L'élection présidentielle ivoirienne de 2010, deuxième élection présidentielle de la Deuxième République, au suffrage universel direct est un scrutin visant à désigner, au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, le président de la République de Côte d'Ivoire pour un mandat de cinq ans. Elle se déroule les et sur toute l'étendue du territoire ivoirien ainsi que dans dix-neuf autres pays où résidaient des citoyens ivoiriens.

Ce scrutin est considéré comme la première élection libre depuis l'indépendance du pays en 1960 obtenue par Félix Houphouët-Boigny de la France.

Le premier tour voit s'affronter quatorze candidats. Laurent Gbagbo, président sortant et Alassane Ouattara, ancien premier ministre arrivent en tête du premier tour avec respectivement 38,04 % et 32,07 %. Ils distancent Henri Konan Bédié (25,24 %), Toikeusse Mabri (2,57 %) et l'ensemble des candidats qui récoltent tous moins de 1 %.

À l'issue du second tour, Alassane Ouattara est proclamé le président de la République de Côte d'Ivoire avec 54,10 %. Mais le Conseil constitutionnel invalide les résultats dans les régions du nord et annonce la réélection de Laurent Gbagbo avec 51,45 %. Ils prêtent tous les deux serment le .

Alassane Ouattara a le soutien de la communauté internationale, Laurent Gbagbo celui du conseil constitutionnel. Mais celui-ci refuse de quitter son poste. Cela entraîne une crise politique pendant plusieurs mois, avec une guerre civile. Le , Laurent Gbagbo est arrêté par les forces de son rival, qui est proclamé président le par le conseil constitutionnel.

L'investiture d'Alassane Ouattara se déroule à Yamoussoukro le , en présence de nombreux chefs d'État, y compris Nicolas Sarkozy.

C'est la troisième élection présidentielle en Côte d'Ivoire qui entraîna des conflits après celles de 1995 et 2000. Laurent Gbagbo est le premier président à être battu. C'est également la première fois que s'est tenu un second tour au cours d'une élection présidentielle en Côte d'Ivoire, en huit élections.

Contexte

Reports de l'élection thumb|Laurent Gbagbo.

L'élection présidentielle devait initialement se tenir cinq ans après l'élection présidentielle ivoirienne de 2000, soit en , conformément aux dispositions légales. L'article 36 de la Constitution dispose en effet que « le premier tour du scrutin a lieu dans le courant du mois d'octobre de la cinquième année du mandat du président de la République ».

Cependant, en , une tentative de coup d'État a lieu et la Côte d'Ivoire est frappée par une crise politico-militaire sans précédent. Le pays se retrouve scindé en deux, avec d'un côté le Sud, tenu par les Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI) et sous contrôle du gouvernement, et de l'autre le Nord, tenu par les Forces armées des forces nouvelles (FAFN) et sous contrôle exclusif de la rébellion. Le régime de Laurent Gbagbo, dit « loyaliste », est en effet confronté à la rébellion qui prend plus tard le nom de Forces nouvelles et qui occupe progressivement la moitié nord du pays, région où l'opposant Alassane Ouattara est le plus populaire.

Conformément aux dispositions constitutionnellesL'article 38 de la Constitution dispose qu'« en cas d'événements ou de circonstances graves, notamment d'atteinte à l'intégrité du territoire, ou de catastrophes naturelles rendant impossible le déroulement normal des élections ou la proclamation des résultats […] le président de la République en informe la Nation par message. Il demeure en fonction », la tenue du scrutin présidentiel est repoussée. Le , à la suite de l'accord de Ouagadougou, Laurent Gbagbo nomme le chef de la rébellion, Guillaume Soro, Premier ministre. L'objectif principal est alors d'organiser des élections libres et transparentes, après désarmement des Forces nouvelles et réinstauration de l'autorité gouvernementale sur l'ensemble du territoire nationalL'Accord Politique de Ouagadougou, titres 3.2 et 4 Accord Ouagadoudou 20 mars 2007. Finalement, après six reports et cinq ans d'incertitudes, le premier tour de l'élection présidentielle est fixé au .

Une élection démocratique

Rappel historique La première élection démocratique a lieu en 1990, et oppose Félix Houphouët-Boigny à Laurent Gbagbo. Le « père de l'indépendance » l'emporte face à Laurent Gbagbo, avec 81,7 % des suffrages exprimés. Cependant, des soupçons de fraudes en faveur du président Houphouët demeurent.

En 1995, le code électoral est révisé à l'Assemblée nationale. Alassane Dramane Ouattara (ancien Premier ministre, de 1990 à 1993) refuse l'invitation du RDR de Djéni Kobina à se présenter face au président en exercice Henri Konan Bédié, le code électoral le rendant inéligibleAfrica South of the Sahara, Volume 33 By Europa Publications Limited, p.329. Laurent Gbagbo boycottera également cette élection du fait de l'insatisfaisante réforme du code électoral. Le RDR de Djéni Kobina et le FPI de Gbagbo s'allient pour la circonstance et forment le « Front républicain ».

Finalement, Bédié est réélu avec plus de 90 % des suffrages face à Francis Wodié, du Parti ivoirien des travailleurs (PIT).

