Le mot autisme a été créé en 1911 par le psychiatre Eugen Bleuler pour se démarquer de l' freudien. Alors qu'il était spécifiquement inclus dans la schizophrénie selon Bleuler, son sens s'est modifié avec le temps. Aujourd'hui, il désigne différents concepts : d'une part, les troubles comme l'autisme infantile et les troubles envahissants du développement, et de l'autre, en psychopathologie et en sémiologie psychiatrique, un signe clinique correspondant à un retrait d'investissement du monde extérieur, que cela concerne un adulte, un adolescent ou en enfant Alain de Mijolla : Dictionnaire international de la psychanalyse, Ed.: Hachette, 2005, .. Il est à la fois un diagnostic (autisme infantile, TEDs), et dans un deuxième sens un symptôme que l'on a autrefois d'abord inscrit dans une structure psychotiqueJean Bergeret et coll., Abrégé de psychologie pathologique, Paris, Masson, collection Abrégés, , 2008, . avant d'en faire un trouble du neurodéveloppement.
Autisme et schizophrénie Les théories liées à la fondation du terme vignette|Publication d'Eugène Bleuler.
Dans un premier temps (1911), Eugène Bleuler classe l'autisme comme un symptôme secondaire possible du , ce qui marque une évolution par rapport à la théorie précédente d'Emil Kraepelin, qui le classait lui comme une démence précoce. Bleuler estime que l'autisme et les schizophrénies ont en commun une défaillance du « mécanisme associatif ». Jacques Hochmann décrit ainsi ce mécanisme : normalement, au moment d'agir, il se crée une « étroitesse de conscience » par une fixation des idées en rapport avec le but poursuivi.. Donc quand les termes autismes et/ou schizophrénie sont employés chez Bleuler, il désigne toujours un défaut de cette capacité de fixation mentale sur un but, c'est-à-dire d'un trouble psychotique.
L'absence de cet élément régulateur, qui permet selon une théorie partagée avec Freud d'organiser les affects issus de l'histoire de vie, fait que le « malade » reste en prise avec des affects divers coexistant parallèlement. Bleuler parle, sur cette base, de morcellement de la personnalité en fragments ; il utilise aussi le terme spaltung, que l'on traduit par clivage, ce qui définit aussi le syndrome dissociatif. On parle également d'angoisse de morcellement..
Il envisage que les symptômes observés puissent être « primaires », autrement dit un dysfonctionnement fonctionnel à l'origine du problème ; ou « secondaires », c'est-à-dire un effet adaptatif : il écrit que « la symptomatologie qui nous saute aux yeux n'est surement en partie (et peut-être globalement) rien d'autre que l'expression d'une tentative plus ou moins ratée de sortir d'une situation insupportable »À compléter → voir note 47 .. Il distingue dans ces symptômes secondaires trois « modes » de confrontation avec la réalité (collective, extérieure, « unitaire » et commune) : l'écarter ou l'ignorer (c'est ce qu'il appelle l'autisme) ; la reconstruire (il parle de psychoses hallucinatoire de désir) ; la fuir (comportement de désocialisation, ou de plaintes somatiques délirantes (hypocondrie).
Au début des années 1900, Bleuler estime que pour le « schizophrène autiste », le « défaut de rapport affectif » ne correspond pas à une « perte de la fonction du réel », mais au maintien d'un monde à soi, d'où le terme autisme (du grec auto, soi-même).. Il précise que la plupart sont entre les deux et, tout en adhérant à leur conviction autistique, restent relativement perméables à la réalité commune..
Le contexte de l'évolution des théories La théorie préalable d'Emil Kraepelin de démence précoce était axée sur la déficience biologique. Le psychiatre Adolf Meyer (futur directeur de Leo Kanner) s'oppose à cette approche, évoquant, lui, une . Il connaissait les théories de Bleuler, dont Jung était l'assistant, avant qu'il les publie, grâce notamment à une conférence de 1909 faite à la Université Clark..
La théorisation distincte de l'autisme infantile selon Kanner
Leo Kanner ne fait pas du trouble autistique du contact affectif, qu'il décrit en 1943, un élément de ce groupe des schizophrénies. Quand il diagnostique son premier cas (Donald Triplett)https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2010/10/autism-8217-s-first-child/8227, il hésite sur le diagnostic, pense à une forme de schizophrénie, puis estime qu'il s'agit d'une catégorie distincte.
Alors que Bleuler faisait de l'autisme un symptôme secondaire, ..
Prise en compte de la variabilité des symptômes et traits autistiques Au début des années 2020, les recherches longitudinales en psychopathologie de l’autisme montrent que la sévérité des symptômes n'est ni fixe ni uniforme, mais qu'elle évolue au cours du développement selon des trajectoires très hétérogènes..
Cette variabilité, désormais bien documentée, constitue un apport majeur pour la « psychopathologie » de l'autisme et la délicate définition d'un autisme prototypique : elle indique que le phénotype autistique ne peut être compris comme un état stable, mais comme un ensemble de manifestations dynamiques, modulées par des facteurs individuels (sexe, niveau cognitif, accès à l'éducation, caractéristiques socio‑démographiques et environnementales, etc.) et souvent par des comorbidités et divers processus développementaux. Les diminutions de sévérité avec l'âge sont fréquentes (bien que certaines trajectoires montrent une aggravation précoce ou une stabilité durable ou des fluctuations internes propres à l'individu). Cette variabilité diffère selon deux grands domaines symptomatiques : social‑communication d'une part, comportements restreints et répétitifs d'autre part, ce qui confirme, selon Waizbard-Bartov et Miller (2023) que l'autisme n'est pas un bloc homogène mais un assemblage complexe de dimensions partiellement dissociables (et pouvant pour certaines évoluer dans le temps).
