Charles du Fresne, seigneur du Cange, né le à Amiens et mort le à Paris, est un historien, grammairien et philologue français, principalement connu par son Glossaire latin.

Ami (par correspondance) de Leibniz, il est aussi lié à plusieurs érudits bénédictins du , notamment Mabillon.

Biographie Origines familiales et formation Issu de la famille du Fresne, établie à Amiens aux , dite être originaire de MontreuilSelon le marquis de Magny, du Fresne du Cange serait issu d’une famille ancienne de la noblesse du Nord de la France, dont l’origine remonterait à Hugues du Fresne, bailli d’Aire en 1214, Charles Du Fresne Du Cange ( ). et avoir été anoblie en 1356., Charles est le fils de Louis du Fresne, écuyer, seigneur de , prévôt royal de Beauquesne en Picardie, et de sa seconde épouse, Hélène de Rély.

Il fait des études secondaires au collège des jésuites d’Amiens, puis des études de droit à l'université d'Orléans.

Débuts comme avocat à Paris (à partir de 1631)

Il est reçu avocat au barreau de Paris en 1631 et y travaille un certain temps.

Retour à Amiens, mariage (1638) et achat d'un office de trésorier Il est rappelé à Amiens par le grand âge et l'infirmité de son père, après la mort duquel il épouse le Catherine du Bos, fille de Philippe du Bos, écuyer, seigneur de , trésorier de France à Amiens. De leur mariage naîtront six garçons et quatre filles, dont la descendance s'est éteinte avant la Révolution française (1789).

Le , il achète à son beau-frère un office de trésorier de France de la généralité d'Amiens, charge , qui lui laisse assez de temps pour s’adonner à sa passion des recherches historiques, linguistiques et philologiques.

Travaux de recherche Il est finalement passé à la postérité comme grammairien et philologue, laissant plusieurs dictionnaires et glossaires latins et grecs. Son œuvre permet de comprendre le passage opéré en France du latin classique de la fin de la République romaine (Cicéron, César) au latin impérial, puis au latin médiéval et finalement au français.

Il se livre par ailleurs à des recherches historiques sur l'Antiquité et le Moyen Âge.

Comme ses contemporains Gilles Ménage et Jérôme Bignon, il a été surnommé le Varron français.. Du Cange est parmi les historiens les plus cités par Edward Gibbon dans son livre Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain. Dans une note, Gibbon en parle comme de notre « sûr et infatigable guide au Moyen Âge et dans l'Histoire byzantine ».

Relations avec les savants de son temps (notamment Leibniz) Exempt de toute ambition, Charles du Fresne ne travaille pas pour augmenter un patrimoine qu'il estime suffisant. Il , et ouvre à tous son cabinet, ses livres et ses manuscrits. Il donne volontiers les renseignements qu'on lui demande, se considérant comme « une fontaine publique, dans laquelle chacun pouvait puiser ».

Il entretient une relation épistolaire avec le philosophe allemand Leibniz, qu'il ne rencontrera pourtant jamais. Leibniz lui écrit : « Je trouve votre courtoisie aussi grande que votre érudition, que toute la terre connaît assez ». Du Cange est aussi l'ami des érudits bénédictins Jean Mabillon, dom Germain (auteur du Monasticon Gallicanum) et Luc d'Achery.

Mort et funérailles En 1669, Du Cange fuit la peste qui ravage Amiens et la Picardie, vol. 6, p. 542.

Mort à Paris à , des suites d’une rétention aiguë d'urine, il est inhumé dans l'église Saint-Gervais de Paris, où le rejoignent par la suite son épouse et l'un de ses fils.

Louis XIV (mort en 1715) .

