L’histoire de l'île d'Eubée, la plus grande des îles de la mer Égée en Grèce s'étale de la préhistoire à nos jours. Célèbre pour ses cités antiques Chalcis et Érétrie, l'île fut aussi une base vénitienne importante face à l'Empire ottoman.
Préhistoire L'Eubée est habitée dès l'époque néolithique comme le montrent les traces de villages au centre et à l'ouest de l'île remontant au . Une activité commerciale avec les Cyclades est attestée alors. La période de l'âge du bronze ancien en Eubée, est représentée par la découverte d'un site urbain très important à Manika (près de Chalcis). La découverte d'un cimetière, de squelettes, et de vestiges, ont permis d'affirmer que l'alimentation des hommes de cette époque, était équilibrée, avec une consommation régulière de légumes et de viande. Cette découverte vient rejoindre quelques rares spécimens déjà trouvés sur sol eubéen à Magoula près d'Érétrie et à Styra, ce qui confirme, avec d'autres trouvailles, des liens étroits qu'entretenaient l'Eubée et Erétrie avec les Cyclades au Cycladique Ancien II (environ 2500 )La civilisation cycladique n'apparaît qu'à la fin du quatrième millénaire. Les archéologues divisent cette période préclassique en trois phases : • le Cycladique Ancien I (3200-2880 ) • le Cycladique Ancien II (2800-2300 ) • le Cycladique Ancien III (2300-2000 ) .
Protohistoire Période mycénienne Au la présence mycénienne est attestée sur l'île.
Antiquité Période archaïque L'île est citée dans l'Iliade par Homère ; les habitants, nommés collectivement Abantes, envoient sous la conduite du roi Eléphénor de Chalcis une flotte de 40 vaisseaux à la guerre de Troie. Nauplios, roi d'Eubée, blessé par la mort injuste de son fils Palamède (condamné), jure de se venger des Grecs revenant du siège et fait allumer des feux sur la côte du promontoire de Capharée. Les Grecs, pensant que ces feux indiquent leur chemin, foncent sur les rochers et perdent une grande quantité de vaisseaux et de marins.
La période archaïque est considérée comme celle de l'apogée de l'Eubée et de ses cités Chalcis et Érétrie. Puissantes, elles participèrent à la vague de colonisation grecque. Le peuplement de l'île appartient à la branche ionienne ; quatre cités se partagent le territoire insulaire : au nord Histiée/Oréos, au centre Chalcis et Érétrie, au sud Carystos.
Les périodes post-palatiale et submycénienne (vers 1200-1050 ) ont laissé peu de vestiges. Les premières sépultures de la nécropole de Toumba, sur le site de Lefkandi, datent de cette époque. La période protogéométrique (vers 1050-900 ) est marquée par l'apparition de la métallurgie du fer. La seconde moitié de la période correspond à une période de prospérité pour l'île : les cités eubéennes (notamment Chalcis et Érétrie, les deux plus importantes) pratiquent le commerce maritime avec divers peuples de l'Orient tels les Phéniciens, comme l'attestent des bijoux en or du hérôon de Lefkandi provenant de Phénicie. Les Eubéens deviennent également les premiers Grecs à commercer avec les Tyrrhéniens. La période géométrique (vers 900-700 ), est marquée par une migration eubéenne en Italie et en Chalcidique. La période Géométrique Moyen II (vers 775-770 ), est marquée par une migration eubéenne, vers Pithécusses (actuelle Ischia), île italienne située en mer Tyrrhénienne, au nord du golfe de Naples, dans le groupe des îles Phlégréennes.. Vers 740 : fondation de Cumes, en Campanie, par des colons de Chalcis, qui devient la première véritable colonie grecque d'Italie. Vers 700 : Chalcis défait sa rivale Érétrie lors de la guerre lélantine, et .
Période classique Vers 506 : à la suite de la défaite de la coalition, Béotiens et Chalcidiens, Athènes va implanter plusieurs milliers de colons en Chalcidique, et colonise l’Eubée affaiblie par la guerre interne entre Chalcis et Érétrie.
Vers 490 : début des guerres médiques entre Grecs et Perses qui se terminent vers 449 Datis, chef de la flotte perse s’empare de Carystos et pille la ville. Érétrie, menacée à son tour, demande l’aide d’Athènes qui envoie colons athéniens de Chalcis. Les Erétriens, divisés, capitulent après six jours de siège. La ville est pillée, et sa population déportée en captivité.
