vignette|Jean Bercher dit Dauberval(1742-1806) vignette|Affiche de la représentation de 1791 à Londres La Fille mal gardée est le titre donné à plusieurs œuvres importantes qui reprennent, autant dans leurs formes musicales, ballets, pantomimes, opéras-comiques que dans leurs compositions, des extraits plus ou moins larges des précédents.
La première partition connue est un opéra-comique d'Egidio Duni en 1758 au Théâtre italien de Paris. Elle est suivie d'un ballet-pantomime champêtre de Jean Bercher, dit Dauberval au titre primitif de Le Ballet de la paille ou Il n'y a qu'un pas du mal au bien. Plus ancien ballet du patrimoine classique et l'un des plus importants du répertoire actuel, il est composé de deux actes et trois tableaux et a été créé le au Grand Théâtre de Bordeaux.
Les opéras-comiques Egidio Duni La Fille mal gardée d'Egidio Duni, livret de Justine Favart, représenté pour la première fois par les Comédiens Italiens ordinaires du Roi le , est considéré comme le premier opéra-comique qui Egidio Duni sur musicologie.org.. En cela, cette première œuvre est originale par rapport à toutes les versions suivantes qui intègrent systématiquement des mélodies et refrains à la mode.
Pierre Gaveaux En 1796, Pierre Gaveaux, à partir du livret de Dauberval apporté par Eugène Hus (le créateur du rôle de Colas), compose un opéra-comique en deux actes, Lise et Colin ou la surveillance inutile, donné le à Paris au Théâtre Feydeau. Cette version renommée La Fille mal gardée, remaniée par le chorégraphe Jean-Pierre Aumer, élève de Dauberval, est reprise le à l'Académie royale de musique, puis remontée pour l'Imperialen Hoftheater nächst der Burg de Vienne le .
Les ballets Considérée comme l'un des sommets de la pantomime et de la danse, devenu de nos jours un classique, La Fille mal gardée est une œuvre aux multiples versions chorégraphiques et musicales, son titre même est très variable d'une version à l'autre : Lise et Colin, La Précaution inutile, Les Rivaux, La Fille rétive, Méchante Lisette…
Jean Bercher, dit Dauberval vignette| Théodore Le ballet est donné pour la première fois le à Bordeaux sous le titre Ballet de la paille, ou Il n'y a qu'un pas du mal au bien. Dansé par Marie-Madeleine Crespé (de son nom de scène Théodore, épouse de Dauberval), qui interprète le rôle de Lison (l'actuelle Lise), Eugène Hus jouant celui de Colin (alias Colas dans les versions actuelles) et François Le Riche celui de la veuve Ragotte (actuellement Simone). Ce rôle de la veuve Simone est traditionnellement tenu par un homme dans toutes les versions. vignette|gauche|Une Jeune fille querellée par sa mère de Pierre-Antoine Baudouin (1764). La légende veut que l'idée du ballet vint à Dauberval en voyant une eau-forte de Pierre-Philippe Choffard (1730-1809) d'après Une Jeune fille querellée par sa mère un tableau réalisé par le peintre Pierre-Antoine Baudouin en 1764.. Le tableau représente une domestique en pleurs, les vêtements chiffonnés, grondée par une femme âgée dans une grange pendant que son amant monte en toute hâte les escaliers pour se mettre à l'abri dans le grenier tout en remontant sa culotte. Amusé, le maître de ballet aurait imaginé un scénario mettant en scène une Lison, un Colin et une Veuve Ragotte qui, par la suite, deviendront donc Lise, Colas et Simone.
À l'origine, la partition musicale consiste en un pot-pourri de 55 airs populaires français à la modeIl est courant, tout au long du et au début du s que la musique de ballets soit issue de danses, chants et même d'opéras. Ces extraits sont arrangés et adaptés soit par le directeur musical soit par le premier violon qui servait parfois de chef d'orchestre. Quinze de ces partitions sont actuellement conservés à la Bibliothèque municipale de Bordeaux. Le manuscrit original de 1789 n'existe plus et aucun écrit contemporain connu ne mentionne un compositeur. Il est probable que Dauberval lui-même ait procédé à l'arrangement de la partition en tant que violoniste compétent, à moins qu'il n'ait confié ce travail à Franz Beck, à l'époque « Maître de Musique en Chef » du Grand Théâtre de Bordeaux. Il est également possible que l'orchestration ait été écrite par Lempereur, un autre violoniste du Grand Théâtre. dont les auteurs ne nous sont pas connus. Ce ballet a été maintes fois repris, adapté et revisité jusqu'au .
