La conquête mongole de la Chine méridionale des Song est la dernière étape de la soumission de la Chine par les Mongols de la tribu de Gengis Khan. Gouvernant déjà le nord depuis 1234, ils parviennent sous Kubilai Khan à réunifier l'ensemble de la Chine, qu'ils gouverneront jusqu'à la fin de la dynastie Yuan en 1368. Le point culminant de cette conquête est la reddition de Hangzhou en 1276.
Situation avant la conquête
Au tout début de l'invasion mongole de la dynastie Jin, un émissaire de la dynastie Song arrive à la Cour des Mongols, peut-être pour négocier une offensive conjointe contre la dynastie Jin, que les Song avaient précédemment combattu durant les guerres Jin-Song. Même si Gengis Khan refuse cette alliance sur le moment, à sa mort en 1227, il laisse un plan pour attaquer la capitale des Jin, qui nécessite de passer par le territoire des Song. Par la suite, un ambassadeur mongol est tué par un gouverneur Song dans des circonstances troublesHenry Hoyle Howorth, Ernest George Ravenstein History of the Mongols, . Avant d’avoir reçu la moindre explication sur ce meurtre, les Mongols appliquent le plan de Genghis Khan et traversent le territoire Song pour attaquer Kaifeng, la capitale des Jin, sans avoir pris la peine de prévenir les autorités chinoises. En 1233, la dynastie Song devient finalement un allié des Mongols, qui ont accepté de partager les territoires situés au sud du fleuve Jaune avec eux. Le général Meng Gong des Song défait le général Wu Xian des Jin et ordonne à ses troupes d'assiéger la ville de Caizhou, dans laquelle c'est retranché le dernier empereur des Jin. Avec l’aide des Mongols, les armées Song réussissent enfin à mettre fin à la dynastie Jin qui occupait le nord de la Chine depuis plus d’un siècle. Un an plus tard, les généraux Song envoient leurs armées occuper les anciennes capitales de la dynastie Song, mais ils sont repoussés par les garnisons mongoles qui sont commandées par Tachir, un descendant de Boorchu, qui était un célèbre compagnon de Gengis Khan. C'est ainsi que les troupes mongoles, dirigées par le fils du Khan Ögedei, commencent leur lente mais régulière invasion du Sud. Les forces Song résistent farouchement, ce qui aboutit à la multiplication de campagnes militaires longues et coûteuses. Encore plus que les armées chinoises, les principaux obstacles à la poursuite des conquêtes mongoles sont les terrains inconnus inadaptés à leurs chevaux, les nouvelles maladies et la nécessité de mener des batailles navales, une forme de guerre complètement étrangère aux maîtres de la steppe. Cette combinaison a abouti à une des guerres les plus difficiles et les plus longues des conquêtes mongoles. Les Mongols se sont rarement retrouvés face à une résistance aussi acharnée que celle que leur offrent les Chinois et ils doivent utiliser "tous les stratagèmes militaires alors connus" pour vaincre leurs ennemis. La "résistance acharnée" que les Mongols affrontent en Corée et dans la Chine des Song est plus importante que celle des autres pays d'Eurasie qui ont été écrasés plus rapidement.
La conséquence directe des difficultés que rencontre l'armée mongole est que la quantité de troupes déployées pour envahir la Chine méridionale est bien plus importante que celle déployée pour envahir le Moyen-Orient en 1256Smith, Jr. 1998, .. vignette|322x322px|l'empereur Song Lizong
Défections de Chinois et de Khitans De nombreux Chinois Han et des Khitans font défection au profit des Mongols lors de leur guerre contre les Jin. Ainsi, deux chefs chinois, Shi Tianze (Shih t’ien-tse) et Liu Heima (劉黑馬, Liu Ni)Collectif 2002, ...., et le Khitan Xiao Zhala (蕭札剌). Au service de Gengis Khan et de son successeur Ögedei Khan, ils commandent dans l’armée mongole trois tumens, chacun de , l'équivalent de trois divisionsMay 2004, . ; avec Shi Tianxiang, un autre transfuge, ils ont rang de général lors de l'invasions mongoles des Xia occidentaux. Sous Ogödei Khan, quatre généraux sont ainsi à la tête de divisions militaires : Zhang Rou, Yan Shi, Shi Tianze et Liu Heima..http://www.klxsw.com/files/article/html/87/87953/23237374.html. Par la suite le gouvernement Yuan créera une "armée Han" (漢軍), regroupant les soldats Jin ayant rejoint les rangs des Mongols, et une "armée nouvellement soumise"(新附軍), rassemblant des troupes ci-devant SongHucker 1985, ..
