vignette|Magazines de mode dans un point de vente, Copenhague (2007) La désigne un genre de la photographie consacré aux vêtement et aux styles vestimentaires, parfois composés de pièces de haute couture, portées par des mannequins et réalisé par des photographes de mode.

Elle a pour origine le commerce de mode, et bien qu'elle soit , reste majoritairement destinée à la vente de vêtements, de parfums et de produits de beauté. Elle est utilisée principalement pour les magazines ou la publicité, où elle développe au cours des années sa propre esthétique par l'usage de techniques spécifiques, de lieux exotiques, ou d'accessoires.

L'histoire de cette discipline photographique est inséparable, au moins pour les premières décennies, de celle des magazines de mode qui commandent et publient les séries de photographies de mode. Elle prend de l'importance avec son adoption par des photographes célèbres, tels qu'Irving Penn ou Richard Avedon. La photographie de mode se développe en parallèle de l'illustration de mode, qu'elle remplace progressivement. Si le début de la photographie de mode moderne est attribuée symboliquement à 1911, c'est au milieu des années 1930 que celle-ci se répand, et après la Seconde Guerre mondiale que son heure de gloire va commencer.

De nos jours, ce genre photographique a quitté les seuls magazines de mode pour se voir diffuser dans de beaux-livres, des galeries d'art ou dans les musées.

Historique Origines La photographie de mode existe depuis les premiers jours de l'invention de la photographie, mais fait face à l'illustration. En 1856, Adolphe Braun publie un livre contenant 288 photographies de Virginia Oldoini dit La Castiglione, qui a l'habitude de se faire photographierChristine Albanel annonce l'acquisition par l'État, grâce à HSBC France, d'un exceptionnel album de photographies de la Comtesse de Castiglione, constitué par le peintre et décorateur Christian Bérard, destiné au musée d’Orsay 13 décembre 2007 sur culture.gouv.fr . Elle devient le premier mannequin de mode et Braun est considéré comme le premier photographe de mode de l'histoire . Mais hormis pour le portrait, la photographie ne peut supplanter la toute puissante illustration. vignette|Le mannequin Dorys au Prix de l'Arc de Triomphe en manteau brocard croisé avec fourrure au col, aux manches et en bas, chapeau et pochette, maison Agnès (photo Paul Géniaux). Au début du , la photographie commence à apparaitre dans les revues. Deux courants de photographie de mode se différencient : d'un côté, la photo réalisée en studio, le portrait, et de l'autre la photo prise en extérieur dans les endroits où la haute société se retrouve : les stations balnéaires, les champs de courses, les restaurants ou clubs… Paul Géniaux fait par exemple figure de pionnier dans la pratique du photoreportage de mode sur les champs de courses au début du . La nouvelle approche de Paul Géniaux consiste à photographier des mannequins dans un décor naturel et non seulement dans des studios. La photo en extérieur donnera un siècle plus tard, par déclinaison ou inspiration, la Photographie de mode de rue. La photographie de portrait subie l'influence de l'illustration : les premières photos sont composées de décors imitant les gravures de l'époque, avec des mannequins posant de façon statique, le plus souvent entourés de compositions florales surchargées. L'Art nouveau donne le ton. Le but est de décrire aussi précisément que possible le vêtement. Que ce soit avec une illustration ou une photographie, la couverture de l'ouvrage édité est prépondérante.

Les revues françaises Fémina, lancé par Charles Laffitte, et La Mode pratique sont précurseurs et publient des photographies dès le début du siècle. La dynastie des Frères Séeberger se lance dans la mode en photographiant des événements mondains qu'ils publieront sous le titre des Instantanés de Haute Mode.

Les années 1910 Lucien Vogel, qui sera propriétaire de la Gazette du Bon Ton et du Jardin des Modes, publie en l'article L'art de la robe dans Art et Décoration avec des photographies réalisées par Edward Steichen qui, s'éloignant de la simple illustration d'un sujet, sont . Edward Steichen dira plus tard que c'était les En 1923, Edward Steichen deviendra le « photographe en chef » des éditions Condé Nast, Vogue et Vanity Fair.

vignette|Collection d'Art Goût au Museu del Disseny à Barcelone La presse de mode est en plein développement dans ces années là. Apparaissent les titres Women's Wear Daily en 1910, Modes et manières d'aujourd'hui et Le Journal des dames et des modes en 1912, le British Vogue quatre ans plus tard, La Guirlande des mois l'année d'après.

Avant la Première Guerre mondiale, Adolf de Meyer réalise des portraits, doux et romantiques : il collabore avec qui vient de racheter Vogue et souhaite en faire le premier magazine de mode, en s'entourant des meilleurs illustrateurs et photographes. La photographie de mode, montrant de façon statique les vêtements, prend de plus en plus d'importance en quelques années dans les revues, et commence à supplanter les dessins et gravures.

Après la Guerre, de nombreux titres de presse féminine sont créés à leur tour : Falbalas et fanfreluches en 1920, L'Officiel de la couture et de la mode de Paris l'année suivante et qui dès septembre fait une couverture avec la photographie en noir et blanc d'une robe de Jean Patou, Art, goût, beauté et Styl, en Allemagne, encore un an après, suivi de Vogue Paris en 1923, qui possède son propre studio pour réaliser les photos. L'industrie des cosmétiques est en pleine explosion, et avec elle, la publicité : dans les magazines, les produits sont couplés avec l'image d'une comédienne, d'une femme du monde, ou celle d'une vedette de cinéma. Edna Woolman Chase rédactrice en chef du Vogue américain et Condé Montrose Nast son propriétaire, voulant montrer la mode de façon détaillée et non pas seulement artistique, s'éloignent de l'illustration. Malgré tout à cette époque, la logistique pour prendre une photo de mode reste difficile, et l'illustration domine encore, d'autant plus les couvertures ; ces couvertures des magazines ne reflètent plus seulement le vêtement, mais également les tendances artistiques de l'époque. À la fin des années 1910, la photographe Philiberte de Flaugergues prend la direction du studio de photographie Femina (adossé au groupe de presse dirigé par Charles Laffitte) et devient une des rares femmes à exercer comme photographe de mode professionnelle en France.