Après la représentation de Bordeaux, Dauberval change le nom du ballet pour le titre La Fille mal gardée et monte le spectacle au Pantheon Theater de Londres le . Théodore reprend le rôle de Lise. Celui de Colas est confié au danseur Charles-Louis Didelot, élève de Dauberval. La version de 1789 est boudée par les musiciens du Pantheon Theater. vignette|Ferdinand Hérold(1791-1833)
Ferdinand Hérold et Peter Ludwig Hertel Devenu maître de ballet à l'Opéra de Paris, Jean-Pierre Aumer y fait jouer le , une toute nouvelle version reprenant le titre La Fille mal gardée, avec Pauline Montessu dans le rôle-titre, Ferdinand Hérold s'étant acquitté de la partition. S'il reste quelques adaptations de l'original, on y trouve de nouvelles pages d'Hérold lui-même, mais on y entend également des musiques à la mode : l'ouverture et quelques airs du Droit du Seigneur, opéra de Jean Paul Égide Martini (plus connu pour son Plaisir d'amour), quelques airs de Rossini ou de Donizetti. En 1837, faisant ses débuts sur la scène de l'opéra de Paris dans une nouvelle production d'Aumer/Hérold, la célèbre ballerine autrichienne Fanny Elssler choisit elle-même quelques-uns de ses airs préférés, dansant par exemple sur L'Elisir d'Amore de Donizetti que le copiste Aimé-Ambroise-Simon Leborne de la bibliothèque de l'opéra orchestrera spécialement pour elle.
En 1864, Paul Taglioni, frère de la légendaire ballerine Marie Taglioni, maître de Ballet à l'Opéra Royal de Dresde (Sächsische Staatsoper Dresden) de 1852 à 1856, présente sa propre vision de l'œuvre le sous le titre allemand Das schlecht bewachte Mädchen. Pour cette production, Taglioni fait appel à Peter Ludwig Hertel, compositeur de musique de ballet au Semperoper pour une toute nouvelle partition. Cette mouture connaît un succès retentissant pendant de nombreuses années.
Les chorégraphies Les deux compositions, celle d'Hérold et celle d'Hertel, avec bien sûr quelques extraits de la partition originale, serviront de base à une multitude d'arrangements, de réadaptations, versions longues ou courtes, chacun y retranchant ou y ajoutant des numéros suivant l'inspiration, l'engouement du public ou la mode du moment. Jusqu'à nos jours, La Fille mal gardée s'est "enrichie" d'extraits d'œuvres de Cesare Pugni, Ludwig Minkus, Mikhaïl Glinka, Léo Delibes, Riccardo Drigo, Anton Rubinstein, Gaetano Donizetti, Gioacchino Rossini entre autres. De nombreuses fois retouchée, remodelée, réécrite, la chorégraphie est devenue un classique du genre.
