thumb|La république du Congo Cet article résume l’histoire de l’actuelle république du Congo de 1880 à aujourd’hui. Ce pays a acquis son indépendance le . Ses autres noms à l’époque coloniale ont été Congo français puis territoire du Moyen-Congo (pour le distinguer de l’État indépendant du Congo devenu Congo belge en 1908) et enfin république du Congo dès le (un an et demi avant son indépendance).

La république du Congo actuelle est un pays d'Afrique centrale, parfois appelé Congo-Brazzaville pour le différencier d'avec la république démocratique du Congo (appelée Congo-Kinshasa pour la même raison). La république du Congo a aussi été connue sous le nom officiel de république populaire du Congo de 1969 à 1992 avant de reprendre son nom d'origine.

Avant 1875 : période pré-coloniale

thumb|La région du Congo d'après une carte de Mercator (vers 1623). Les Pygmées sont les premiers habitants du Congo. Le pays a ensuite été touché par la grande migration des Bantous, venus du nord en longeant la côte et les cours d'eau. Plusieurs royaumes, dont on ne connaît pas encore bien les origines, se succèdent ou coexistent. D'abord le royaume de Loango (fondé entre les ) dans toute la partie sud, le massif du Mayombe et sur la côte. Ensuite le Congo (fondé au ) dans les territoires du Nord de l'Angola et du Cabinda, du Sud-Est de la république du Congo, l'extrémité occidentale de la république démocratique du Congo et une partie du Gabon. Enfin le royaume Tio (fondé au ) dans les régions des plateaux, du Pool, la Lékoumou et à l'Est du Gabon. Les Bantous introduisent le travail du fer et construisent un réseau commercial dans le bassin du Congo. Les premières sources écrites sur la région à laquelle correspond aujourd'hui le territoire de la république du Congo sont issues des premières explorations européennes. Les Portugais s'aventurent dans le golfe de Guinée à partir de la fin du ; Diogo Cão atteint l'embouchure du fleuve Congo en 1482. Il effectue un nouveau voyage deux ans plus tard, au cours duquel il dit avoir remonté le cours du fleuve sur plus de cent kilomètres, jusqu'aux rapides de Yellala.

Colonisation française (1875-1960) Premières explorations

thumb|220px|L'explorateur franco-italien Savorgnan di Brazza (photo de Nadar).

La colonisation française débute en 1875, date de la première expédition de Pietro Savorgnan di Brazza dans ce territoire. De 1875 à 1878, celui-ci remonte l'Ogooué, puis la Mpassa. En 1880, lors d'un nouveau voyage, il rencontre le Makoko de Mbé, Illoy , un chef exerçant son autorité sur des chefs de terres autour de l'Alima et du fleuve Congo nommées Royaume Tio. Savorgnan de Brazza obtient par traité l'autorisation d'installer une station française à l'endroit où se trouve l'actuelle Brazzaville. En le premier établissement français est donc créé, sur le site de Mfoa sur les rives du fleuve Congo. Au fur et à mesure de l'expansion coloniale, la France dépêche des émissaires, qui obtiennent des traités similaires avec les autres chefs de terre du territoire. Les premiers missionnaires s'installent dans la région en 1883, à Linzolo (environ 30 kilomètres au sud de Brazzaville) et Loango (au nord de l'actuelle Pointe-Noire). Un vicariat apostolique du Congo français est créé en 1886, avec à sa tête . En 1903, le Congo Français devient territoire du Moyen-Congo.

Le au , Henri-Félix de Lamothe est Commissaire général du Congo français en remplacement de Savorgnan de Brazza. Il va instaurer l'impôt de capitation dans le territoire qui était demandé par les sociétés concessionnaires. Le même jour, un décret sur la réorganisation du Congo français prévoit le rattachement de l'Oubangui aux territoires du Congo français, les deux lieutenants-gouverneurs généraux du Congo français et de l'Oubangui-Chari sont maintenus mais placés sous les ordres directs du commissaire général. Un second décret sur le service de la justice au Congo français qui entraîne la rupture du lien entre la justice du Congo français avec celle du Sénégal. Création d'une cour d'appel au Congo. Ces textes réorganisaient d'une manière formelle la colonie sans s'attaquer aux problèmes posés par l'exploitation de ces nouvelles colonies.

