La bataille de Morgarten eut lieu le entre Morgarten et Sattel, en Suisse centrale. Là, quelque confédérés suisses repoussèrent les du duc Léopold d'Autriche, seigneur de HabsbourgLes spécialistes de la guerre médiévale s'accordent sur les chiffres effectifs du contingent résistant, largement moins de combattants ralliés à Werner Stauffacher, et surtout de l'armée de répression plus de trois fois supérieure en nombre, soit et environ à pied comportant les protecteurs obligés des chevaliers et la piétaille ou infanterie. R.G. Grant (dir.), Les 1001 Batailles qui ont changé le cours de l'histoire, opus cité. L'infanterie est souvent recrutée en petites formations dans les villes du plateau suisse ou elle provient d'une manière générale de la future Suisse alémanique au nord-ouest des Alpes (Lucerne, Zurich, Schaffhouse, Berne, Bâle…), en dehors de mercenaires alsaciens, souabes, bavarois, tous ces éléments parfois présents dans les deux camps. C'est aussi de façon anachronique un conflit fraternel suisse, d'un point de vue limité sur le combattant. On peut aussi estimer à un millier les graves estropiés côté vaincu et autant de prisonniers récupérés par les fédérés. Le chiffre des fuyards a dû atteindre dépassé la moitié de l'effectif désorganisé, des centaines auraient été massacrés par les paysans en colère..

La victoire éclatante permet l'instauration entre les confédérés ou du pacte de Brunnen, écrit en allemand (alors que le pacte de 1291 était en latin) et lu en public. Cette procédure de débat public, faisant référence à l'allié et lui demandant son accord ou son assentiment, a été préservée au cours des rencontres d'abord diplomatiques, puis au sein de la Diète, une des premières institutions communes actives au Un petit commentaire jouant de la confusion révolte des forestiers paysans et des intérêts urbains des vallées contrôlant les passes alpines, avant et sur la bataille, mais surtout le texte du pacte de Brunnen traduit en français ..

En 1316, Louis de Bavière, devenu empereur, confirme le privilège d'immédiateté aux Confédérés, détenteurs du contrôle de la route du Gothard. Mais le conflit ouvert entre la noble dynastie seigneuriale des Habsbourg et la modeste confédération suisse ne prend apparemment fin qu'au traité de paix de 1318, longuement négocié. Il ouvre une paix bancale, qui laisse place à un conflit larvé où tous les coups, y compris l'élimination physique des dirigeants représentatifs, sont permisLes principaux pactes et associations, décrits dans cet article, ne remettent en aucun cas la souveraineté impériale ou régalienne, ainsi que les suzerainetés seigneuriales. Ce n'est qu'après la bataille de Sempach qu'il est possible de parler d'indépendance urbaine, en particulier pour Lucerne ou Berne. Entre-temps, les historiens suisses comptent dix-huit affrontements..

La bataille de Morgarten est devenue légendaire et symbolique car elle a été décrite, plusieurs siècles après, comme une victoire de paysans révoltés contre la noblesse des princes et des chevaliers, et comme une inversion inédite de l'ordre social, où le riche et puissant oppresseur perd insensiblement, et où le peuple travailleur et solidaire gagne à la fin. Ainsi, elle a constitué un prototype de l'histoire médiévale suisse, expliquant inlassablement l'obtention de l'indépendance et la liberté montagnarde par l'union des cantons, face à l'oppression tyrannique de la maison Habsbourg d'Autriche.

Causes de la bataille Cette bataille apparaît d'abord à l'historien suisse comme la conséquence d'une violente dispute avec l'abbaye territoriale d'Einsiedeln concernant les pâtures de Schwytz, lors de l'estive 1315. Elle est aussi apparemment causée par la tension larvée entre les Habsbourg et ce que l'historien nomme plus tard les Confédérés, tension qui augmente encore lorsqu’un conflit éclate en 1314 entre le duc Louis IV de Bavière et Frédéric le Bel (de Habsbourg, duc d'Autriche), réclamant chacun la couronne. Comme les Confédérés avaient soutenu Louis IV et non pas leur seigneur de droit, les partisans habsbourgeois se servent de ces deux prétextes pour laisser éclater le conflit entre les Schwytzois et les Habsbourg.

