vignette|Blason de Reims.Les armes de Reims se blasonnent ainsi :D'argent à deux rinceaux de laurier de sinople courbés et passés en double sautoir; au chef d'azur semé de fleurs de lis d'or.Devise : « Dieu en soit garde ».Ornements extérieurs : Commentaire : il s'agit d'armes parlantes qui datent du ; le chef fut attribué par les rois capétiens qui venaient se faire sacrer à Reims. Sous le Premier Empire, le chef était "de gueules à trois abeilles d'or"..

L'histoire de Reims remonte probablement à quelques siècles avant notre ère. Il reste de cette agglomération gauloise la trace de deux fossés qui témoignent de l'ampleur de la ville avant même la conquête romaine. Le site initial de Reims n'apparaît plus guère et l'on a même du mal à imaginer cette petite colline sur la rive nord de la Vesle, un peu en retrait des marais dans la vallée peu profonde de la rivière.

La ville actuelle garde encore les traces de la ville romaine, malgré les transformations successives qui s'en sont suivies : deux axes qui la structurent de manière forte. La ville va connaître au gré des vicissitudes de l'histoire des phases d'expansion et de récession que l'on peut lire encore à travers l'analyse typo-morphologique de l'espace urbainL'analyse topo-morphologique de l'espace urbain a notamment été développée, en termes de méthode, par Philippe Panerai. Voir notamment : « Formes urbaines, de l'îlot à la barre, éd. Parenthèses, Paris, 1997, avec Jean Castex et Jean-Charles Depaule. Analyse urbaine », éd. Parenthèses, Paris, 1999, avec Jean-Charles Depaule et Marcelle Demorgon.

Préhistoire

thumb|Haches polies en diorite du Néolithique retrouvées près de Reims, aujourd'hui exposées au muséum de Toulouse. Les premières traces d'implantation humaine dans les environs de Reims remontent au Néolithique et au Chalcolithique (fin du ). Des champs d'urnes de l'âge du bronze y ont été retrouvés. La vallée de la Vesle a connu une occupation assez dense durant l'âge du fer. Il ne reste cependant que très peu de vestiges de ces époques sur le site de l'actuelle Reims.

Antiquité

Durocortorum, oppidum rème L'oppidum du « Vieux Reims », situé sur les actuelles communes de Variscourt et Condé-sur-Suippe, était le chef-lieu des Rèmes. Cette ville aurait vu le jour entre 450 et 200 (époque de La Tène I et II). Sans doute était-elle entourée de deux fossés ou enceintes concentriques et couvrait déjà quelque . À cet ensemble succède vers 80 l'oppidum de Durocortorum, sur le site qui deviendra Reims, comme en témoignent quelques nécropoles. Attesté sous la forme latinisée dans les commentaires de Jules César et Duricortora () chez Strabon.

Il n'existe que peu d'informations sur ce qu'était Durocortorum avant l'arrivée des Romains puisque les Gaulois se transmettaient le savoir oralement. Elle était cependant considérée comme la « dernière cité civilisée » au nord. Les fouilles montrent une ville de , centrée sur l'actuelle place royale et protégée par une fortification de de largeur, constituée d'un fossé profond de et d'une levée de terre probablement surmontée d'une palissade.

Les Rèmes et Rome thumb|Le territoire des Rèmes (REMI) lors de la bataille de l'Aisne en -57.

Voyant l'avancée de l'armée de César en Gaule, les Belges s'unirent pour repousser cette invasion. Les Rèmes restèrent en dehors de la coalition et décidèrent de s'allier avec l'Empire romain. Ils envoyèrent deux députés négocier avec des offrandes à la rencontre des Romains. Ils tentèrent de convaincre leurs « frères » Suessions, avec qui ils partageaient les lois et le gouvernement, de les suivre mais en vain. En 57 av. J.-C., les Belges attaquèrent l'oppidum rème de (« Vieux-Laon »). L'armée de Jules César obtint cependant la victoire. Après le retrait de César, des armées belges attaquent les Rèmes. Les troupes romaines font demi-tour et viennent en aide à leurs alliés. Les Suessions furent placés sous la domination des Rèmes. Le territoire des Rèmes s'étendait à l'époque de la Seine à la Marne et à la Meuse.

