Guillaume de Corbeil (vers. 1070 – ), est une archevêque de Cantorbéry de la première moitié du .

Après avoir été clerc pour Ranulf Flambard, l'évêque de Durham, puis avoir étudié la théologie sous la direction d'Anselme de Laon, il devient chanoine. Rapidement, il aspire à une vie religieuse plus rigoureuse et devient prieur augustin de . Il est élu de manière inattendue archevêque de Cantorbéry en 1123. Il succède à Ralph d'Escures et devient le premier archevêque de Cantorbéry post-conquête normande à n'avoir jamais été moine..

Alors qu'il est archevêque, Guillaume se trouve impliqué dans une dispute avec Thurstan, l'archevêque d'York, quant à la primauté de Cantorbéry. Le pape décide, comme solution temporaire, de nommer Guillaume légat du pape en Angleterre, ce qui lui octroie des pouvoirs supérieurs à ceux d'York. Guillaume porte une grande attention à la morale du clergé, et préside trois conciles légatins qui, entre autres, condamnent la recherche du profit ou du sacerdoce et réprimandent fortement les membres du clergé qui s'écartent de la vie en célibat. Il est également connu comme un bâtisseur : il est notamment à l'origine de la construction du donjon du château de Rochester. Vers la fin de sa vie, Guillaume est instrumentalisé pour consacrer Étienne de Blois roi d'Angleterre, malgré le serment qu'il avait fait à d'Henri I, de couronner sa fille, Mathilde l'Emperesse. Bien que plusieurs chroniqueurs le considèrent comme un traître lors de la montée d'Étienne sur le trône, aucun ne doute de sa piété.

Biographie Début de carrière

Guillaume de Corbeil est probablement né à Corbeil, vers 1070Frank Barlow, « Corbeil, Guillaume de (d. 1136) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.. On ne sait rien de ses origines, mais on sait qu'il avait deux frères Ranulf et Helgot qui apparaissent comme témoins dans une charteBethell, « Guillaume of Corbeil », J. of Ecclesiastical History, 145-146..

Il est mentionné pour la première fois en 1104, alors qu'il est aux côtés de Ranulf Flambard, l'évêque de Durham, et ancien ministre du roi d'Angleterre Guillaume le Roux, lors de la translation du corps intact de saint Cuthbert vers une nouvelle tombe, dans la nouvelle cathédrale de Durham. Il est possible que l'évêque se soit attaché ses services lors de son exil forcé en Normandie en 1101, et qu'il l'ait ramené avec lui en Angleterre. Il est à son service en tant que clerc, et semble être le tuteur de ses enfants illégitimes, probablement entre 1107 à 1109. Flambard lui offre une place de chanoine séculier à la chapelle royale libre Saint-Martin de DouvresLibre car cette chapelle et ses chanoines sont sous l'autorité directe du roi., avec une prébende qui vaut £70 annuellement.

Entre 1107 et 1112, il vient à Laon et suit des cours de théologie donnés par Anselme de Laon.. Le chroniqueur contemporain Siméon de Durham écrit à cette époque que Guillaume est un ami très proche de l'archevêque Anselme de Cantorbéry. Il semble que c'est après sa visite à Laon qu'il quitte Durham. D'après la chronique de Laon, alors qu'il est alité et malade à Douvres, Guillaume de Corbeil fait un rêve dans lequel il est sauvé par la Vierge Marie et des archanges. C'est le déclencheur qui lui fait prendre conscience qu'il aspire à quitter le monde séculier.

Vers 1116, il est clerc pour Ralph d'Escures, archevêque de Cantorbéry, avec lequel il se rend à Rome en 1116-1117 quand Ralph entre en conflit avec Thurstan, l'archevêque d'York, quant à la primauté de CantorbéryBethell, « English Black Monks and Episcopal Elections in the 1120s », English Hist. Rev., 84 (1969), 673-694..

En 1118, Guillaume devient un chanoine régulier au prieuré de la Sainte-Trinité d'Aldgate, un établissement de chanoines plus que de moines.. En 1121, aspirant à une vie religieuse plus rigoureuse, il devient le premier prieur du nouveau prieuré augustin de (Essex).., nommé par , évêque de Londres, son fondateur.

