Le de lEnfer sert de préambule à lEnfer et à la totalité de la Divine Comédie du poète florentin Dante Alighieri. Il se déroule dans une forêt puis sur les pentes qui conduisent au sommet d'une colline. Nous sommes dans la nuit du au (Vendredi saint), ou, selon d'autres commentateurs, entre le et le (anniversaire de l'Incarnation de Jésus Christ). Dante y rencontre Virgile qui l'accompagnera dans la visite de l'Enfer, première étape dans la purification du péché.

Incipit

Synthèse

Au printemps de l'année 1300, l'année du premier jubilé, Dante a trente-cinq ans. Il est « nel mezzo del cammin » ( c'est-à-dire à la moitié de sa vie dans la mesure où la durée de vie moyenne de l'homme est alors de soixante-dix ans, comme il l'a exprimé dans le Convivio) lorsqu'il se retrouve, ayant perdu la (la ), « in una selva oscura » (), allégorie de la perdition et du péché. Plus il chemine, plus cette route devient sombre et effrayante. Arrivé au soir, le poète se rend compte, (La partie concave du cœur dans laquelle stagne une grande quantité de sang et dans laquelle, selon Boccace, résident les esprits vitaux.) envahi par la peur, qu'il est désormais perdu et qu'il n'y a plus aucun moyen d'en sortir. Il décide de passer la nuit là. Au matin, Dante voit que les rayons du soleil, représentant allégoriquement la présence de Dieu dans la Commedia, sont là pour assister à son réveil, pénétrant au plus profond de la forêt grâce à quelques éclaircies dans les feuilles. La force et l'énergie qu'émet la lumière lui donnent le courage de poursuivre son exploration. À peine initiée la montée de la colline, semblant avoir surveillé le poète durant la nuit, trois fauves (une lonce au manteau marbré, un lion à la tête haute et à la faim enragée et une louve dont la maigreur signale la convoitise) lui barrent le chemin et le repoussent dans la vallée de la perdition, lui faisant perdre toute espérance d'atteindre le sommet.

Surgit alors une forme à laquelle Dante demande si elle est un homme de chair et d'os ou un esprit. C'est l'âme de Virgile. Le cœur affligé, le poète implore son aide. Virgile lui révèle que le Christ interviendra pour sauver les hommes, envoyant sur la terre un vautre qui repoussera la louve en enfer et ajoute qu'il lui sera possible d'être sauvé des trois fauves à condition de visiter l'Enfer, règne de la perdition, le Purgatoire, règne de la pénitence et le Paradis, règne de la béatitude et royaume de Dieu. C'est là l'unique voie de salut, annonce Virgile, et Dante la parcourra sous sa conduite en enfer et au purgatoire, guidé par Beatrice au paradis jusqu'à l'Empyrée, mais pour avoir la vision de Dieu, il sera aidé par Bernard de Clairvaux. Dante choisit Saint Bernard pour son esprit contemplatif et sa dévotion à la Vierge.

Vue générale

Analyse du chant

La forêt - vv. 1-12

Inf, , 1 Traduction Lamennais (1883).

Dès le premier vers de la Divine Comédie, Dante met l'accent sur le caractère collectif de sa propre expérience en utilisant le possessif pluriel nostra (« notre ») pour présenter cette vie dont la moitié, pour la moyenne des individus de l'époque, se situe à l'âge de trente-cinq ans. L'âge moyen d'un homme est alors en effet de soixante-dix ans comme il l'écrit dans le ConvivioConvivio IV 23, 6-10 sur Wikisource en italien en citant le Livre des PsaumesPsaumes, 90, 10 sur Wikisource. Né en 1265 Dante se trouve très exactement au milieu de ce en 1300, année hautement symbolique durant laquelle se déroule le premier jubilé. Le terme introduit en outre le thème du voyage que décrit le poème.

Après la mort de Beatrice, Dante se trouve, à trente-cinq ans, à la moitié de son , dans une forêt non seulement de péché et de perdition mais également de grande et terrible douleur.

