Digulleville est une ancienne commune française du département de la Manche et la région Normandie, à l'ouest de Cherbourg-en-Cotentin, peuplée de habitants.
Depuis le , elle fait partie de la nouvelle commune de La Hague et a le statut de commune déléguée.
Géographie Localisation Située sur la pointe de la Hague, le territoire est borné par le havre de Plainvic que baigne la Manche, les communes d'Omonville-la-Petite à l'ouest, avec le lit de la rivière Sainte-Hélène, d'Omonville-la-Rogue à l'est, et d'Herqueville et Beaumont-Hague au sud, sur les hauteurs de Raumarais.
Urbanisme La commune est constituée d'un « village-rue » (la rue Désert) et de hameaux dispersés.
Toponymie Le nom de la localité est attesté sous les formes Digulevilla en 1163, Deguleville, Digulvilla vers 1175, Deguillevilla vers 1200, Digoillevilla en 1203..
Il s'agit d'une formation médiévale tardive en -ville (élément issu du gallo-roman VILLA « domaine rural », lui-même du latin villa rustica « grand domaine rural »), précédé du nom de personne Decuil d’origine gaélique.. Littéralement, « la ferme, le domaine rural de Decuil »Vikland, la revue du Cotentin — La Hague, Corsaires et contrebandiers, Flamanville, Digulleville, Éditions Heimdal, , Février-mars-avril 2020, ., ou « de Dicuil »Vikland , , ..
Histoire Préhistoire Les premières occupations sur le territoire de la commune sont très anciennes. Plusieurs foyers de combustion en forme de fosse à pierres chauffées datant de 4700 ans ont été découverts près de Jardeheu« Un foyer du Néolithique a été mis au jour », La Presse de la Manche, 4 août 2008.. Raumarais, où se tient désormais l'usine de retraitement de la Hague et l'Andra, abritait également deux sites datant du début du Mésolithique moyen (foyer en cuvette, poterie, petits grattoirs de silex…), probable station d'habitat saisonnier lors des campagnes de chasse ou de pêcheCyril Marcigny et Emmanuel Ghesquière, Archéologie, histoire et anthropologie de la presqu'île de la Hague (Manche) : analyse sur la longue durée d'un espace naturel et social cohérent, Communauté de communes de la Hague, 2005..
Protohistoire Au ont été recensés dix tumuli de l'âge du bronze sur le territoire (neuf au hameau des Asselins et dans les Monts, une aux Sablons), mais des recherches plus récentes ont permis d'en écarter sept comme étant des formations rocheuses naturelles. De l'âge du bronze date également le Hague-Dick, qui longe une partie de la commune, même s'il a pu être réemployé plus tardivement. Des fouilles dans l'anse de la Gravette enfin ont révélé des foyers importants de l'âge du fer« Les Âges des métaux », site de la mairie et la découverte de pièces de bronze témoignent d'une implantation celtique antérieure à la Guerre des Gaules. La légende d'Équinandra (voir ci-dessous), druidesse unelleLe nom Équinandra est problématique, si on peut reconnaître dans l'élément -andra, un hypothétique gaulois *andera « femme » cf. vieil irlandais ander « femme » (voir Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Errance, Paris, 2003, p. 47), l'élément Équin- est plus obscur, mais rappelle l'élément Equo- dans le type Equoranda limite territoriale, d'étymologie incertaine. En fin de compte cet anthroponyme semble avoir été fabriqué pour la circonstance, liée au rocher d'EsquinaCe nom est difficilement compatible avec une origine gauloise (maintien du Q-) et absence de cognat dans les langues celtiques, en revanche, on peut y reconnaître la racine pangermanique skin- « briller ». Le rapprochement avec Équinandra est certainement dû à une vague ressemblance phonétique dans la baie d'Écuty, évoque le souvenir de cette époque. En 1966, fut découvert à la pointe de Jardeheu, dans le limon, les corps d'un jeune couple enlacé datant de plusieurs milliers d'années. La tête de la femme reposait contre la poitrine de son compagnon..