Élection à l'archevêché

Après la mort de Ralph d'Escure en , le roi Henri I décide de convoquer un concile à Gloucester en et d'autoriser la tenue d'une élection libre, au cours de laquelle le nouvel archevêque serait choisi par les grandes personnalités, ecclésiastiques et laïques, du royaume..

Il se dégage deux grands partis durant cette élection. Tout d'abord, les moines du chapitre cathédral de Cantorbéry revendiquent leur droit à choisir qui sera le nouvel archevêque, et veulent élire un moine ; s'oppose à eux un parti puissant constitué par les évêques dépendants de la province ecclésiastique de Cantorbéry, Roger de Salisbury en tête. Ils sont fermement contre ces deux propositions, et veulent élire un clerc (un membre non-ecclésiastique du clergé). Ils revendiquent avoir leur mot à dire dans cette élection. Le débat dure deux jours, les barons du royaume soutenant la position des moines, et le roi celle des évêques.

Finalement, un compromis est trouvé et le roi décide que les moines doivent faire leur choix parmi quatre candidats sélectionnés par les évêques. Sans grande surprise, la liste ne comporte aucun moine.. Le , Guillaume de Corbeil est choisi, probablement parce que bien que non moine, au moins, il vit sous une règle (celle des Augustins). De plus, d'après Siméon de Durham, les moines le connaissent bien, car il était un ami de l'archevêque de Cantorbéry, et savent qu'il est bon et bien éduqué.

Guillaume est le premier chanoine augustin à devenir archevêque en Angleterre, une rupture dans la tradition qui consistait à élire des moines à la tête de l'archevêché de Cantorbéry.. Bien que la plupart des contemporains de Guillaume ne fissent pas réellement la différence entre un moine et un chanoine, son élection a longtemps gêné les moines du chapitre de Cantorbéry, qui furent « alarmés par cette nomination, car il était un clerc »Bartlett, England Under the Norman and Angevin Kings, 399..

Conflit pour la primauté

Guillaume, comme tous les autres archevêques de Cantorbéry depuis Lanfranc, soutient fermement l'idée selon laquelle Cantorbéry doit dominer l'ensemble des diocèses de Grande-Bretagne, y compris l'archevêché d'York. De son côté, Thurstan réclame son indépendance., et refuse de consacrer Guillaume car celui-ci lui demande de reconnaître au préalable la primauté de Cantorbéry sur York. La cérémonie est donc tenue par ses propres moines suffragants, et Guillaume est consacré évêque par son propre vicaire, , l'évêque de Londres, le .. Pour Frank Barlow, il est consacré par Guillaume Giffard, l'évêque de Winchester.

Dans ce conflit, les papes précédents se sont généralement arrangés pour mettre les deux archevêchés à égalité. Ainsi, les papes Pascal II, Gélase II et Calixte II ont pris des décisions, à la fin des années 1110 et au début des années 1120, allant dans le sens d'York. Calixte II a par ailleurs consacré Thurstan malgré les efforts du prédécesseur de Guillaume et du roi Henri d'Angleterre pour empêcher sa consécration, car celui-ci ne voulait pas faire obédience à CantorbéryBurton, « Thurstan (c.1070–1140) », Oxford Dictionary of National Biography, 2004..

Les deux archevêques se rendent à Rome à la mi- pour rencontrer le pape Calixte II. Guillaume y va pour recevoir son pallium, symbole de son autorité en tant qu'archevêque. Thurstan l'a devancé, et requiert l'annulation de son élection pour plusieurs irrégularités. Il fait quatre objections à l'élection de Guillaume. Tout d'abord, il a été élu au sein de la cour du roi ; ensuite cette élection s'est faite à l'encontre de la volonté du chapitre de Cantorbéry ; troisièmement, sa consécration n'a aucune valeur car elle n'a pas été réalisée par Thurstan ; et enfin c'est un moine qui devrait être élu au siège de Cantorbéry, qui a été fondée par Augustin de Cantorbéry, un moine.