Liste de ses écrits Illyricum vetus & novum, sive Historia regnorum Dalmatiae, Croatiae, Slavoniae, Bosniae, Serviae, atque Bulgariae atque Bulgariae, locupletissimis accessionibus avcta atque a primus temporibus, usque ad nostram continuata aetatem, POSONII typis hæredum royerianorum, anno MDCCXLVI Glossarium mediæ et infimæ latinitatis, 1678 - 1887 (nombreuses rééditions augmentées). 1883-1887, édition de Favre, 10 volumes : consultable en mode texte (avec aide à la saisie des entrées) par l'École nationale des chartes, consultable en mode image (Gallica) (voir détailsnotice du glossarium mediæ et infimæ latinitatis : http://notices.bnf.fr/ark:/12148/cb303625647/description et détail des 7 entrées possibles pour gallica.bnf.fr (pour consultation page par page) : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1175756.image.f84.langFR (initiales A à B) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k117576k.image.f7.langFR (initiales C à F) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k515625.image.f6.langFR (initiales G à K) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k51563h.image.f6.langFR (initiales L à N) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k117580n.image.f5.langFR (initiales O à Q) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1175811.image.f5.langFR (initiales R à S) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k117582d.image.f4.langFR (initiales T à Z)) et enfin consultable au format PDF (images téléchargeables, 7 volumes) (université Stanford).Il s'agit du principal ouvrage de du Cange et le plus connu, publié pour la première fois de son vivant, à partir de 1678 à Paris et en 3 volumes in-folio. Dans cet ouvrage, l'auteur explique les mots latins dont la signification a été détournée avec le temps, interprète les termes étrangers naturalisés latins par le droit de conquête. Il complète ces explications par de copieux articles sur la théologie, la jurisprudence, les mœurs du Moyen Âge, les usages de la vie publique ou privée, le rite des églises et l’étiquette des cours, les dignités civiles, ecclésiastiques ou militaires. Cet ouvrage, novateur pour son temps, a été réédité à de nombreuses reprises, en 1733, 1766, 1840 et à partir de 1883. Au fil des rééditions successives, il a doublé dans son ampleur. Traité historique du Chef de Saint Jean-Baptiste, 1665, Paris, Sébastien Cramoisy, un volume in quarto, 264 pages, lire en ligne ; Histoire de Saint Louis, Roi de France, par Jean de Joinville, publiée par Charles du Fresne du Cange, 1668, Paris, Sébastien Cramoisy, un volume in-folio (réédité en 1688 et en 1761) ; Histoire de l’Empire de Constantinople sous les empereurs français, 1657, un volume in folio faisant suite à Histoire de la conquête de Ville-Hardouin Historia byzantina, (Histoire byzantine), 1680, Paris, Louis Billaine, deux parties en un volume in fol., lire en ligne la première partie , lire en ligne la seconde partie ; Zonaras, 1686, 2 volumes in-folio. Glossarium mediæ et infimæ græcitatis, 1688, 2 vol. in-fol., ouvrage sur la langue grecque indispensable pour la lecture des écrits du Moyen Âge Le Glossarium latinitatis a été abrégé par Johann Christoph Adelung et réimprimé, avec de nombreuses additions, par les Bénédictins, 1733-1736 (dont Maur Dantine), et par G. A. Louis Henschel, chez MM. Didot 1840-1861, 8 vol. in-4 ; Histoire de l'état de la ville d'Amiens et de ses comtes, 1840, Amiens, Duval & Herment, VIII+L+498 p. ; Les Familles d'Outre-Mer de Du Cange, publié par Emmanuel-Guillaume Rey, 1869, Paris, Imprimerie impériale, IV+998 p Histoire des comtes de Ponthieu et de Montreuil, par du Cange, préface et notes par M. l'abbé A. Le Sueur, 1916, Abbeville, imprimerie F. Paillart, VI+XXX+283 p. ;

Une édition en ligne de ses œuvres sous la direction scientifique d'Anita Guerreau-Jalabert se trouve sur le site de l'École nationale des chartesOeuvres de Charles du Cange sur le site de l'école des Chartes.

Destin des manuscrits de Charles du Cange Une période d'oubli (1688-1735) Après la mort de Charles du Cange, ses livres, autographes et manuscrits, passèrent à Philippe du Fresne, son fils aîné, homme instruit également et qui décéda quatre ans après son père, le exactement, sans avoir été marié.

La bibliothèque est alors vendue. Les manuscrits sont achetés par l'abbé de Camps qui n'en fait aucun usage.