Depuis la première mission d'Émile Gentil a remonté le fleuve Congo, puis l'Oubangui et enfin le ChariCarte de l'itinéraire de la mission Gentil entre l’Oubangui et le Tchad 1895-1898 Carto-mondo.fr, arrive, en , sur le territoire du sultan (Mbang) du Baguirmi, Mohamed Abd er Rhaman Gaourang II, avec lequel il signe un traité d'alliance qui confie à la France le protectorat sur le Baguirmi pour le protéger de Rabah, venu du Bahr-el-GhazalPierre Prins, Une histoire inconnue de l’Afrique centrale, tomes 1 & 2, cths (collection Format ), Paris, 2014 ; et .

En 1898, Henri de Lamothe est rappelé à Paris par le gouvernement qui souhaite avoir son avis sur un régime de concession prévoyant de grandes concessions territoriales destinées à mettre en valeur nos possessions congolaises sur le modèle, apparemment prometteur, de ce qui se faisait dans l'État indépendant du Congo. Il fit alors de nombreuses réserves sur les résultats probables de ce système. Dès 1899, Eugène Étienne, un des principaux chefs du parti colonial, alors sous-secrétaire d’État aux colonies, le met en place. Le territoire est distribué en concessions trentenaires à des compagnies contre acquittement d'un impôt correspondant à 15 % des bénéfices auprès l’administration française. Elles exploitent les ressources naturelles, principalement le caoutchouc mais aussi le sucre, les bois précieux et l’ivoire. Les domaines de ces sociétés sont immenses, variant de à d’hectares. Ce système a perduré au-delà de 1930 et a eu des incidences négatives. Ce système faisait du concessionnaire le maître des terres qui lui étaient allouées. Ce système est surtout marqué par l'inexistence d'une Administration locale malgré son conseil d'administration. La concession de grandes étendues du territoire à des sociétés concessionnaires va poser un problème pour le recouvrement des impôts directs en nature. En effet les compagnies considéraient que tout ce qui était produit était leur propriété. Le ministère des Colonies donna l'ordre de recouvrer l'impôt en espèces en encourageant les compagnies à acheter des produits africains avec des devises. Les compagnies offrirent de se charger du recouvrement de l'impôt. Assez rapidement ce système engendra des abus scandaleux qui vont amener en 1905 la mission d'enquête de Brazza alors que Gentil est commissaire général.

De retour au Congo, Henri de Lamothe soutient énergiquement la mission Gentil, au moment précis où le désastre de la colonne Vouet-Chanoine, le massacre du détachement Bretonnet et les hésitations de l'Administration centrale exigent une prompte et vigoureuse initiative. Il signe l'arrêté mettant en application le décret signé le créant un nouvel ordre judiciaire au Congo indépendant de la cour d'appel du Sénégal sur le modèle de ce qui existait déjà en Côte d'Ivoire ou au Dahomey. Il rentre en France à sa demande le . Émile Gentil est commissaire général du Congo entre 1902 et 1910. Innocenté à la suite de l'enquête Brazza sur les exactions faites par des Français, en 1905, il organise les quatre circonscriptions du Gabon, du Moyen-Congo, de l’Oubangui-Chari et du Tchad, qui ont constitué l'Afrique-Équatoriale française (AEF).

Le territoire du Moyen-Congo

thumb|L'Afrique-Équatoriale française.