Ces défections révèlent la complexité de la situation, dans cette époque où la Chine, depuis le , subissait invasion sur invasion. Ainsi, chinois d'origine, Shi Tanze vit en territoire Jin, et les mariages entre Han et Jurchen étant devenus courants, son père Shi Bingzhi (史秉直, Shih Ping-chih) a épousé une femme jurchen, Na-ho, et une femme chinoise, Chang, et l'on ne sait laquelle est sa mèreed. de Rachewiltz 1993, .. Shi Tianze lui-même épouse deux femmes jurchen, une femme chinoise et une femme coréenne. Son fils, Shi Gang, de mère jurchenKinoshita 2013, ., épouse une femme keraït, tribu intégrée aux conquérants mongols dès 1203Watt 2010, .Kinoshita 2013, ..
Cette intrication explique que des hommes comme Shi Tianze, Zhang Rou (Chang Jou, 張柔), Yan Shi (Yen Shih, 嚴實) et d'autres dignitaires chinois de haut rang, qui avaient déjà servi la dynastie jurchen des Jin, aient rejoint les Mongols et attaqué les Song, tout comme Chagaan (Tsagaan) et Zhang Rou qui lancent une attaque contre eux sur ordre de la régente Töregene Khatun. Ces Chinois ont en fait puissamment contribué à l'édification du nouvel État..
Première phase (1235–48) À partir de 1235, le général mongol Kuoduan Hequ commence à attaquer le Sichuan depuis les plaines situées à proximité de la ville de Chengdu. Par le passé, l’occupation de cette région a souvent été une étape importante pour la conquête du sud de la Chine. La ville de Xiangyang, d'une grande importance stratégique car c'est la "porte" de la plaine du Yangzi Jiang, est défendue par le Cao Youwen des Song. Ce dernier capitule en 1236, laissant le contrôle de la cité aux MongolsJohn Man Kublai Khan, . Pendant ce temps, à l’est, les généraux des armées Song, comme Meng Gong et Du Guo, résistent à la pression des armées mongoles commandées par Kouwen Buhua; car le gros des troupes mongoles se trouve alors en Europe. Au Sichuan, le gouverneur Yu Jie adopte le plan que les frères Ran Jin et Ran Pu lui ont soumis et fait fortifier des lieux importants situés dans les zones montagneuses, comme Diaoyucheng, ce qui permet à Jie de tenir la région quelques années de plus. En 1239, le général Meng réussit à vaincre les Mongols et à reprendre Xiangyang, renforçant ainsi un peu plus les défenses du Sichuan. Finalement, le seul gain permanent pour les Mongols est la ville de Chengdu, qui tombe en 1241. Dans la région de la rivière Huai, les commandants de l’Empire Mongol restent sur la défensive, en prenant quelques métropoles Song, bien que Töregene et Güyük Khan leur donnent l'ordre d'attaquer les SongC. P. Atwood-Encyclopedia of Mongolia and the Mongol Empire', .
Le conflit entre les Mongols et Song reprend réellement dans la région de Chengdu, après l'emprisonnement par les Chinois des émissaires que Töregene a envoyés négocier la paixJeremiah Curtin The Mongols A History, . Les armées mongoles, commandées par les généraux Zhang Rou et Chagaan, prennent Hangzhou et envahissent le Sichuan en 1242. Très vite, la Cour des Song envoie une délégation pour négocier un cessez-le-feu. Chagaan et Zhang Rou retournent alors vers le nord après avoir accepté les termes dudit cessez-le-feuJ.Bor Mongol hiiged Eurasiin diplomat shastir, vol.II, .vignette|gauche|Archer monté mongol, se préparant à tirer un trait.