L'action débute in medias res. Ce procédé permet à Dante d'éviter certains points incommodes de la narration durant lesquels il feint de ne pas se souvenir des choses, s'évanouit ou est absent au moins intellectuellement même s'il est toujours physiquement présent. Le poète s'est perdu dans une , au sens allégorique un moment difficile de sa vie et plus généralement la ou de l'erreur. La forêt obscure représente la perdition et l'erreur dans la Commedia comme dans la tradition classique des contes populaires. () au contraire représente clairement la rectitude, à l'opposé de la déviance, morale et spirituelle.

La douleur et la peur sont telles rétrospectivement chez Dante le narrateur qu'il lui est impossible, dans l'analepse de son récit, de décrire le souvenir de la dureté de cette (). Bien que cette forêt (ou le péché qu'elle représente) fût à peine moins amère que la mort (entendue comme la damnation), il est pourtant nécessaire que le poète revive cette expérience par la narration pour pouvoir parler du bien qu'il y a finalement rencontré : c'est là le concept même de la comédie qui, après des débuts difficiles, se verra couronnée par une fin heureuse. Dante ne se rappelle pas très bien comment il s'est perdu à cause d'une torpeur des sens qui lui fit perdre (). Le sens allégorique apparaît également sous le récit de l'événement.

La colline illuminée par le soleil - vv. 13-30

Dante arrive au pied d'une colline (le diletto monte - la « montagne aimée » - du vers 77) où se termine la forêt (la valle) derrière laquelle paraît le soleil, calmant un peu son inquiétude. La lumière symbolise la Grâce divine qui illumine le chemin de l'homme. La colline est dont une voie de salut, interprétée parfois comme le bonheur terrestre vers lequel chaque homme tend naturellement. Dante pense pouvoir atteindre la colline après avoir repris des forces et la peur qui avait empli son cœur durant la nuit passée con tanta pieta, en si grande douleur, commence à s'évanouir.

La première comparaison du poème est consacrée à ce sentiment de réconfort : comme celui qui vient d'échapper à la noyade et arrive laborieusement sur la rive regarde en arrière pour revoir cette eau perigliosa, Dante se retourne pour voir ce passage (« qui ne laissa jamais personne en vie »). Si le « passage » (le passo) désigne le péché, personne n'en sort en effet indemne, personne ne peut en sortir sans la lumière de la Grâce divine.

Après un moment de repos, Dante reprend la montée (le pied ferme restant toujours le plus bas). Jacqueline Risset précise en note que .

Les trois fauves - vv. 31-60

Sa marche est à peine initiée qu'apparaît une lonce légère et rapide (presta), couverte d'un pelage tacheté (semblable à un léopard ou à un lynx), obstinément immobile face à Dante, au point de l'inciter à rebrousser chemin, ce que le poète indique par une paronymie : marquant l'hésitation, au moyen d'un bégaiement simulé, de Dante effrayé. La lonce et les animaux qui suivront sont symboles soit de vertus soit de faiblesses spécifiques, selon les indications du bestiaire médiéval. En l'occurrence, les commentateurs anciens s'accordent tous pour associer la lonce à la luxure (mais aussi à FlorenceVoir sur ce point l'article « lonce »).

Dante ne dit pas si cette lonce s'approche ou s'éloigne mais il insère, dans un décrochement de son récit, une allusion à l'heure matinale lors de laquelle le soleil monte avec les étoiles et qu'il rapproche du temps de la Création : la première constellation du zodiaque, celle du Bélier, situe la scène à une époque de l'année proche de l'équinoxe de printemps, moment propice qui permet à Dante d'espérer pouvoir éviter ce fauve (au pelage bigarré).

L'espérance est de courte durée, bientôt anéantie par l'apparition d'un lion semblant venir à la rencontre de Dante, la tête haute et la (la faim enragée), avec une violence telle que l'air paraissait en trembler (). Le lion, symbole d'orgueil, désigne aussi l'empire.

