Le Psautier de Genève est une traduction complète des 150 psaumes de David faite en rime française, accompagnée de mélodies destinées à être chantées pendant le culte protestant. Ce corpus des 150 psaumes, accompagné de quelques cantiques, est élaboré par étapes successives entre 1539 et 1562 à Strasbourg puis à Genève sous l'impulsion et la supervision de Jean Calvin. Il constitue, dès les années 1540, le recueil liturgique officiel de l'Église réformée de Genève. Les mélodies, toutes anonymes, sont attribuées à divers chantres, notamment Guillaume Franc, Loys Bourgeois et Pierre Davantès.
À partir de 1562, le corpus est diffusé très largement dans les communautés francophones et connaît un nombre considérable d'éditions, subissant des adaptations successives aux et siècles.
Psautier de Genève et Psautier huguenot Le terme de Psautier de Genève est souvent mis en concurrence avec celui de Psautier huguenot et il convient de distinguer un peu ces deux appellations.
Par Psautier de Genève il faut entendre le corpus poétique et musical qui constitue le recueil officiel de l'Église de Genève (dont la première édition complète paraît en 1562, et dont la genèse est exposée plus bas). Ce recueil est originellement destiné aux Calvinistes de langue française vivant aussi bien à Genève, qu'en France ou aux Pays-Bas [ceux que l'on appelle en général "les Réformés"] par opposition aux Luthériens par exemple, qui chantent parfois aussi des psaumes en français mais dans des versions différentes.
Par Psautier huguenot il faut entendre l'ensemble des traductions et adaptations qui gravitent autour du Psautier de Genève, y compris le Psautier de Genève lui-même. En effet, il a existé des corpus concurrents et non reconnus par l'église de Genève (comme le Psautier de Lyon, le Psautier de Lausanne), dont aucun n'a existé plus que quelques années, de même que de nombreuses adaptations ou traductions rimées, totales ou partielles, fidèles ou non, qui furent faites parfois sur le modèle du Psautier de Genève (en allemand, en italien, en béarnais, en néerlandais, en romanche, en castillan, etc.). Le Psautier huguenot recouvre donc une mouvance plus large, mais toujours connotée de protestantisme, sinon d'évangélismeLe qualificatif de Huguenot a été appliqué aux Protestants français dès les années 1555-1560. L'invention du terme de Psautier Huguenot est certainement due à Orentin Douen, qui se plaçait dans la deuxième moitié du dans le contexte de la lutte entre Protestants français "orthodoxes" et Protestants français "libéraux". Il a été très virulent dans cette querelle, qui touche à l'idée même que l'on se faisait alors de la pensée de Calvin et, partant, de l'obédience que l'on devait au recueil officiel de Genève. Au-delà des termes de Psautier de Genève ou de Psautier huguenot, celui de Psautier des églises réformées est moins connoté et plus rassembleur..
La genèse du corpus : les éditions antérieures à 1562
Le programme de Calvin Jean Calvin souhaitait que l'ensemble de l'assistance puisse participer au chant divin pendant le culte religieux. Dans son traité de théologie Institution de la religion chrétienne (1536), il insiste sur l'importance du chant des Psaumes. Il souhaite créer un livre de chants accessible au peuple.
Après avoir été forcé de quitter Genève en 1538, Calvin s'installe à Strasbourg. Il rejoint la communauté huguenote, où il assure également de nombreux cultes. C'est à Strasbourg qu'il s'est familiarisé avec la versification allemande des Psaumes écrits par Martin Luther et d'autres. Calvin adapte ces chants pour la communauté française et il fait appel au poète Clément Marot qui avait déjà mis en vers la plupart des Psaumes en français au début du .
