Un divorce est un roman à thèse de Paul Bourget () paru en 1904, quelque temps après L’Étape. Cette littérature engagée à forte teneur idéologique s’inscrit dans le combat politique et « la campagne de restauration nationale ». que l’académicien français, porte-parole des milieux catholiques traditionnels, mène avec la publication de romans d'idées.

Paul Bourget développe les thèmes sociaux et politiques qui lui sont chers et qu’il a découverts en lisant Louis de Bonald., théoricien de la Contre-révolution : la lutte contre les idées révolutionnaires et la défense de l’Église catholique, de la famille traditionnelle et des valeurs patriotiques. Il écrit ce roman à partir de , dans sa propriété hyéroise du Plantier de Costebelle. et ..

Un divorce, qui est la suite logique aux arguments traités dans L’Étape sur la défense de la famille traditionnelle et qui précède Le Démon de midi en 1914, dévoile l’impossibilité du bonheur pour un catholique qui transgresse la loi religieuse concernant l'indissolubilité du mariage., et le danger d’une loi civile qui semble offrir la possibilité d’une vie nouvelle et ..

Dédicace Le roman est dédié au marquis Paul de Richard d'Ivry (), grand ami de Paul Bourget et compositeur proche de Gounod et de Liszt. Le marquis de Richard d'Ivry meurt à Hyères au Plantier de Costebelle, le , alors que le romancier a commencé la rédaction du roman.

Contexte politique du roman thumb|left|upright=0.8|alt=Photographie d'un prêtre en soutane et cape debout en conversation avec une dame assise dans un salon meublé bourgeoisement.|Gabrielle Nouet et le Père Euvrard.. Depuis 1884, la question du mariage est d'actualité en France. Vers 1875 déjà, le député issu de l'extrême gauche Alfred Naquet. dépose successivement trois propositions de loi en vue du rétablissement du divorce pour faute, naguère autorisé par la loi de 1792.. Après plusieurs échecs, il parvient à ouvrir de nouveaux débats à l'Assemblée, le où s'affrontent deux courants d'idées : les tenants de la tradition catholique contre les partisans de l'esprit des Lumières. Lors de l'ultime vote, 355 députés votent pour et 115 contre. Voté par la gauche et le centre-gauche, le texte est définitivement adopté par le Sénat le .. Les catholiques, pour qui la séparation de corps doit être maintenue, ont voté contre.

Des écrivains prennent position : Paul Hervieu dans Les Tenailles (1897), prend la défense de la femme et Hugues Le Roux demande l'établissement du divorce par consentement mutuel en 1899 dans Le Bilan du divorce. Ardents défenseurs de l'émancipation de la femme, les frères Paul et Victor Margueritte plaident dans Les Deux vies (1902), pour la dissolution du mariage par consentement mutuel des époux, et même par la volonté d'un seul des conjoints. Leur campagne est appuyée par une proposition de loi dont Louis Barthou a pris l'initiative et qui abolit l'article 298 du Code civil interdisant le mariage de l'époux coupable avec son complice.

Dans ce contexte, Paul Bourget, un des écrivains les plus lus de la Belle Époque., fait l’apologie des liens sacrés du mariage, qu’on ne peut dénouer, même dans les pires conditions de vie conjugale, au risque d’accumuler les malheurs sur la tête des siens.

Résumé

thumb|right|upright=1.1|alt=Une dame assise en conversation avec un homme debout devant elle dans une pièce meublée bourgeoisement avec un guéridon.|Berthe Planat et Lucien de Chambault .. Albert Darras, ancien polytechnicien, ingénieur-conseil d'une puissante banque et incroyant, a épousé une divorcée, mère d'un garçon, Gabrielle Nouet, de Chambault par son premier mariage avec un mari brutal et débauché.. Une fille, Jeanne, est née de cette seconde union et Lucien, son beau-fils, lui voue une affectueuse reconnaissance.. Mais Lucien de Chambault veut épouser une jeune femme, Berthe Planat, étudiante en médecine et déjà mère d'un enfant d'un autre lit. Albert Darras s'y oppose. Le conflit entre Lucien et son beau-père est inévitable d'autant que Lucien de Chambault prétend faire, logique conséquence de l'éducation qu'il a reçue, ce que Darras a fait lui-même. Et d'ailleurs, seul son père, le premier époux de sa mère, a le pouvoir de donner le consentement à ce mariage.