Mais, le roi Henri I et son gendre l'empereur du Saint-Empire romain germanique Henri IV, persuadent le pape de ne pas tenir compte de ces irrégularités. Le pape, souhaitant rester en bons termes avec eux, surtout après la signature du récent concordat de Worms (1122), confirme l'élection. La délégation de Cantorbéry tente alors de forcer le pape à prendre une décision sur la question de la primauté. Elle produit un dossier contenant plusieurs décisions papales antérieures censées appuyer ses revendications. Mais elle est éconduite avec moquerie de la cour papale, tous ces documents étant jugés être des faux fabriqués en Angleterre. Le pape fait comme ses prédécesseurs et décide de ne pas trancher en faveur de l'un ou de l'autre camp.

En 1125, Honorius II dépêche le cardinal Jean de Crema en Angleterre pour régler définitivement ce problème de primauté. Crema ordonne aux deux parties d'accepter le compromis qu'il a rédigé. Ainsi, Cantorbéry doit céder à York les évêchés de Bangor, Chester et Saint-Asaph ; Thurstan doit accepter verbalement la soumission d'York à Cantorbéry ; et son successeur devra la faire par écrit. Cependant, quand tous se produisent à Rome devant le pape, celui-ci refuse cet accord, probablement afin de préserver sa propre autorité dans la région. Il impose sa propre solution qui consiste à nommer Guillaume légat du pape autorité sur toute la Grande-Bretagne. Cette délégation est révocable à tout moment et seulement valable du vivant du pape.

C'est un accord qui satisfait les deux parties., car il ne les empêche pas de continuer leurs revendications. À la Noël 1126, à la cour royale de Windsor, Thurstan tente sans succès d'obtenir le droit de couronner le roi comme l'a fait avant lui son homologue de Cantorbéry. En raison de son conflit latent avec Thurstan, Guillaume se rend plus souvent à Rome que n'importe quel évêque avant lui, à l'exception de Wilfrid au Bethell, « Guillaume of Corbeil », J. of Ecclesiastical History, 157-158..

Un réformateur

Guillaume retourne en Angleterre et prend ses fonctions à Cantorbéry le . Il démontre qu'il est un réformateur vigoureux et enthousiaste. Le concile de 1125, qui est convoqué par le cardinal Jean de Crema, légat du pape, diffuse les décrets du Premier concile du Latran qui s'est tenu en 1123, et auquel ni Guillaume ni Thurstan n'ont participé. De nouvelles règles canoniques ont été établies autres, notamment la condamnation des revendications d'héritage pour les bénéfices ecclésiastiques ou les prébendes ; et l'interdiction de la présence de femmes dans l'entourage des gens du clergé, sauf les parentes autorisées.

Il convoque deux autres conciles légatins en 1127 et 1129. Il promulgue des décrets établissant de nouvelles règles canoniques. Ils étendent notamment la définition de la simonie ; limitent la quantité d'impôts qu'est autorisé à collecter le clergé ; mettent en avant les sacrements ; interdisent l'héritage des bénéfices ecclésiastiques.. En 1127, le concile condamne la recherche de profit, du sacerdoce ou d'une place dans les maisons monastiques. La fête de l'Immaculée-Conception est également autorisée lors d'un de ces conciles..

Son décret le plus impopulaire est celui de 1127 qui touche aux femmes et concubines des membres du clergé. Il établit que tous les membres du clergé qui refuseront de se séparer de leur épouse ou concubine seront privés de leurs bénéfices ; qu'à part les épouses légitimes, ces femmes devront être expulsées de leur paroisse ; que si elles refusent, elles seront jugées par les évêques, et qu'en dernier ressort, elles pourront être condamnées à l'esclavage. Cette dernière mesure est reçue avec hostilité par le clergé anglais. Qui plus est, elle interfère avec les droits de la Couronne sur ses sujets. Néanmoins, Henri l'approuve en 1129, et Guillaume en concède son application au monarque. Son acceptation par le roi n'est qu'une manœuvre, et bientôt les juges royaux détournent son application, se contentant de faire payer des amendes aux contrevenantsH. W. C. Davis, « England Under the Normans and Angevins », Reed Books, 2007, 146. .. Le chroniqueur Henri de Huntingdon reproche à l'archevêque sa crédulité.