La chapelle de Languidou est située dans la commune de Plovan, en Bretagne. D'un point de vue administratif, elle est dans le département du Finistère, arrondissement de Quimper. D'un point de vue ethnographique, elle est dans le pays Bigouden, en Basse-Cornouaille (ancien diocèse de Quimper, ou évêché de Cornouaille).

Aujourd'hui en ruine, cette chapelle du milieu du conserve charme et beauté. Elle a en outre sa place dans l'histoire de l'art, car elle est peut-être l'édifice fondateur du style architectural dit de l'École de Pont-Croix. Elle se trouve en rivalité pour ce titre avec la collégiale Notre-Dame de Roscudon, à Pont-Croix : du fait de l'impossibilité de les dater avec une précision suffisante, on ne peut savoir lequel des deux édifices est le prototype du style.

L'éponyme

L'éponyme de la chapelle est saint Guidou, ou Kidau, Kido, Quidou, Quideau. Languidou est l'un des deux lieux de culte dédiés à ce saint breton peu documentéIl est mentionné comme évêque dans le de Quimper de la bibliothèque de la Société des Bollandistes, à Bruxelles.. L'autre sanctuaire qui lui est dédié est la chapelle de Saint-Quideau, en Loctudy.

Saint Guidou est par la suite assimilé à saint Guy (vers le milieu du Henri Pérennès, Plovan et sa chapelle de Languidou, Quimper, Imprimerie cornouaillaise, 1934.) pour des raisons purement homophoniques, semble-t-il.

La statue de l'éponyme qui se trouvait dans la chapelle de Languidou a été préservée. Elle est aujourd'hui placée dans l'.

Per Jakez Helias décrit ainsi, dans le conte La rivière de Kido, de manière imagée, la légende de saint Kido :

Étymologie

Languidou est un mot breton signifiant « ermitage » ou « monastère de saint Guidou ». La présence du préfixe Lan-, dans un toponyme breton, marque l'ancienneté de l'implantation d'un lieu de culte sur le site ainsi dénommé. Ce préfixe désigne, en vieux breton, des implantations monastiques issues des migrations venues d'outre-Manche.

Typologie et organisation vignette|Plan de la chapelle de Languidou, basé sur celui dressé par Joseph Bigot au , modifié et complété. vignette|Ruines de Languidou à la fin du . Aucun pilier n'est visible en place dans la nef ni au nord du chœurJules Robuchon (photogr.), Paul du Chatellier, Émile Ducrest de Villeneuve, Paysages et Monuments de Bretagne, Paris, May & Motteroz, 1893, - livraisons..

Les dimensions sont de environ. Le plan est en équerre peu marquée, presque rectangulaire.

Le chevet est plat. La nef comporte quatre travées et deux collatéraux, le chœur trois travées et deux collatéraux. La façade occidentale n'a pas de portail.

C'est un édifice non voûté, à nef aveugle. Bien qu'il soit aujourd'hui en ruine et qu'il ne reste rien de ses couvertures, on peut affirmer qu'il n'était pas voûté à la simple constatation de la finesse des supports et de la rareté des contreforts. De plus, aucun des édifices stylistiquement apparentés (École de Pont-Croix) n'est voûté. Les églises voûtées sont d'ailleurs exceptionnelles en BretagneLa Bretagne a toujours préféré les charpentes aux lourdes voûtes de pierre, même pour les édifices prestigieux. En effet, le climat humide et pluvieux diminuait le risque d'incendie, qui était l'une des raisons majeures incitant à voûter les églises dans les régions plus sèches..

État des ruines avant leur restauration

Ritalongi note en 1894 (sa visite étant antérieure à cette date) : Comme elle avait en fait deux collatéraux, on peut en déduire qu'avant la restauration tous les piliers des arcades nord étaient à terre et dispersés, d'où la fausse impression donnée à cet observateur.

Matériaux

Le gros-œuvre est une association d'amphibolite et de granite, essentiellement de l'amphibolite (prasinite) pour les parties anciennes, et du granite pour les parties les plus récentes. Les couvertures (aujourd'hui totalement disparues) étaient constituées d'ardoise.