De la fin du à nos jours, le ballet se présente sous quelques versions marquantes : celle, sous le titre La Précaution inutile, de Marius Petipa et Lev Ivanov date de 1885 dans la capitale impériale pour le Tsar Alexandre . À l'instar de nombreuses œuvres faisant partie du répertoire du Théâtre Impérial de Saint-Pétersbourg au début du , la version annotée par Petipa/Ivanov/Hertel de la Fille mal gardée est conservée dans le manuel des Notations et Méthodes de la Chorégraphie par Vladimir StepanovCes notations sont actuellement détenues au département Théâtre de la Librairie Universitaire de Harvard sous le nom de Sergeyev Collection. À ce jour, aucune compagnie de ballets n'a utilisé ces notations ni la version pour piano de Hertel pour réécrire la chorégraphie de la Fille mal gardée.. celle d’Achille Balbiani jouée à Paris sur la scène de l’Eden-Théâtre le avec Emilia Laus (Lise), Vittorio Natta (Colin), Foriani (la mère Simone) Henri Agoust (le père Mathieu), Silène de Gaspari (Janot). celle provenant de la version du chorégraphe Alexandre Gorski au théâtre impérial Bolchoï le . Gorski ajoute une variation pour le personnage de Lise dont le début est extrait du ballet Arlequinade de Riccardo Drigo, et la fin de Halte à la cavalerie de Johann Armsheimer. Cette version est celle retenue par plusieurs compagnies en Russie, Europe, Amérique du Sud et aux Caraïbes… celle de 1930, où un nouvel acte intitulé le Mariage de Lise et de Colas est ajouté au ballet. Cette version, due au compositeur/chef d'orchestre Alexandre Mosolov, fait entendre des extraits de lOrpheus de Glinka. sept ans plus tard, au Théâtre Bolchoï à Moscou, celle du compositeur Pavel Feldt qui réalise un nouveau patchwork basé sur des musiques traditionnelles russes du . en 1942, les Ballets russes de Monte Carlo montent à leur tour une production de l'œuvre et participent à sa diffusion à travers le monde. La Fille mal gardée est produit pour diverses compagnies européennes par Alexandra Balachova, qui a dansé l'héroïne Lise en Russie avant la Révolution. Cette version traditionnelle est conservée dans une partition chorégraphique réalisée par la choréologue Monica Parker pour l'Institut de choréologie, avec la collaboration de Balachova. En 1946, Balashova est crédité comme chorégraphe sur une production de La Fille mal gardée à Londres . En 1947, elle remonte, pour les Ballets russes de Monte-Carlo, dirigé par Serge Lifar en exil, La Fille mal gardée, dont le rôle vedette est tenu par Renée Jeanmaire. en 1985, Claude Bessy met en scène sa version de La Fille mal gardée pour le Ballet de l'Opéra national de Paris. Une nouvelle orchestration est proposée par le compositeur/chef d'orchestre d'opéra Jean-Michel Damase. en 1959, Frederick Ashton monte une production pour le Royal Ballet.
La production de Frederick Ashton pour le Royal Ballet En 1959, le chorégraphe Frederick Ashton crée une version entièrement inédite de La Fille mal gardée pour le Royal Ballet de Londres. La première a lieu le . Lise est dansée par la ballerine Nadia Nerina. David Blair tient le rôle de Colas. Cette production déchaîne l'enthousiasme. D'un avis unanime, elle est considérée comme la version définitive de l'œuvre. Depuis lors, cette mise en scène est devenue un classique du répertoire de différents ballets dans le monde.
Ashton confie à John Lanchbery, chef d'orchestre et compositeur au Royal Opera House (Covent Garden) le soin d'orchestrer la partition.
Ashton et Lanchbery ressuscitent le pas du ruban au cours duquel Lise et Colas exécutent un délicieux « pas » intriqué mettant en œuvre un ruban en satin de couleur rose. Ashton a adapté cette figure du pas de deux de Fanny Elssler en inventant un spectaculaire dessin aérien. Ashton conserve également la séquence de mime connue sous le nom de Lorsque je serai mariée, passage que toutes les grandes ballerines de l'ancien temps ont interprété lorsqu'elles tenaient le rôle de Lise.
Ils introduisent également une fameuse « danse des claquettes ». Lanchbery se sert du leitmotiv de la veuve Simone tiré de la partition d'Hertel. Avec le concours d'Ashton naît un numéro humoristique interprété par Simone accompagnée de quatre ballerines : Lise chausse sa mère avec une paire de claquettes. Celle-ci ne peut résister et part dans un numéro aussi célèbre qu'endiablé au cours duquel les danseurs utilisent les chaussures sur pointes.
Cette production a été filmée en 1984 au Royal Opera House et, plus récemment, en 2005 avec Marianela Nuñez et Carlos Acosta dans les rôles principaux.
Lanchbery concocte un savant mélange musical pour la version d'Ashton. Conservant des extraits de la partition originale de 1789 comme matériau de base, il utilise des extraits de la partition d'Hérold de 1828 ainsi que des extraits d'œuvres d'autres compositeurs.
Liste des danses de la version de 1960 par Lanchbery :
Acte 1