En mathématiques, et plus précisément en analyse, le théorème de Sturm, établi en 1829 par Charles Sturm, permet de calculer le nombre de racines réelles distinctes d'une fonction polynomiale comprises dans un intervalle donné. La méthode effective de calcul correspondante s'appelle lalgorithme de Sturm (exercice 3.10, p. 93)..

Suite de Sturm On se donne un polynôme . La suite de Sturm ou chaîne de Sturm à partir du polynôme est une suite finie de polynômes . Elle est construite par récurrence :

, où est la dérivée de , c'est-à-dire le polynôme ; Pour , est l'opposée du reste de la division de par . La construction s'arrête au dernier polynôme non nul. Pour obtenir cette suite, on calcule les restes intermédiaires que l'on obtient en appliquant l'algorithme d'Euclide à et sa dérivée :

Si possède uniquement des racines distinctes, le dernier terme est une constante non nulle. Si ce terme est nul, admet des racines multiples, et on peut dans ce cas appliquer le théorème de Sturm en utilisant la suite que l'on obtient en divisant les par .

Énoncé du théorème Le nombre de racines réelles distinctes dans un intervalle d'un polynôme à coefficients réels, dont et ne sont pas des racines, est égal au nombre de changements de signe de la suite de Sturm aux bornes de cet intervalle.

Plus formellement, notons le nombre de changements de signe (zéro n'est pas compté comme un changement de signe) dans la suite

.

Le théorème de Sturm dit que pour deux nombres réels , , , où et ne sont pas des racines de , le nombre de racines dans l'intervalle est :

.

Exemple Supposons que l'on souhaite connaître le nombre de racines dans un certain intervalle du polynôme . On commence par calculer les deux premiers termes.

En divisant par on obtient le reste , et en le multipliant par on obtient . Ensuite, on divise par et en multipliant le reste par , on obtient . Puis on divise par et en multipliant le reste par , on obtient .

Finalement, la suite de Sturm du polynôme est donc :

Pour trouver le nombre de racines totales, ie. entre et +, on évalue et en et on note la séquence de signes correspondante : . Elle contient trois changements de signe ( à , puis à , puis à ). On fait la même chose en + et obtient la séquence de signes , qui contient juste un changement de signe. D'après le théorème de Sturm, le nombre total de racines du polynôme est Nous pouvons faire une vérification en remarquant que se factorise en , où on voit que a deux racines ( et ) alors que n'a pas de racines réelles.

Applications On peut utiliser ce théorème pour calculer le nombre total de racines réelles distinctes, en choisissant les bornes et de telle sorte que toutes les racines réelles soient dans l'intervalle : par exemple convient, avec, au choixPour d'autres exemples, voir l'article Théorie des équations (mathématiques). : Voir Théorème de Lagrange sur les polynômes. ou ..

On peut aussi utiliser ce théorème pour trouver les racines d'un polynôme quelconque par dichotomie, et, par là même, optimiser un critère polynomial quelconque (en trouvant les racines de sa dérivée).

Notes et références

C. Sturm, « Sur la résolution des équations numériques », dans Sciences mathématiques et physiques, tome VI, Paris, 1835, p. 271-318 Edouard Callandreau, « Célèbres problèmes mathématiques », Editions Albin Michel, Paris, 1949, 1 volume, 478p

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