Des limites méthodologiques affectent donc l'évaluation et l'interprétation de la « sévérité » de l'autisme (cf. diversité des outils de mesure, différences d'approches analytiques, et évolution non parallèle des sous‑domaines...).
Pour la psychopathologie, l'enjeu est double : d'une part, intégrer ces trajectoires différentielles dans les modèles explicatifs du développement autistique ; d'autre part, reconnaître que la variabilité intra‑ et interindividuelle est une propriété fondamentale du trouble, et non un « bruit » méthodologique. La compréhension fine des changements de sévérité devient ainsi essentielle pour la recherche de biomarqueurs, qui doivent tenir compte des trajectoires plutôt que de mesures ponctuelles, mais aussi pour la clinique (où les prédicteurs de changement pourraient servir de modérateurs ou de médiateurs dans l'évaluation et l'intervention). En ce sens, mieux étudier, et plus systématiquement, les trajectoires de sévérité de l'autisme, contribuera à une psychopathologie de l'autisme plus dynamique, davantage centrée sur les processus développementaux, et plus sensible à la diversité des parcours.
Le cas particulier des intérêts spécifiques Avoir un ou quelques centres d'intérêts spécifiques ou « intérêts circonscrits » (ou « circumscribed interests » ou CIs pour les anglophones), n'est pas en soi pathologique, mais cela peut être handicapant (par exemple quand cet intérêt fait trop oublier des besoins vitaux tels que manger, boire, se laver, dormir...). Cela est considéré comme un trouble envahissant.
La structure, la fonction et la dynamique de ces « intérêts spécifiques » sont un élément central du phénotype autistique et des traits « non sociaux » typiques de l’autisme. La prise en compte des variations graduelles de ces traits pourraient selon Morisson et al. (2018) améliorer la compréhension de la psychopathologie de l’autisme comme « continuum de traits » plutôt que comme catégorie strictement délimitée..
Certains auteurs estiment même qu'il ne s'agit pas d'une réelle spécificité de l'autisme, car on retrouve selon eux ce trait et les caractéristiques motivationnelles et attentionnelles qui lui sont associées, dans des formes atténuées de l'autisme (phénotype autistique élargi dit BAP, acronyme de ), une notion désignant un ensemble de traits autistiques atténués, présents chez des personnes non autistes au sein de la population générale, mais souvent dans les familles d’autistes. Ces traits évoquent qualitativement ceux de l’autisme, mais à des niveaux subcliniques, avec par exemple de légères difficultés sociales, une communication un peu atypique, une certaine rigidité de pensée, des intérêts spécifiques, et un style cognitif se focalisant sur les détails. Selon Morisson et al. (2018), il existe un continuum présent dans la population générale allant du BAP à l'autisme prototypique, et les adultes présentant le BAP manifestent des réponses émotionnelles distinctes face aux centres d'intérêt spécifiques (CIs) que ces personnes perçoivent comme beaucoup plus stimulants, tandis que les intérêts non associés à l’autisme sont jugés moins plaisants. pour Morisson et al., la réactivité hédonique particulièrement élevée associée aux CIs, suggère aussi une modulation sexuée de ces traits. Par ailleurs, les personnes BAP rapportent un plus grand nombre d’intérêts circonscrits, ainsi qu’une intensité et une inflexibilité accrues dans la poursuite de leur intérêt principal, ce qui rapproche leur fonctionnement de celui observé dans l’autisme, bien que sous une forme moins marquée.
Autisme dans la catégorie des TND (troubles du neurodéveloppement) et approche évolutionniste L'introduction plus récente de la catégorie TND (« trouble du neurodéveloppement ») dans les classifications internationales de la psychopathologie a réorienté l'étude de l'autisme vers une perspective explicitement développementale, voire potentiellement évolutionniste..
Dans le champ de la psychopathologie évolutionniste, une hypothèse est que les « traits autistiques » pourraient correspondre à des configurations présentes au cours de l'évolution humaine, dont les manifestations ont varié de la préhistoire à nos jours, selon les contextes écologiques et culturels. Confirmer hypothèse suppose toutefois de résoudre plusieurs difficultés méthodologiques majeures : l'identification de formes « pures» du trouble ; la prise en compte du phénotype élargi ; la sélection de traits psychologiques pertinents ; la formulation d'hypothèses réfutables. La forte héritabilité de l'autisme est, selon René Pry et Amèle El Achhab (2025), un argument en faveur de sa présence dans les populations ancestrales, mais n'explique pas à elle seule la persistance évolutive du trouble, ni ses caractéristiques cliniques (sex‑ratio, âge d'apparition, durée, impact écologique). Dans cette perspective, le phénotype autistique devient l'élément explicatif central. L'existence fréquente de compétences de type « savant », souvent orientées vers des domaines non-sociaux, suggère l'expression d'une capacité autistique et neurocognitive à détecter des « motifs » (patterns) à différents niveaux d'organisation, mais la notion de TND se heurte néanmoins à une forte hétérogénéité phénotypique qui rend difficile l'établissement d'objectifs de recherche rigoureux, ce qui conduit à proposer un resserrement du spectre autour des formes plus homogènes de l'autisme. Le corpus des données génétiques s'est amélioré, mais leur variabilité et leurs combinaisons multiples éclairent encore peu la nature des TND dans toutes leurs formes, telles qu'actuellement définies. Le cadre théorique de ce type d'étude est généralement l'épigenèse probabiliste, qui conçoit le développement comme dépendant du contexte, admet des trajectoires atypiques et envisage certains profils comme des mécanismes auto‑stabilisateurs au sein de systèmes dynamiques.