L'apologie de la pédophilie est l'ensemble des actions, écrits et prises de position visant à faire accepter socialement la pédophilie ou à en faire l'apologie. Cette tendance est notamment le fait de personnes se présentant parfois elles-mêmes comme pédophiles, et profitant des réflexions sur le droit des jeunes à entretenir des relations amoureuses et sexuelles, et des débats relatifs à la réécriture des lois sur les rapports entre majeurs et mineurs. Des groupes de personnes organisés en associations et des individus isolés ont, dans ce contexte, notamment dans les années 1970, cherché à présenter la pédophilie comme une attirance sexuelle acceptable, ou à contester les notions de majorité sexuelle ou d'abus sexuel sur mineur. La pédophilie a parallèlement fait l'objet, à l'époque, de diverses formes de complaisance, médiatiques, politiques ou intellectuelles, bien qu'elle fût socialement, très largement réprouvée.

Cette mouvance n'a jamais atteint de reconnaissance durable auprès des populations occidentales malgré, dans les années 1970, de forts soutiens médiatiques et politiquesPierre Tremblay, , School of criminology, Université de Montréal.. Aujourd'hui, le a quasiment disparu, et la défense de la pédophilie est exclue du débat public : l'apologie de la pédophilie ne concerne plus que des milieux très marginaux, qui s'expriment principalement par le biais d'Internet, par la diffusion massive d'images pédopornographiques, de pornographie imitant l'inceste ou encore de pornographie mettant en scène des actrices déguisées en écolières.

Éléments de contexte L'Association néerlandaise pour la réforme sexuelle (Nederlandse Vereniging voor Seksuele Hervorming, NVSH), tête de proue du mouvement pour les libertés sexuelles, de l'aveu de Frits Bernard, une attitude très critique envers les pédophilesFrits Bernard, « The Dutch Paedophile Emancipation Movement », 1987.. À la même époque, Bernard fonde à La Haye l’Enclave Kring (Cercle de l'Enclave). Ce groupe se définit comme un mouvement visant à « briser les préjugés sur les conséquences des contacts et relations sexuels entre mineurs et adultes, fournir des informations et conseils à ce sujet et mettre en place un programme d’assistance direct ». Une maison d’édition du même nom est fondée en 1958, afin de propager les idées du groupe. Cependant, l’audience de l’Enclave Kring reste très faible et ne dépasse guère les cercles d'initiés néerlandais ou allemands, bien que, selon Bernard, le groupe aurait développé des contacts dans différents pays.

À partir de 1969, en raison de l'évolution sociétale et de la radicalisation de certains discours politiques ou intellectuels, les positions de la NVSH changent. Un groupe de travail sur la pédophilie y est formé, avec pour membres Frits Bernard, Edward Brongersma, Ids Haagsma, Wijnand Sengers et Peter van EetenFrits Bernard, « The Dutch Paedophile Emancipation Movement », 1987, note 14.. Ce groupe publie en 1972 (Le sexe avec les enfants), ouvrage qui se présente comme le bilan de dix années de recherches sur les relations sexuelles entre adultes et enfants. L’ouvrage fait parler de lui aux Pays-Bas. Les auteurs contestent le caractère forcément nocif des relations sexuelles entre enfants et adultes et souhaitent le retrait de la pédophilie des listes de troubles mentaux et l'abolition des majorités sexuelles généralement fixées à . Cependant, jusqu’au milieu des années 1970, peu de personnes s’intéressent à la en dehors des Pays-Bas et de l’Allemagne de l'Ouest.

Instrumentalisation des homosexuels en France et au Québec En France, dans le contexte de la révolution sexuelle, les discriminations envers les homosexuels, parfois condamnés pour le simple fait d'avoir eu des relations avec des mineurs de moins de 21 ans ou de moins de 18 ans, sont dénoncées. Les pédophiles s'engouffrent dans cette brèche.

