vignette|Schéma structural simplifié du système de faille est-africain, présentant les volcans d'activité récente (triangles rouges) et la dépression de l'Afar (triangle au centre). Cette dépression est la manifestation de la jonction triple de l'Afar qui voit trois plaques s'écarter les unes des autres : la plaque arabique et les deux parties de la plaque africaine (nubienne et somalienne) se séparant le long du grand rift.

Un point triple (ou parfois, par analogie avec le terme anglais, jonction triple) désigne, en tectonique des plaques, une région où trois plaques tectoniques se rejoignentsite Objectif-terre. Une jonction quadruple est théoriquement possible, mais ne peut exister que transitoirement.

Pour l'analyse théorique, au voisinage d'un point triple (ou jonction triple), la limite entre deux plaques tectoniques peut être de trois formes : une dorsale, une fosse ou une faille transformante. Sur les nombreuses combinaisons possibles, seules quelques-unes sont stables sans condition (c'est-à-dire que la configuration n'évoluera pas pendant des durées géologiques) ; et de nombreuses configurations imposent des conditions géométriques sur les frontières ou sur les déplacements des plaques. L'étude de ces stabilités et des contraintes qu'elles imposent sur les directions des frontières permet de mieux caractériser le mouvement relatif des plaques, ou de prédire l'évolution de points triples instables au fil des temps géologiques.

Géométriquement, l'effacement d'une frontière entre deux plaques supprimant deux points triples, il y a donc (approximativement) deux fois plus de points triples qu'il n'y a de plaques prises en compte dans le modèle. La croûte terrestre présentant une vingtaine de plaques significatives, on peut donc y recenser une quarantaine de points triples significatifs ; mais les micro-plaques en introduisent en réalité beaucoup plus.

Étude de la stabilité des points triples thumb|upright=2|Déplacement des points triples dans la subduction de la Plaque Farallon sous la plaque nord-américaine, dont le contact avec la plaque pacifique est la faille de San Andreas. L'alternance dans une dorsale océanique de failles de décrochement et de failles d'expansion y fait alterner deux types de points triples, visibles à notre époque :

Historique Le premier article scientifique sur le concept de point triple en tectonique des plaques a été publié en 1969 par William Jason Morgan, Dan Peter McKenzie et Tanya Atwater. Le terme a été initialement employé pour décrire l'intersection de trois dorsales, ou frontières de divergence.

Selon la théorie, lors de la rupture d'un continent, trois limites divergentes se forment, partant d'un point central (la triple jonction). Ces trois limites forment idéalement un angle de 120° à leur point de rencontre. Une de ces frontières de plaque divergentes finit par avorter (aulacogène) tandis que les deux autres continuent à se séparer pour former un océan. Ainsi, l'ouverture de l'océan Atlantique sud a débuté au sud des continents sud-américain et africain à partir d'un point triple situé dans l'actuel golfe de Guinée, d'où elle s'est poursuivie vers l'ouest. Le fossé de la Bénoué et le rift d'Afrique centrale, orientés vers le nord-est, constituent le bras avorté de cette jonction.

Par la suite, le terme « point triple » en est venu à désigner d'une manière générale tout point de rencontre entre trois plaques tectoniques.

Hypothèses simplificatrices Les propriétés des triples jonctions se décrivent plus facilement en se limitant à un point de vue purement cinématique, en supposant que les plaques sont rigides et se déplacent à la surface de la Terre. Aucune connaissance de l'intérieur de la Terre ou des détails géologiques de la croûte terrestre n'est alors nécessaire. Une autre simplification utile vient de ce que la cinématique des triples jonctions sur une Terre plate est essentiellement la même que celle de la surface d'une sphère.

En supposant que les plaques sont rigides et que la Terre est sphérique, on peut appliquer le théorème de Leonhard Euler sur le mouvement d'une surface rigide sur une sphère. Sur une sphère, les mouvements de la plaque sont décrits comme des rotations relatives autour des pôles d'Euler (voir tectonique des plaques). Le mouvement relatif en chaque point le long d'une limite de la plaque peut être calculé à partir de cette rotation. L’hypothèse de rigidité s’applique très bien dans le cas de la croûte océanique, et les convergences ou divergences de croûtes continentales cessent rapidement à l'échelle de temps géologique. Par ailleurs, le rayon de la terre à l’équateur et aux pôles ne varie que d’un facteur de 300 environ, si bien que la terre se rapproche très bien d’une sphère.

McKenzie et Morgan ont commencé l'analyse de la stabilité des jonctions triplesEvolution of Triple Junctions, McKenzie, D. P., and Morgan, W. J., Nature, 224, 125 (1969) à l'aide de ces hypothèses, en prenant comme hypothèse supplémentaire que les pôles d'Euler décrivant les mouvements des plaques étaient tels qu'ils se rapprochaient du mouvement rectiligne sur une surface plane. Cette simplification s'applique lorsque les pôles d'Euler sont distants de la triple jonction concernée, ce qui permet de réduire l’évaluation de la stabilité d'un point triple à la détermination des limites et des mouvements relatifs des plaques en interaction. Ainsi, l'analyse des jonctions triples peut généralement se faire en la modélisant sur une surface plane, par des mouvements définis par des vecteurs.