En 53 av. J.-C., César ordonna au de se réunir à pour y juger Acco chef des Carnutes, de la conjuration des Sénons et des Carnutes. Les Rèmes restèrent fidèles à Rome tout au long de la Guerre des Gaules. fut ainsi classée parmi les cités fédérées, considérées comme indépendantes. La ville, privilégiée du fait de son alliance avec Rome, conserve ses lois, sa religion et son gouvernement. Sous Auguste, son territoire fut placé dans la province de Belgique dont devint la capitale.

Reims, ville gallo-romaine

thumb|La porte de Mars était l'une des quatre entrées de la ville. La ville gallo-romaine de Durocortorum a une emprise de , ce qui en fait la deuxième plus grande ville de l'empire juste derrière Rome. Ayant le même centre que la ville gauloise, elle possède un carroyage régulier avec des rues de de largeur avec caniveau.

Reims garde de son passé gallo-romain deux axes majeurs, le cardo major et le decumanus major qui structurent encore aujourd'hui la ville : la rue de Vesle et l'avenue Jean-Jaurès d'une part, et d'autre part la rue de l'Université, la rue Anatole-France et la rue Colbert. Ces deux axes se croisent place Royale. La cité gauloise doit sans doute occuper une petite hauteur qui domine un marécage où la Vesle coule en contrebas. Cette cité présumée se trouve sans doute au moins six mètres au-dessous du niveau actuel du centre-ville. Le nom de Clairmarais évoque encore le lit où, jusqu'au s'étale cette rivière.

vignette|upright=0.8|gauche|Les vestiges de la porte Bazée, aujourd'hui située rue de l'Université.

La ville gallo-romaine est vaste pour l'époque, elle est la capitale de la Gaule belgique et une des plus vastes villes au nord et à l'ouest de Rome ; ses limites sont marquées par quatre portes monumentales, dont la porte de Mars, dédiée au dieu de la guerre est orientée vers la Belgique qui reste à conquérir et à pacifier. Il ne subsiste des trois autres portes que les vestiges de la porte Bazée, rue de l'Université au niveau du lycée. La porte Cérès se trouvait à l'emplacement de la place Artistide-Briand, comme nous le rappelle la toponymie des lieux, à l'opposé la porte de Vénus, rue de VesleC'est l'architecte Ernest Kalas qui le premier établit un plan de la ville gallo-romaine à partir des vestiges et des fouilles retrouvées dans les années 1920. De 1919 à 1923, Kalas devint d'ailleurs « inspecteur » du service archéologique de Reims, rattaché au service des Monuments historiques d'Henri Deneux, grâce à P. Léon. Ses travaux ne furent publiés que tardivement par Maurice Hollande dans Essai sur la topographie de Reims en 1976..

Une autre façon de mesurer l'ampleur de la ville gallo-romaine est de considérer les voies qui partent en diagonale des portes, véritables arcs de triomphe à la gloire de l'envahisseur-colonisateur. De la porte de Cérès partent les voies pour Trèves (avenue Jean-Jaurès), pour Metz (rue de Cernay) et pour Cologne (rue Camille-Lenoir puis rue de Bétheny). Au-delà de cette porte se trouve un quartier d'artisans qui travaillent notamment les os (rue Raymond-Guyot). D'autres quartiers d'artisans se situent hors de la ville ou en périphérie immédiate (rue Simon, rue Gosset...). De la porte de Mars partent les voies vers Thérouanne (avenue de Laon), vers Bavay (route de la Neuvilette) et vers Boulogne (rue Jean-Jacques-Rousseau). De la porte de Vénus part une seule voie du fait de la nécessité de traverser l'obstacle du marais et la Vesle : ellei se dirige vers Paris. De la porte Bazée ou porte de Bacchus, une voie se dirige vers Rome (rue de l'Université et rue du Barbâtre) et une autre vers Toul. Les cimetières sont eux à l'extérieur de la ville, de part et d'autre des voies entrant en ville.

vignette|Le cryptoportique construit à la fin du .

