Pere Joan BarceloRaymond Sala, Dieu, le roi, les hommes : Perpignan et le Roussillon, 1580-1830, Llibres del Trabucaire, 1996, page 89, plus connu sous le sobriquet de CarasquetRevue des Pyrénées, Volume 14, université de Toulouse, Association pyrénéenne, Toulouse, E. Privat., 1902, page 354 (en catalan Pere Joan Barceló i Anguera et en castillan Pedro Juan Barceló<ref name="balaguer">Historia de Cataluña y de la corona de Aragon, Volume 5, Víctor Balaguer, Librería de Salvador Manero, 1863, pages 279, 388 & 389</ref> ou Pedro Barceló)Historia de la real y pontificia Universidad de Cervera, Manuel Rubio y Borrás, Librería Verdaguer, 1915, page 86, né à Capçanes, Province de Tarragone en 1682 et mort à l'île de Reinach, Alsace le , est un guérillero et militaire catalan exilé à Vienne, archiduché d'Autriche.

Patriote, il a consacré sa vie à s'opposer, par les armes, à la suppression des institutions catalanes et à tenter vainement de les restaurer en participant à tous les conflits européens majeurs de la première partie du contre la dynastie Bourbon. Sa lutte l'a mené d'Espagne en France, puis en Italie et finalement en Europe centrale.

Commençant sa carrière comme aspirant fusilier, c'est-à-dire en tant que membre de troupes irrégulières austrophiles combattant dans les montagnes d'El Priorat en Catalogne, il la termine sur le champ de bataille d'une île de la rive française du Rhin, en face de Vieux-Brisach. À cette époque, il est colonel de l'armée régulière de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche. À l'âge de 61 ans, il est enterré à Vieux-Brisach où les honneurs militaires lui sont rendus.

Son surnom de "Carasquet" (Carrasquet ou Carrasclet en catalan) vient de la qui est une variété de chêne vert commune dans les pays catalans, à cette époque.

Ce fils d'un humble charbonnier est élevé au grade de colonel à Perpignan par le duc de Berwick, maréchal du roi , avant de se voir offrir un domaine en Hongrie et d'être anobli Pere Joan Barceló de Carrasquet (ou plus vraisemblablement Don Pietro Barsalo y Carasquet)Alfred Komarek, Ausseerland: Die Bühne hinter den Kulissen, Kremayr und Scheriau, 2002, page 67 en Autriche par l'empereur . Restés un mystère pendant plus de deux siècles, les derniers moments de la vie de cette figure historique catalane ont été (re)découverts en 2002.

Biographie Histoire orale

La première moitié de la vie de Pere Joan Barcelo, de la naissance à l'exil de 1720, est principalement rapportée par ses opposants franco-espagnols bourbons, c'est-à-dire par les acteurs de la répression catalane philippistes et les officiers du duc d'Orléans (régent de l'infant ). Tandis que la deuxième moitié de son existence, de l'arrivée à Vienne en 1721 à la mort, est essentiellement narrée par les archives de guerre autrichiennes et les chroniques d'un historien contemporain et compatriote, (1682-1757), catalan de Montblanc exilé à Vienne en 1726, qui sont publiées dans les quatre tomes des Récits historiques (Narraciones históricas) conservés aux archives nationales de Vienne (Haus-, Hof- und Staatsarchiv)Österreichisches Staatsarchiv, site officiel des archives nationales autrichiennes.

Utilisant une méthode relativement « moderne » pour l'époque, Francisco de Castellví s'est entretenu avec Carasquet à plusieurs reprises, ainsi qu'avec plusieurs autres belligérants de la guerre, et a consigné par écrit cette histoire orale. Certaines longues descriptions de Carasquet sont vraisemblablement extraites d'une documentation basée sur un témoignage transmis, à la première personne, par le protagoniste lui-même.

