vignette|upright=1.5|Plan des lignes des carrosses à cinq sols. vignette|upright=1.5|Plaque commémorative du du lancement, à Paris, des carrosses à cinq sols ; cette plaque est située à Clermont-Ferrand, lieu de naissance de Blaise Pascal. Les carrosses à cinq sols constituent la première expérience au monde de transport en commun urbain, concept développé par le philosophe et mathématicien Blaise Pascal.
Cinq lignes relient plusieurs quartiers de Paris à partir du . Les restrictions sur la clientèle imposées par le parlement de Paris, ainsi que la hausse des tarifs, amènent l'entreprise à péricliter quinze ans plus tard : elle disparaît en 1677.
Histoire
Jusqu'au , l'extension limitée des agglomérations ainsi que l'étroitesse de la voirie d'origine médiévale ne justifient pas la mise en place de transports publics, en outre la majorité des acteurs économiques résident sur leur lieu de travail.
Dans la seconde moitié du , la capitale du royaume de Louis XIV compte cependant déjà plus de cinq cent mille habitants ce qui en fait la seconde ville la plus peuplée du monde occidental après Londres. On y dénombre 500 rues principales, 100 places ou placettes, 9 ponts et 22 000 maisons. La plupart des citadins vont à pieds. On peut à la rigueur être véhiculé en chaise à porteurs. Seuls une minorité de très riches peuvent se permettre d’user du carrosse, car posséder un carrosse signifie l’avoir acheté, l’entretenir, le remiser et posséder quatre à six chevaux, qu'il faut nourrir, tout cela dans une grande ville où l’espace est cher. Aussi l’idée apparaît-elle de louer de tels véhicules : ce sont, à partir de 1637 à Paris, les fameux « fiacres », louables à la demi-journée, à la journée ou même, après contrat notarié, pour un certain nombre de journées par an. Une première initiative de création de transport omnibus parisien remportera donc un bref mais franc succès.
En , Blaise Pascal fonde une société avec le duc de Roannez (Artus Gouffier de Roannez), gouverneur et lieutenant-général de la province de Poitou, le marquis de Sourches, chevalier des ordres du roi et grand Prévôt de l'Hôtel, Simon Arnauld de Pomponne, neveu du Grand Arnauld et le marquis de Crenan, grand échanson de France. Notons que Pascal investit dans cette entreprise capitaliste l'essentiel de sa fortune, mais meurt le avant de pouvoir en tirer sa part de bénéfices qui se monterait - d'après Jean Mesnard - à 6 500 livres par an les premières annéesJean Mesnard .
Les quatre hommes présentent une requête pour être autorisés à exploiter des .
Les carrosses sont institués par un arrêt du Conseil du Roi en date : le roi Louis XIV signe les lettres patentes donnant l'autorisation d'établir le nouveau service, et accorde le monopole de cette institution. Après des essais réalisés le , cinq routes sont progressivement mises en place. vignette|Maquette en bois à l'échelle 1/10e du carrosse à cinq sols, réalisée par (visible dans l'espace Blaise Pascal du Musée Lecoq). Le , une première ligne relie la porte Saint-Antoine au palais du Luxembourg en passant par la rue de la Verrerie, le pont au Change, le pont Neuf et la rue Dauphine et rencontre immédiatement un grand succès : Le suivant, une seconde ligne relie la rue Saint-Antoine à la rue Saint-Denis via la place Royale (place des Vosges) et la rue des Francs-Bourgeois.
Le , un troisième itinéraire relie le palais du Luxembourg à la rue Montmartre par le pont Saint-Michel, le pont Neuf et la place des Victoires. Le , une quatrième route ouvre à son tour : cet itinéraire est circulaire, et présente une innovation, le sectionnement tarifaire, avec un prix variant selon la longueur du parcours effectué. L'itinéraire est divisé en six tronçons séparés par des bureaux : le voyageur doit repayer cinq sols lorsqu'il passe deux bureaux. Enfin le , un cinquième et dernier itinéraire relie le Luxembourg à la rue de Poitou par le pont Notre-Dame et la rue Saint-Martin.
Les voitures sont tirées par quatre chevaux et conduites par un cocher et un laquais. Chacun porte une casaque bleue aux armes du roi et de la Ville de Paris. Ces voitures sont lourdes et mal suspendues par de grosses courroies de cuir ; elles comportent huit places. Elle s'arrêtent à la demande pour laisser monter ou descendre les voyageurs tout au long de la route et le tracé assorti de nombreux croisements entre les cinq trajets autorisait des correspondances pratiques comparables à celles du métro moderne.
Le nouveau service est inauguré en grande pompe et accueilli très favorablement par la population. Toutefois, à l'encontre du projet initial et en dépit de la volonté royale, le caractère omnibus disparaît, le service devient un privilège car, dès le , un édit du parlement de Paris impose des restrictions quant à la qualité des voyageurs : . Ces limitations, du reste difficiles à imposer en pratique, provoquent l'hostilité de la part du peuple et de violentes manifestations. L'augmentation du prix de cinq à six sols achève de rendre les carrosses impopulaires. Pour rétablir le calme, une ordonnance de police menace quiconque apporterait quelque trouble à la bonne marche du service.
Aucun document ne permet de dater la disparition des carrosses. Certains historiens estiment que le service a disparu au bout de quelques années ; si le sieur de Givry reprend en 1674 au duc de Roannez le privilège des carrosses à cinq sols, matérialisant l'existence du privilège royal, cela ne démontre nullement l'existence effective du service à cette date. Néanmoins, selon Marc Gaillard, les carrosses disparaissent en 1677.
Épilogue
Les carrosses à cinq sols présentent dès le les caractéristiques essentielles des transports en commun modernes : les véhicules suivent un itinéraire fixe, avec des départs à intervalle régulier (sept minutes et demie pour la première ligne) et un tarif fixe en fonction du trajet. Mais ce système novateur est peut-être trop en avance sur son temps. L'attachement des élites parlementaires à la hiérarchie sociale entraîne - contre l'avis du Roi-Soleil - une limitation de l'usage de ce service qui lui est finalement fatale. Les besoins de transports en commun urbains ne s'imposeront en France qu'un siècle et demi plus tard, sous l'influence de la révolution industrielle, de l'extension urbaine et d'une ségrégation socio-spatiale croissante. Il en résultera l'apparition des omnibus en 1823 à Nantes, puis en 1828 à Paris. Jusqu'à cette date, les transports en commun disparaissent totalement du paysage urbain, laissant la place aux transports individuels, de louage ou privés.
Dans la culture La vogue de ces transports inspira au comédien et dramaturge Jean Simonin dit Chevalier une comédie en trois actes, L’Intrigue des carrosses à cinq sous, représentée en 1662 au Théâtre du Marais. Dans cette comédie se mêlent les histoires de Clidamant, mari volage, et de Clindor, joueur impénitent, qui profitent de la commodité des nouveaux carrosses pour courir les aventures sentimentales ou se faire conduire dans les maisons de jeu.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie .
Eric Lundwall, Les carrosses à cinq sols. Pascal entrepreneur, éd. Science infuse, 2000.
Articles connexes Omnibus
Liens externes
Les carrosses à cinq sols, dans l'exposition virtuelle Un provincial nommé Blaise Pascal, réalisée par Clermont Auvergne Métropole. Gallica - Les Essentiels Littérature - Rémi Mathis Les carrosses à cinq sols
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