Aulcuns pseaulmes et cantiques (Strasbourg, 1539)
En 1539 paraît à Strasbourg le recueil considéré comme la première pierre du Psautier de Genève : les Aulcuns Pseaulmes et cantiques mys en chantDescription dans Pidoux 1962 n° 39/I. Fac-similés : 1919, 1932, 1955.. L'édition est attribuée à Johann Knobloch, elle est faite à l'initiative de Calvin et contient treize psaumes traduits par Marot, six psaumes traduits par Calvin, celui-ci traduisant aussi le Cantique de Siméon, les Commandements de Dieu et le Credo. Toutes les pièces sont dotées d'une mélodie, pour certaines reprises des chants habituels de l'Église allemande de Strasbourg à l'époque. Une partie de ces mélodies est attribuée à Wolfgang Dachstein ou à Mathias Greiter. Certaines ont perduré (avec quelques adaptations) dans les éditions suivantes : celles des Ps. 1, 2, 15, 32, 33, 36, 51, 67, 68, 69, 103, 114, 115, 130, 137 et 143.
La Forme des Prieres et chantz ecclesiastiques (Genève, 1542) Revenu à Genève en , Calvin publie un nouveau psautier en 1542, c'est La Forme des Prieres et chantz ecclesiastiques, édition anonyme attribuée à l'imprimeur Jehan GirardDescription dans Pidoux 1962 n° 42/I, GLN n° 41. Fac-similé 1959.. L'édition contient 30 psaumes traduits par Marot ainsi que sa traduction de l' Oraison dominicale et du Credo. De Calvin ne subsistent que 5 psaumes, le Cantique de Siméon et les Commandements. Comme en 1539 toutes les pièces sont dotées de mélodies, les 13 nouvelles mélodies qui apparaissent sont attribuées à Guillaume Franc. En effet, entre le retour de Calvin à Genève et la parution du recueil, Franc est le seul chantre cité dans les registres du Conseil de Genève. De plus, une mention du semble lier la composition des mélodies avec l’apprentissage des enfants (ce qui n’est pas illogique dans la mesure où il leur revenait de les apprendre avant tout le monde) :
Psaulmes de David. – Ordonné pour aultant que l’on paracheve les psalmes de David et qu’il est fort nécessaire de composer ung champ gracieulx sur icyeulx, que maystre Guillaume, le chantre, est bien propre pour recorder les enfans [...]Pidoux 1962 vol. I p. 19..
La Forme des prières de 1542 est précédée d'une préface de Calvin : Comme c'est une chose bien requise en la Chrestienté..., où il développe la nécessité de la prière en langue vulgaire et du chant ; elle est suivie d'un formulaire pour le baptême, la célébration de la Cène, le mariage et la visitation des malades, constituant ainsi le premier rituel protestant de Genève.
Cinquante psaumes avec mélodies (Genève, 1543) Lorsque Clément Marot se réfugie à Genève en 1543, il est prié par Calvin de continuer la traduction des psaumes en vers. Mort à Turin en 1544, Marot ne pourra parachever son travail. Au total, il arrivera à en traduire 49, ainsi que le Cantique de Siméon, les Commandements, le Credo, la Salutation angélique, les Prière avant et avant le repas.
De ces psaumes il paraît une édition sans mélodie en 1543Pidoux 1962 n° 43/II. et la même année une édition avec mélodie, hélas perduePidoux 1962 n° 43/I.. En toute vraisemblance, comme pour la Forme des prières de 1542, les mélodies sont dues au chantre Guillaume Franc et seize d'entre elles se perpétueront sans changement notable dans l'édition complète de 1562. Quant à la préface de Calvin, elle double de longueur et prend sa forme définitive. L'édition genevoise de 1543 a servi de modèles aux éditions données à Lyon par Godefroy et Marcelin Beringen en 1548 et 1549Pidoux 1962 n° 48/II et 49/I, Guillo 1991 n° 24 et 25..
De ces "cinquante psaumes" de Marot (en fait 49 et le Cantique de Siméon), il paraît de nombreuses éditions sans musique à partir de 1543, notamment à Lyon et à Paris, avec parfois quelques psaumes supplémentaires venant d'autres traducteurs. Ne portant de mélodies, elles ne ressortent pas au corpus du Psautier de Genève.
Octante trois psaumes (Genève, 1551)
Marot parti vers Chambéry fin 1543, Guillaume Franc partant à Lausanne vers , la continuation du projet de Calvin doit dès lors faire appel à de nouveaux contributeurs. C'est à Théodore de Bèze que Calvin confie la suite du travail de la traduction - il semble même que Bèze ait commencé de sa propre initiative. Arrivé à Genève de Paris en 1548, fixé ensuite à Lausanne en 1549 comme professeur de grec à l'Académie, il traduira en plusieurs étapes les cent psaumes restants.
