thumb|Horloge de fleurs à Besançon.

L'histoire de l'horlogerie à Besançon commence significativement à partir de la fin du , lorsque des horlogers suisses installèrent dans la capitale comtoise les premiers ateliers. Puis petit à petit des Bisontins prennent part à cette fièvre horlogère, et firent définitivement de Besançon la Capitale française de l'horlogerie lors de l'Exposition internationale de 1860, qui s'est tenue place Labourey. La ville produit jusqu'à 90 % des montres françaises en 1880, et malgré une crise dans les années 1890 et 1900, le secteur horloger se relève et poursuit sa croissance. La cité garde un rôle prépondérant dans l'horlogerie jusqu'à la crise des années 1930 et se reprend avant la Seconde Guerre mondiale, mais le secteur a diminué sa part d'activité de manière non négligeable après la fin de ce conflit. Puis les années 1970 vont mettre fin à cette épopée mythique, les grandes entreprises étant en crise à la suite du choc pétrolier.

Cependant, l'horlogerie reste bien présente dans la ville. Pendant plusieurs générations, la vie des habitants fut rythmée par cette industrie, notamment en matière d'emplois qualifiés. Et bien qu'aujourd'hui le nombre d'ateliers soit faible et ne représente que et salariés dans toute la région, Besançon garde néanmoins des traces indélébiles de ce riche passé. L'usine des horlogeries Dodane, le musée du Temps, l'horloge monumentale de la gare Viotte ou encore l'École d’Horlogerie de Besançon, devenue une institution reconnue à l'échelon national, en témoignent, de même que des entreprises telles que Lip, Yema, Zenith ou encore Maty qui comptent parmi les noms emblématiques de l'horlogerie bisontine. Nombreux sont ceux qui connaissent également l'affaire Lip, qui a mis en lumière la crise des années 1970 de tout un domaine à travers la ville de Besançon. Enfin, de grands noms liés à l'horlogerie résonnent encore dans la cité : Laurent Mégevand, fondateur du secteur dans la ville.

Histoire

L'horlogerie à Besançon et sa région avant 1793 thumb|right|Cadran d'une horloge comtoise. L'horlogerie existe en région Franche-Comté depuis la fin du , notamment grâce à l'horloge comtoise. En effet, cette horloge à pendule fabriquée particulièrement à Morez et à Morbier dans le Haut Jura est considérée comme l'une des industries typiques de la région, avant que la fabrication industrielle ne s'arrête au début du .. Pendant plus de trois siècles, cette horloge, simple et robuste, rencontre un grand succès : à son apogée, la production atteint les par an dans les années 1850.

Les activités horlogères existaient à Besançon avant l'arrivée de Suisses et la Révolution française., mais était exclusivement le fait de petits ateliers, tel que Paliard, Lareche, Joffroy, Perrot ou encore Perron qui furent considérés comme des maîtres horlogers de leurs temps.. Le plus illustre d'entre eux est Perron, qui est notamment l'auteur de pièces réputées comme ces pendules Louis XIV, Louis XV et Louis XVI reconnues pour leur grande qualité. Ces ouvriers exécutaient eux-mêmes toutes les pièces d'horlogerie, avant que la production industrielle soit importée par les Suisses dans la ville...

La fondation de l'horlogerie industrielle

C'est en 1793 que le Genevois Laurent Mégevand (1754-1814) s'installe à Besançon avec , fondant ainsi le pôle industriel horloger de la ville.Bibliographie franc-comtoise 1980-1990, page 52... apparemment pour fuir le chômage. ou à cause de ses activités politiques.. Par la suite, ils feront venir dans la cité d'horlogers, soit entre 400 et Laurent Megevand sur le site officiel de la ville du Locle (consulté le ). originaires principalement du Locle et de la principauté de Neuchâtel, mais aussi de Genève, de Porrentruy, de Montbéliard, de la Savoie et même du Palatinat. Ces immigrés étaient largement encouragés par les pouvoirs publics français, notamment par un décret qui, en 1793, fonde la Manufacture Française d'Horlogerie à Besançon et leur offre des locaux spacieux ainsi que des subventions. Ces liens avec le milieu ouvrier suisse s’avéreront, socialement et politiquement, déterminants quant au projet de Commune de Besançon fomenté en 1871.

En 1795, on compte mille horlogers dans la ville, et à la fin de l'Empire environ habitent la capitale comtoise dont 500 travaillant exclusivement dans l'horlogerie et produisant environ par an, avant que cette communauté ne soit peu à peu remplacée par de la main d'œuvre locale. En 1801, un premier atelier d’apprentissage d’horlogerie est installé dans l’hôpital Saint-Jacques, mais le véritable engouement pour de l'enseignement horloger à Besançon date des années 1850.. La production horlogère progresse de en l'an III (1794-1795) à en l'an XI (1802-1803). Après la fin des faveurs accordées aux immigrés suisses, la plupart d'entre eux regagnèrent leur région natale ou verront leurs entreprises tomber en faillite, comme c'est le cas de Mégevand qui mourut dans la misère en 1814. Cependant, même si les initiateurs du mouvement horloger de la ville font grise mine, le pôle industriel est bien ancré : l'horlogerie franc-comtoise est née.

Un atelier familial apparaît dans les années 1800 : il s'agit de Lip, fondé par le bisontin Emmanuel Lipmann.. Un témoignage rapporte l'existence de ce petit atelier dès les années 1800 ; celui-ci deviendra l'un des plus grands fabricants français de montresLa mesure du temps, montres et horloges, par Éliane Maingot, publié dans Miroir de l’histoire, 1970, (fascicule). : En 1807, une montre à gousset est offerte à Napoléon Bonaparte par la communauté juive de Besançon. Cet événement marque un tournant dans l'histoire horlogère de la ville, mais aussi pour la communauté juive de Besançon.