Dans le contexte d'une polémique propos des déclarations passées de Guy Hocquenghem, le théoricien queer Paul B. Preciado expliquera en :N’oublions pas […] que l’homosexualité était criminalisée, donc toute rencontre entre deux personnes de même sexe était criminelle et pathologique. […] Hocquenghem demandait simplement le droit, en tant que gamin de 16 ans, à s’exprimer sexuellement sans être importuné par la police..Au Québec, les milieux homosexuels commencent à militer en 1976 pour l'abaissement de l'âge de la majorité sexuelle, qui est alors située à 21 ans"Les âges du consentement. Militantisme gai et sexualité des mineurs en France et au Québec (1970-1980)", par Jean Bérard et Nicolas Sallée, dans la revue Femmes, genre, histoire 2015 pour les homosexuels car à l’approche de l’organisation des Jeux olympiques d'été de 1976 à Montréal, les descentes policières se multiplient, en particulier l’arrestation de au Sauna Neptune, en , suivie de la création du Comité homosexuel anti-répression (CHAR), en , ce qui a également créé l'émotion dans les milieux homosexuels en France où la loi de 1974 opère aussi une discrimination de majorité sexuelle, abaissée à seulement 18 ans pour les garçons contre 15 ans pour les filles, permettant aux adultes hétérosexuels de séduire les filles de moins de 16 ans mais pas les garçons.. La révolution sexuelle En influençant les codes de la culture visuelle, publicités, musique, clips, médias, l'industrie pornographique fait la promotion d'une sexualité sans limites, et favorise un climat permissif au développement de mouvements pédocriminels structurés: le Paedophile Information Exchange (PIE) au Royaume-Uni, la North American Man/Boy Love Association (NAMBLA) aux États-Unis ; en France, Gabriel Matzneff fut invité par Bernard Pivot tout sourires sur Apostrophes, Serge Gainsbourg chanta lemon inceste, Le Monde publia deux pétitions pro-pédophiles, et Robert Badinter, alors ministre de la Justice, défendit la révision du procès du violeur en série Luc Tangorre, lequel fut gracié par François Mitterrand, et recidiva trois mois après sa sortie de prison.

Pays-Bas

Au début des années 1970, c’est aux Pays-Bas que sont écrits la majorité des articles à propos de la pédophilie (la plupart cherchant à définir l’impact à court et long terme des relations sexuelles entre enfants et adultes sur les premiers), à partir de points de vue théoriques comme pratiques, par Frits Bernard, le psychologue Theo Sandfort, l’avocat et homme politique Edward Brongersma ou le psychologue Frans Gieles. Les données utilisées par ces auteurs proviennent de pédophiles en analyse, et d’entretiens avec des adultes et des jeunes ayant eu des relations sexuelles avec des adultes dans leur enfance ou leur adolescence. Bernard affirme en 1988 qu’à cette époque, en tant que psychologue et expert appelé souvent en Cour de justice, il a interrogé et analysé « plus d'une centaine d'adultes pédophiles et environ trois cents enfants et adolescents ayant eu des contacts sexuels avec des adultes »Angelo Leopardi, 1988.. Au sein de l’Association Néerlandaise pour la Réforme Sexuelle (NVSH), le (Groupe d'études sur la pédophilie) rassemble des spécialistes de l'enfance, des psychiatres, des juristes, et fournit un important travail d’information.

Le , la NVSH et d’autres organisations néerlandaises envoient au parlement du pays et au ministre de la justice une lettre et une pétition demandant la légalisation des rapports sexuels consentis entre enfants et adultesEdward Brongersma, « Schutzalter 12 Jahre? - Sex mit Kindern in der niederländischen Gesetzgebung », dans Angelo Leopardi, 1988.. La pétition est signée notamment par l’Association hollandaise pour l'intégration des homosexuels (COC), ainsi que par des organisations politiques comme le Parti socialiste pacifiste et par diverses personnalités. Les pédopsychiatres de la Société psychiatrique néerlandaise s’opposent à la décriminalisation des rapports sexuels enfants-adultes en arguant que cela risquerait d’affaiblir l’autorité parentaleJan Schuijer, 1990..