En 1551 paraît la première édition des Octante-trois psaumes, avec des mélodies qu'on sait avoir été composées par le chantre Loys Bourgeois, venu de Paris en 1545. Cette première édition, imprimée par l'imprimeur humaniste Jean Crespin, n'a été retrouvée qu'en 1969Johns 1969, Pidoux 1962 n° 51/II. Fac-similé New Brunswick (N.J.) : Rutgers University, 1973, numérisé sur Gallica. . Outre cette édition, on connaît quatre ou cinq éditions de même contenu, parues à Genève entre 1553 et 1555Liste dans Guillo 1988 p. 30-31.. Certaines d'entre elles sont annexées à une Bible. Exemple d'une édition des Octante trois pseaumes : celle de Jean Crespin en 1554 (sur Gallica).
Octante neuf psaumes (Genève, 1556) En 1554, l'édition des Octante trois pseaumes parue chez Jean CrespinPidoux 1962 n° 54/I, GLN 244. propose déjà à la fin 6 nouveaux psaumes, dont deux sans mélodie et quatre à chanter sur des mélodies antérieures. Ce n'est qu'en 1556 que ceux-ci sont réintégrés parmi les 83 psaumes pour constituer un corpus de 89 psaumes. Ceux-ci paraissent dans plusieurs éditions, en plusieurs formats et avec des préfaces et des pièces annexes différentes, sans qu'on puisse déterminer quelle est la premièreVoir Pidoux 1962 n° 56/II, Guillo 1988 p. 31-32..
Ces 83 psaumes sont parfois augmentés jusqu'à 90 avec l'adjonction, dès 1556 dans certaines éditions, du Ps. 67, à chanter sur le chant du Ps. 33. Entre 1556 et 1561, il paraît 25 éditions de ce corpusGuillo 1988 p. 31-34., certaines d'entre elles sont annexées à des éditions de la Bible ou du Nouveau Testament.
C'est aussi à l'étape des Octante neuf psaumes que paraissent à Genève quelques éditions variantes : dès 1556 avec en sus la traduction en prose de Loïs Budé (parue indépendamment en 1551). dès 1556 avec la solmisation, par Pierre Vallette, dès 1559 avec les mélodies réduites à une seule clef (à l'initiative du chantre Pierre Vallette) dès 1560 avec une mélodie chiffrée qui aide à chanter "tout au long", introduite par Pierre Davantès dès 1561 avec les oraisons de d'Augustin Marlorat, de courtes prières placées à la suite du psaume. Elles disparaissent après 1564, le Conseil de Genève y étant opposé.
Les 25 éditions des Octante trois pseaumes paraissent surtout à Genève mais aussi à Lyon, à Paris, à Caen et à Rouen, préfigurant la diffusion très large qu'allaient avoir les éditions de 1562. C'est le signe patent que les psaumes de Marot et Bèze, avec leurs mélodies officielles de l'Église de Genève, se diffusaient déjà largement dans les communautés réformées dans les contrées francophones.
Exemple d'une édition des Octante neuf pseaumes : celle de Pierre Davantès (Genève, 1560), sur Gallica.
Cent cinquante psaumes (Genève, 1562)
Contenu du recueil Enfin, Théodore de Bèze traduit les 67 psaumes qui manquaient encore. En 1561, il abandonne les droits d'auteur de ses dernières traductions au dispensaire des pauvres de Genève, qui pourra ainsi en toucher des revenus. Il achève ainsi la traduction des 150 psaumes de David, auquel sont en général adjoints : l'épître de Calvin Comme c'est une chose bien requise en la Chrestienté... signée de Genève, ; l'épître en vers de Bèze Petit troupeau, qui en ta petitesse... ; Les Commandemens de Dieu traduits par Marot : Lève le cœur, ouvre l'oreille... ; Le Cantique de Siméon traduit par Marot : Or laisse Createur, en paix ton serviteur ; (mais les pièces annexes peuvent varier d'une édition à l'autre).