Des premiers développements à la première crise thumb|right|Un ouvrier horloger posant les cadrans et les aiguilles d'une montre dans un atelier de la ville, au début du .

Pendant la première moitié du , la production de montres reste modeste : en 1804 on compte environ produites, et pendant la Restauration quelque , bien qu'un grand nombre s'avèrent être d'origine suisse ; la production réelle est comptée à partir de 1821, avec un total de . Après la Révolution de 1830, l'horlogerie connaît un essor dans la région mais reste stationnaire dans la capitale comtoise. Il faudra attendre la Troisième République pour que l'horlogerie y connaisse une forte progression : en 1847., en 1854, en 1860, en 1869, en 1872, en 1882, puis en 1883. Ainsi, selon la chambre de commerce, Besançon contribuait en 1880 pour 90 % de la production horlogère française et comptait environ spécialisés dans ce secteur, et pas moins de y travaillant à temps perdu. Lors de l'exposition internationale universelle qui s'est tenue place Labourey à Besançon en 1860, la ville est reconnue Capitale de la montre française. En 1862, la première école d'horlogerie ouvre dans la capitale comtoise sous la direction de M. Courvoisier, maître horloger suisse originaire de Fleurier. La ville abrite la première fabrique de montres françaises en 1874, avec une production atteignant les cette année-là, représentant une part de 12 % de la production mondiale totale de montresL'épopée de la mesure du temps, Le journal de Carrefour, décembre 1999, numéro 58..

Cependant une crise intervient à la fin des années 1880 : des milliers d'emplois disparaissent et de nombreux habitants quittent la ville faute de travail, les autres voyant leur salaire amputé ; la production redescend à en 1888. Les causes de ce déclin sont multiples et difficiles à préciser : la crise industrielle, la surproduction, la mésentente et le manque d'initiative des horlogers bisontins, l'attitude du gouvernement qui encourage les écoles d'horlogeries de Cluses et de Paris et délaisse celle de Besançon, mais aussi et surtout la concurrence suisse jugée déloyale par la profession. En effet, l'administration française considère la montre comme un bijou du fait de son boîtier qui est le plus souvent en or ou en argent, et le produit français est donc soumis une batterie de tests rigoureux et fortement taxés visant à contrôler la fiabilité de la pièce finie. Chaque fabricant français doit porter ses boîtes au bureau de garantie où un fonctionnaire les contrôle, et s'acquitter d'une taxe élevée et proportionnelle au produit. Cette vérification est faite grâce à un procédé chimique dit "à la coupelle", dont l'exactitude serait excellente. Les produits suisses ne sont quant à eux pas soumis à ces réglementations, et sont de ce fait bien moins chers que les montres françaises. De plus, l'administration française perçoit des droits d'essai et de contrôle sur des boîtes non travaillées, non polies et non gravées, alors qu'à la proche frontière suisse ces droits ne sont perçus que sur les produits finis, donc allégés par les gravures.

Une mécanisation difficile Cependant, la domination de l'horlogerie suisse ne tient pas seulement à des différences administratives : les Suisses sont bien plus entreprenants et organisés que les Bisontins, et ont bien compris que l'avenir de l'horlogerie passerait par des évolutions techniques.. Lors de l'Exposition de Philadelphie en 1877, les Suisses comprennent que les progrès réalisés par l'horlogerie américaine pourraient les mettre en difficulté, et ils commencent aussitôt à réformer leurs outils pour se mettre au goût du jour et rester compétitifs. Les horlogers français et franc-comtois, même s'ils sont inquiets de ces évolutions, continuent à se fier aux modes de fabrication d'antan, et diffèrent l'emploi de nouvelles méthodes auxquelles ils ne croient pas. Pour preuve, un compte-rendu de la chambre de commerce de 1880 : Le directeur de l'école d'horlogerie de Besançon, M. L. Lossier, plaide la cause de la non mécanisation, comme le prouve une note datant de 1890Jacques Borgé et Nicolas Viasnoff, Archives de la Franche-Comté, 1996, page 33. ..

thumb|left|L'observatoire de Besançon.

Un progrès va cependant être réalisé dans les années 1880 : la réalisation d'un observatoire astronomique, météorologique et chronométrique, achevée entre 1883 et 1884.. La construction d'un observatoire chronométrique devait aligner la région avec la Suisse, dans leur concurrence acharnée de fabrication de montres. En s'inspirant de ses voisins, les horlogers du département demandèrent la création d’un organisme certificateur indépendant, offrant une large gamme de services au nombre desquels le contrôle des montres et la production locale de l’heure exacte. Un observatoire chronométrique, inspiré de ceux de Genève et de Neuchâtel est alors orchestré par l'architecte Étienne-Bernard Saint-Ginest. L'heure donnée par l'observatoire était affichée à l'Hôtel de ville, afin que les horlogers de la région viennent la prendre le matin

Certes, la ville dispose depuis 1881 d'un atelier de montage de boîtes d'or, né de la fusion de maisons particulières et pourvue d'un outillage complet et moderne à l'instar de la Suisse et de l'Amérique, mais cette fabrique des boîtes ne concerne qu'une partie indépendante du mouvement horloger, et non les montres en elles-mêmes. Le montage des montres utilise encore trop le travail manuel par rapport aux concurrents, et l'usage de machines reste quasi inexistant dans la ville. La profession bisontine s'obstine alors à fabriquer des pièces métalliques dégrossies appelées ébauche, nécessitant une main d'œuvre nombreuse qui réalise par la suite des mouvements véritables, en une série d'une vingtaine d'opérations appelée finissage.