Fondation et contexte

Languidou est réputé avoir été autrefois un prieuré — sans preuves concrètes à l'appui, semble-t-il. Quelques indices cependant vont dans le sens de la présence ancienne sinon d'un établissement monastique, tout au moins d'un ermitage : son toponyme en « Lan-» qui, en breton, dénomme un ancien ermitage ou monastère de l'époque de l'arrivée de populations britto-celtiques, qui seraient venues d'outre-Manche au haut Moyen Âge ; sa situation côtière, fréquente pour les implantations de religieux du haut Moyen Âge, dans toute la zone concernée par les usages du christianisme celtique ; Pérennès rapporte une mention ancienne de Grégoire de Rostrenen citant un penity Sant Guido (penity signifie ermitage, en breton), qui correspond probablement à Languidou, et atteste donc qu'on l'appelait ainsi à cette époqueHenri Pérennès, Grégoire de Rostrenen, Dictionnaire françois-celtique ou françois-breton, Rennes, Julien Vatar, 1732..

Languidou est établi dans un petit vallon s'ouvrant sur la basse côte marécageuse de la baie d'Audierne. La chapelle est sur la rive gauche du ruisseau, au ras de celui-ci.

Comme quasiment toutes les chapelles bretonnes de fondation ancienne, la chapelle de Languidou est associée à une fontaine de dévotion. La présence, sur le site, de cette fontaine et de deux stèles préchrétiennes permet de supposer que l'édifice dont on voit aujourd'hui les ruines a remplacé un édifice antérieur. En l'absence de textes ou de données archéologiques, rien ne le prouve formellement.

Chronologie de l'édifice Milieu du

La chapelle actuelle est édifiée au milieu du . Cette datation repose sur l'examen de deux inscriptions en latin, gravées sur les chapiteaux des naissances des grandes arcades nord — l'une côté chœur, l'autre côté nef.

L'inscription du côté chœur : le maître d'œuvre vignette|L'inscription du nom du maître d’œuvre.

Côté chœur, l'inscription du nom du maître d’œuvre figure sur la pile nord de l'arc diaphragme, face orientale, c'est-à-dire sur la naissance ouest des grandes arcades nord du chœur (les arcs ont aujourd'hui disparu). L'inscription débute sur le tailloir et se continue sur la face plate du chapiteau. La partie figurant sur le chapiteau est toujours bien lisible, tandis que celle inscrite sur le tailloir n'est maintenant que partiellement déchiffrable.

Les lectures anciennement publiées de l'inscription sont les suivantes : AUVREDUS GURREU FECIT HOC OPUS (René Couffon, en 1951René Couffon, « Notre-Dame de Roscudon et l'atelier de Pont-Croix », in Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, 1951.) ; AUWREDVS GURREC FECIT HOC OPUS (Pérennès, en 1934).

L'état actuel de l'inscription permet toujours d'y lire, réparti sur quatre lignes : AU...REDUS|G URREU|FEC IT|HOC OPUS

La graphie ancienne et latinisée Gurreu peut sans doute être transcrite sous forme moderne par « Gurriec », qui est un patronyme anciennement attesté dans le Sud-Finistère. L'inscription peut donc être traduite par « Auffray Gurriec a fait cette œuvre. » Considérée isolément, la mention épigraphique courante fecit hoc opus n'est pas à prendre au sens de « a construit ce bâtiment » car, à l'époque médiévale, elle indiquait indifféremment soit un maître d'œuvre soit un commanditaire de l'ouvrage. Cependant, dans le contexte précis de Languidou, elle peut être interprétée comme une mention très probable du maître d'œuvre, car les noms des commanditaires de l'édifice sont précisés par ailleurs.

Auffray Gurriec étant totalement inconnu en dehors du contexte de cette inscription, la connaissance de son nom ne permet pas de préciser plus avant la datation de l'édifice. Seuls les critères paléographiques permettent donc de dater approximativement l'inscription, et donc l'édifice : d'après Couffon, les caractères utilisés indiqueraient la seconde moitié du ; d'après Debiais, les caractères utilisés indiqueraient les alentours de 1250, avec les réserves liées à la marge d'incertitude inhérente à toute datation paléographiqueVincent Debiais, Corpus des inscriptions de la France médiévale, éd. CNRS, 2008. Vincent Debiais appartient au centre d'études supérieures de civilisation médiévale (CESCM) de Poitiers..

