Le Grand Liban (en / dawlat lubnān al-kabīr), en forme longue l'État du Grand Liban, était un État autonome qui faisait partie de la Syrie mandataire (alors administrée par la France sous un régime de mandat de la Société des Nations) entre 1920 et 1926 et qui prit le nom de République libanaise (en / al-jumhūriyya al-lubnāniyya) en 1926.
Les frontières géographiques du « Grand Liban » correspondent à celles du Liban actuel.
Historique Contexte historique Le vilayet de Beyrouth est détaché en 1888 du vilayet de Syrie. Il couvre toute la région côtière de Lattaquié à Akka sauf le moutassarifat du Mont-Liban qui constitue un territoire autonome, le vilayet disparaît en 1917-1918 devant l'avance des armées de l'Entente lors de la Première Guerre mondiale en Orient. En 1920, sous le mandat français, le moutassarifat du Mont-Liban est réuni aux sandjaks de Beyrouth et Tripoli pour former l'État du Grand Liban sous tutelle française. L'autonomie du Grand Liban réclamée par le gouverneur du mont-Liban Habib Pacha es-Saad (décret du ) via la délégation du mont Liban, est signée avec la protection de la France, le dans le but de protéger la communauté chrétienne maronite, dominante sur le territoire libanais à cette époque grâce notamment à la protection françaiseLe grand Liban et la prise de pouvoir des maronites en 1920..
Les désaccords avec la Syrie hachémite Le Congrès général syrien, réuni à Damas, rejette catégoriquement tout accord avec la France, cherche à renforcer la position du prince l'émir Fayçal, et proclame, le , l'indépendance du royaume arabe de Syrie incluant le Liban, la Palestine et la Mésopotamie (ancienne Assyrie). La déclaration stipule que les aspirations libanaises seraient préservées sous une administration séparée, détachée de toute influence étrangère.
Cette décision renforça la position de l'émir Fayçal en Syrie, mais irrita les Français et les Britanniques, ainsi que le patriarche maronite.
Georges Clemenceau a quitté le pouvoir après avoir signé l'accord avec l'émir Fayçal, le , au profit d'une droite résolument colonisatrice. Le général Gouraud, de son côté, conteste la légitimité de la représentation des différentes communautés au sein du Congrès syrien : les 200 000 musulmans sunnites disposent de 13 représentants, tandis que les 610 000 autres, composés de chrétiens (510 000) et de chiites (100 000), n’ont que 3 députés, dont deux maronites et un seul chiite. De plus, 326 000 habitants demeurent sans représentation. gauche|vignette|400x400px|Liban. Baabda. Vue de la tribune officielle lors de la visite du général Gouraud (à ses côtés Mgr Howayek, patriarche maronite). (vers janvier 1920) La déclaration syrienne d'indépendance provoqua des protestations à Beyrouth. Howayek envoya un télégramme à Millerand. La délégation libanaise protesta également à Paris, demandant une audience.
Des protestations se firent entendre venant de la Grande-Bretagne, opposée aux revendications sur la Palestine et la Mésopotamie, et de la France, qui rejetait toute modification de son mandat en Syrie et au Liban.
Le Conseil administratif du Mont-Liban, après la déclaration d'indépendance syrienne, réaffirma ses objectifs : proclamer l'indépendance du Grand Liban, s'opposer à l'émir Fayçal comme roi de Syrie, et solliciter la France pour un mandat.
Ces demandes furent reprises par un télégramme du contre-amiral américain Mark L. Bristol, qui résuma l'agenda du Conseil pour la prochaine réunion. Le Conseil plaida pour une constitution avant la conférence de paix. Le , Millerand rencontra la délégation et confirma son soutien à un Grand Liban indépendant, selon l’accord Clemenceau-Howayek de 1919. Le , lors d’une réunion à Baabda, le Conseil libanais proclama l’indépendance du Liban et déploya le nouveau drapeau libanais. Cette cérémonie, approuvée tacitement par les Français, marquait une évolution dans les relations franco-libanaises, puisque le drapeau resta hissé. L'année précédente, il avait été descendu après une proclamation similaire. Le Conseil continuait de se diviser sur la question du Grand Liban ou de la Syrie. Sa délégation à Paris restait active dans les discussions, jouant un rôle crucial dans la création du Grand Liban.