Aussitôt surgit une louve dont la maigreur et l'allure signalait la convoitise. Son aspect est tellement effrayant, qui avait déjà dévasté la vie de bien des gens, qu'à son approche Dante perd tout espoir de rejoindre les hauteurs de la colline. La louve est des trois le fauve le plus dangereux et symbolise l'avidité (celle de l'Église, qui veut toujours plus) et non, au contraire d'une croyance erronée, l'avarice : l'avarice est la tendance à garder pour soi et à ne pas partager ce que l'on possède ; l'avidité comme la cupidité ou la convoitise, est la volonté de posséder un bien en quantité toujours plus importante : l'attachement à des biens est enraciné dans l'homme et difficile à dépasser. Comme un joueur de hasard qui a tout misé jusqu'à ce qu'il ait tout perdu, Dante se sent maintenant triste et abattu, désespéré par la présence de la qui s'approche, implacable, et le repousse peu à peu (là ou le soleil se tait), dans la forêt du péché.

Parmi d'autres commentateurs, Jacqueline Risset présente aussi les trois fauves comme symbole des trois catégories de péché correspondant aux trois zones de l'enfer : l'incontinence (la lonce), la violence (le lion) et la fraude (la louve)Jacqueline Risset, L'Enfer, , p. 316. Les trois bêtes annoncent également une interprétation politique des pouvoirs dévoyés qui régentaient l'Italie médiévale : la louve comme la Rome papale, le lion comme l'Empire, la lonce comme les princes féodaux. Toutefois, des trois fauves, la louve est celle qui suscite le plus de problèmes d'interprétation : si certains, comme Singleton, l'associent à la fraude, d'autres grands commentateurs de Dante l'identifient comme l'envie.

L'apparition de Virgile - vv. 61-99

Alors que Dante retourne en arrière, s'abîmant à nouveau dans la forêt du péché (), surgit du néant une nouvelle apparition. Quelqu'un, semblant affaibli par une longue période de silence ( : on verra rapidement que cette métaphore représente la raison longtemps assoupie), se manifeste sous les yeux de Dante. Le poète apeuré s'adresse à lui en implorant miséricorde, qu'il soit « ombra », une âme trépassée, ou , un homme réel.

La prophétie du vautre - vv. 100-111

Le voyage dans l'au-delà - vv. 112-135

Notes et références

Annexes

Bibliographie En italien Umberto Bosco et Giovanni Reggio, La Divina Commedia - Inferno, Le Monnier 1988 ; Andrea Gustarelli et Pietro Beltrami, L'Inferno, Carlo Signorelli éditeur, Milan 1994 ; Anna Maria Chiavacci Leonardi, Zanichelli, Bologne 1999 Vittorio Sermonti, Inferno, Rizzoli 2001 ; Francesco Spera (sous la direction de), La divina foresta. Studi danteschi, D'Auria, Naples 2006 ; autres commentaires de la Divina Commedia : Anna Maria Chiavacci Leonardi (Zanichelli, Bologne 1999), Emilio Pasquini e Antonio Quaglio (Garzanti, Milan 1982-2004), Natalino Sapegno (La Nuova Italia, Florence 2002). En français Dante, La Divine Comédie, L'Enfer/Inferno, Jacqueline Risset présentation et traduction, Flammarion, Paris, 1985, éd. corr. 2004, 378 p. Dante Alighieri, La Comédie - Poème sacré, bilingue : "Enfer", "Purgatoire", "Paradis" ; et Postface, Prés. et trad. Jean-Charles Vegliante, Paris, Imprimerie Nationale ; puis "poche poésie", Gallimard, 2012 [20142, 20213]

Articles connexes Enfer Divine Comédie Enfer (Divine Comédie) Nel mezzo del cammin di nostra vita Mi ritrovai per una selva oscura

Liens externes L'Enfer, traduction d'Antoine de Rivarol L'Enfer, traduction d'Antoine de Rivarol

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