L'inscription du côté nef : les commanditaires vignette|Naissance est des grandes arcades nord de la nef, face sud.

L'inscription du côté nef est répartie sur deux faces (ouest et sud) du chapiteau.

Sur la face sud, l'inscription est répartie sur le tailloir du chapiteau et sur la moulure perpendiculaire à celui-ci (sur sa face de la moulure et sur la face inclinée occidentale de celle-ci).

vignette|Naissance est des grandes arcades de la nef, face ouest. Une partie de l'inscription était présente sur la face occidentale du tailloir. Elle est maintenant presque indiscernable. Un croquis de cette face avait été effectué en 1910Eugène Lefèvre-Pontalis, Lucien Lécureux, « Les influences poitevines en Bretagne dans l'église de Pont-Croix », in Bulletin Monumental, Société française d'archéologie, 1910., ici ajouté en vignette sur la photo.

L'état actuel d'érosion de l'inscription ne permet plus d'en faire une lecture précise, la partie figurant sur la face ouest (donc offerte à la mer et aux vents dominants) est même presque complètement effacée. Il faut donc s'en remettre aux lectures anciennes de l'inscription : GVILLELMUS:CANONICVS:ET:IVO:DE:REVESCO:AEDIFICAVERVNT:ISTAM:ECCLESIAM (Abgrall, 1894Jean-Marie Abgrall, « Église de Pont-Croix », in Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1894, 21: 213-235.) ; GVILL°:CANON°:ET:IVO:DE:RIVESCO:AEDRVNT:ISTAM:ECCLIAM (Abgrall, 1916Jean-Marie Abgrall, « Inscriptions gravées sur les églises et monuments du Finistère (suite) », in Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1916, 43 : 65-102.) ; GVILL CANON ET IVO DE REVESCO AEDRVNI ISTAM ECCLTAM (Tillet, 1982Louise-Marie Tillet, Yves-Pascal Castel, Bretagne Romane, coll. « La nuit des temps », Saint-Léger-Vauban, Zodiaque, 1982.) ; GVILLEMUS CANNONICVS ET YVO REVESCO REEDIFICAVERVNT IST[AM ECCLESIAM IN HO]NOREM... QVIDOV (Pérennès, 1934).

Ce qui se traduit par : « Le chanoine Guillaume et Yves de Revesco ont fait (re)bâtir cette église (en l'honneur de saint Quidou). » Concernant Yves de Revesco, Ducrest, Pérennès, WaquetHenri Waquet, « Les vieilles églises de l'École de Pont-Croix », in Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1951., Tillet signalent que la famille de Rivesco/Revesco/Revescon/Revescou/Riviscou était possessionnée en Plozévet. Mais on ne dispose d'aucune information sur cette famille à cette période. Tout ce qu'on peut dire est qu'il s'agissait d'un hobereau local. Il n'est pas identifiable avec précision, et son nom ne fournit donc aucun argument supplémentaire à la datation. Revesco est très probablement Ruviscou, lieu-dit sis entre Plozévet et Pouldreuzic, qui est de nos jours une ferme sans trace d'ancien manoir.

Quant au chanoine Guillaume, Abgrall note que le cartulaire de Quimper mentionne un chanoine Guillaume en 1162 et 1166. Ceci ferait remonter l'édification de Languidou (et incidemment de la collégiale Notre-Dame de Roscudon, si proche stylistiquement et géographiquement) à la fin du .

Couffon réfute la datation d'Abgrall, car d'autres chanoines Guillaume sont mentionnés postérieurement (1240, 1263, 1283, etc.) La mention d'un chanoine Guillaume ne fait donc pas progresser directement la datation de l'édifice, mais elle est totalement compatible avec la datation paléographique de l'inscription précédente, c'est-à-dire le milieu du .