Famille vignette|100px|gauche|Armoiries de Barceló; branche de Tarragone, Catalogne. vignette|Le tromblon (trabuc en catalan) est l'arme des trabucaires (lit. « fusiliers »). Pere Joan Barcelo est souvent représenté avec cette arme à la main. vignette|Travail du charbon végétal dans la forêt de Bavière vers 1900. À en croire l'historien , l'engagement du jeune Joan Pere Barcelo qui, bien qu'illettré, s'engage dans la guérilla anti-bourbonienne un an après la défaite catalane de 1714 et au terme de de guerre quasi ininterrompue, c'est-à-dire dans un conflit politique, peut s'expliquer par le ralliement de sa famille au camp des « Austrophiles » (en catalan Austracistes ou Carlistes, lit. "Charlistes"). Ce terme désigne les espagnols - la plupart sont catalans - partisans de l'archiduc d'Autriche (maison Habsbourg) durant la guerre de succession (1701-1714). L'armée austrophile (exèrcit austracista) lutte contre les troupes franco-espagnoles du Duc d'Anjou (maison Bourbon), petit-fils du roi français et prétendant au trône hispanique. Lors de l'entre-deux-guerres (1714-1718), les guérilleros sont aux prises avec les forces de l'ordre.

Francisco "Francesc" Barcelo (né à Capçanes, guérillero, charbonnier de métier) est capitaine de fusiliers (fuseller), soit un soldat irrégulier de l'armée austrophile; il est tué par les forces bourbonnes à Móra d'Ebre (province de Tarragone, principauté de Catalogne) durant la guerre de succession. Son épouse, Esperanza Anguera, est originaire de Marçà, commune située au nord-est, au pied du Piémont pyrénéen. Le couple installé dans un village voisin, au sud, à Capçanes, comarque d'El Priorat, a deux fils.

L'aîné des Barcelo i Anguera est prénommé comme son père Francesc et est aussi officier de fusilier avec le grade de lieutenant (tinent). Exilé en Autriche comme son frère, il meurt à VienneDiccionari biogràfic, Volume 1, Santiago Albertí, Albertí, 1966, page 204 à 208. Le cadet, Pere Joan, est aspirant (alférez) fusilier au début de la guerre de succession qu'il termine en tant que capitaine. Quelque temps après la naissance de celui-ci, le couple hérite d'une ferme à Marçà où la famille s'établit. D'origines populaires, les membres de cette famille sont des charbonniers tirant leurs revenus de l'exploitation du charbon de bois. Une partie importante de cette activité économique consiste à passer plusieurs mois en forêt où une sorte de four est aménagé pour y recevoir le chêne vert qui, une fois noirci, détient des caractéristiques proches du charbon. Le produit de ce travail est ensuite revendu dans les villages environnants.

Il s'agit donc d'une famille aux moyens humbles et de classe laborieuse. Cette situation sociale n'empêche pourtant pas l'ascension de Carasquet au titre de colonel impérial, bien qu'il soit analphabète, ce qui constitue un des rares exemples d'accès à ce grade d'officier dans de telles conditions. Ceci peut vraisemblablement s'expliquer par un manque de culture et de formation compensé par de l'habileté et du charisme, l'historien - et membre de la noblesse - Francisco de Castellvi, qui a été à son contact, en fait ainsi l'éloge : « malgré ses manières grossières, il avait un comportement comme noble ».

Durant la période de guérilla et de répression, Esperanza, la mère de Pere Joan Barcelo est enlevée à plusieurs reprises par l'armée espagnole qui, l'utilisant comme objet de chantage, tente ainsi de forcer le guérillero à quitter le maquis et à se rendre aux autorités philippistes. Le , Pere Joan épouse Josepha "Pepeta" Figueres, native de Marçà où le couple vit avant l'exilsite officiel de la Mairie de Marçà, rubrique Histoire.

Guerre de Succession d'Espagne (1701-1714) vignette|gauche|Carte de la Catalogne après le traité des Pyrénées. En 1659, le versant des Pyrénées-Orientales (Roussillon) est annexé à la France par . vignette|En 1697, assiège Barcelone et conquiert la Catalogne. Il les rend la même année avec le Traité de Ryswick. vignette|« Interdiction officielle de la langue catalane », édit de , .

Les enjeux catalans

Le , (dernier membre de la maison de Habsbourg en Espagne), roi de Castille, roi de Naples et comte de Barcelone meurt sans descendance; cet évènement précipite l'Espagne dans une guerre de succession.