Antiquité Un village gallo-romain aurait été installé près de Plainvic. Certains auteursdont Claude Pithois, La Hague, éditions Arnaud Bellée, 1973. font de Digulleville le centre de Coriallo, cité des Unelles mentionnée dans l'Itinéraire d'Antonin. En effet, en l'absence de traces, Coriallo pourrait être, non pas une ville mais plusieurs hameaux couvrant la pointe de la Hague, protégés par la Hague-Dick, entre Éculleville et Omonville-la-Petite ce que conteste l'historien Robert Lerouvillois.. Quoi qu'il en soit, en 1823, à la suite de travaux agricoles réalisés par un certain Lagalle, il fut découvert un ensemble de figurines romaines qui aurait été enfoui dans les années 50 et 150. Le lot partiellement représenté sur une lithographie de Pierre Langlumé, imprimeur à Cherbourg, publiée en 1825, ne nous est pas parvenu dans son intégralité ; de nombreux éléments ont disparu. Ce dépôt, l'un des plus importants du Cotentin, composé notamment de figurines en terre ou en bronze souvent utilisées comme offrandes, n'a malheureusement pas pu être localisé précisément, et laisse suggérer de la présence d'un sanctuaire romain encore inconnu sur la commune de Digulleville..
Moyen Âge L'église, dédiée à Paterne, évêque d'Avranches, avait pour patron le prieur de Vauville, qui percevait les deux tiers des produits, à l'exception des menues offrandes, le troisième tiers allant au curéLechanteur de Pontaumont, « Pouillés inédits des doyennés de la Hague et de Carentan », Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, 1871.. Les prieurs de Vauville en avaient le patronage à la suite d'une donation faite, en 1163, par l'évêque de Coutances, Richard de Bohon..
Temps modernes Le territoire de la paroisse, partagé entre les fiefs nobles de Fontenay et de Mélinde, acquis par les Jallot aux , est parsemé de plusieurs fermes-manoirs, propriétés des nobles des environs. Le manoir d'Ouville appartient aux comtes d'Aigneaux, la Chesnaye et Rantot à la famille Jallot, seigneurs et comtes de Beaumont. Leur frère, le chevalier de Rantot, corsaire et contrebandier, fait construire la ferme de la Basmonterie comme repaire. Le manoir des Gruberts est propriété de la famille du Bosq, dont un membre, Nicolas du Bosq, seigneur des Gruberts, fut général de .
En 1567, Michel Le Pelley, écuyer, sieur de Digulleville, est taxé pour ce fief de dans le rôle des nobles et roturiers, au titre du ban et de l'arrière ban de la vicomté de Coutances, réalisé par Gilles Dancel, seigneur d'Audouville, lieutenant général du bailli de Cotentin, tenu à Coutances les -. Le fief de Digulleville, également connu sous le nom de fief de Mélinde, qui valait un tiers de fief de haubert, relevait du fief de Vauville..
En 1692, l'église a pour curé Guillaume Lesdos, notaire apostolique de Valognes.
Le plateau du Haut-Marais accueille au un village de tisserands, confectionnant du droguet.
Époque contemporaine En , alors que les phares sont éteints à cause de la guerre, lAstrée s'échoue sur les rochers de la Coque.
Politique et administration Liste des maires
Le conseil municipal était composé de onze membres dont le maire et trois adjoints..
Liste des maires délégués
Tendances politiques et résultats Si la vie politique municipale est stable, les scores du Front national ont explosé dans les scrutins, passant de 2,88 % aux européennes de 2009, à 30,08 % aux départementales de 2015L'Internaute..
Population et société Les habitants de la commune sont appelés les Digullevillais.
Démographie
Digulleville a compté jusqu'à en 1831.
Cultes Le territoire communal est rattaché à la paroisse catholique du Bienheureux Thomas Hélye de la Hague, au sein du doyenné de Cherbourg-HagueSite du doyenné.. L'unique lieu de culte est l'église Saint-Paterne, qui accueille une messe à l'occasion de la fête patronale, la Saint-Paterne, traditionnellement célébrée deux semaines après Pâques.
Le saint patron traditionnel de la commune est Paterne d'Avranches.
Économie Digulleville a bénéficié des retombées de taxe professionnelle dues à l'implantation sur sa zone industrielle, de nombreuses entreprises sous-traitantes de l'usine de retraitement de la Hague, ainsi qu'à l'extension de l'usine d'Areva (UP3) en 1991, et plus accessoirement au centre de stockage de la Manche de l'Andra.
