L’âge d’or de l'IslamLes « âges » prennent une minuscule en archéologie et en histoire, selon les conventions typographiques, sauf le Moyen Âge.Dans cette expression, « Islam » prend une majuscule initiale car le mot désigne la civilisation islamique. Il aurait pris une minuscule (« islam ») si le mot s’était cantonné à désigner la seule religion, sans notion civilisationnelle. est traditionnellement daté entre le milieu du .Ahmad Y Hassan, Factors Behind the Decline of Islamic Science After the Sixteenth Century. Durant cette période, les artistes, ingénieurs, érudits, poètes, philosophes, géographes et commerçants du monde islamique ont fortement contribué à l'agriculture, aux arts, à l'économie, à l'industrie, au droit, à la littérature, à la navigation, à la philosophie, aux sciences, à la sociologie et aux technologies. La civilisation islamique, qui s'appropria d'abord l'héritage des mondes méditerranéen, iranien et indien antiques, développa en l'espace de quelques décennies à partir de 850 une culture originale, unifiée par la langue arabe, le commerce et la religion. Présente sur trois continents, elle s'épanouit sur un espace extrêmement vaste et joua ainsi un rôle crucial dans le maintien et la diffusion de la numération de position, des connaissances géographiques et astronomiques, et enfin des œuvres philosophiques de l'Antiquité.. Howard R. Turner écrit : .

Historiographie Le terme même de « civilisation islamique » est mis en cause par certains chercheurs, comme l’historien iranien Shodja-e-din Shafa qui, dans deux livres polémiques intitulés Renaissance (en perse : تولدى ديگر) et Après quatorze siècles (en perse : پس از 1400 سال), s’interroge sur la pertinence d’expressions comme « science islamique ». Shafa estime que, s'il est vrai que la religion a servi de ciment pour presque tous les empires anciens et leur a permis de fonder leur autorité, elle ne se définit pas par des traits qui justifieraient d'attribuer à ses pratiques cultuelles le développement particulier des sciences, des techniques et des arts. Divers empires historiques ont adopté une religion officielle, sans que, pour autant, la science et les arts qui s'y épanouirent soient attribués à la religion en question. D'ailleurs, le Bas-Empire romain, l’Empire byzantin et tous les empires européens ultérieurs, quoique chrétiens et se proclamant tels, ne sont pas considérés comme une seule et même civilisation.

Historique du concept L'expression « âge d'or islamique » a commencé à être utilisée dans la littérature du consacrée à l'histoire islamique, dans le contexte d'un courant artistique occidental appelée l'orientalisme. L'auteur d'un Manuel du voyageur en Syrie et en Palestine datant de 1868 observait alors que les plus belles mosquées de Damas étaient comme le « mahométanisme lui-même, en décomposition rapide » et des reliques de l'« âge d'or de l'islam ».

Il n'existe pas de définition univoque de ce terme, et selon qu'il est utilisé en mettant l'accent soit sur les réalisations culturelles soit militaires, il peut être interprété comme faisant référence à des périodes assez disparates. Ainsi, certains auteurs suggèrent qu'elle puisse correspondre à la durée du califat, soit « six siècles et demi »For six centuries and a half, through the golden age of Islam, lasted this Caliphate, till extinguished by the Osmanli sultans and in the death of the last of the blood of the house of Mahomet. The true Caliphate ended with the fall of Bagdad". New Outlook, Volume 45, 1892, p. 370., tandis que d'autres la ferait finir après les quelques décennies des conquêtes du califat des Rachidoune, avec la mort d'Umar et de la première fitna"the golden age of Islam, as Mr. Gilman points out, ended with Omar, the second of the Kalifs." The Literary World, Volume 36, 1887, p. 308..

