Un récit ou intrigue est une forme littéraire consistant à mettre dans un ordre arbitraire et spécifique certains des faits d’une histoire. Pour une même histoire, différents récits sont donc possibles. Un célèbre exemple est le mythe, dont la pièce d’un puzzle Œdipe roi constitue l’un des multiples récits possibles.
Le récit s'oppose à l'histoire, laquelle est parfois définie comme la succession chronologique de faits se rapportant à un sujet donnéCf. Yves Lavandier, La Dramaturgie.. Walter Benjamin suggère d'opposer le récit au roman, en disant que le premier est une œuvre créée et lue de façon «coopérative» qui reste ouverte sans être complète, alors que le second est une œuvre individuelle complétée. Le récit se délivre sans explications, son interprétation étant laissée à la liberté de chaque auditeur ou lecteur, qui peut le reprendre à son aise. Le récit a un , c'est-à-dire capable de transmettre une expérience. Mais Benjamin craint que par le développement de l'information dans le récit, en la chargeant d'explications, elle ne se referme sur elle-même.
La mise en récit de thèses saugrenues ou de théories complotistes contribue à les rendre plus crédibles. Une affirmation est en effet évaluée beaucoup plus positivement lorsqu'elle est scénarisée, et encore plus lorsqu'elle se base sur un « effet de dévoilement », c'est-à-dire lorsque le récit met en cohérence des éléments intrigants qui paraissaient disparates jusque-làTversky A. et Kahneman D. (1984), « Evidential impact of base rates », in Judgment under Uncertainty : Heuristics and Biaises (sous la dir. de A. Tversky, D. Kahneman et P. Slovic), Cambridge, Cambridge University Press, 1981. Cette manipulabilité des croyances fondée sur le récit est appelée par le linguiste .. En « théorie du récit » (théorie de la littérature) intervient la notion de « narrateur non fiable ».
Deux définitions complémentaires Les différents narratologues donnent habituellement deux définitions complémentaires du récit, l’une formelle et l’autre pragmatique, ces deux aspects recouvrant partiellement ce que D. HermanCf. D. Herman, Story Logic, University of Nebraska Press, 2002. désigne avec les termes « narrativehood » (narrativité intrinsèque du récit) et « narrativity » (jugement de narrativité par un interprète).
Définition formelle La première définition repose sur la description du récit comme un type de représentation organisant deux niveaux de séquentialité. Ainsi, pour Emma KafalenosCf. E. Kafalenos, 2006, p. VIII., le récit est la . Cette définition insiste à la fois sur la grande variété des supports du récit et sur l’importance de tenir compte d’un double niveau de séquentialité propre à toute narration, niveaux désignés, suivant les terminologies, par les termes « histoire-récit »Cf. Gérard Genette, Figures III, 1972., ou « raconté-racontant »Cf. Claude Bremond, 1973., ou « fabula-sujet »Cf. B. Tomachevski, 1965.. En outre, si l’on associe souvent le récit à ses manifestations littéraires ou romanesques, il est important de ne pas réduire sa portée aux seules productions écrites et fictionnelles.
Définition pragmatique La deuxième définition, adoptant un point de vue pragmatique, les définitions du récit mettent l'accent sur l’acceptabilité de la représentation dans un contexte interactif. Ainsi, quand nous lisons une notice de montage ou une recette de cuisine, nous sommes bien confrontés à la représentation séquentielle d'une séquence d'actions, et pourtant nous ne considérons pas ces textes comme des récits à proprement parlerCf. F. Revaz, 1997 ; D. Rudrum, 2005.. Sur ce dernier point, la « racontabilité » (tellability) du récit dépendrait, en dehors de facteurs purement contextuels et culturels, de facteurs déterminant une forme spécifique de l’histoire racontée ou de sa représentation. Les approches cognitivistesCf. J. Bruner, 1991. insistent sur l’importance de la rupture (breach) d’une régularité (canonicity) qui aurait pour fonction de nouer la séquence actionnelle (complication) et de fonder sa racontabilité (tellability).
Ainsi que le résume Teun A. van DijkCf. Teun A. van Dijk, « Macrostructures sémantiques et cadres de connaissances dans la compréhension du discours », in Il était une fois, 1984, p. 66. :
À l'inverse, On peut aussi montrer que l’intérêt de l’histoire dépend de la multiplicité de ses développements virtuels, qui représentent autant d'histoires possibles enchâssées (embedded stories) dans une histoire effectiveCf. M.-L. Ryan, 1991..
Toujours dans une veine fonctionnelle, mais en tenant compte cette fois des différentes combinaisons possibles entre la séquentialité des événements racontés et celle du racontant, Sternberg a associé trois intérêts narratifs élémentaires à la définition de la narrativité :
Il est possible d’associer ces différents facteurs cognitifs et poétiques déterminant l'intérêt narratif à une forme générale de réticence narrative engendrant une tension qui oriente l’actualisation du récit vers un dénouement incertain<ref>Cf. Raphaël Baroni, La Tension narrative. Suspense, curiosité et surprise, 2007.</ref>. Il faut cependant préciser que cette conception dynamique de l’intrigue ne semble applicable qu’à certains récits jouant ouvertement à intriguer leurs destinataires, et il convient d’ajouter que la racontabilité d’autres narrations (par exemple historiques ou journalistiques) peuvent dépendre de facteurs hétérogènes, par exemple la capacité à échafauder sans détours une configuration explicative pour un événement déjà connuCf. Raphaël Baroni, L'Œuvre du temps. Poétique de la discordance narrative, 2009..
Notes et références
Voir aussi
Liens externes
Articles connexes
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