Albert et son épouse découvrent bientôt que leur mariage n'a pas rompu le lien que le premier mariage avait créé, ainsi que le leur explique le notaire de de Chambault, venu pour signifier aux deux époux que le vrai père donne son consentement au mariage de Lucien avec Berthe Planat..

Personnages

Gabrielle Nouet

Gabrielle est une femme divorcée et remariée. Son premier mari est un homme brutal, alcoolique et indigne qui la menace. C'est lui qui demande la conversion de la séparation de corps en divorce. Après un long martyre, elle expie son crime religieux en maudissant la loi sur le divorce..

Albert Darras

L'ingénieur Darras est un homme très droit, mais incroyant.

Lucien de Chambault

Lucien de Chambault a été élevé par son beau-père Albert Darras. Il a accepte avec enthousiasme toutes ses doctrines de libre-penseur. Il a vingt-trois ans maintenant. Il veut épouser une étudiante, Berthe Planat, qui a eu déjà un enfant d'un homme par qui elle fut séduite et abandonnée. Albert Darras s'oppose à cette union. Lucien discute longuement avec son beau-père, qui n'est pas à court d'arguments. À la fin, Lucien répond à Darras qu'il n'est point son fils et donc qu'il n'a pas à se soumettre à l'autorité inexistante d'un beau-père. Il vivra avec Berthe Planat et l'épousera. Paul Bourget veut amener le lecteur à comprendre que par ces complications, le divorce est une cause de désordre fatal dans les familles.

Berthe Planat Berthe Planat est le type même de l'étudiante féministe, la théoricienne de l'union libre, ..

Structure narrative

Dans le débat sur la définition du roman qui oppose, au début du , Paul Bourget à Albert Thibaudet., l'auteur dUn divorce défend l'idée du schéma du roman français traditionnel. , c'est-à-dire une œuvre qui raconte une histoire, une intrigue, et dans laquelle chaque passage concourt au dénouement final. Paul Bourget est un observateur attentif, un analyste pertinent. Il appuie ainsi les actes de ses personnages sur des observations justes même dans des contextes très différents. Dans cette suite d'épisodes qui a pour but d'acheminer l'histoire vers sa conclusion, les personnages . et mobilisés pour la démonstration finale..

Thèmes développés dans l'œuvre thumb|left|upright=1.3|alt=Un homme assis en conversation avec un autre homme barbu debout dans une pièce meublée bourgeoisement.|Albert Darras et Lucien de Chambault.. Influence directe des théories de Louis de Bonald En 1904, Paul Bourget publie en même temps que son Divorce un ouvrage sur Bonald et sur les conceptions du philosophe sur le divorce.. Aux côtés de Louis Dimier et de Léon de Montesquiou, Paul Bourget s'attache à dispenser des cours d'histoire des idées politiques monarchistes dans le cadre de l'Institut d'Action française où l'enseignement de la pensée de Bonald tient une place prépondérante..

Louis de Bonald sous la Restauration est député (1815-1823), ministre, Pair de France (1823-1830) et académicien. Il contribue à l’abolition du divorce instauré en 1792 (loi Bonald du considérant le divorce comme un ). Selon Bonald, la primauté du lien social doit être maintenue. Le divorce affaiblit la famille et par conséquent l'État, c'est la raison pour laquelle il est en .. L’idée rousseauiste du citoyen souverain flatte l’orgueil individuel, mais engendre une société factice et féroce. Cet individualisme procède de la réforme luthérienne qui exalte la subjectivité individuelle à l’encontre du magistère de l’Église. La souveraineté populaire produit la sanglante dictature robespierriste. Les dirigeants tiennent leur pouvoir de Dieu et chacun donne sa pleine mesure dans les corps intermédiaires (famille, métier, province). . À travers le lien social, l’homme se réalise et trouve son vrai bonheur. En 1801, il écrit Du divorce considéré au pour en dénoncer les conséquences désastreuses par un développement de la polygamie..