Vers 480 : deuxième guerre médique entre les Grecs et les Perses. Bataille navale du cap Artémision, situé au nord de l’ile d’Eubée, la flotte grecque commandée par Eurybiade de Sparte tient tête 3 jours à la flotte perse, et se replie à Salamine à l’annonce de la mort de Léonidas.
Plusieurs révoltes des cités eubéennes contre Athènes sont réprimées au cours du . Finalement, profitant des déboires d'Athènes à la fin de la guerre du Péloponnèse, les cités retrouvent leur indépendance en -411 après une révolte menée par la ville d'Érétrie.
Au ont lieu des tentatives de constituer un État fédéral sur l'île, qui se rapproche des Thébains alors en situation dominante. La situation politique est ensuite marquée par une instabilité, avec des périodes de tyrannie, et des dissensions internes entre les partisans d'Athènes et de la démocratie d'une part, et les partisans de la Macédoine en pleine ascension. À Érétrie, le tyran Plutarque est chassé par une intervention athénienne dirigée par Phocion. La démocratie n'est durablement rétablie qu'en -341 lorsqu'une nouvelle intervention athénienne chasse le tyran Clitarque.
Tyrans de Chalcis Vers 402 : Antiléon Aristote parle de ce tyran Vers 400 : Phoxus (ou Phobius selon Plutarque). Aristote dit que Phoxus fut tué par le peuple Vers 387 : Ménésarque père de deux fils, Callias et Taurosthene. Ayant insulté les Athéniens, il demande secours pour le défendre contre les Thébains, et est secouru par ceux-ci. Vers 340 : Callias, succède à son père. Il prend parti contre les Athéniens ses protecteurs. Vaincu par Phocion, il demande modestement la paixPhilippe II de Macédoine et les Thébains envisagent d'envahir ses États, Callius se rend à Athènes et prononce un dramatique discours, écrit par Démosthène. Cette oraison émeut les Athéniens, et charitablement, ceux-ci lui fournissent des troupes. Il conserve la puissance souveraine de l'Eubée jusqu'à sa mort. On ne sait si son frère lui succède ou mourut avant lui.
Périodes hellénistique et romaine Entre les guerres lamiaque et chrémonidéenne, la vie politique d'Érétrie est marquée par la figure du philosophe Ménédème. Chalcis est l'une des bases stratégiques des Macédoniens et joue un rôle lors des guerres des Diadoques.
Empire byzantin Avec le partage de l’Empire romain et l’essor de Byzance, le monde gréco-romain subit d’importants changements économiques, sociaux, culturels et religieux dès la fin du de l’ère chrétienne. Alors que le nord de la Grèce connaît de nombreuses vagues d’invasions de peuplades slaves et germaniques, il semble que l’Eubée soit épargnée. Par sa position stratégique entre la mer Égée et la Grèce continentale, l’île forme un véritable carrefour. La fertilité de ses plaines, notamment celle du Lélante, ses ressources en bois au nord, importantes pour les constructions navales, ainsi que l’abondance de coquillages, indispensables aux teintureries de Chalcis et de Thèbes, lui confèrent un rôle économique important.
Sur le plan ecclésiastique, l’Eubée compte cinq diocèses: Euripos (Chalcis), Oréos, Carystos, Porthmos, port de l’actuel Aliveri, et Aulon (aujourd’hui Avlonari). De nombreux monastères et églises édifiés entre le témoignent de la richesse de la culture byzantine, tels Aghios Georgios Arma ou Aghios Nikolaos au-dessus d’Amarynthos.
Si d’anciens centres de l’Eubée se sont déplacés ou ont disparu, comme Erétrie au , d’autres perdurent, comme Chalcis, où l’empereur Justinien (527–565 apr. J.-C.) rétablit les fortifications et le pont sur l’Euripe, dans le but de contrôler la voie maritime du golfe Euboïque. Après la réorganisation de l’empire byzantin, l’Eubée fait partie — en tout cas sous le règne de Justinien II (685–695) — de la province de l’Hellade, dont la capitale est Thèbes. Chalcis sert alors de port pour sa flotte. L'île avait dans les premiers siècles byzantins un gouverneur qui dépendait du préfet de la Ville à Constantinople. Elle intégra ensuite le cinquième thème d'Europe avec l'Attique.