Entre les années 1920 et 1930, George Hoyningen-Huene, alors chez Vogue Paris, rencontre le jeune étudiant allemand Horst P. Horst puis Cecil Beaton lié au British Vogue. À eux trois, ils transforment la photographie de mode en un genre artistique, comme le fait Man Ray à Paris au même moment. L'esthétique de la photographie de mode véhicule alors un idéal féminin, et vers la fin de la décennie, les stars hollywoodiennes des années 1930 influencent l'aspect glamour de la photographie de mode. Certains photographes, pourtant peu habitués au domaine de la mode, réalisent des séries de photos à la demande des magazines à cause de leur point de vue artistique et leur vision de la femme plus moderne. À cette époque, la plupart des maisons de couture ont leurs propres mannequins, le balbutiement des agences débutera après la Seconde Guerre mondiale.vignette|gauche|Cecil Beaton réalisa en 1942 une série de photos sur les uniformes du Women's Royal Naval Service

Les années 1930 Dès le début des années 1930, la photographie s'impose peu à peu au détriment de l'illustration, cette dernière étant un instrument commercial moins puissant. Vogue et Harper's Bazaar sont en concurrence directe et acharnée.

Carmel Snow, qui a fait ses armes au Vogue américain les années précédentes, entre à Harper's Bazaar en 1932. Depuis longtemps, l'illustrateur Erté, qui sera en contrat de 1915 à 1938 avec ce magazine, réalise les couvertures. Snow souhaite remplacer les illustrations vieillissante d'Erté par des photographies. Elle fait venir la spécialiste du portrait Louise Dahl-Wolfe, Lisette Model ou Erwin Blumenfeld.

La première couverture en couleurs est publiée par Vogue en : la photographie d'une femme en maillot de bain, prise par Edward Steichen. Les années suivantes, les études de la maison d'édition Condé Nast montreront que les magazines avec des photos en couverture se vendent mieux. En 1936, après avoir travaillé un temps pour des magazines de mode allemands, Martin Munkácsi débute à New York ; il va moderniser le domaine de la photographie de mode et sera une référence pour de nombreux photographes. Le prolifique impose son style posé, minimaliste et luxueux.

Marie Claire parait en 1937 pour la première fois. Avant la Guerre, l'illustration, bien que toujours très présente, a sensiblement disparu au profit de la photographie. Les années 1950

vignette|Lisa Fonssagrives à Paddington Station, Londres (Photo de Toni Frissell, 1951) À la sortie de la Guerre, la mode reprend une activité mondiale et Paris sa place de capitale. En 1947, le nouveau couturier Christian Dior révolutionne la haute couture. Tous les grands photographes de l'époque vont accompagner sa carrière : Brassaï, qui pourtant n'affectionnait pas tant que ça la photographie de mode, est là dès le début, Henri Cartier-Bresson, Louise Dahl-Wolfe toujours pour le Harper's Bazaar, Cecil Beaton… Constantin Joffé alterne mode, portraits, vie quotidienne pour Vogue. L'avion rend accessible des endroits éloignés, les photographes voyagent plus facilement. L’américain et parisien Henry Clarke, qui travaille pour trois éditions de Vogue, française tout d'abord, puis britannique et américaine, réalise des séries de photos de mode prises dans des endroits exotiques, et pouvant aller jusqu'à des publications de 20 pages. Le photographe Guy Bourdin, débutant, est encouragé par Michel de Brunhoff et présenté au tout jeune Yves Saint-Laurent ; Bourdin est publié pour la première fois dans un magazine en 1955 et ce pour les trente années suivantes.

Le budget des magazines de mode destiné à la photographie augmente de plus en plus. L'illustration, bien que toujours présente, perd encore de la place. Seuls quelques illustrateur de mode, dont René Gruau, sont encore sur le devant de la scène. Les photographes deviennent célèbres : Irving Penn, photographe de studio à l' et dont la carrière va durer 60 ans, est déjà ; il réalisera plus d'une centaine de couvertures de Vogue Paris. Le jeune Richard Avedon insiste pour entrer au Harper's Bazaar. En 1955, il réalise pour ce magazine sa Dovima with elephants ; celle-ci deviendra 55 ans plus tard la photo de mode la plus chère du monde. Avedon, au cours de sa carrière, modèle ce que sera la photographie de mode dans les décennies suivantes : il révolutionne celle-ci avec ses images, mais redéfinit également le rôle du photographe de mode. Puis Avedon rejoint l'édition américaine de Vogue, il y croisera William Klein, et aura comme assistant Jean-François Jonvelle dans les années 1960. En France, Jeanloup Sieff débute à Elle, puis collaborera avec Jardins des modes, Harper's Bazaar, Glamour, Look…

Les années 1960 Les années 1960 marquent la libération des mœurs et un changement des mentalités : la photographie de mode innove, les pleines et doubles pages deviennent fréquentes, le nombre de magazines de mode progresse : Cosmopolitan, Queen, Depeche Mode (magazine français) apparaissent durant la décennie.

En Allemagne et dans l'ensemble de pays germanophones, des figures de la photographie de mode se sont imposées dans les années 1950, mais surtout lors de la décennie suivante, parmi lesquelles Walter E. Lautenbacher, F. C. Gundlach, ou Willy Maywald.