La zone industrielle est gérée par la chambre de commerce et d'industrie de Cherbourg-Cotentin. Une trentaine d'entreprises y sont présentes..
On relève aussi la présence d'un atelier de chaudronnerie nucléaire, à l'origine (1977) ACPP (Ateliers de constructions du Petit parc), puis Manoir ACPP (groupe Manoir Industries), depuis 2021 Fives Nordon ACPP.. Il emploie pour un chiffre d'affaires de (2019).
Culture locale et patrimoine La commune est un village fleuri (deux fleurs) au concours des villes et villages fleuris..
Lieux et monuments Grands corps de fermes et demeures seigneuriales : manoirs du Boscq des et de Douville du , fermes-manoirs de Rantôt du , du Grand-Bel du , de la Chesnaye des , de la Basmonterie ou Bas-Monterie du repère du corsaire Rantot, de Bel Mignot du , du Pont Durand du et de la Haizette du avec deux tourelles carrées d'escalier sur la façade nord. Église Saint-Pair ou Paterne des , clocher et avant-porche. D'origine romane, elle a longtemps caché derrière ses plâtres un retable en trompe-l'œil (ou « retable des pauvres »), peint en 1785, redécouvert au hasard d'une restauration deux siècles plus tard. À l'époque, les finances ne permettaient pas de vrais marbres et sculptures que l'on a donc peints à même le mur. Vers 1830, on cache les peintures avec un vrai retable en bois, puis en marbre. Il a été restauré en 1985. Elle abrite également un bénitier du , les groupes sculptés saint Joseph et l'Enfant Jésus et Notre-Dame de La Salette avec deux enfants du . Croix de cimetière du , croix de chemin du . Sémaphore de Jardeheu, sur la pointe du même nom, datant de 1860 et désarmé en 1984. Racheté par la commune, il a été aménagé en gîte. Le Hague-Dick, ouvrage fortifié barrant la pointe de la Hague, inscrit au titre des monuments historiques le ., est en partie situé sur Digulleville. Cascade de la Brasserie. Elle est issue du ruisseau de Sainte-Hélène qui alimente en eau le hameau de la Brasserie situé au sud de la commune. Ancien moulin à vent sur pivot. Lavoir et pigeonnier.
Patrimoine culturel En 2005, la commune accueille le tournage du film Le Passager de l'été de Florence Moncorgé-Gabin.
La légende d'Équinandra vignette|Le rocher d'Esquina, en forme de lion, qui vieille sur l'emplacement légendaire du tombeau. En , les légions romaines envahissent le Cotentin. Malgré la résistance des Unelles, les troupes de Jules César avancent, et les Gaulois, retranchés dans la Hague décident de sacrifier, par la main de la jeune druidesse Équinandra, le plus jeune enfant de la tribu, celui de leur chef, Viridovix. Mais ce sacrifice est vain, ils subissent une nouvelle défaite. Viridorix furieux d'avoir perdu la bataille finale et son enfant, se venge sur ClodomirLe nom Clodomir est anachronique, puisqu'il s'agit d'un nom franc, notamment porté par un fils de , nommé Clodomir., époux de la prêtresse, blessé durant les combats, en le faisant agoniser toute une nuit sous les yeux d'Équinandra, par l'administration de feuilles vénéneuses sur les blessures« Digulleville », Bulletin municipal n°1, janvier 1988..
Au petit matin, désespérée par la douloureuse mort de son époux, Équinandra demande à son père, le druide Vindulos, de l'enterrer vivante auprès de celui qu'elle aimait, au bout de la baie d'Écuty. Le rocher qui deviendra maritime par l'érosion des vagues, Esquina, garde depuis la trace dans son nom.
Personnalités liées à la commune Guillaume de Digulleville (Digulleville, 1295 - après 1358), moine cistercien, prieur de l'abbaye de Chaalis et poète. Nicolas du Bosq (Digulleville, 1638 - 1709), sieur des Gruberts, général de brigade des mousquetaires noirs sous , emporté par un boulet lors de la bataille de Malplaquet.