Plusieurs tentatives d'arbitrage ne parvinrent pas à calmer le conflit opposant, à propos de droits d'usage dans des alpages et forêts, l'abbaye d'Einsiedeln, dont les Habsbourg détenaient l'avouerie (droit de suzeraineté), et les paysans schwytzois ; ceux-ci furent frappés d'excommunication et, ulcérés, attaquèrent le couvent en foule désordonnée pendant la nuit des Rois de 1314 ()..

Divergences et association d'intérêts Pourquoi une telle animosité à propos de modestes droits de pâturages ? Le monde paysan des vallées, en particulier des foresteries ou primitives, est au premier chef concerné, mais il est étonnant de trouver un soutien inconditionnel et radical des dirigeants des petites entités marchandes et urbaines, prospères au milieu du par leurs gestions des flux commerciauxLes bourgeois des petites villes sont probablement des membres de « corporations de transport », peut-être d'origine antique, parfois à l'origine de petits bans chrétiens des temps mérovingiens. Ces corporations de transporteurs, parfois encore puissantes par leur rôle de regroupement à la fois financier et religieux, et de sécurisation de voies, investissent dans les travaux d'amélioration routière, elle gouverne ainsi de façon lâche un monde de muletiers, de charretiers ou rouliers, de bateliers, de charrons et de charpentiers constructeurs de ponts ou de bateaux, de maçons et de forgerons, mais aussi des réseaux d'aubergistes, tenanciers de gistes ou de soustes, parfois remplacés par des hospices d'ordre religieux divers qu'elle favorise ou font naître… A contrario, le monde paysan des bans ou des foresteries, souvent encore serf ou corvéable par l'autorité seigneuriale, n'a aucun droit politique ni de propriété, seulement des droits et devoirs d'usage et de jouissance coutumiers, tout en s'inclinant d'abord devant la volonté du seigneur religieux ou temporel. Il n'a pas besoin de charte…. Il ne faut pas se laisser abuser par le vocabulaire des entités confédérés des trois cantons et confondre le réseau de bourgs et de bourgeois, qui avait réussi à se faire placer sous l'autorité directe de l'empereur Frédéric II, à partir de l'aménagement des gorges des Schöllenen (entre Göschenen et Andermatt) de 1215 à 1230, amenant l'ouverture du Gothard en 1230Il s'agit de l'obtention de charte d'immédiateté, concernant Altdorf (Uri) en 1231, Schwytz la ville en 1240… Les bourgeois d'Unterwald ont réclamé en vain une charte équivalente, longtemps en vain, avant de bénéficier de semblables franchises en 1308. Frédéric II, parfois par l'intermédiaire de son fils le roi Henri, avait accordé des chartes et franchises à Berne, Zurich, Soleure. Les Schwytzois avait perfectionné batellerie et charrerie, sur le lac des Quatre-Cantons, en particulier au voisinage de la falaise de l'Axenberg, en face du Grütli. Les Uranais sont parvenus à construire un pont du diable au-dessus des gorges de Schöllenen. La vallée de la Haute Reuss, ou val d'Urseren entre la vallée occidentale du Rhône et la vallée orientale du Rhin, respectivement au-delà du col de Furka et du col d'Oberalp, était désenclavée et le col de Gothard franchissait en une seule fois les Alpes centrales. La distinction de la charte ressemble assez à une récompense impériale accordées aux entreprenants Schwytzois et Uranais.. L'opération est double au temps de la prospérité des croisades et des échanges croissants entre Italie et Allemagne rhénane, par ce papier miraculeux, les villes s'assimilent aux pauvres ou modestes gens des foresteries ou , aucun statut politique d'exception désormais ne protège ceux-ci de la rapacité d'expansion bourgeoise, à part la puissante abbaye d'Einsiedeln. Face aux puissants intérêts administratifs de celle-ci, les petites villes jouent l'animation politique et fédèrent les trois cantons sous leur tutelle. Elles recueillent probablement l'approbation papale et un soutien des principales villes italiennesL'esprit d'entreprise et l'urbanité bourgeoise de si petites villes reflètent une influence italienne. Les petites villes ne pouvaient agir contre la volonté religieuse : elles demandaient en outre une légitimation de leurs actions diplomatiques que l'État papal en gestation s'empressait d'accorder, dans le droit fil de la réforme grégorienne et d'une liberté d'action universelle sous l'invocation « Dieu seul est notre seigneur », à ceux qui avait ouvert des chemins chrétiens. Les marchands italiens ne pouvaient non plus être indifférents à l'ouverture de voies secondaires, mettant en concurrence ce qui pouvait devenir un monopole. Les banquiers lombards jouent semble-t-il un même rôle caché pour les Ligues des Grisons..