Non seulement la Castille est affectée mais c'est également le cas de la Confédération Catalano-Aragonaise, plus connue sous le nom de couronne d'Aragon, à laquelle appartient la principauté de Catalogne. Jusqu'à la mort de , chacune des deux entités maintenaient parfaitement distinctes ses institutions d'autogouvernement et sa propre constitutionHistoire des Mossos d'Esquadra, Généralité de Catalogne. La proclamation du règne de , duc d'Anjou et fils de (maison Bourbon), comme successeur de , par la Castille est accueilli avec réserves par la Principauté car est encore présent dans la mémoire collective catalane le siège de Barcelone par l'anticatalaniste trois ans auparavant (guerre de la Ligue d'Augsbourg). La Catalogne et Barcelone avaient été prises par l'armée française puis rendus en 1697 par le traité de Ryswick. Le , par édit royal, le monarque bourbon interdit l'usage de la langue catalane, dans le Roussillon, à laquelle doit se substituer la langue nationale, le français. s'éteint le , son arrière-petit-fils, l'infant , lui succède à 14 ans le , la régence est assurée par son grand-oncle, Philippe d'Orléans.

La Principauté nourri également du ressentiment vis-à-vis de la Castille qui à travers, un autre anticatalaniste, le comte-duc d'Olivares et son imposition de la contestée Union des Armes provoque en retour le soulèvement de la Catalogne (1640-1659). Ce conflit prend fin avec le traité des Pyrénées de 1659 qui se traduit par une perte territoriale pour cette dernière avec l'annexion définitive du Roussillon et de la moitié du comté de Cerdagne à la France.

Remise en cause aux par les guerre du Roussillon et guerre d'indépendance espagnole, la question de ces territoires perdus par la Catalogne perdurent, au , à travers le nationalisme catalan ou pancatalanisme. En effet, les catalanistes continuent de revendiquer ces terres, qu'ils nomment la « Catalogne Nord », et qui leur sont nécessaires à l'avènement de l'État-Nation catalan. Le guérillero patriote catalan Pere Joan Barcelo représente, de fait, un symbole fort pour les quelques groupuscules pancatalanistes et indépendantistes qui prônent la lutte arméeVoyez les représentations de Pere Joan Barcelo sur les affiches et tracts de mouvements nationalistes catalans « La lutte est l'unique chemin », « Collectif Indépendantiste du Priorat », « Que revienne résonner le tromblon », « Notre meilleur hommage: la victoire » ou sur le site officiel du CIP www.cip.cat; affiche de propagande indépendantiste: « Les Pays catalans décidons l'indépendance » ; tandis que la dynastie monarchique régnant en Espagne, et donc sur la communauté autonome catalane, est toujours celle des Bourbons.

Habsbourg contre Bourbon

Pere Joan Barcelo commence la guerre anti-bourbonienne, aux côtés de son père capitaine et de son frère lieutenant tous les deux officiers Miquelet, nom donné en Catalogne aux corps irréguliers des Fusellers de Muntanya (Fusiliers de Montagne), tandis que lui-même a le grade d'aspirantPere Joan Barceló "Carrasclet" (podcast), Enric Calpena (journaliste et professeur de communication Audiovisuelle à l'université Ramón Llull) et Oriol Junqueras (licencié d'histoire moderne et contemporaine, docteur en histoire de la pensée économique à l'université autonome de Barcelone) et (professeur d'histoire moderne à l'université de Barcelone, commissaire de l'exposition 2007 au musée d'histoire de Catalogne "Catalunya a la Guerra de Successió", directeur de ce musée depuis 2008, collaborateur à la revue historique Sapiens), En Guàrdia : - Pere Joan Barceló "Carrasclet" (émission primée du "1er RAC 2008" en tant que « meilleur programme radiophonique »), chaîne publique Catalunya Ràdio, 9 décembre 2007 (première radiodiffusion). Durant le siège de Barcelone par le maréchal de Berwick, commandant les forces bourbonnes composées de 2/3 de Français et 1/3 d'Espagnols, qui se prolonge du au , Pere Joan Barcelo participe à des escarmouches en divers endroits de la Catalogne dans l'objectif d'alléger la pression des assiégeants sur la capitale de la Principauté.