L’année suivante, la COC déclare que la cause des pédophiles est liée à celle des homosexuels et que la libération des homosexuels ne sera jamais complète sans la « libération des enfants et des pédophiles »Theo Sandfort, 1990.. En 1981, la (PSVG) édite et distribue dans les écoles élémentaires néerlandaises des dizaines de milliers de copies d’un livret illustré intitulé Pedophilia, pour prévenir les enfants de ce qu’est la pédophilieFrits Bernard, 1997.. Jusqu’au début des années 1980, les défenseurs de la pédophilie se disent satisfaits des progrès de leur discours aux Pays-Bas ; Edward Brongersma affirme en 1984 : « Aux Pays-Bas, la pédophilie est discutée objectivement pendant les cours d’instruction des académies de police. Là, tout comme dans les universités, on s’efforce d'en finir avec les préjugés. »Edward Brongersma, 1984.

France

En France, la défense de suspects de pédophilie, même face à de supposés abus judiciaires, est alors "très minoritaire dans l'opinion publique", selon la thèse présentée en 2018 par le psychiatre Romain Pages. En outre, comme le remarquent les rédacteurs de la revue Lundimatin, cette défense d'individus accusés d'attentats à la pudeur n'est pas nécessairement une apologie des actes commis, mais une mise en question de l'âge de la majorité sexuelle, ainsi qu'une contestation du fait que des actes ne relevant pas du viol soient considérés comme des crimes, passibles de la cour d'assises, et justifient une longue incarcération préventive..

En parallèle, des pédophiles tentent d'utiliser ces pétitions pour légitimer la pédophilie. L'écrivain Gabriel Matzneff, l'un des signataires des pétitions fait ouvertement l’apologie de la pédophilie dans ses œuvres. Bien que présent dans les médias, son œuvre reste cependant relativement confidentielle, à quelques exceptions près, comme son roman Ivre du vin perdu, qui s'écoule à « Les temps ont changé, il est devenu indéfendable » : dans un contexte post-#metoo, le malaise Gabriel Matzneff" par Dominique Perrin, LeMonde du 23 décembre 2019 .

Le , un encart publicitaire dans Libération, passé par un proche de l'un des trois accusés (Bernard Dejager, Jean-Claude Gallien et Jean Burckhardt) dans l'Affaire de Versailles, y annonce la création d'un "Front de libération des pédophiles" (FLIP). Ce dernier ne se réunira que deux ans plus tard en 1979. Cette réunion de pédophiles, tentant de rebondir sur la publication des pétitions, ne regroupe qu'une trentaine de personnes, la plupart intéressées par une aide juridique. Le FLIP disparaîtra après sa première réunion.

Avant 1974

Dès le milieu du , le statut particulier des intellectuels en France avait permis, à une époque où la majorité sexuelle était fixée à 13 ans (soit avant pour l'homosexualité, et avant pour l'hétérosexualité), à certains écrivains comme Henry de Montherlant ou André Gide d’assumer leurs goûts sexuels pour les jeunes garçons sans être inquiétés ou à d'autres comme Roger Peyrefitte, d’en retirer un succès de scandale dans les années 1950Anne-Claude Ambroise-Rendu, 2005.Anne-Claude Ambroise-Rendu, « Un siècle de pédophilie dans la presse (1880-2000) : accusation, plaidoirie, condamnation », Le Temps des médias , 2003, voire de tenir des discours présentant la pédophilie de manière positive à partir des années 1960. L'écrivain Tony Duvert publie son premier roman, Récidive, en 1967. Il est régulièrement publié par les éditions de Minuit mais en tirages volontairement réduits, sans service de presse ni promotion en raison de la pornographie qui s'insère dans certaines scènes de ses romans. Comme il ne peut vivre de sa plume, les éditions de Minuit lui trouvent un emploi de salarié.