L'observation géopolitique de l'entité, en grande partie officieuse et créée puisqu'elle doit respecter les droits régaliens de l'abbaye, montre la convergence vers Lucerne et son lac de la vallée de la Reuss (pays d'Uri menant au col du Gothard), des vallées de l'Aa de Sarnen (demi-canton d'Obwald) et l'Aa d'Engelberg (demi-canton de Nidwald), les contrées montueuses de Schwytz, situées entre la Reuss moyenne, le lac de Zurich et les vallées de la Sihl et de la Mauler rejoignant le lacLucerne a acquis son statut de ville en 1180, d'un intense trafic terrestre et lacustre..

Rodolphe de Habsbourg, empereur d'Allemagne en 1273, maître de Lucerne et d'une grande partie de l'Alsace du Sud, comprend le rôle trouble de l'association urbaine de Schwytz, de Brunnen, d'Altdorf, de Stans, de Sarnen ostensiblement contre l'intérêt de sa lignée dynastiqueLa dynastie Habsbourg originaire de Haute-Alsace et d'Argovie n'a capté qu'en partie l'héritage de la maison de Zähringen, éteinte en 1218. Les ducs de Zähringen sont les fondateurs de Fribourg en 1157 et de Berne en 1191. En tant qu'avoué du monastère de nobles dames de Zurich ou Fraumünster, ils étaient seigneurs en titre de la ville de Zurich, mais surtout d'Uri. Avant son élection surprise à l'Empire, Rodolphe rachète à ses cousins les droits qu'ils possèdent sur Schwytz et Unterwald.. Il impose derechef une tutelle, tout en accordant des garanties aux bourgeois imposables qui refusent la justice vénale de ses ministériaux. Pour renflouer sa trésorerie, il fait ostensiblement monter la pression fiscale, alors que les affaires de négoce sont mauvaises. Il fait contrôler par ses ministériaux le val d'Urseren et l'enclave d'Engelberg, pour isoler les possibles récalcitrants. Il rachète la totalité de Lucerne en 1291. Empereur par élection, il agit uniquement en faveur des intérêts politiques évidents de sa dynastie. Dès l'annonce de son agonie le , une rébellion violente des précédents contribuables soumis éclateLa rédaction de la charte, en latin médiéval de tabellions, qui atteste de la révolte dans le cadre d'une soumission aux justes droits régaliens ou seigneuriaux est souvent donnée comme l'acte de naissance de la Confédération suisse : cette fête de la confédération ou de l'assistance mutuelle est ensuite fixée au août, pour s'accorder probablement au rite ancien de la Lugnasad, christianisé pour complaire autant aux éleveurs qu'aux artisans. C'est aujourd'hui la fête nationale de la Confédération suisse. Le texte, en langue juridique, est incompréhensible aux représentants des cantons forestiers d'Uri, Schwytz et Unterwald ou, a fortiori, aux paysans des trois vallées..