Des annales chinoises nous livrent un compte-rendu de l’attaque des Mongols contre Nanjing et décrit l’utilisation d'armes à poudre contre les Mongols par les défenseurs chinois :
La traduction du terme utilisé pour désigner cette arme est celle du Prof. Partington, qui le décrit comme un pot de fer, rempli d’yao [huo], ce qui signifie littéralement "feu médical" et qui est en réalité une poudre noire en faible teneur en nitrate, ou une proto-poudre noire. Ces pots, qui sont parfois attachés à des chaînes, envoient du "feu... dans toutes les directions", avec un effet incendiaire qui se répand sur plusieurs mètres carrés et peut percer le métal du pot, produisant un "bruit ressemblant au tonnerre" qui peut être entendu à des kilomètres. Le résultat des explosions est que "les hommes et les bêtes sont tous réduits en morceaux (chieh sui) qui volent dans toutes les directionsJ. R. Partington, 1960, "A History of Greek Fire and Gunpowder", Baltimore, Md.:Johns Hopkins University Press, , , 268, 244, see , accessed 30 December 2014.Voir aussi : zhen tian lei, or chen t'ien lei (entry), in The Hutchinson Dictionary of Ancient & Medieval Warfare, Matthew Bennett, Ed., 1998, Abingdon, UK:Taylor & Francis, , , see , accessed 30 December 2014. The entry reads, substantially, as follows : .
Seconde phase (1251–60) Les attaques des Mongols contre la Chine des Song s’intensifient avec l’élection de Möngke comme nouveau grand Khan en 1251. En passant par la plaine de Chengdu et le Sichuan, les Mongols attaquent et annexent le Royaume de Dali, qui est situé dans l'actuelle province du Yunnan, en 1253. Kubilai, le frère de Möngke et le général Uriyangqadai pacifient le Yunnan et le Tibet, avant d'envahir la dynastie Trần au Vietnam. Les Mongols assiègent Ho-chiou en 1254, mais lèvent très vite le siège pour repartir vers la Chine.
En Möngke prend la tête de l'armée mongole et part pour le sud de la Chine. Il installe son campement près des monts Liu-pan, en mai de la même année et il entre au Sichuan en 1258, avec les deux-tiers des troupes de l'armée mongole sous ses ordres. En 1259, Möngke meurt du choléra ou de dysenterie au cours de la bataille de Diaoyucheng, une ville défendue par Wang Jian. Le général chinois Jia Sidao, un des collaborateurs de Kubilai, profite de l’occasion pour occuper le Sichuan comme vassal des Mongols.
Pendant ce temps le gouvernement central des Song se révèle incapable de faire face au double défi des invasions mongoles et des soulèvements paysans qui éclatent dans la région de Fujian et qui sont dirigés par Yan Mengbiao et Hunan. La Cour de l’empereur Song Lizong est dominée par les clans des consorts Yan et Jia, ainsi que par les eunuques Dong Songchen et Lu Yunsheng. En 1260, Jia Sidao devint chancelier et fait du nouvel empereur Song Duzong son homme de paille. Il en profite pour faire expulser ses adversaires comme Wen Tianxiang et Li Fu. Comme la situation financière des Song est très mauvaise, Sidao tente de faire rentrer de l'argent grâce à une politique de nationalisation des terres. Pour se défendre contre les Mongols, les Chinois utilisent des armes à poudre noire, comme le t'u huo ch'iang qui tire des balles depuis des tubes de bambou, des armes coûteuses dont la fabrication pèse lourdement sur le budget de l'État.
Chute de la dynastie Song (1260–1276) vignette|Kubilai Khan, Grand Khan des Mongols, fondateur de la dynastie Yuan, peint en 1294.
Après la désignation de Kubilai comme grand Khan des Mongols en 1260, et le règlement du différend avec son plus jeune frère, Ariq Böke, basé à Karakorum, le nouveau Khan reprend le combat afin de conquérir la Chine du sud. Dès 1265 il lance une première attaque contre la forteresse de Diaoyu (en) au Sichuan, où les Mongols parviennent à vaincre les troupes terrestres et navales des Song, et à capturer plus de 100 navires Warren Cohen East Asia at the center: four thousand years of engagement with the world, ..
Siège de Xiangyang En 1268 les Mongols entament le siège de la ville de Xiangyang, qui durera cinq ans. Située sur la rivière Han, cette ville de grande valeur stratégique contrôle l'accès au Yangzi Jiang et elle a un rôle commercial important.