Basile le Voleur ou Gogh Vasil (en arménien ; mort vers 1112) est un seigneur arménien d'Euphratèse. Ancien lieutenant de Philaretos Brakhamios, il dirige à la mort de ce dernier une puissante principauté centrée sur Raban et Kaysun, d'environ 1080 ou 1082 à 1112. Coincée entre Byzance et les États latins d'Orient, celle-ci ne lui survit que quatre ans.

Biographie

Prince arménien 300px|thumb|upright=2.5|L'Arménie aux : la principauté de Vasil, dite « de Keysun », est représentée dans le coin sud-ouest de la carte. Vasil fait partie de ces militaires ayant migré en Euphratèse, l'ancienne Commagène, après la bataille de Manzikert et le déferlement seldjoukide sur l'Arménie et l'Asie Mineure. Ses origines sont mal connues, mais s'il est parfois décrit comme chef de bandeClaude Mutafian, La Cilicie au carrefour des empires, tome I, Belles Lettres, Paris, 1988 , 369., ses liens avec les Catholicos (cf. infra), avec les Pahlavouni et avec des descendants bagratides plaident pour une probable haute ascendanceGérard Dédéyan, « Les princes arméniens de l'Euphratèse et les Francs (c. 1080-c. 1150) », dans Raymond Haroutioun Kévorkian (dir.), Arménie, entre Orient et Occident, Bibliothèque nationale de France, Paris, 1996 , 165.. Sa femme est quant à elle membre de la famille noble des Kamsarakan selon le chroniqueur arménien contemporain Mattéos Ourhayetsi Christopher Hatch MacEvitt, The crusades and the Christian world of the East : rough tolerance, University of Pennsylvania Press, Philadelphie, 2008 , 84..

Cet ancien officier byzantinGérard Dédéyan, « Les princes arméniens de l'Euphratèse et les Francs… », op. cit., 165. et lieutenant de Philaretos Brakhamios. hérite à la mort de ce dernier, vers 1080 Barlow Der Mugrdechian (dir.), Between Paris and Fresno: Armenian studies in honor of Dickran Kouymjian (Armenian Studies Series 13), Mazda Publishers, Costa Mesa, 2008 , 348. ou 1082, d'un territoire centré sur Raban et Kesun (de Mélitène à al-Bira et de Marach et Ayntab à l'EuphrateGérard Dédéyan, « Les princes arméniens de l'Euphratèse et les Francs… », op. cit., 166.) et devient l'un des plus puissants seigneurs arméniens de Cilicie Richard G. Hovannisian (dir.), Armenian People from Ancient to Modern Times, vol. I : The Dynastic Periods: From Antiquity to the Fourteenth Century, Palgrave Macmillan, New York, 1997 (réimpr. 2004) , 274.. Les sources arméniennes contemporaines le qualifient de « Grand Ichkhan [“prince”] des Arméniens » ou d'« Ichkhan Ichkhanats [“prince des princes”] des Arméniens » et Mattéos Ourhayetsi le décrit comme successeurs des rois bagratides ; les chroniqueurs arabes lui réservent quant à eux le titre de « Malik al-Arman » (« roi des Arméniens »). Gouvernant en association avec son frère Bagrat puis avec son fils adoptif Vasil Dgha, il dispose de cavaliers, dont un certain nombre issus de l'ancienne cavalerie arménienne Richard G. Hovannisian (dir.), op. cit., 247., et environ du double de fantassins. Il est en outre lié au clan des Pahlavouni qui contrôle également des territoires dans la régionGérard Dédéyan, « Les princes arméniens de l'Euphratèse et l'Empire byzantin (fin - milieu S.) », dans Nina Garsoïan (dir.), L'Arménie et Byzance : histoire et culture, actes du colloque organisé à Paris par le Centre de recherches d'histoire et de civilisation byzantines, Publications de la Sorbonne, Paris, 1996 , 83..

Vasil n'est exposé jusqu'à la chute de Mélitène en 1102 qu'aux Artoukides sur le flanc oriental de ses possessions ; autonome en fait, il jouit des taxes non reversées à l'empire et des richesses des monastères jacobites, ce qui lui vaut son surnom de « Voleur »Gérard Dédéyan, « Les princes arméniens de l'Euphratèse et l'Empire byzantin… », op. cit., 84..

Entre Byzantins et croisés vignette|Drapeau des Roupénides. La première croisade change cependant la situation régionale. Vasil accueille tout d'abord favorablement les croisés : il contribue ainsi à la libération de Bohémond d'Antioche, captif des Danichmendides, et l'adopte en 1103Gérard Dédéyan, « Les princes arméniens de l'Euphratèse et l'Empire byzantin… », op. cit., 85., une action directe contre les Byzantins. Il doit ensuite repousser une première agression seldjoukide en 1107Gérard Dédéyan, « Les princes arméniens de l'Euphratèse et les Francs… », op. cit., 167., et une seconde en 1108 ; ses deux succès l'auréolent de gloire chez les ArméniensGérard Dédéyan, « Les princes arméniens de l'Euphratèse et les Francs… », op. cit., 168..

La menace d'encerclement que fait peser sur ses possessions la régence de Tancrède de Hauteville à Antioche (1104-1111) et à Édesse lui fait changer de politique et recourir aux Byzantins : il obtient ainsi en 1108 l'envoi de Petchenègues en soutien à Baudouin d'Édesse contre les troupes antiochiennesGérard Dédéyan, « Les princes arméniens de l'Euphratèse et l'Empire byzantin… », op. cit., 86.. Il obtient en même temps le titre byzantin de « sébaste » d'Alexis Comnène (il est déjà détenteur de celui de « duc »). Dans l'intervalle, il enlève quelques places fortes aux croisés — qu'il doit toutefois rendre à Tancrède en 1111 après la prise de Raban par ce dernier.

Le traité de Déabolis, en 1108, modifie la donne : c'est Byzance qui menace alors l'Euphratèse arménienne. Vasil se joint alors aux princes croisés contre Mawdûd ibn Altûntâsh, atabeg de Mossoul Jean-Pierre Mahé et Robert W. Thompson (dir.), From Byzantium to Iran : Armenian studies in honour of Nina G. Garsoïan, Scholars Press, Atlanta, 1997 , 214..

Vasil meurt vers 1112 Richard G. Hovannisian (dir.), op. cit., 276.. Son fils adoptif et successeur, Vasil Dgha ou Vasil Tghay, qui semble tout d'abord devoir composer avec la veuve de VasilGérard Dédéyan, « Les princes arméniens de l'Euphratèse et les Francs… », op. cit., 169., ne parvient pas à se maintenir et est capturé par le comte d'Édesse en 1116, avant d'émigrer en Cilicie arménienneGérard Dédéyan, « Les princes arméniens de l'Euphratèse et l'Empire byzantin… », op. cit., 87. puis à Constantinople.

Relations avec l'Église arménienne Vasil reste fidèle à l'Église arménienne, ce qui lui apporte le soutien de cette dernière, qui légitime son pouvoir. En outre, dès 1082, le Catholicos Grégoire II le Martyrophile transfère sur ses terres, à Karmir Vank, le siège catholicossal ; son successeur, Basile d'Ani, devient par ailleurs conseiller politique de Vasil et est chargé de sa succession.

Notes et références

Catégorie:Noble arménien Catégorie:Arménien et croisé Catégorie:Kamsarakan Catégorie:Personnalité arménienne du XIe siècle Catégorie:Personnalité arménienne du XIIe siècle