En 1910, le Moyen-Congo fait partie de l'ensemble de colonies du gouvernement général de l'Afrique-Équatoriale française (AEF), avec l'Oubangui-Chari, actuel Centrafrique et Tchad ; son chef-lieu est Brazzaville. À partir de ces années, le territoire du Moyen-Congo est livré aux compagnies concessionnaires, exploitant notamment le caoutchouc, le bois et d'autres produits tropicaux. Le travail forcé et les mauvais traitements infligés aux habitants de la région suscitent à plusieurs reprises d'importantes polémiques en métropole. Une commission d'enquête est mise en place, mais elle ne publie jamais ses conclusions. Les compagnies concessionnaires qui sont à l'origine de cette exploitation sont, pour les plus importantes : la SCKN. Société concessionnaire du Kouilou-Niari, la C.C.S.O. Compagnie Concessionnaire de la Sangha-Oubangui, la CFAO. Comptoirs Français de l'Afrique Occidentale, la SHO-Congo Société de Haut-Ogoué et du Congo...

Construction du chemin de fer Congo-Océan En 1910, Pointe-Noire devient capitale du Moyen-Congo, tandis que Brazzaville est capitale de l'Afrique équatoriale française. En 1911 une première mission hydrographique à partir du Gabon, dirigée par le lieutenant de vaisseau Audoin, est lancée, pour le tracé d'un chemin de fer en Afrique centrale, de Brazzaville, et qui arriverait à Libreville. gauche|vignette|Photographie de travailleurs forcés malnutris sur le chantier du chemin de fer Congo-Océan (1924-1925). vignette|Passage du premier train sur un pont entre Pointe-Noire et Hinda, . Ce chemin de fer doit permettre l'évacuation des matières premières des territoires de l'AEF sans trop de difficultés. Une autre possibilité de tracé est évoquée par le détracteur de l'arrivée à Libreville, deux arguments à leur avantage, tracé long, et manque d'eaux profondes à Libreville. Le tracé au sud offre la possibilité de deux baies en eaux profondes et d'être le plus court possible. Il ne reste qu'à choisir entre Punta Negra - aujourd'hui Pointe-Noire et pointe indienne. Le , est signé le décret autorisant la construction du chemin de fer et de ses deux ports Brazzaville sur le fleuve et Punta Negra sur la mer. Le site de Punta Negra est choisi pour le port en mer. En 1921, est donné le premier coup de pioche des travaux de la construction du chemin de fer et de ses ports par le gouverneur général Victor Augagneur. Les travaux s'achèvent en 1934.

Avec au moins , sur un total de , la majorité d'entre eux recrutés de force, ce chantier est l'un des plus meurtriers de l'histoire coloniale française. Pour l’historien congolais Elikia M’Bokolo : « Les deux voies ferrées reliant le Congo à l’océan Atlantique, le chemin de fer belge d’abord et le Congo-Océan, ont été de véritables cimetières pour la main-d’œuvre africaine. »

Le bureau régional pour l'Afrique de l'Organisation mondiale de la santé s'installe à Brazzaville en 1952.

Vers l'indépendance

vignette|Timbre émis en 1959 promouvant une « République du Congo » autonome mais pas indépendante. Les premières élections municipales ont lieu en 1956 ; l'abbé Fulbert Youlou est élu maire de Brazzaville, et Stéphane Tchitchelle maire de Pointe-Noire. L'idée de l'indépendance fait son chemin, notamment grâce à l'influence du matsouanisme sur les milieux politiques laris du Pool (l'abbé Youlou revendique l'héritage d'André Matsoua), même si, comme dans le reste de l'Afrique équatoriale française, elle est moins avancée qu'en Afrique occidentale« Le Moyen-Congo était fort en retard par rapport aux autres colonies françaises d'Afrique, notamment celles de l'AOF : les partis politiques, les syndicats, la presse en étaient encore à leurs balbutiements. Une prise de conscience tardive et, sans aucun doute, l'attitude plus conservatrice des Blancs d'Afrique centrale expliquent en partie la situation. » (Sophie Le Callennec et Elikia M'Bokolo, « L'évolution comparée des deux Congo, belge et français - 1956-1965 », dans Charles-Robert Ageron et Marc Michel (dir.), L'ère des décolonisations, Actes du colloque d'Aix-en-Provence, Paris, Karthala, 1995, p. 214..