Cette simplification peut être appliquée à la plupart des triples jonctions actuelles, du moment que les hypothèses s'appliquent suffisamment bien à la situation réelle de la Terre. On peut décrire les triples jonctions et évaluer leur stabilité sans utiliser les détails géologiques, mais simplement en définissant les propriétés des dorsales, des fosses et des failles transformantes concernées, en faisant des hypothèses simplificatrices et en appliquant des calculs de vitesse simples. La zone autour d'une triple jonction est suffisamment petite (par rapport à la taille de la sphère) et (généralement) suffisamment éloignée du pôle de rotation pour que le mouvement relatif entre deux plaques puisse être supposé constant le long de leur bordure commune.

Sur le plus long terme, il n'est pas possible (sauf cas particulier) que les pôles eulériens d'un système de trois plaques restent fixes au cours du mouvement, si bien que les directions des vitesses aux points triples vont en réalité varier continuement à de très grandes échelles de temps géologiques. L'approximation est cependant suffisante pour caractériser le fonctionnement typique à moyen terme des différents points triples.

Représentation de l'espace des vitesses NB : Dans ce qui suit, il convient de bien distinguer entre l'espace géographique des trois plaques A, B, C et de leurs frontières (AB), (BC) et (CA) ayant un point commun P, et l'espace de représentation des vitesses avec le triangle et la vitesse de déplacement du point triple représentée par .

Pour cette représentation géométriqueVoir pour une présentation de cette représentation géométrique. on suppose que toutes les vitesses sont constantes, tant celles des plaques que celle du point triple.

Si trois plaques A, B et C sont en déplacement les unes par rapport aux autres, on peut représenter ces déplacements relatifs par un triangle tel que représente le déplacement de B vu d'un point de A, et de même pour et . Sur ce même graphique, qui forme l'espace de représentation des vitesses, on peut représenter de même le déplacement d'un point P se déplaçant par rapport à l'une ou l'autre plaque, en reportant sa vitesse de déplacement par rapport à la plaque A. De la composition des vitesses relatives, il vient immédiatement que représentera sa vitesse de déplacement par rapport à B, et de même pour C.

Supposons à présent que le déplacement des trois plaques est stable, et que le point P est le point triple de rencontre de ces trois plaques, défini dynamiquement comme le point de rencontre à un instant donné de la frontière commune (AB) de A et B, (BC) de B et C, et (CA) de C et A. Localement, ces trois frontières sont trois demi-droites issues du point P. Vu de la plaque A, le point P doit évidemment rester en permanence sur la frontière (AB), mais peut se déplacer le long de cette frontière, vers la droite ou la gauche au fil du temps, en fonction de l'évolution relative de la plaque C.

Ceci étant posé, la nature (R, T ou F) de chaque frontière va imposer une condition sur les positions possibles pour ce point .

Trois types de frontières thumb|Cycle de vie des plaques océaniques.

En tectonique des plaques, les plaques ont des mouvements relatifs variés, ce qui génère entre elles trois types de frontières : convergentes, divergentes ou transformantes. Les limites des plaques restant actives sur le long terme, à l'échelle de temps géologique, sont des dorsales océaniques divergentes (R), les zones de subduction convergentes (T), et les failles transformantes (F). Les définitions utilisées pour modéliser les limites de type R, T et F sont les suivantes : R (Rift) : structures produisant une lithosphère symétriquement et perpendiculairement à la vitesse relative des plaques de part et d'autre. Cela ne s'applique pas à toutes les divergences, par exemple dans le golfe d'Aden. Mais d'une manière générale, les failles structurelles d'extension finissent par créer une dorsale océanique lorsqu'elles restent active sur de longues durées géologiques. T (Trench, fosse océanique) : structures qui consomment la lithosphère d'un seul côté. Le vecteur de vitesse relative peut être oblique par rapport à la limite de la plaque. F (Fault) : failles actives parallèles au vecteur de glissement.

Cas d'une crête océanique (R) thumb|left|Crête océanique.

Dans le cas d'un rift océanique entre A et B, la configuration géologiquement stable est celle où le déplacement relatif est perpendiculaire à la frontière commune (AB) des deux plaques, et la vitesse de formation de la croûte océanique est la même de part et d'autre du rift.

Vu de la plaque A, la vitesse du point P peut s'analyser suivant deux composantes, l'une parallèle à la frontière (AB) et l'autre parallèle au déplacement . Vu de la plaque A, pour que le point P reste en permanence sur la frontière (AB), sa composante de vitesse parallèle à la frontière peut être quelconque, mais dans la direction perpendiculaire la vitesse d'éloignement doit être la moitié de .

Par conséquent, par rapport au triangle dans l'espace de représentation des vitesses, le point représentant la vitesse de déplacement du point triple devra se situer sur la médiatrice du segment .

Cas d'une faille transformante (F) thumb|left|Faille transformante.

Dans le cas d'une faille transformante entre A et B, la configuration géologiquement stable est celle où le déplacement relatif est parallèle à la frontière commune (AB) des deux plaques, faute de quoi la frontière se transformerait à long terme en rift ou en zone de subduction.

Pour que le point P reste en permanence sur la frontière (AB), sa composante de vitesse parallèle à la frontière et au vecteur peut être quelconque, mais dans l'autre direction, il doit nécessairement rester sur la frontière, et sa vitesse de déplacement est donc nécessairement nulle.

Par conséquent, par rapport au triangle dans l'espace des vitesses, le point devra dans ce cas se situer sur la droite passant par et . De plus, on peut noter que dans ce cas, la direction de la frontière (AB) est donc la même que celle de . Noter cependant que dans ce cas, la position relative des deux plaques de part et d'autre de la frontière n'est pas directement déterminée, conduisant potentiellement à deux solutions dans l'espace géologique suivant que la faille transformante est lévogyre ou dextrogyre.