Au début du , ce terme n'était utilisé qu'occasionnellement et faisait souvent référence aux premiers succès militaires des califes Rachidoune. Ce n'est qu'au cours de la seconde moitié du que le terme a été utilisé plus fréquemment, désignant aujourd'hui principalement l'épanouissement culturel des sciences et des mathématiques sous les califats ayant régné entre les , soit entre l'établissement de la science organisée à la Maison de la sagesse et le début des croisades. Mais les définitions de cette période variant toujours considérablement et elle est souvent étendue plus précocement en incluant une partie du , dès la fondation de Bagdad par les Abbassides, et plus tardivement jusqu'au voire au début du , avant la destruction de la capitale par Houlagou Khanso Linda S. George, The Golden Age of Islam, 1998: "from the last years of the eighth century to the thirteenth century.".

L'assimilation de la fin de l'âge d'or à la fin des califats est un point de coupure commode basé sur un repère historique, mais on peut soutenir que la culture islamique est entrée dans un déclin progressif beaucoup plus tôt. Ainsi, Khan (2003) identifie l'âge d'or propre comme les deux siècles entre 750 et 950, soutenant que la perte initiale de territoires sous Harun al-Rashid s'est aggravée après la mort d'al-Ma'mun en 833, et que les croisades du ont entraîné un affaiblissement de l'empire islamique dont il ne s'est jamais remis.

Histoire Les origines : à la croisée des routes commerciales vignette|gauche|La grande mosquée de Kairouan (en Tunisie), fondée en 670 mais dont l'état actuel remonte au , est parmi les œuvres architecturales représentatives de l'âge d'or islamique.Bernard Lewis estime que les monarchies islamiques ont hérité D'après .

L'âge d'or islamique a commencé avec la traduction des œuvres scientifiques d’origines grecque, indienne, persane et syriaque en arabe, à partir de la fin du , grâce au calife abbasside Al-Mansur (Abbasside), fondateur de Bagdad. Il s'est poursuivi avec la création des Maisons de la sagesse (Beit Al-Hikma). La première de ces institutions a été fondée à Bagdad en 832 par le calife Al-Ma’mūn. Les foyers d’étude et d’échange étaient nombreux : outre Bagdad, il y avait Le Caire, Damas, Grenade, Boukhara, Chiraz, Ispahan, Samarcande., Cordoue, Fès…

Les savoirs que les peuples musulmans ont rassemblés puis fait fructifier au Moyen Âge sont liés à des degrés divers à la géographie. Du reste, dès avant l’Hégire, La Mecque était un important carrefour commercial d’Arabie et Mahomet lui-même était un négociant. Avec la tradition du pèlerinage à la Mecque, ce sanctuaire devint un lieu d'échange de marchandises aussi bien que d’idées. L’influence des marchands musulmans dans les villes et villages disséminés le long des routes de commerce sahariennes et asiatiques était extrêmement importante. Ainsi, c'est par l'économie marchande que la civilisation islamique se développa et s'étendit, au contraire des monarchies chrétiennes, indiennes et chinoises dont les sociétés étaient dominées par une noblesse détenant le monopole de la propriété foncière. Les marchands propagèrent ainsi leur foi jusqu'en Chine (avec pour conséquence un nombre significatif de musulmans chinois, estimé à 37 millions de fidèles principalement Ouïghours, peuple turkmène dont le territoire avait été annexé à la Chine), en Inde, en Asie du Sud-Est, et dans les royaumes d'Afrique de l'Ouest. De toutes ces contrées, ils ramenèrent aussi des inventions.