Loi fondamentale du mariage religieux

Le roman à thèse Un divorce est l'occasion pour Paul Bourget de prendre parti contre la loi Naquet et d'exposer les principes du traditionalisme appliqués à des cas sociaux, ici, une famille qui doit faire face aux conséquences provoquées par le non-respect de la loi naturelle.. Ce roman d'idées est le deuxième panneau d'un triptyque consacré à la famille. Dans L'Étape, Paul Bourget avait traité de l'ascension d'une famille paysanne. Dans Un divorce, il étudie l'ébranlement d'une famille bourgeoise par la méconnaissance de la loi fondamentale du mariage. Dans L'Émigré, il explique ce que deviennent les familles nobles dans la France moderne et quel rôle elles peuvent encore jouer.

Pour Paul Bourget, engagé dans un combat en faveur des idées traditionalistes, la transgression de la loi religieuse entraîne de graves conséquences. Albert Darras ne peut, comme mari, intervenir dans la décision de son beau-fils Lucien car le divorce n'a pas d'effet rétroactif. La loi civile peut déclarer la dissolution du mariage, mais dissolution n'est pas annulation. Lucien de Chambault est le fils de de Chambault et de celle qui a été de Chambault. Le consentement doit être donné par les deux parents. L'ancienne loi voulait qu'une famille, une fois fondée, le fût pour toujours. En fait, même avec le divorce, cette première famille n'est pas tout à fait détruite, puisque le droit d'hériter continue, au travers de l'autorité paternelle. L'héroïne du roman, Gabrielle Darras est aussi confrontée à un dilemme tragique lorsque, retrouvant la foi, elle souhaite inculquer des valeurs chrétiennes à sa fille mais se voit refuser la communion puisque le second mariage ne compte pas aux yeux de l'Église..

Méfaits de la loi civile thumb|upright=0.7|alt=portrait du Pape Pie X en 1914, assis.|Le Pape Pie , dont les orientations spirituelles dictent les thèses du roman de Paul Bourget. La loi civile semble finalement offrir la possibilité d'une vie nouvelle et trompe ceux qui adoptent cette nouvelle règle, en rupture totale avec les principes de la religion catholique. Le romancier veut démontrer que la loi Naquet entraîne toutes sortes de tragédies comme l'explique le père Euvrard dans le roman :

Paul Bourget se fait l'interprète des positions exprimées par le Saint-Siège dans les textes pontificaux publiés à cette époque et qui condamnent sans appel le divorce. Le pape , dans le décret du sur les fiançailles et le mariage confirme la pensée de son prédécesseur, Léon XIII, contre le divorce. Dans sa lettre du à l'attention des évêques de Bolivie, Pie X, Ce sont les termes de Paul Bourget : ., pointe ., c'est-à-dire la volonté d'imposer le mariage civil. Dans cette même lettre, le Saint-Père allègue la dignité du mariage érigé par le Christ comme sacrement.

Réception de l'œuvre

Dans les milieux favorables aux thèses défendues dans le roman thumb|alt=La maison en arrière plan photographiée en contre-plongée, avec des branches de chêne au premier plan, sans feuille (photo prise en hiver), le parc est visible avec sa pelouse d'hiver.|Le Plantier de Costebelle ou Paul Bourget écrit Un divorce en 1904. thumb|left|upright=1.1|alt=Une dame debout en conversation avec un homme debout devant elle et la femme suppliante pose sa main sur l'épaule de son interlocuteur dans une pièce meublée bourgeoisement. Un deuxième homme barbu les regarde surpris.|Lucien de Chambault, Gabrielle Nouet et Albert Darras ..