Les autres voies de la ville gallo-romaine sont, selon le modèle-type romain, parallèles et perpendiculaires au cardo et au decumanos majores. À la fin du , grâce à la Paix romaine qui s'instaure progressivement et aussi du négoce et des échanges qui s'ensuivent, la ville se développe. C'est à cette époque que sont construites les quatre portes déjà évoquées et surtout, qu'on réalise un énorme ensemble couvert, le cryptoportique. Aujourd'hui place du Forum, c'est un bâtiment en U surélevé de de long avec deux retours de de long chacun ; c'est le centre commercial de la cité. Un marché doit se trouver non loin de là (peut-être rue du Marc). La ville s'embellit avec un amphithéâtre et un stade (rue Gosset), un cirque (rue du Mont-d'Arène), des thermes, des temples et de riches villas comme en témoignent les mosaïques retrouvées. La ville est dotée d'un système d'alimentation en eau potable, d'évacuation des eaux usées et aussi de dépôts pour les déchets. Un aqueduc amène l'eau potable de la Suippe.

Bas-Empire

thumb|left|upright=0.8|Reims sous le Bas-Empire.

En 357 et en 366, des invasions germaniques sont repoussées dans la région avant qu'elles n'atteignent Reims. Celle-ci n'est pas dotée d'un système défensif et la désagrégation progressive de l'Empire romain ne permet pas à la ville d'avoir des forces militaires suffisantes pour se protéger. La ville s'étend alors au-delà du grand fossé gallo-romain.

La population diminue et se réfugit dans l'espace limité par les quatre portes romaines. L'enceinte de cette époque apparaît encore sur le plan actuel de la ville sous la forme de l'ovale formé par les rues de Talleyrand, Chanzy, Contrai, des MursNom sans doute hérité de la présence de l'enceinte édifiée à cette époque., Ponsardin, Rogier, Andrieux et le boulevard Désaubeau. Hors de la cité, seul un bourg se développe sur un petit monticule, le futur quartier Saint-Remi.

Cependant, l'enceinte n'est pas assez efficace. En 406, les Vandales s'emparent de la ville et la pillent. Les Rémois sont alors réfugiés dans l'église chrétienne et l'évêque saint Nicaise est décapité sur le seuil de sa cathédraleune dalle dans la nef de la cathédrale actuelle en indique l'emplacement..

Et en 451, ce sont les Huns qui attaquent la ville. Il ne reste quasiment rien de cette période, hormis la trace des fortifications et celui des voies romaines, qui n'ont pas été modifiées. La ville semble avoir été incendiée à plusieurs reprises et les habitants, trop pauvres, utilisent alors des matériaux plus précaires, moins coûteux et plus faciles à mettre en œuvre que la pierre comme le bois, le chaume ou la terre.

Moyen Âge vignette|Vue de la face principale de la cathédrale.

Le christianisme apparaît au milieu du avec l'évêque Sixte et une première cathédrale est élevée au mais ce n'est qu'au que l'emplacement actuel commence à être occupé par l'Église qui y installe d'abord un ensemble épiscopal, puis plusieurs cathédrales qui se succèdent jusqu'à celle qui existe aujourd'hui.

Saint Remi, descendant d'une famille aristocratique romaine et consacré en 459, contribue également à la diffusion du christianisme dans la région rémoise aux . En tant qu'évêque de Reims, il négocie la soumission de Reims à Clovis, à l'actuel emplacement de l'église Saint-Nicaise. Le jour de Noël entre 496 et 506Michel Rouche, Clovis, histoire et mémoire - Le baptême de Clovis, son écho à travers l'histoire, volume 1, Presses Paris Sorbonne, 1997, 285, Clovis est baptisé dans la cathédrale rémoise par saint Remi, après avoir reçu une instruction chrétienne de sa part. La tradition veut que le baptême ait eu lieu le 25 décembre 496, mais selon des auteurs récents, les années 498 ou 499 sont davantage probables. D'après Grégoire de Tours, francs sont baptisés le même jourLéon Levillain, , 182. Selon la légende, saint Remi oint Clovis avec la Sainte Ampoule, délivrée par un ange, sous les traits d'une colombe. C'est en raison de cette conversion du roi des Francs que de Louis VII à Charles X, excepté Henri IV, tous les rois de France seront sacrés à Reims, le plus souvent par l'archevêque de la ville.