Le , conformément aux accords de San Remo qui octroyaient à la France un mandat de la SDN sur la Syrie, Gouraud signe un décret établissant une Banque de Syrie, et une monnaie, la « livre syrienne ». L’acceptation de cette monnaie est obligatoire dans la « zone bleue » (Zone Ouest).. L'arrêté est composé de neuf articles, dont le sixième prévoit une peine maximale de six mois d'emprisonnement et livres syriennes d'amende en cas de manœuvre ayant « pour but ou pour effet de déprécier ou tenter de déprécier la valeur » de cette monnaie.
Le , après une réunion secrète, sept membres du Conseil administratif du Mont-Liban décidèrent de se rendre à Damas avec une résolution en cinq points qui déclarait leur volonté d'un rapprochement avec la Syrie de l'émir Fayçal : L'indépendance totale du Liban. Sa neutralité politique, sans armée ni intervention militaire. La restitution des territoires détachés, via un accord avec la Syrie. L'étude des questions économiques par une commission mixte, ratifiée par les Parlements libanais et syrien. La coopération des deux parties pour faire garantir ces points par les Puissances.Sur douze membres, sept signèrent le document : Saadallah Howayek, Suleyman Kanaan, Fouad Abdel-Malik, Khalil Aql, Mahmud Jumblatt, Elias Shouwayri et Muhammad Muhsin. Ils tentèrent de se rendre à Damas puis à Paris pour le présenter. Ils furent arrêtés le par les autorités françaises près de Zahlé, sur la route de Beyrouth à Damas, et exilés à l'île d'Arouad, puis en Corse et enfin à Paris. Le , après leur arrestation, l'émir Fayçal envoya un télégramme à Allenby à propos des exigences françaises, portant notamment sur ces points : L'occupation militaire des gares de Rayak à Alep. L'acceptation du mandat français sans conditions. L'acceptation des billets de banque syriens émis par Gouraud. L'annulation de sa visite en Europe, sous peine de représailles.Gouraud était déterminé à imposer ses conditions. Le , il dissout le Conseil administratif du Mont-Liban, après plus de soixante ans de représentation confessionnelle. Dans une lettre à Howayek, Gouraud exprima ses « regrets profonds » pour l'arrestation des membres du Conseil, les accusant d'avoir monté un complot de trahison contre le mandat français. Howayek répondit le en exprimant son « regret » et réitérant sa volonté de collaborer avec la France pour l'indépendance du Grand Liban. En réponse, les nationalistes libanais Habib Pacha es-Saad et Ignatius Moubarak, président du Conseil et archevêque maronite de Beyrouth, dénoncèrent les membres du Conseil dissous pour leur rejet du mandat français et leur volonté d'approfondir les liens avec la Syrie. Toutefois, cette position ne faisait pas l'unanimité parmi la population libanaise.
Refusant de céder à l'ultimatum du haut-commissaire, le général Gouraud, les nationalistes dirigés par Youssef al-Azmeh sont finalement écrasés le par les troupes françaises dirigées par le général Mariano Goybet à la bataille de Khan Mayssaloun. Le roi Fayçal est contraint à l'exil.
Création et premières années (1920-1925)
La réémergence d'un Liban indépendant Lors de la Conférence de Versailles, devant Émile Éddé, membre de la délégation libanaise, le général Gouraud hésite un moment à inclure Damas dans les frontières du Grand Liban, bien que la ville apparaisse sur la carte. Après réflexion, il rejette cette option. Damas, en tant que capitale du Proche-Orient, ne pouvait coexister dans un même État avec Beyrouth, capitale provinciale et marquée par des sympathies envers l'émir Fayçal, donc hostiles à la présence française. Inclure Damas aurait risqué de déstabiliser l'équilibre du Grand Liban. Gouraud décide d'exclure Damas et d’établir une frontière entre les deux villes. Il envisage la « frontière naturelle » de l'Anti-Liban et de l'Hermon, comme une barrière exploitable sur le plan militaire pour marquer la séparation.