L'invasion mongole et le déclin vignette|upright=1|Un chatrang (jeu d'échecs) seldjouk en verre fritté verni du . Si les croisades avaient déjà accablé le monde musulman aux , un fléau bien plus terrible s'abattit au cours du : en 1206, Gengis Khan porta à la tête des Mongols d’Asie centrale une dynastie puissante. Au cours des décennies suivantes, l'Empire mongol conquit la plus grande partie de l'Eurasie, dont la Chine à l'est et l'essentiel de l'ancien califat (ainsi que le territoire des Rus' de Kiev) à l'ouest. Les historiens adoptent traditionnellement la destruction de Bagdad par les hordes d'Houlagou Khan en 1258 comme date de la fin de l’âge d'orWilliam Wager Cooper and Piyu Yue (2008), Challenges of the muslim world: present, future and past, Emerald Group Publishing, p. 215. Les chefs mongols postérieurs, tels Tamerlan, détruisirent des dizaines de villes, massacrèrent des centaines de milliers d'hommes, et ruinèrent à jamais les systèmes d'irrigation antiques de Mésopotamie.

La plupart des tribus mongoles établies au Moyen-Orient finirent par se convertir à l’islam et s'assimilèrent aux turkmènes. L’Empire ottoman finit par renaître de ses cendres, mais l'âge d'or était révolu.

Les causes du déclin : une question polémique vignette|upright=1|Les routes commerciales antiques, que les marchands arabes avaient réactivées, furent victimes des conquérants croisés, mongols et des colons portugais. Selon Ibn Khaldoun, ces invasions ont ainsi ruiné les économies des monarchies arabes et favorisé la généralisation du brigandage et de la piraterie. S'il n'y a pas d'accord chez les historiens sur les causes précises du déclin de la civilisation islamique médiévale, tous reconnaissent que, par delà les destructions de bibliothèques et de madrassas par les conquérants mongols., l'instabilité politique et la primauté donnée à la tradition (taqlīd) aux dépens de l’ijtihad (libre-arbitre) au , ont mis un terme au dynamisme des sociétés islamiques. Ahmad Y. Hassan rejette la thèse d’une carence de la pensée créative, car selon lui la science dans l’islam demeurait à ce moment séparée des débats religieux ; il voit plutôt dans les difficultés économiques et politiques décrites par Ibn Khaldoun la cause du déclin.

Les arts de l'islam

Arts graphiques L’enluminure bénéficiait d'une large considération et l'art de la miniature prit un développement remarquable en Perse. La calligraphie, branche à part entière de l’écriture arabe, orne aussi bien les manuscrits que les édifices. Son émergence s'explique par un interdit religieux de l'islam : la représentation des êtres humains.

L'usage du papier, venu de Chine, gagna le monde musulman au , puis l'Espagne (et de là le reste de l’Europe) au . Plus simple à produire que le parchemin, moins sujet aux déchirures que le papyrus, il pouvait fixer l'encre, et permit la diffusion de copies du Coran. Selon Jonathan M. Bloom, Texte original : « Islamic paper makers devised assembly-line methods of hand-copying manuscripts to turn out editions far larger than any available in Europe for centuries » ; traduit d'après .

vignette|Table marquetée et lambrissée de 1560. Enfin c'est par le monde musulman que le reste du monde apprit comment fabriquer du papier à partir de chiffon de linKevin M. Dunn, Caveman chemistry : 28 projects, from the creation of fire to the production of plastics, Universal-Publishers, 2003, page 166.

Arts du feu L’âge d'or de l’art islamique, qui s'étale entre 750 et le , coïncide avec la floraison des arts du feu : céramique émaillée, verre, métallurgie fine (damasquinage) ; celle de l’enluminure, et de l’ébénisterie.

Arts du textile vignette|Tapis dans une mosquée.

L’art du textile est l’un des domaines qui exprime le mieux l’art de vivre de cette civilisation. Au Moyen Âge, le mobilier est essentiellement constitué de pièces en textile telles que des couvertures, des coussins, des tapis et des tentures qui expriment le goût pour la splendeur et le luxe. Ces pièces, toujours très colorées, présentes dans l’ensemble du monde musulman, sont à la fois des objets du quotidien pour une population auparavant nomade mais aussi un signe de pouvoir et un symbole religieux que l’on retrouve dans les mosquées. Ainsi, d’immenses tapis recouvrent le sol des mosquées .