François du Fresne, frère de Philippe, s'était cependant réservé un exemplaire du Villehardouin, préparé pour une seconde édition, le manuscrit d'Amiens et des comtes de Ponthieu ; un portefeuille contenant les titres de l'histoire de Picardie ; et nombre de papiers regardés alors comme inutiles, et qui restèrent dans l'oubli jusqu'à sa mort le .

Redécouverte (1735) La mémoire de Charles du Cange était réduite à la célébrité si justement méritée par ses ouvrages imprimés, lorsque Jean-Charles du Fresne d'Aubigny, son arrière-neveu, parcourant, vers 1735, les bibliothèques des historiens de France du P. le Long, , et la bibliothèque ecclésiastique de Dupin, tome III, page 42, y trouva l'indication de plusieurs manuscrits de du Cange, conservés dans la bibliothèque de l'abbé de Camps et autres.

Ces deux indications lui firent penser qu'il restait encore des ouvrages inconnus ; il apprit que les manuscrits de Charles du Cange avaient été vendus à deux reprises. Une première fois en 1715 ou 1716, l'abbé de Camps vendit alors à M. Miette, libraire sa bibliothèque, avec une portion des manuscrits de Charles du Cange, lesquels furent achetés, dans le moment même, par ordre du baron Hohendorff, pour le prince Eugène. Après la mort de l'abbé de Camps, le , l'abbé Denison son neveu, chanoine de Notre-Dame, trouva dans la maison les restes de ces manuscrits : il en proposa l'acquisition au même Mariette qui les revendit à M. d'Hozier.

M. d'Aubigny s'adressa d'abord à M. d'Hozier, et après plusieurs conversations, il comprit que sa politesse et sa générosité l'auraient porté à lui remettre le tout, ou partie de ce qu'il possédait de ces manuscrits s'ils n'eussent été employés sur l'inventaire fait après le décès de son épouse dont il devait compte à ses enfants. M. d'Aubigny obtint alors par l'intervention de M. le chancelier, à qui M. d'Hozier remit trois volumes du recueil de du Cange, marqués sur le dos des lettres C, D, E, un portefeuille, valeur de deux volumes contenant une grande partie d'un ouvrage que M. du Cange nommait « Catalogue historique » ; plusieurs pièces détachées, et enfin le précieux manuscrit des familles d'Orient. M. le chancelier rendit tous ces volumes à M. d'Aubigny, l'assurant qu’il pouvait l'employer sur ce sujet en toute occasion.

L'année suivante 1736, François du Fresne étant décédé le , M. d'Aubigny acquit à son inventaire, parmi les livres et les manuscrits qui s'y trouvèrent, tous ceux où il aperçut l'écriture de M. du Cange. Il acquit ainsi le fond d'un nobiliaire historique de la France, d'un traité du droit des armoiries, et d'autres ouvrages importants ; même les titres domestiques de la famille de du Cange, et ceux de la famille de Rely, qui était le nom de sa mère.

Le manuscrit des comtes d'Amiens, avec le portefeuille des titres, demeura encore entre les mains du fils de François du Fresne. M. d'Aubigny, informé qu'il écoutait des propositions que lui faisaient des Anglais pour l'acquisition de ce manuscrit, lui offrit beaucoup plus, et en argent comptant que ce que les Anglais lui proposaient, sous condition expresse et absolue de lui remettre tout ce qu'il aurait de manuscrits et d'imprimés où se trouverait de l'écriture de son grand-oncle. La proposition fut acceptée, M. du Cange remit le volume en question, des comtes d'Amiens, de Ponthieu, le portefeuille contenant les titres pour l'histoire de Picardie, de plus une histoire des évêques d'Amiens jusqu'en 1354, une histoire de la ville d'Amiens par la Morlière, chargée de notes et corrections de M. du Cange, deux volumes du recueil alphabétique marqués des lettres M. & P., plusieurs... [Il manque la page 183 du livre Essai historique sur la bibliothèque du Roi].

Remise des manuscrits au roi de France