Le se passe : Gouraud ne fait pas de déclaration officielle, apparemment en raison de l'absence de réponse de Millerand. Le , il envoie un nouveau télégramme, insistant sur l'urgence de la proclamation, soulignant que les demandes se multiplient. Il annonce qu’il proclamera le Grand Liban le . L'objectif est de rattacher au Liban actuel (la Mutassarrifiyyat) les régions dont les populations ont clairement exprimé leur soutien à cette réunion. Cela concerne Beyrouth avec une large autonomie municipale, ainsi que Tripoli, Akkar, Marjayoun, Sidon et Tyr.
Entre le télégramme du et celui du , deux autres télégrammes, échangés le 20 et le entre Gouraud et Millerand, apportent des éclaircissements sur la situation. Dans le premier, Gouraud présente les inconvénients d'une division en huit ou neuf autonomies. Il avance trois arguments : un argument politique : cette division irait à l'encontre du désir d'unité des populations ; un argument d'équilibre : il est plus facile de maintenir l’équilibre entre trois ou quatre États relativement vastes plutôt que de multiples petites entités ; et un argument financier et logistique : le coût élevé de la gestion de ces autonomies ; leur administration nécessiterait environ 600 fonctionnaires, ce qui, selon lui, constitue une « impossibilité ».vignette|gauche|L'arrêté du .Dans le deuxième télégramme, Millerand évoque la possibilité d’une division administrative et exprime des doutes quant à la réussite de l'annexion de Beyrouth et Tripoli au Grand Liban. Il propose une « période d'essai » pour l’intégration de ces villes, ainsi que de l'État de Damas et du Djebel el-Druze, tout en donnant un feu vert à Gouraud. Il écrit : « Dans l’ensemble, je crois désirable de régler les choses de manière que, même si la liquidation de la tentative chérifienne nous amenait à créer d’abord des États étendus, nous conservions, en constituant de larges autonomies locales, la possibilité de composer plus tard la confédération d’éléments plus nombreux. »
Les réserves subsistent quant à l’ampleur du projet. Le soutien de Millerand permet à Gouraud d’aller de l’avant vers la proclamation du Grand Liban, tout en conservant une certaine flexibilité pour ajuster les contours de l’État à mesure que la situation évolue.
Le général Gouraud considère l’annonce du comme le feu vert attendu. Le , il envoie un télégramme à Millerand pour le remercier de sa confiance, et de sa réponse favorable à la proclamation du Grand Liban. Il l'informe que la proclamation « aura lieu très prochainement ».
Dans les jours suivants, Gouraud officialise le rattachement de la Bekaa au Liban lors d'une cérémonie le devant le grand hôtel Qadri à Zahlé.
Proclamation du Grand-Liban ( septembre 1920) L'État du Grand Liban est créé par l'arrêté du général Henri Gouraud, représentant l'autorité française mandataire sur la Syrie, le même jour que le territoire des Alaouites (arrêté ), avec une entrée en vigueur le lendemain (article 3). Le général proclame l'État du Grand Liban le du haut des marches de la résidence des Pins à Beyrouth, le même jour que sont créés les États d'Alep et de Damas (arrêté ). C'est sur le perron de la Résidence des Pins que le général Gouraud proclame, ce jour-même, la création du Grand-Liban en y annexant le mont Liban, la vallée de la Békaa et les villes côtières conformément aux souhaits émis par les Maronites: vignette|360x360px|En 1920 au Liban avec le Grand Mufti de Beyrout, Cheik , et le Patriarche maronite Elias Hoyek.