage Plusieurs approches linguistiques sont possibles selon l'étendue de l'objet d'étude : certaines analysent la langue d'un locuteur donné, d'autres le développement général de la langue. On peut aussi étudier la langue d'une communauté bien précise, comme l'argot des banlieues, ou bien rechercher les caractéristiques universelles du langage, partagées par tous les hommes. C'est cette dernière approche, la linguistique générale, dont le pionnier a été Ferdinand de Saussure, qui a été retenue par Noam Chomsky et qui trouve des échos en psycholinguistique et dans les sciences cognitives. On peut penser que ces caractéristiques universelles sont susceptibles de révéler des éléments importants concernant la pensée humaine en général. Voir par exemple les fonctions du langage.
Linguistique contextuelle La linguistique contextuelle est un domaine dans lequel la linguistique interagit avec d'autres disciplines. Elle étudie par exemple comment le langage interagit avec le reste du monde.
La sociolinguistique, la linguistique anthropologique et l'anthropologie linguistique sont des domaines ressortissant à la linguistique contextuelle dans lesquels on étudie les liens entre le langage et la société. Dans le contexte juridique, la jurilinguistique examine les signes et énoncés linguistiques que le droit emploie et produit.
De même, l'analyse critique du discours est un point de rencontre entre la rhétorique, la philosophie et la linguistique. Il est ainsi possible de parler d'une philosophie du langage.
D'autre part, l'étude médicale du langage conduit à des approches psycholinguistique et neurolinguistique.
Enfin, appartiennent aussi à la linguistique contextuelle des domaines de recherches comme l'acquisition du langage, la linguistique évolutionniste, la linguistique stratificationnelle ainsi que les sciences cognitives.
Domaines de recherches de la linguistique Phonétique, phonologie, diglossie, syntaxe, sémantique, pragmatique, étymologie, lexicologie, lexicographie, linguistique théorique, linguistique comparée, sociolinguistique, dialectologie, linguistique descriptive, psycholinguistique, typologie linguistique, linguistique informatique, sémiotique, écriture, cohérence du langage naturel, etc., sont parmi les domaines les plus courants.
Recherches interdisciplinaires Linguistique appliquée, linguistique cognitive, orthographe, grammatologie, cryptanalyse, déchiffrement, anthropologie linguistique, linguistique anthropologique, analyse critique du discours, psycholinguistique, acquisition du langage, traitement automatique des langues, reconnaissance vocale, reconnaissance du locuteur, synthèse vocale et, plus généralement, traitement de la parole, sont de telles disciplines. Il est visible que la linguistique comprend divers chantiers de recherche.
Si l'archéologie et les documents primaires écrits sont rares, interprétables ou font défaut, la linguistique peut aussi fournir des données aux historiens, réceptifs à ces informations lorsque l'histoire n'est pas impliquée dans les controverses militantesJacques Guilhaumou, « Histoire et linguistique : l’enjeu éthique de l’événement discursif : la parole des sans-voix » in Essais n° 21, « Linguistique et interdisciplinarité », an 2024, .
La créolistique qui s’est donné la tâche d’étudier les langues issues du colonialisme (exemples : papiamentu de Curazao, la langue de Cap-vert) devient de plus en plus importante.
Démarche descriptive, démarche prescriptive Les linguistes utilisent une démarche purement descriptive lors de leurs recherches. Ils cherchent à décrire la langue telle qu’elle est utilisée et à expliquer la nature du langage, sans porter de jugements.. Les instruments pour décrire la linguistique incluent la phonétique, la phonologie, la syntaxe, la lexicologie et la sémantique.. Ces outils sont utilisés pour déterminer les différences entre les accents et dialectes régionaux d’une même langue.
La démarche prescriptive ou normative cherche à décrire comment une langue doit être utilisée, son .. Cela inclut l’application des règles - ensemble de conventions linguistiques et grammaticales - pour déterminer si une langue est ou non bien utilisée. La linguistique prescriptive/normative est de mise lorsqu’une personne apprend une langue, elle constitue le « standard » de la langue.. La prescription, souvent appliquée à l’écriture, peut aussi être utilisée pour la parole. La linguistique prescriptive peut aussi analyser un accent ou un dialecte régional, et le comparer à la langue « standard » pour souligner les incorrections commises par le locuteur. Les corrections apportées à un texte écrit sont aussi un exemple de linguistique prescriptive.
Par exemple, la phrase : « il veux pas que tu va rendre visite lui » sera soigneusement décrite : mots, sons, terminaisons et structure. Les grammairiens descriptifs analyseront la démarche mentale de la personne écrivant cette phrase. La linguistique prescriptive énoncera quant à elle des jugements, en indiquant les erreurs grammaticales et syntaxiques commises. Les grammairiens prescriptifs jugeront la phrase agrammaticale et en donneront probablement une version corrigée : « il ne veut pas que tu ailles lui rendre visite ».
La plus grande différence entre les deux démarches est que la première observe une langue de façon objective et sans porter de jugement, alors que la seconde porte un regard subjectif, en jugeant de ce qui est bien écrit ou non..
Parole et écriture La plupart des travaux en linguistique, , partent du principe que la langue parlée est première, et que la langue écrite n'en est qu'un reflet secondaire.
Plusieurs raisons sont évoquées : alors que la parole est universelle, l'écriture ne l'est pas ; l'apprentissage de la langue parlée est bien plus aisé et rapide que celui de la langue écrite ; nombre de spécialistes des sciences cognitives pensent qu'il existe dans le cerveau un module du langage qu'il n'est possible de connaître qu'à travers la langue parlée.