En 880, une attaque des Sarrasins fut repoussée après un long siège grâce à l'utilisation du feu grégeois. Leurs attaques se renouvelèrent après leur conquête de la Crète. En 911, Romain Lécapène fut stratège de l'îleMalamut, p. 83..
L'île fit aussi l’objet d'attaques lors des conflits entre l’Empire byzantin avec le royaume normand de Sicile et la république de Venise. Pendant l’été 1147 la flotte du roi Roger II de Sicile s’empara de Corfou, doubla le Péloponnèse, occupa Nauplie et pilla les côtes d’Eubée avant de débarquer dans le golfe de Corinthe et de marcher sur Thèbes<ref>Louis Bréhier Vie et mort de Byzance, 270 </ref>. Au printemps 1157 une nouvelle attaque victorieuse des Normands sur Eubée oblige l’empereur Manuel à traiter avec le roi Guillaume de SicileLouis Bréhier op.cit 272 .. En 1171, encore Venise débarqua des troupes commandées par Vital II Michele à Eubée afin d’en pendre le contrôle, mais l'expédition rembarqua à cause d'une épidémie de pesteLouis Bréhier op.cit 275.
Période franque et vénitienne
Conquête En 1204, à la suite de la croisade, l'île est attribuée à Venise par les vainqueurs (en vertu de la Partitio imperii Romaniae)Jean Longnon L’Empire latin de Constantinople et la Principauté de Morée Payot Paris 1949, 62 . Cependant au printemps 1205, c'est Boniface de Montferrat, tout nouveau roi de Thessalonique, qui occupe l'île, appelée par les Latins Négrepont, déformation du grec Egripos (variante d'Euripos), un autre nom de Chalcis et de l'île.
L'île est donnée en fief à Jacques d'Avesnes, un chevalier flamand de l'entourage du roiJean Longnon op.cit 76 , mais ce dernier tombe rapidement devant les murs de Corinthe.
En août 1205, Boniface inféode de nouveau l'île, cette fois à trois chevaliers originaires de VéroneJean Longnon op.cit 91 , l'île étant divisée en trois tiers : septentrional, central et méridional.
Ces seigneurs sont appelés, ainsi que leurs successeurs, les « seigneurs d'un tiers de Négrepont » ou seigneurs terciers (italien: terzieri). La cité de Négrepont dite la città de' Lombardi (actuelle Chalcis), chef-lieu du tiers central, devient propriété commune et indivise des seigneurs.
Les premières décennies de domination des seigneurs lombards sont marquées par l'hésitation des tierciers entre l'hommage à Venise (à qui l'île avait été attribuée en 1204) et l'hommage à l'empereur latin de Constantinople héritier des droits de conquête de Boniface de Montferrat. Ainsi Ravano dalle Carceri qui est devenu seigneur de l'île entière en 1208, prête hommage à la fois au doge Pietro Ziani en mars 1209 et à l'empereur Henri de Hainaut en mai 1209 Jean LongnonOp.cit 120 . La présence latine est si forte que l'évêque orthodoxe de Chalcis est alors remplacé par un évêque catholique.
À la mort de Ravano, en 1216, six co-seigneurs sestiers (italien : Sestieri) se partagent le pouvoir, chaque tiers étant divisé en deux. Ils reviennent tous dans la suzeraineté exclusive de l'empereur, jusqu'à ce que Baudouin II cède la suzeraineté sur toutes les îles de la mer Égée à Guillaume II de Villehardouin, prince d'Achaïe, en 1248.
En 1255, le règlement de la complexe succession de Carintana dalle Carceri (tiercière du nord de 1220 à 1255), provoque un grave conflit entre le prince d'Achaïe, Guillaume II de Villehardouin, suzerain de Négrepont, et les deux tierciers restant, Guglielmo da Verona et Narzotto dalle Carceri. Le , ces derniers, prétendants malheureux à l'héritage de la défunte, répudient l'hommage qu'ils avaient prêté au prince Guillaume et prêtent hommage-lige au doge de Venise, provoquant l'intervention militaire du prince.
Passage sous domination vénitienne