Le , 14 des 19 candidats à l'élection présidentielle du sont éliminés par la Cour Suprême y compris Ouattara pour des raisons de citoyenneté, et l'ancien président Bédié pour ne pas avoir présenté un certificat médical correct. L'opinion générale était que les membres de la Cour Suprême, dirigée par l'homme qui était, à l'époque, le conseiller juridique du Général Guéï, avaient été sélectionnés par Guéï lui-même.

Laurent Gbagbo, Francis Wodie, Nicolas Dioulo, Théodore Mel Eg et Robert Guéï s'affrontent au premier tour qui voit la victoire du candidat du Front populaire ivoirien (Gbagbo).

Une élection coûteuse du fait d'une liste électorale difficile à établir

Le gouvernement ivoirien veut concentrer tous ses efforts pour une organisation libre et transparente. Laurent Gbagbo engage un processus électoral très coûteux qui comprend l'identification et le recensement des populations, la formation des agents, l'informatisation des données et la fabrication de cartes d'identités (quasi inexistantes depuis plusieurs années), la couverture médiatique nationale et internationale. En tout, on estime que l'élection a coûté près de 200 milliards de francs CFA à la Côte d'Ivoire (soit environ euros). L'opération d'identification a demandé d'importants moyens financiers (appareils technologiques pour l'identification photographique et digitale, l'appui médical pour la détermination de l'âge de certaines populations rurales jamais identifiées, l'appui judiciaire, l'appui administratif pour les jugements supplétifs, le développement de transports pour les populations rurales, l'acheminement des documents, les moyens de vérification et de sécurisation des données).

Après divers contentieux et des cas de fraudes avérées impliquant notamment au sein de la CEI ses ex Président, Beugré Mambé du PDCI, et vice-Président, Charles Gomis du RDR, le décret 2010-238 du porte autorisation de délivrance des cartes nationales d’identité aux Ivoiriens figurant sur une liste électorale définitive de .

Violences Le , des étudiants du principal syndicat étudiant proche du Front populaire ivoirien s'en sont pris au quartier général de campagne du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). De violents combats de rue opposant des centaines de jeunes de divers partis se sont ensuivis causant une vingtaine de blessés. Le , à la veille du scrutin du second tour, l'annonce par le président Laurent Gbagbo de l'instauration d'un couvre-feu est contestée par l'opposition et provoque des manifestations. La police ouvre le feu sur l'une d'elles, à Abobo dans la banlieue d'Abidjan, tuant trois personnes. Le , des heurts éclatent dans la capitale économique du pays, Abidjan. Après un appel d'Alassane Ouattara à marcher sur les organes du , représenté par l'organe de télévision national RTI, des coups de feu sont échangés entre différentes factions et l'armée. Des rafales sont aussi entendues à proximité de l'hôtel du Golf où s'est réfugié celui qui a été candidat à l'élection, reconnu par la communauté internationale comme élu président du pays et qui souhaite aujourd'hui briguer son mandat. Les forces de l'ordre fidèles à Laurent Gbagbo ont affronté à l'arme lourde les forces pro-Ouattara à Abidjan et dans le centre du pays. Alors que l'opposition ivoirienne déplore une trentaine de victimes, la communauté internationale appelle au calme. La diplomatie américaine a indiqué qu'une roquette a touché son ambassade.Le département américain déclare un tir perdu dans le périmètre de son ambassade Alassane Ouattara a été désigné vainqueur de la présidentielle par la commission électorale, mais le Conseil constitutionnel a invalidé ces résultats et proclamé la victoire de Laurent Gbagbo.

Candidats

Tous candidat doit être ivoirien et âgé d'au moins 40 ansArt. 35 de la Constitution ivoirienne : « Le Président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct. Il n'est rééligible qu'une fois. Le candidat à l'élection présidentielle doit être âgé de quarante ans au moins et de soixante quinze ans au plus. ».

Candidatures validées Pour cette élection, vingt déclarations de candidature ont été enregistrées par le Conseil constitutionnel. Quatorze d'entre elles ont été validées, ici classées par ordre alphabétique Commission électorale indépendante (Côte d'Ivoire), Liste électorale définitive, CEI, 2009 .

Akoto-Yao Félix Kouadio, sans étiquette Anaky Kobena Innocent, Mouvement des forces d'Avenir Dolo Adama, sans étiquette Enoh Aka N'Douba, sans étiquette Gbagbo Laurent, Front populaire ivoirien Gnamien Konan, Union pour la Côte d'Ivoire Konan Bédié Aimé-Henri, Parti démocratique de Côte d'Ivoire Konan Kouadio Siméon, sans étiquette Lohoues Anne Jacqueline épouse Oble, sans étiquette Mabri Toikeusse Albert, Union pour la démocratie et la paix en Côte d'Ivoire Ouattara Alassane, Rassemblement des républicains de Côte d'Ivoire Tagoua Nynsémon Pascal, sans étiquette Tohou Henri, Union socialiste du peuple Wodié Francis Romain, Parti ivoirien des travailleurs

Candidatures rejetées Boagnon Breiguai Charles Coulibaly Nablé Yaya Gaha Degna Hippolyte Goba David Guédé José Abel Kéita Tiémoko

Candidatures par exception